Cela faisait maintenant deux jours que Largo savait pour le petit ami de Joy. Simon s'était empressé de lui raconter tout ce qu'elle lui avait confié.
La première fois que Simon lui avait fait part de ses soupçons, il avait refusé d'y croire. Mais maintenant c'était une certitude. Pas moyen de faire autrement que de l'accepter. En fait, une de ses plus grandes craintes s'était réalisée. Il était en train de la perdre. Elle allait tôt ou tard épouser ce type, changer de métier, couper les ponts. Bientôt, il ne la verrait plus.
Il s'était rendu compte de ce qu'il ressentait réellement pour elle lorsqu'elle avait pris une balle à Montréal. A ce moment là il croyait qu'elle n'était qu'une amie. Une amie qui l'attirait physiquement mais rien de plus. C'est fou comme on pouvait se leurrer des fois ! Il avait eu très peur en la voyant étendue sur le sol de ce hangar et pendant sa convalescence il s'était rendu compte de la véritable nature des sentiments qu'il éprouvait pour elle. Elle lui avait trop manqué, elle, son sourire, son parfum, ses coups de gueule, cette manie qu'elle avait de venir s'asseoir sur le bord de son bureau, sa seule présence. Même la meilleure des amies ne pouvait pas vous manquer autant, il y avait forcément autre chose. Et cette chose s'appelait l'Amour !
Quand elle était revenue travailler il avait tenté sa chance. Il ne pouvait risquer de la perdre. Il y avait été en douceur, pour ne pas lui faire peur et lui laisser le temps de s'habituer.
Seulement, elle avait été moins que réceptive. Dès qu'il faisait un pas en avant, elle en faisait deux en arrière. Elle s'était montrée très professionnelle et avait cessé de le fréquenter en dehors du boulot. Il lui avait été impossible de l'inviter au ciné ou au restaurant. Il avait perdu son amie.
Simon avait bien remarqué que Joy évitait Largo et du coup lui aussi. Il avait même été jusqu'à dire que Largo était responsable, qu'il ne se montrait pas assez gentil et prévenant avec elle !
Au bout de quatre mois, voyant que la situation empirait toujours entre elle et lui, Largo avait battu en retraite. Il avait recommencé à sortir avec d'autres filles, il essayait de se comporter comme il l'avait toujours fait. Il espérait qu'elle allait redevenir comme avant. Il ne voulait pas la perdre et il se contenterait de son amitié. Mais il avait fallu deux mois après ça à Joy pour redevenir celle qu'il avait toujours connue.
Il fallait qu'il tente encore une fois sa chance. Il ne pouvait pas la regarder partir sans se battre.
- Qu'en pensez-vous Largo ? lui demanda Cardignac.
Largo revint sur Terre. Il était en plein conseil d'administration ! Il fallait qu'il se concentre un peu plus et qu'il ne laisse pas ses pensées interférer avec son travail.
Que lui voulait Cardignac ? En fait, il n'en avait aucune idée et tenta sa chance avec une feinte.
- A votre avis Michel !
- Mais ce n'est pas possible ! S'indigna le PDG de la Winch Air. Je suis sûr que vous êtes contre ce projet uniquement parce que je le soutiens !
Sullivan vint en aide à Largo sans le savoir :
- Je crois Michel, que ce que veut dire Largo c'est qu'il pourrait être de votre avis mais il lui faudrait avoir des informations plus sérieuses que des rumeurs et des spéculations. Sur ce, je crois que la séance est levée.
Largo se hâta de sortir de la salle du conseil pour foncer au bunker : Cardignac avait l'air de ne pas vouloir clore la séance sur un refus !
Simon et Joy étaient en train de se disputer.
- Mais c'est pas possible d'être borné à ce point ! Ca vient de quoi ? Du fait que tu sois une femme, un ancien agent des services secret ou alors des deux ?
- Je ne suis pas bornée. J'ai raison et je ne vois pas pourquoi j'abonderais dans ton sens puisque tu as tord !
- Excusez-moi les enfants, mais pourrais-je savoir quel est le problème ? Intervint Largo.
- Il n'y a aucun problème, lui répondit Joy.
- Bien sûr qu'il y a un problème ! Joy me soutenait à l'instant que Han Solo est le héros de Starwars et que sans lui il n'y avait aucune raison qui justifiait la nouvelle trilogie ! Tu te rends compte de l'absurdité de la chose ! De la façon dont elle parle de Starwars !
- Bien sur que je m'en rends compte. Mais rassure-toi Simon, elle a tout faux. C'est la princesse Leïa l'héroïne, tout le monde sait ça !
Simon resta sans voix. Comment résumer la grandeur de Starwars à deux héros ? Le comportement de ses amis était tout bonnement anti-américain ! Même lui qui était Suisse n'osait pas proférer de telles choses. Ils avaient dû trop fréquenter Kerensky !
Largo pris un stylo et frappa sur le bureau pour avoir leur attention avant que Simon ne leur ressorte le grand couplet sur « Starwars, un symbole de la grandeur de l'Amérique »
- Madame, monsieur, votre attention s'il vous plait. Ce soir je vous invite pour une soirée tranquille : restau puis ciné. Le reste de la soirée sera décidé en temps et en heure.
A l'attention de Joy, il ajouta :
- Et je n'admettrais aucun refus.
- C'est que ce soir j'avais…commença Joy mais Largo ne la laissa pas terminer
- Joy, pour un soir seulement. Il pourra bien se passer de toi ! Ca fait une éternité que nous ne sommes pas sortis tous ensemble.
Il se sentit obligé d'en rajouter pour la faire craquer :
- Je ne veux pas me coltiner Simon tout seul !
Elle cacha son sourire devant l'air offusqué de Simon.
- Entendu, je passe un coup de fil.
Elle prit son portable et sorti dans le couloir. Elle n'avait personne à appeler mais de cette façon elle pouvait donner le change.
- Dès qu'elle ferma la porte, Simon exprima tout haut ce qu'il pensait tout bas.
- Je trouve que ça n'est pas très gentil ce que…
- Ecoute Simon, le coupa Largo, je ne sais pas comment te le dire alors je vais y aller franchement. Je ne veux pas que tu viennes avec nous ce soir. Tu te débrouilles comme tu veux mais je veux que tu ais un empêchement.
- Oh ! Je vois. Monsieur se décide. La demoiselle va venir sans méfiance à une soirée entre copains mais là, surprise, tu vas lui sortir le grand jeu ! T'en fais pas mon pote, je ne vais pas gâcher tes plans.
Plus tard dans la soirée, quand Joy arriva au penthouse, elle remarqua immédiatement l'absence de Simon.
- Mais qu'est ce qu'il fait ? On va arriver en retard.
- Il m'a téléphoné juste avant que tu arrives. Il m'a dit de ne pas l'attendre, il nous rejoindra au restaurant.
- Comment s'appelle-t-elle ?
Largo sourit à cette question. C'est vrai que de la part de Simon, ça ne pouvait être que ça. Et dire qu'ils avaient pensé qu'elle ne mordrait pas !
- Il ne m'a pas donné son nom.
- Ca se trouve, il ne le connaît même pas !
- Allons Joy. Ne dit pas de telles choses !
Il lui présenta son bras et ils se dirigèrent vers la sortie.
Ils passèrent une soirée absolument parfaite. Après le ciné, ils allèrent se promener dans les rues de New York et parlèrent un long moment de tout et de rien.
Il était plus de 2h quand ils retournèrent au groupe W. Largo appela un taxi pour Joy. Elle avait refusé qu'il la ramène chez elle. Qui allait assurer sa protection à lui sur le chemin du retour ? Largo trouvait que ce petit détail n'était pas très romantique mais que voulez-vous, si Joy était son garde du corps c'était tout simplement parce qu'elle était la meilleure !
Quand le taxi arriva, il lui ouvrit galamment la porte et avant qu'elle ne s'engouffre à l'intérieur il lui prit la main, la baisa et lui dit :
- Je te remercie pour cette merveilleuse soirée.
- Elle a été très bien pour moi aussi. Merci et bonne nuit Largo.
Le taxi démarra et Largo le regarda s'éloigner un moment avant de regagner son appartement.
Joy regardait le plafond de sa chambre fixement. Elle n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle ne savait pas quoi penser de sa soirée. Largo s'était montré adorable. Elle aurait presque pû croire qu'il lui faisait du charme ! Seulement tout ceci allait à l'encontre des résolutions qu'elle avait prises après avoir été blessée à Montréal. Pendant sa convalescence elle avait eu énormément de temps pour réfléchir. Tout ce qu'avait dit ou fait Largo après avoir vu la photo de son père l'avait blessé. Et si elle avait été blessée c'est parce qu'elle était trop proche de lui, trop habituée à ce qu'il lui parle comme à une amie et non pas comme à une employée. Seulement c'est ce qu'elle était, une simple employée et ça, elle l'avait oublié. La façon dont lui avait parlé Largo lui avait bien rappelé ce détail. Et c'est pourquoi, après sa guérison, elle avait essayé de se cantonner à ce rôle : elle n'était que le garde du corps de Monsieur Winch. Elle avait essayé de ne plus être son amie. Elle avait lamentablement échoué !
Et puis il y avait Kerensky. Il était merveilleux. Elle avait été surprise de constater à quel point cet homme qui se montrait toujours si froid pouvait être attentif et attentionné. Et pas seulement pendant l'amour ! En fait, elle pourrait facilement tomber amoureuse de lui. Peut-être même que c'était ce qu'elle était en train de faire !
Elle s'endormit sur cette pensée.
