Durant la journée Joy évita soigneusement de retourner dans le bunker. Elle voulait éviter que Kerensky ne continue la conversation de midi. Aussi passa-t-elle la fin de la journée dans le bureau de la sécurité au rez-de-chaussée. Si les agents de la sécurité étaient surpris de la trouver là, ils n'en dirent pas un mot.
Durant cet après-midi elle prit tout de même le temps de penser à ce que le Russe lui avait dit. Elle devait admettre qu'il avait très certainement raison. Mais en parler à qui ? A un psy ? Sûrement pas, et connaissant Kerensky, il ne pensait pas à ça. Sur ce point, ils se ressemblaient trop et le fait de parler à un psy, pour lui comme pour elle, ce serait admettre que quelque chose n'allait pas et surtout, ce serait avouer qu'ils étaient dans l'incapacité de résoudre ce problème par eux même. Ce serait la preuve qu'il y avait une faiblesse dans la machine et il en était hors de question. La mort semblait une alternative bien plus acceptable !
Après mûre réflexion elle décida d'aller se confier à Largo. Il devrait la comprendre. Après tout, il était présent lors de la fusillade et ça n'avait pas dû le laisser de marbre.
Lorsqu'elle prit sa décision il était 19h00 passé. Sans aucun doute sa réunion avec Sullivan était terminée et il devait maintenant être au penthouse. Elle décida de s'y rendre sur-le-champ. Autant battre le fer pendant qu'il était chaud.
Arrivée devant la porte de Largo elle hésita un bref instant, se reprit et frappa. De quoi avait-elle peur ? Après tout elle ne venait que parler et Largo était son ami, il n'y avait pas danger de mort!
Lorsque le jeune homme vint lui ouvrir, elle fut un peu surprise par sa tenue vestimentaire. Sa chemise était sortie par endroit de son pantalon et il lui manquait au moins deux boutons.
- Ah! …Joy…Il y a un problème ?
- Euh non. J'aurais aimé te parler si tu as un instant.
- C'est que…comment dire ? En disant cela il jeta un regard gêné dans son appartement. Je suis en train de dîner et…
A ce moment là une voix se fit entendre de l'intérieur :
- Largo ? Qu'est ce que tu fais ? Je suis en train de refroidir !!
En entendant ça, Joy le regarda droit dans les yeux. Elle était quelque peu surprise. Pour commencer, comment cette « dame » était-elle entrée dans l'immeuble ? Elle était restée en bas et personne n'avait demandé à voir Largo. Mais c'était peut-être une des employées du groupe. Et pour finir, il n'était même pas 20h !!
- Ecoute Joy, est ce que ça peut attendre demain ?
- Bien sur que oui. Ca n'est pas plus important que ça. Bon appétit.
Sur ce elle tourna les talons. Mais au bout de deux mètres elle se retourna et lança à Largo qui était toujours sur le pas de la porte.
- Tu devrais vraiment manger avant de faire du sport. Je ne voudrais pas que tu fasses de l'hypoglycémie en plein effort.
Elle repartit ensuite vers les ascenseurs en laissant derrière elle un Largo tout gêné.
Une fois dans l'ascenseur Joy n'avait qu'une envie. Hurler.
Hurler parce que Largo préférait passer sa soirée avec une fille (qui était très certainement une fausse blonde siliconée !) que de lui accorder cinq minutes de son temps ! Hurler aussi parce qu'elle lui avait fait une réflexion qu'elle ne se serait jamais permise en tant normal. C'était le genre de réflexion qu'elle gardait habituellement en réserve pour Simon !
C'était désormais sûr, elle était trop fatiguée. Il fallait qu'elle fasse quelque chose sinon son boulot en pâtirait et Largo y risquerait sa vie. En rentrant chez elle, elle s'arrêterait à la pharmacie pour avoir un semblant de somnifère. Et s'ils n'étaient pas suffisamment puissants, elle irait voir le médecin le lendemain pour qu'il lui en prescrive de plus forts. Mais avant la pharmacie, elle devait repasser par le bunker pour récupérer ses affaires. Avec de la chance, Kerensky serait rentré chez lui. Et de toute façon, il aurait maintenant compris qu'elle ne voulait pas poursuivre la discussion.
Lorsqu'elle arriva au bunker, le Russe était toujours là.
- On ne t'a pas beaucoup vu pas ici cet après midi.
- Tu ne rentres jamais chez toi ?
- Tu sais très bien que c'est ici chez moi.
Il se tut et la regarda ranger ses affaires. Se sentant observée, Joy leva les yeux et soutint un instant le regard du Russe.
- Quoi ? Qu'est ce que tu veux encore ?
Elle avait bien conscience d'être sur la défensive.
- Moi ? Rien…. En fait si. J'aimerais savoir si tu as suivi mon conseil.
Au grand étonnement de Georgie, elle lui répondit.
- Je voulais en parler à Largo mais il est en charmante compagnie et n'a pas de temps à me consacrer.
- Je vois…
Tu vois quoi ?
- Je vois qu'il va falloir que je te montre comment nous autre en Russie on se débarrasse de nos petits ennuis !
Il se leva, attrapa sa veste et se dirigea vers la porte.
- Alors, tu viens ?
- On va où ?
Et Kerensky de lui répondre avec un sourire :
- Faire la tournée des bars russes de la ville !!!
