Chapitre 7 :
Ca faisait maintenant un peu plus d'un mois que Joy et Kerensky étaient amants. Georgi passait presque toutes ses soirées chez elle et parfois uniquement pour regarder la télé. Ils avaient bien sûr « oublié » de mettre Largo et Simon au courant. De toute façon, ils en avaient parlé et étaient d'accord : ce n'était qu'une aventure passagère qui durerait le temps qu'elle durerait et qui n'incluait pas de grands sentiments tel que l'amour.
Simon, de son côté se posait des questions. Il avait remarqué des changements chez l'un et chez l'autre.
Joy, par exemple. Il trouvait qu'elle était de bien meilleure humeur. Elle souriait plus aussi. Elle le rembarrait toujours autant mais elle le faisait presque gentiment. Pour transformer une femme comme cela, il ne voyait qu'une seule explication : le sexe ! Joy devait s'être trouvé un amant. Largo était loin d'être de son avis. Il avait d'ailleurs dit haut et fort que le soupçon de Simon était loin d'être fondé et qu'en plus c'était une absurdité. Bref, pour résumer, il était jaloux ! Simon trouvait que c'était une bonne chose. Ca pousserait Largo à agir et à arrêter de camper sur ses positions. Après tout, Joy ne pouvait pas attendre éternellement son pote si ce dernier ne lui laissait pas entrevoir un peu ce qu'il ressentait pour elle. Mais il ne fallait pas que ce qu'il y avait entre Joy et le type avec qui elle fricotait ne soit trop sérieux. Il imaginait difficilement la réaction de Largo si un jour Joy se pointait avec une bague au doigt et les invitait à son mariage.
Pour Kerensky, le changement était très subtil et en fait Simon s'en était aperçut par hasard : le Russe ne passait plus toutes ses soirées dans le bunker ! La semaine précédente, Simon était descendu au bunker vers 21h pour demander un service au Russe : regarder un problème sur son ordinateur personnel. Ce dernier était absent mais Simon n'étant pas paranoïaque à ce point n'y avait vu aucun mal. Le lendemain, en se remettant devant un PC qui refusait de s'allumer, Simon était redescendu au bunker. Et toujours pas de Russe. Il avait tout de suite flairer un truc louche et depuis revenait tous les soirs faire un tour dans le bunker. Il pouvait affirmer que passé 20h le Russe devenait introuvable. Etrange non ? Il ne pouvait y avoir qu'une femme là dessous! Et elle devait être terrible pour parvenir à déconnecter Kerensky de ses chers ordinateurs plusieurs soirs de suite !
Lorsqu'il en avait parlé à Largo, ce dernier s'était montré ravi. Il avait même espéré que Simon ait raison et que Kerensky ait trouvé chaussure à son pied. Simon en était donc tout naturellement venu à la conclusion que Largo n'était pas jaloux de Kerensky !!!
Simon se rendait au bunker. Il devait étudier le dossier d'une jeune femme que le groupe était sur le point d'engager comme hôtesse d'accueil. Il espérait qu'elle n'avait rien à se reprocher car elle était très à son goût sur la photo de son CV !
Dans l'ascenseur il rencontra Joy. Il était tenté depuis quelques jours de la bombarder de questions mais s'était retenu. Il ne voulait pas empiéter sur sa vie privée. En fait, Largo lui avait interdit de poser la question car la réponse lui faisait peur. Mais la tentation était trop forte pour le pauvre Simon et il décida d'attaquer de front :
- Comment est-il ?
Joy le regarda perplexe. De quoi pouvait-il bien lui parler ? Est-ce que c'était une question piège ?
- Qui est comment ?
- Le type qui te met dans cet état !
- Comment ça, quel état ?
- Allons, ne fait pas l'innocente ! Ca se voit comme le nez au milieu de la figure! Tu as un mec et ne vas pas nier.
Joy était surprise par ce qu'il venait de dire. Elle qui pensait avoir été discrète ! Mais manifestement Simon avait un don d'observation assez développé. Il fallait dire que dans la catégorie fouineur il se tenait là !
Ce qui la rassurait, était que manifestement, il ne savait pas qui était son amant sinon il ne l'aurait pas loupée et aurait fait de sa vie un enfer. Elle avait deux possibilités : nier et Simon ne l'aurait pas lâchée jusqu'à la rendre folle ou avouer. Dans les deux cas, il faudrait qu'elle et Kerensky se montrent plus prudents. Pour une obscure raison, elle ne voulait pas que Largo le sache.
- Et bien pour te faire plaisir, je ne vais pas nier. J'ai effectivement quelqu'un.
- C'est vrai j'avais raison !
Il poussa un grand cri de triomphe. Heureusement, l'ascenseur était vide.
- Simon, arrête tes pitreries !
- D'accord mais tu me dis tout. On le connaît ? Il est comment au lit ? Comment fait-il pour te supporter ? Je veux tout savoir.
- Il s'appelle John Doe (1), c'est un dieu au lit et contrairement à ce que tu sembles croire, je suis quelqu'un de très calme et de très gentil. Si tu ne me crois pas sur ce point, pour te le prouver, je peux te casser le bras avec tellement de douceur que tu ne sentiras presque rien !
D'un seul coup, Simon n'eut plus envie de poursuivre la discussion. L'ascenseur ne comportait pas d'endroits où se cacher et en plus il n'y avait pas de témoins. Ils arrivaient justement à destination. Simon se précipita hors de l'ascenseur.
A peine arrivé dans le bunker, il se sentit plus en sécurité.
- Tu ne connais pas la dernière Kerensky. Joy s'est trouvé un mec !
Joy lui donna un coup dans l'épaule.
- Simon, la ferme…
- Aïe ! Mais ça va pas! Quand tu m'en as parlé, tu ne m'as pas dit que c'était un secret !
- En fait, Simon, quand TU m'as tiré les vers du nez, je pensais que ça resterait entre nous !
Chose étonnante, Kerensky prit la défense de Simon.
- Laisse le Joy. Tu n'avais qu'à lui dire clairement ce que tu attendais de lui. Mais maintenant que je sais, raconte. Est-ce que c'est une bête de sexe ?
Joy sourit en entendant la question.
- C'est le meilleur !
Même s'il était content de la réponse, Georgi ne laissa rien paraître.
- J'en conclus que ce n'est pas Simon !
- Hé là ! Ca ne va pas de dire des choses pareilles ! Si quelqu'un passait par-là et entendait les ragots que vous essayez de colporter sur moi…
Joy éclata de rire. Largo entra dans le bunker à ce moment là.
- Qu'est ce qui se passe ici ? Qu'est ce que Simon a encore fait ?
Simon était outré. Même son pote était contre lui !
Kerensky redevint professionnel aussitôt. Il avait des choses à leur annoncer.
- Big Boss, tu tombes bien. Comme tu le sais, l'enquête sur la tentative de meurtre dont tu as été la victime au Togo n'avance pas d'un pouce. Aussi j'aimerais me rendre sur place pour voir par moi-même où en sont les recherches et aller creuser de mon côté.
- Est-ce que c'est bien utile ? Leur tentative a échoué et depuis il n'y a rien eu d'inquiétant. Je crois que c'est une perte de temps, ceux qui ont voulu ma mort ont dû laisser tomber.
- J'en doute. Je pense qu'ils sont juste en train de monter un autre coup et qu'ils attendent le bon moment.
Joy approuva ce que venait de dire Georgi.
- Kerensky a raison Largo. Il faut trouver le coupable au plus tôt.
- Si vous êtes tous les deux du même avis, je ne vois pas ce que je peux dire. Tu pars quand et pour combien de temps ?
- Ce soir, j'ai déjà réservé le jet. J'espère que dans une semaine j'aurai une piste sérieuse.
(1) Dans les séries TV, lorsqu'un type est retrouvé mort et qu'on ignore son nom on l'appelle John Doe. En gros, ce que veut dire Joy c'est : Tu ne le sauras pas!
