Chapitre 9

Arrivé au Togo Kerensky n'eut aucun mal a trouvé un interprète (le français est la langue officielle du pays). Lui-même avait quelques notions de français et il pourrait savoir si le gars qu'il venait d'embaucher lui traduirait correctement ce qu'il aurait à traduire ou s'il dissimulait des informations. Georgi était bien conscient que cette façon de penser était paranoïaque mais que voulez-vous, on reste un agent toute sa vie, qu'on démissionne ou pas.

Il savait que les policiers qui travaillaient sur cette affaire avaient réussit à identifier l'un des hommes qui avait été abattu et que cette piste ne leur avait rien appris. Il décida de commencer ses recherches dans cette direction. Il aurait peut être plus de chance qu'eux. Aussi il se rendit au commissariat pour obtenir le dossier du macchabée. Les enquêteurs le lui donnèrent sans faire d'histoires. Il fallait dire que la politique du pays était de tout faire pour faciliter l'implantation d'industries étrangères. Aussi quand l'un des PDG qui était susceptible de traiter des affaires avec eux était pris pour cible, il était dans leur intérêt que les coupables soient appréhendés au plus tôt.

Kerensky apprit ainsi l'adresse du mort. Il se rendit sur place avec son interprète et tous deux firent le tour des voisins pour essayer de trouver une nouvelle piste.

Lorsqu'elle sut pourquoi ils voulaient des renseignements, la voisine du dessous les fit entrer chez elle. Son mari et son fils avaient eux aussi été tués lors la fusillade et tout ce qu'elle souhaitait, c'était les venger. Elle n'en voulait pas à ceux qui les avaient descendus, non, elle en voulait au type qui les avait engagés.

Son mari venait de perdre son emploi et il s'inquiétait de la survit de sa femme et de ses cinq enfants. Aussi quand il avait appris par le voisin du dessus qu'un homme offrait du travail et qu'il payait 200$, il avait vu une excellente opportunité. Il avait emmené son fils aîné avec lui : deux parts valaient mieux qu'une. Ils n'étaient jamais revenus et quand elle avait appris pour la fusillade, elle n'avait pas osé aller réclamer les corps à la police de crainte d'avoir des ennuis.

La providence voulait que la femme ait croisé plusieurs fois l'homme que recherchait Kerensky quand il se rendait dans l'appartement du dessus ou qu'il en repartait. Il était grand : 1m80, 1m90 ; il avait les cheveux noirs très courts et les yeux bleus, il faisait jeune : environ 30 ans. Elle savait par son mari qu'il était Américain.

Avant de partir Kerensky lui donna tout le liquide qu'il avait sur lui. Officiellement c'était pour payer les informations que la femme était de toute façon prête à donner gratuitement. Officieusement il pensait qu'elle allait en avoir besoin : élever seule 4 enfants n'allait pas être facile. De toute façon, il n'avait plus besoin de cet argent. Il rentrait aux USA.

Il savait maintenant où chercher. Il allait devoir éplucher tous les visas délivrés pour le Togo pour une période donnée. La tâche ne serait pas herculéenne car les tensions qui avaient eu lieu dans le pays dix ans auparavant faisaient que le Togo, aujourd'hui encore, n'était pas très fréquenté par les touristes. Ensuite, il ne lui resterait plus qu'à isoler les suspects potentiels d'après leur photo. Il enverrait des photos à la femme pour qu'elle l'identifie. Ce type n'avait sûrement pas de faux papiers, c'était un amateur. On n'embauchait pas un maçon au chômage et son fils de 12 ans pour tuer un homme aussi protégé que Largo Winch !

C'est donc confiant que Kerensky rentra à New York après une absence de quatre jours.

Quand il arriva au bunker il commençait à être tard mais Joy était encore présente. Il alla l'embrasser longuement avant de s'asseoir derrière son ordinateur. Elle lui avait manqué pendant ces quelques jours. Et comme elle avait sincèrement l'air contente de le voir, il espérait qu'elle aussi s'était languit de lui.

Tiens ! Est-ce qu'il était en train de s'attacher ?

Joy ne lui laissa pas le temps de s'asseoir qu'elle le bombardait déjà de questions. Il avait bien sûr envoyé des mails régulièrement mais pas aussi approfondis qu'elle l'aurait aimé. Tout ce que contenait le dernier c'était : « J'ai une piste, je rentre ». Ca l'avait presque rendu folle. Elle était sûre qu'il avait envoyé ce mail exprès pour exercer sa patience. Elle savait être patiente : quand il s'agissait de supporter les galas auxquels participaient Largo, quand il fallait faire des recherches, des surveillances, traquer une proie… Mais quand un ami avait une information et refusait de la donner, elle devenait enragée. Les gens qui en disaient trop ou pas assez la mettaient hors d'elle. Aussi quand Kerensky lui dit qu'il préférait attendre le lendemain pour que Largo et Simon soient présents quand il annoncerait ce qu'il avait trouvé, elle crut qu'elle allait lui sauter à la gorge.

Kerensky avait dû le sentir car il lui raconta toute l'histoire. Tant pis, il se répéterait pour les absents.

Lorsque le Russe lui eut dit tout ce qu'il avait appris, Joy fut soulagée.

Elle pensait comme lui : l'Américain ne pouvait être qu'un amateur. En plus il ne devait pas avoir de gros moyens : on ne paye pas 1000$ (200$5 personnes !) des inconnus pour faire un tel boulot. Les chances d'un second attentat contre Largo étaient minimes.

Ce qui la soulagea le plus c'est que la mère du petit ne lui en voulait pas. De toute façon, elle s'en voulait bien assez pour deux. Le petit. Il ne fallait plus qu'elle l'appelle comme ça. Elle connaissait désormais son nom. Kerensky s'était bien renseigné, il savait que ça lui tenait à cœur.

Le jeune garçon s'appelait Komi, Komi Walla.