La sécurité avait été renforcée autour de Largo. Joy avait insisté et son patron, bien que tout d'abord réticent, avait fini par céder. Comme son garde du corps le lui avait fait remarquer, Williamson n'avait plus rien à perdre. Il avait été démasqué et il risquait d'exercer des représailles, même au péril de sa propre vie.
Kerensky était d'avis que le temps jouait en leur faveur. Il pensait, et Joy approuvait, que ce type finirait par faire une erreur. Williamson n'était pas préparé pour vivre traqué, il avait fui sur une impulsion. Il avait eu beaucoup de chance mais maintenant il était aux abois et devait, sans aucuns doutes, être terrorisé. C'était un peu comme la chasse : il arrivait que le chasseur passe à côté du cerf sans le voir. Seulement, la bête étant paniquée, elle fuyait et révélait ainsi sa présence. Il ne restait alors plus qu'à viser et à tirer. Georgie comptait bien qu'une telle chose allait arriver mais il devait avouer qu'il était étonné que « sa proie » ait déjà tenu une semaine sans faire d'erreurs.
- Bon sang ! S'exclama Joy. Tu ne vas pas me dire que tu es obligé de t'y rendre. Signe un chèque et n'en parlons plus.
- Tu sais bien que je ne peux pas le faire. Ma présence à cette soirée est fondamentale. Ca va faire une grosse pub à cette association et du coup elle récoltera beaucoup plus de fonds.
- Et bien, pour compenser, tu n'as qu'à leur signer un plus gros chèque !
- Ca ne marche pas comme ça et tu le sais. Cardignac a faillit faire une crise cardiaque quand il a appris la somme qu'offrait le Groupe à cette association. Je ne peux pas donner plus.
- Mais..
- Et tu ne vas pas me dire que le sort de tous ces orphelins de guerre te laisse de marbre.
- Non, bien sûr, mais je tenais…
- Tu es la meilleure !
Il la serra fort dans ses bras et quitta bien vite le bunker avant qu'elle n'ait le temps d'argumenter.
Kerensky avait assisté à toute la scène sans un mot, les bras croisés.
- Je crois que tu viens de te faire avoir. Fit-il remarquer à Joy.
- Je sais et j'ai horreur quand il fait ça.
- Que veux-tu, c'est le boss !
- Oui, mais j'ai l'impression qu'il ne prend pas vraiment la menace au sérieux et ça m'inquiète. Même Simon a l'air plus impliqué que lui !
- C'est pour ça qu'on est là : pour qu'il ne s'inquiète de rien et qu'il fasse sa vie ! Il a d'ailleurs engagé les meilleurs pour sa sécurité !
Joy s'assit dans son fauteuil avec une moue boudeuse.
- Je sais, mais ce n'est pas une raison !
La soirée de charité devait commencer à 20h00.
Largo avait tout de même fait une concession. Il quitterait la soirée tôt : avant minuit. Simon, bien sûr, avait trouvé que cette histoire faisait très Cendrillon. Joy n'avait pas trouvé sa réflexion très drôle.
- Allons ma belle, relaxe. Largo va se faire prendre en photos avec toutes les vieilles femmes de la soirée, faire la court aux journalistes, signer un gros chèque et retourner bien gentiment à la maison. Aussi simple que bonjour.
- Je n'aime pas ça Simon. Il ne devrait pas faire ce genre de choses quand un psychopathe en liberté veut sa mort.
Elle avait un mauvais pressentiment sur cette soirée. Il fallait qu'elle refasse encore une fois le tour de la salle pour s'assurer que tout allait bien. Elle quitta Simon en lui recommandant pour l'énième fois de bien ouvrir les yeux.
Kerensky était lui aussi de la partie. Joy lui avait demandé d'assister à la soirée : l'avoir sur le coup la rassurait. Elle n'avait pas eu à insister car, tout comme elle, il sentait que quelque chose se tramait. C'était le genre de sensations auxquelles il faisait très attention car elles lui avaient souvent sauvé la vie auparavant. Il était pressé d'en finir.
Largo quitta la soirée à 23h30.
Dans la voiture qui les ramenait au Groupe W Simon ne put s'empêcher de faire remarquer à ses amis à quel point ils avaient été trop paranoïaques. Il refusait de l'avouer mais ils avaient réussi à lui faire peur. Durant la soirée, il avait tellement été occupé à ouvrir les yeux qu'il en avait oublié de draguer les jolies filles.
- Vous voyez, vous vous êtes fait trop de bile. Tout s'est déroulé à merveille. Il faut dire que j'étais là pour superviser le boulot !
- Simon, tu ne peux pas la fermer ! Fut la réaction de Joy à son monologue.
- Elle a raison, ferme-la !
Voilà que Kerensky était contre lui aussi. D'habitude, ce genre de détails ne l'empêchait pas de continuer mais les deux agents étaient encore tendus. Simon en était parfaitement conscient et c'est pourquoi il n'en rajouta pas.
Le reste du trajet se fit dans le silence le plus total.
La Limousine alla se garer à sa place. Joy sortit la première, suivie de Largo. La soirée allait finalement se terminer à merveille. Pour une fois, Simon avait raison et elle en était même heureuse : ils avaient été trop paranoïaques !
A peine avait-elle pensé ça que des coups de feu retentirent. Largo poussa un cri et s'effondra au sol. Il avait été touché. Joy, qui avait plongé au sol par réflexe, n'avait pas le temps de vérifier son état. Il avait l'air encore en vie, c'était tout ce qui comptait. Il fallait tout d'abord mettre hors d'état de nuire le type qui était encore en train de les canarder. Heureusement, il y avait une voiture entre eux et le tireur, ils étaient un peu protégés.
Kerensky et Simon avaient rejoint Joy en prenant garde de ne pas laisser dépasser leur tête. Le chauffeur de la Limousine s'était couché comme il avait pu sur le sol de la voiture.
- Bon sang ! Comment-a-t-il fait pour entrer dans le parking ? Demanda Simon.
- Je crois que pour l'instant, c'est le cadet de nos soucis ! Il faut le contourner. Kerensky, sur la droite. Je prends la gauche et Simon, tu nous couvres.
Bien qu'étant le chef de la sécurité, Simon n'avait rien contre le fait que Joy prenne les choses en main. Avant que les anciens agents ne s'élancent chacun de leur côté Simon se mit à tirer en direction de la voiture d'où venaient les coups de feu. L'homme, qui devait probablement être Williamson, s'en servait comme d'un bouclier.
A peine Simon avait-il vidé son arme que les coups de feu adverses reprenaient et toujours dans sa direction. Il y avait fort à parier que le tireur n'avait pas vu Joy et Kerensky se déployer.
La fusillade se poursuivit encore quelques minutes quand Simon entendit un coup de feu venant de sa droite. Le silence se fit aussitôt. Le Suisse ne savait que faire : Se lever pour voir ce qui se passait au risque de prendre une balle ou attendre de voir si les coups de feu allaient reprendre. Kerensky lui simplifia le choix.
- Il est mort. Je crois qu'on lui a mis du plomb dans la cervelle, au propre comme au figuré ! Pour information, on vient de retrouver Williamson.
Joy était soulagée. Largo n'avait plus rien à craindre de ce type. Largo !!
- Largo ! S'écria-t-elle en se précipitant à côté de la voiture.
Simon était déjà aux côtés de son ami.
- T'en fais pas Joy. Il n'a rien. Il a reçu la balle dans le gras du bras !
Largo, bien que fortement sonné, n'était pas tombé dans les pommes. Il ne put s'empêcher de commenter ce que son ami venait de dire.
- Saches Simon, qu'il n'y a pas de gras dans mon bras. C'est tout du muscle !
Il accompagna ce qu'il venait de dire par une grimace. Qu'est-ce que ça pouvait faire mal !
La sécurité arriva à ce moment là. On leur demanda d'appeler une ambulance et la police.
Joy était rassurée. Elle n'avait jamais eu aussi peur de sa vie. Elle ne voulait pas le perdre, ni comme ça, ni d'une autre manière ! Il fallait qu'elle arrête de se mentir : Largo était beaucoup plus qu'un ami. Seulement voilà, il y avait Kerensky et ce qu'elle ressentait pour lui n'était pas très clair. Elle voulait se laisser une chance avec lui ; elle en avait tant appris sur lui ces deux derniers mois et tout ce qu'elle avait découvert lui avait plu. Il fallait voir ce que ça allait donner entre eux.
Kerensky, justement, avait observé la scène de loin et les réactions de Joy lui en avaient beaucoup appris. Il avait toujours sut qu'elle éprouvait quelque chose pour Largo. Il le savait même mieux qu'elle ! Mais ce soir, en la regardant bien, il savait qu'elle s'était décidée à ouvrir les yeux. Il était sûr qu'ils pourraient continuer leur histoire tous les deux et probablement jusqu'à la fin de leur vie : ils étaient semblables sur tant de choses et leurs différences se complétaient à merveille. Mais qui était-il pour s'opposer au grand amour ? Il devait rompre avec Joy pour qu'elle ait une chance avec Largo. Mais avant, il devait avoir une discussion sérieuse avec ce dernier !
La police et l'ambulance arrivèrent en même temps. Joy accompagna Largo à l'hôpital pendant que Kerensky et Simon donnèrent leurs dépositions aux policiers.
