Lorsqu'il se réveilla vers 6h30 du matin Joy dormait toujours. Elle était blottie contre lui et il ne pût s'empêcher de remarquer à quel point elle était jolie. En plus, contrairement à ce qu'il avait pensé la veille, il n'éprouvait aucuns remords pour ce qui c'était passé.
Pour Largo c'était simple. Il avait beau être un de ses amis, il devait être juste et reconnaître que le jeune PDG ne méritait pas une fille comme Joy. Non pas qu'il soit un mauvais homme. Au contraire. Georgi le respectait et l'admirait sur la façon dont il gérait ses affaires. Mais du côté vie privée, il fallait bien avouer que Largo était loin d'être le gendre idéal. Il avait une vision toute personnelle sur « la vie de couple » !! En gros, sur ce point il était exactement comme Simon.
En ce qui le concernait, il n'avait fait qu'obéir à Joy et cela suffisait à apaiser sa conscience. Aussi simple que ça.
Pour Joy c'était autre chose. Il ne s'en voulait pas mais il appréhendait la réaction qu'elle aurait à son réveil. Il devait même avouer avoir songer à s'éclipser en douce avant son réveil et espérer qu'elle ne se souvienne de rien ! Mais son orgueil l'en avait empêché. Un agent du KGB ne fuyait pas devant le danger. Et c'était aussi valable pour les ex agents du KGB ! Il était tout de même impatient qu'elle se réveille pour en finir au plus tôt. D'un autre côté, plus longtemps elle dormirait, plus longtemps il vivrait !
Il était absorbé par ses pensées lorsque le réveil décida qu'il était temps de commencer une nouvelle journée.
Joy s'empressa d'éteindre le fauteur de troubles. Elle avait un mal de crâne pas possible et ce petit appareil avait beau faire preuve d'une grande délicatesse et la réveiller avec une chanson de Sting qu'elle adorait, ce matin, elle ne pouvait pas le supporter : elle avait l'impression que sa tête allait éclater. Elle avait l'intention d'essayer de se rendormir (au diable Largo et le boulot !) quand elle se rappela s'être réveillée auprès de quelqu'un. Elle se retourna lentement pour voir qui était ce type. En apercevant Kerensky elle se figea. Kerensky ?
Tout lui revint en mémoire d'un coup : le « remède » russe et elle ne voulant pas rester toute seule.
Voyant que Kerensky avait l'air d'attendre ou la fin du monde ou une réaction de sa part, elle lui sourit et lui dit :
- Je crois que c'est ce qu'on appelle coucher avec l'ennemi, non ?
Le Russe eut l'impression qu'on lui enlevait un poids. Il lui rendit son sourire.
- Je crois que nous venons effectivement de tester le sens propre du terme ! Comment va la tête ?
- Le pied. Je dois dire que la phase trois est de loin ma préférée !! Vivement ce soir que je me couche.
- Si tu veux, tu peux prendre ta journée, je crois que personne n'aura rien à redire là dessus.
- Pas question, si Simon peut le faire, je peux moi aussi !
Et ça il en était sûr. Elle pourrait tout supporter si elle était soutenue par son orgueil !
- Je n'en doute pas ! Est-ce que je peux emprunter ta salle de bain ?
- Bien sur, il y a des serviettes propres dans le meuble sous l'évier.
Le Russe se dirigea vers la salle de bain en ramassant ses affaires au sol, ce qui laissa du temps à Joy pour remarquer que les agents du KGB avaient de très belles fesses. Avant de fermer la porte de la salle de bain Kerensky lança à Joy :
- Mais est ce que tu as pensé que Simon commence la journée vers deux heures de l'après midi le lendemain de cuite et pas à huit heures du matin?
Joy ne savait pas comment le prendre. Etait-ce un compliment pour elle ou un autre pic à l'intention de Simon ? Elle décida de le prendre comme un compliment, mit sa robe de chambre et entreprit de faire le petit déjeuner.
En passant devant la salle de bain, elle prit la peine de demander à Georgi ce qu'il prenait comme petit déjeuner. Elle ne put s'empêcher de sourire quand il lui répondit qu'il prendrait la même chose qu'elle. Elle imaginait la tête qu'il ferait en s'attablant devant une boite de cachets d'aspirine !
Durant le petit déjeuner, ils évitèrent de parler des évènements de la veille. Ils préféraient rester sur un terrain sûr, c'est à dire envoyer des pics au pauvre Simon (Simon qui s'était d'ailleurs consolé de sa rupture d'avec Mindy dans les bras de la charmante Grace !). Au moment où Joy se levait pour débarrasser la table, Kerensky la devança et proposa de faire la vaisselle.
- Je crois que je vais adhérer au parti communiste si tu me dis qu'en plus de faire la vaisselle les hommes repassent le linge !
- C'est exceptionnel. Je fais ça uniquement parce que je me sens responsable de ton mal de crâne. Je tiens à dire que j'ai été élevé comme un mâle, un vrai, et qu'en temps normal je ne m'abaisse jamais à faire un travail de femme !
- Je vois…et quand tu auras fini de parler, il faudra que tu fasses le lit et que tu donnes un rapide coup de balai dans le salon.
Elle disparut bien vite dans la salle de bain lorsque Kerensky lui jeta l'éponge et la menaça avec le scotch-brite.
Lorsqu'il eut fini, Kerensky fureta un instant dans le salon. Il n'était jamais venu chez elle auparavant. La décoration était la même que chez lui : c'est à dire aucune photo, rien qui pouvait laisser penser que la propriétaire des lieux avait une famille ou même des amis. La seule différence entre son appartement et celui de Joy était le choix des peintures et des tapisseries. Lorsqu'il avait pris son appartement Georgi n'avait pas refait la décoration. Tout était beige et cela lui convenait parfaitement. Chez Joy chaque pièce avait une couleur différente. Les couleurs choisies avaient d'ailleurs un effet calmant : rien d'agressif pour les yeux ou de criard.
Pendant qu'il furetait Kerensky se rendit compte qu'il était juste en train d'attendre. Attendre que Joy sorte de la salle de bain pour qu'il puisse lui dire au revoir. C'était une réaction assez étrange sachant qu'un peu plus tôt il voulait partir comme un voleur. Et c'était d'autant plus étrange qu'ils allaient passer la journée ensemble au bunker car Largo était encore de corvée réunions toute la journée comme pour tout le reste de la semaine.
Lorsqu'il n'entendit plus la douche il lui cria :
- Bon Joy, j'y vais.
Il était sur le point d'ouvrir la porte d'entrée lorsqu'elle déboula dans le salon. Elle ne portait qu'un peignoir et de ses cheveux dégoulinait encore l'eau sous laquelle elle se trouvait quelques secondes plus tôt. Il la trouva fort séduisante ainsi.
- Attends Georgi…Je voulais te dire…Enfin, ce que j'aimerais te dire c'est que…comment dire ? Simplement merci. Oui c'est ça, merci pour tout ce que tu as fait pour moi et…
Il s'approcha d'elle et comme la veille lui baisa le front.
- Ce n'était rien, ce fut d'ailleurs un plaisir.
Et sur ces mots il ouvrit la porte.
- Encore merci Georgi et…on remet ça quand tu veux.
Il crut mal comprendre et se retourna. Elle affichait un sourire plein de malice.
- Fais attention à ce que tu demandes Joy, tu risquerais de l'obtenir !
Et il la laissa.
Une fois dans le couloir il se demanda de quelle manière il fallait interpréter ce qu'elle venait de dire. Remettre quoi ? Leur virée dans ce bar, leur discussion ou ce qui avait suivit ? A peine croyait-il avoir cerné Joy qu'elle faisait (ou disait) quelque chose qui le déstabilisait. Mais Joy était une femme, et comme toutes ses semblables elle était imprévisible !
Sur cette pensée il se dirigea vers l'ascenseur.
Largo regardait dormir sa compagne. Elle s'appelait Chyhiro. Elle était d'origine japonaise et il l'avait rencontrée la veille lors de son déjeuné d'affaire. C'était elle qui servait d'interprète. Ce qui le fascinait chez elle c'était ses cheveux. De sa vie il n'en avait jamais vu d'aussi longs. Elle les attachait pour plus de commodité mais en fait, ils lui arrivaient jusqu'aux genoux. Largo n'en revenait pas ! Ses yeux aussi étaient fascinants. Ils étaient d'un noir profond et pétillaient de vie. Tout comme ceux de Joy, sauf que les yeux de Joy étaient moins sombres.
Joy. En repensant à la veille Largo eut honte de lui. Bien sûr Chyhiro n'était à New York que jusqu'à la fin des négociations avec les Japonais mais Joy était son amie. Il aurait pû, non il aurait dû calmer ses hormones et prendre un peu de temps pour écouter ce dont elle voulait lui parler. Surtout que ces temps ci elle n'était pas très bien. Simon lui aussi l'avait remarqué et ils étaient d'avis qu'il fallait qu'ils l'obligent à sortir pour se changer les idées.
Malheureusement à cause de l'emploi du temps que lui avait concocté Sullivan en vue de la signature du contrat avec les Japonais, il ne pourrait pas sortir avant la semaine prochaine. Il aurait dû saisir la perche qu'elle lui avait tendu hier. Mais voilà….
Il fallait qu'il lui parle. Maintenant. Il avait encore près de deux heures avant la première réunion de la journée. Il aurait suffisamment de temps pour faire l'aller/retour à l'appartement de Joy et lui parler. Il prit une douche rapide et passa au garage.
Arrivé dans le hall de l'immeuble de Joy, Largo appela l'ascenseur. Au fait, qu'allait-il lui dire ? « Salut, je passais dans le coin, j'ai vu de la lumière et je suis monté » ? Un classique certes mais il voulait être un peu convaincant ! Non, plutôt essayer un truc du genre : « Salut, je suis un goujat, tu voulais me parler ? » Criant de vérité, seulement si même lui ne ménageait pas son propre orgueil, qui le ferait ? Il aurait dû amener des fleurs. Les femmes raffolaient de ce genre d'attention. Peut être, mais il aurait fallut qu'il y pense avant !
L'ascenseur s'ouvrit à ce moment là, le ramenant sur terre et l'invitant à entrer.
Kerensky jura une fois arrivé devant l'ascenseur. Cette sale machine passait à l'instant devant son étage et filait en bas. Il allait devoir attendre et avec la chance qu'il avait quelqu'un au dernier étage allait sûrement l'appeler. Il avait horreur de ces machines. A son sens elles faisaient perdre plus de temps qu'elles n'en faisaient gagner : s'il avait pris les escaliers il serait déjà en bas ! La nature humaine étant ce qu'elle était, il préféra tout de même attendre pour ne pas se taper le trajet jusqu'au rez-de-chaussée à pied.
Il eut plus de chance qu'il n'aurait cru : personne dans les étages supérieurs n'appela l'ascenseur car ce dernier revint immédiatement du rez-de-chaussée pour s'arrêter à son étage et ce, sans arrêt dans les étages inférieurs.
Les portes s'ouvrirent.
