Une semaine plus tard tout était revenu à la normale. Joy avait retrouvé le sommeil et repris du poids. Même si elle ne s'était pas pardonnée la mort du garçon, elle savait maintenant que ça lui resterait sur la conscience mais qu'elle arriverait à vivre avec.
Elle n'avait pas parlé de la soirée qu'ils avaient passé ensemble à Kerensky et le Russe n'en avait jamais fait allusion.
Il n'y avait pas eu de nouvelles pistes pour trouver le pourquoi de « l'incident » du Togo.
- Encore une !
Il avait sa façon à lui de laisser éclater sa joie. Joy le regarda un instant avant de dire :
- Une quoi ?
- Je fais une partie d'échec en ligne et je viens encore de gagner une partie.
- Je croyais que tu bossais.
- Oui, je bosse… Mon sens tactique !
- Ok !
Sur ce elle se replongea dans son travail. Au bout d'un moment, se sentant observée, elle releva de nouveau la tête. Georgi la dévisageait.
- Quoi ?
- Rien.
Et il recommença une partie. Joy l'observa encore un instant avant de continuer sa recherche.
Au bout de quelques minutes, Kerensky, toujours concentré sur sa partie, lui demanda l'air de rien :
- Qu'est ce que tu fais ce soir ?
Elle voyait mieux maintenant où il voulait en venir.
- Je ne sais pas, je pensais écumer un ou deux bars Russes puis finir la soirée tranquillement chez moi…Si ça te dit, tu peux te joindre à moi mais il faudra bien te tenir !
- Plutôt qu'un bar Russe, je serai plutôt tenté par un restaurant Russe. J'en connais un où on peut manger un excellent bœuf stroganov. Et ensuite on peut finir la soirée tranquille chez toi si ça te dit encore à ça moment là.
Largo et Simon entrèrent dans le bunker avant qu'elle ne lui donne son avis sur la question.
- Voilà mes deux espions favoris ! Vous savez que je vous aime tous les deux n'est ce pas ?
Simon avait cette manière tout à lui d'annoncer qu'il avait besoin de quelque chose. Aussi Kerensky le devança-t-il.
- Qu'est ce que tu veux Simon ?
- Mais rien, qu'est ce qui te fait croire le contraire ? Je voulais juste que vous sachiez ce que je ressens pour vous, pour que vous ne soyez pas frustrés. J'ai lu un article très sérieux à ce sujet et…
- Ce que Simon voudrait c'est que vous vous joignez à nous ce soir, on veut aller en boîte. Le coupa Largo. Ca fait une éternité que nous ne sommes pas sortis tous les quatre et comme j'ai un truc à fêter : je viens de signer le contrat avec les Japonais, c'est moi qui régal.
Il fallait dire que c'était toujours Largo qui régalait. Etre milliardaire avait ses inconvénients !
- Je ne pourrais pas venir, j'ai d'autres projets.
- Allons Joy, tu ne peux pas nous faire ça ! Se plaignit Simon. Rien ne peut être plus important que ça. A moins bien sûr que tu nous caches des choses…
- Non Simon, je ne cache rien. Mais nous sommes vendredi et le vendredi je nettoie mon arme !
- Super, tu vas pouvoir concourir dans la catégorie des excuses les plus bidons avec celle là !
- Simon, laisse la tranquille ! Et toi Kerensky ? Tu viens ?
- Non, j'ai du boulot et ça ne peut pas attendre demain. Chyhiro ne vient pas avec vous ?
Et Simon s'empressa d'étaler sa science :
- Non, le contrat est signé et elle est partie faire l'interprète ailleurs. Notre Largo a une peine de cœur et c'est pour ça que ça aurait été bien qu'on sorte tous ensemble.
Ce petit commentaire alla droit au cœur de Joy. Et voilà, pour Largo une de perdue, dix de retrouvées.
- Tu sais Simon, lui dit Joy, ce que vous comptez faire c'est draguer toute la soirée alors je crois que vous y arriverez mieux sans nous.
- Tu dis ça uniquement parce que tu ne te fais jamais draguer ! T'as qu'à sourire et les mecs craqueront tous !
Joy le fusillait du regard et se demanda s'il fallait qu'elle lui réponde méchamment ou qu'elle l'abatte directement.
Largo changea de tactique pour essayer de les faire changer d'avis.
- Ben si vous ne voulez pas venir tant pis. Mais ça m'aurait fait vraiment plaisir de vous avoir pour la soirée !
Voilà qu'il faisait ses yeux de chien battu. Joy était sur le point de craquer mais elle se reprit.
- Non, définitivement.
Kerensky était flatté. Joy préférait une soirée avec lui plutôt qu'avec Largo. Et dire qu'il croyait avoir tout vu dans sa vie !
- Pour moi aussi c'est un non définitif.
Simon avait déjà fait son deuil.
- Aller, viens mon pote. De toute façon ces deux là sont des rabats joie. On s'amusera bien mieux sans eux.
Les réactions de Simon amusaient toujours Joy. En fait, elle adorait ce type Mais il mourait probablement de sa belle mort avant qu'elle ne lui avoue.
- Il y a cinq minutes en arrière tu prétendais nous aimer !
- N'insiste pas Joy. C'est un trait propre aux capitalistes : ils retournent leur veste dès que le vent tourne.
Simon voyant qu'il était mal parti si ces deux là se mettaient contre lui opta pour le repli stratégique.
- Viens Larg' mon pote. Je sens des ondes négatives dans cette pièce. C'est très mauvais pour le carma alors nous devrions les laisser et aller nous préparer pour notre virée.
Largo le suivit mais avant de sortir du bunker il fit une dernière tentative :
- C'est sûr, c'est toujours non ?
- Toujours non. Fut la réponse de Kerensky.
- Ne vous attirez pas d'ennuis. Fut celle de Joy.
Ils se retrouvèrent donc seuls dans le bunker.
- Alors, ça te dit un resto ?
Ca me dit.
Elle ramassa ses affaires et se dirigea vers la porte.
- Tu passes me prendre à 19h ?
- Vos désirs sont des ordres madame.
