Largo avait finalement choisi de prendre les escaliers. Si Kerensky trouvait que l'ascenseur faisait perdre du temps, Largo, lui, trouvait qu'il était trop rapide et du coup il allait être à l'étage de Joy beaucoup trop vite. Il n'avait pas encore trouvé comment il allait aborder le sujet et il comptait bien avoir une idée en prenant tout son temps pour arriver au quatrième.
Il frappa à la porte. Il avait une excuse béton : les extraterrestres l'avaient enlevé et l'avaient déposé devant sa porte. Elle allait adorer !
Lorsqu'elle lui ouvrit, elle portait un peignoir et avait une serviette autour du coup. Dire qu'elle était surprise aurait été un peu faible. Elle pensait que c'était Kerensky qui revenait parce qu'il avait oublié quelque chose et quand elle avait regardé dans le judas et qu'elle avait aperçu Largo elle avait eut un choc. S'il était venu cinq minutes plus tôt elle aurait été très gênée. Remarquez, elle aurait pu s'en sortir avec talent : « Salut Largo, est ce que tu connais Kerensky ? » Mais elle y pensait, ils avaient dû se croiser dans les couloirs !
- Largo ?
- C'est moi, effectivement ! Ca va depuis hier, tu as passé une bonne nuit?
Ils s'étaient bien croisés dans le couloir c'était sûr sinon pourquoi cette insinuation ?
- Qu'est ce que tu fais là ? Comment est ce que tu es venu ? Qui te protège ?
Ne disait-on pas que la meilleure défense c'était l'attaque ?
- En fait, je suis venu avec ma voiture et je n'ai pas de protection parce que j'ai fugué.
- Fugué ? Mais tu n'es pas bien dans ta tête, on en a déjà parlé plusieurs fois non ? Tu dois toujours dire où tu es et ne pas t'y rendre seul.
C'était sûr, il aurait dû amener des fleurs ! Mais d'un autre côté elle avait une réaction. Ca faisait presque une semaine qu'elle ne l'avait pas engueulé et ça lui manquait un peu. D'ailleurs elle ne partait plus au quart de tour dès que Simon lui envoyait des pics et il savait que son pote en était inquiet. Mais là c'était bien sa Joy qui lui avait ouvert la porte !!
- Je peux entrer ou je suis puni ?
Elle s'effaça pour le laisser entrer.
- Tu ne m'as pas dis ce que tu venais faire ici.
En disant cela elle pensait : « Faites qu'il ne me parle pas de Kerensky. »
- En fait, je suis venu te parler.
« Merde ! »
- C'est à propos d'hier.
« Ouf! »
- Je suis désolé de ne pas avoir pris le temps de t'écouter. Ca n'est pas digne d'un ami et je me suis dis que peut-être voudrais-tu encore en parler ? Alors je suis venu pour t'écouter.
Il était venu pour ça ? Il fallait bien avouer qu'elle était touchée. C'était le problème avec Largo. Il faisait un truc qui la mettait hors d'elle et l'instant d'après il se trouvait être le plus charmant des hommes ! C'était comme avec un gosse, on ne pouvait pas rester fâcher bien longtemps.
- Tu es venu jusqu'ici à pas huit heures du mat pour me présenter des excuses ? Je crois que tu viens de te faire pardonner ta fugue. Mais tu sais, ce que je voulais te dire hier n'avait pas d'importance, je te l'ai dis. C'était juste un truc concernant la sécurité, trois fois rien.
Largo devait bien avouer qu'il était déçu. Elle lui mentait, il en était sûr mais c'était de sa faute. Il le savait : si Joy voulait se confier, il fallait l'écouter sinon elle battait en retraite et enfouissait ce qu'elle ressentait encore plus profond et Dieu seul savait quand elle serait à nouveau disposée à parler.
- Oh! Je pensais… Enfin, je vais te laisser, je vois que tu n'es pas prête et je te dérange.
Il était sur le point de partir quand elle le retient.
- Pas question, tu restes ici. Tu as dû remarquer que tu n'as pas de garde du corps alors je te raccompagne, en plus ça me fera des heures sup. Tu as le droit de prendre un café pendant que je me prépare.
- Tu es la chef ! Au fait, tu vas bien ? Ca n'a pas l'air d'être la forme.
- Merci de t'en inquiéter mais ça va. Je me suis levée avec une migraine, je vais juste attendre toute la journée l'heure d'aller me coucher !
Elle se rendit alors dans la salle de bain et Largo alla dans la cuisine. Et comme il n'avait pas encore déjeuné, il prit la liberté de se servir dans le frigo. Elle ne lui en voudrait pas.
