Avec patience et douceur malgré toutes les émotions qui le tenaillaient, Derek exposa la situation à l'humain angoissé qui, malgré tout, s'accrochait à lui avec ferveur et panique. Stiles ne le disait pas mais malgré ce qu'il considérait comme un devoir, il était terrifié à l'idée de retourner en bas. De faire face à cette meute devant laquelle il ne pouvait plus faire semblant. Il était trop abîmé pour faire appel à l'assurance nécessaire qu'il fallait pour mentir efficacement. Et puis, Derek… Il avait détruit ses maigres défenses une à une et Stiles savait pertinemment qu'accepter sa tendresse était comme un point de non-retour. Tant qu'il se défendait, tant qu'il le repoussait, il pouvait encore revenir en arrière et tenter de maintenir le secret. Mais plus maintenant. Il avait craqué, bordel… Craqué et ne se sentait plus capable de rien.

Pas même de refuser la proposition de Magnus. Plus que cela : elle devenait vitale. Alors, il assura simplement à Derek que le sorcier était un homme bon en qui il avait confiance. Même si cette idée ne plaisait pas réellement au loup, il n'avait pas vraiment d'autre choix que de respecter celui de Stiles qui, bien vite, abandonna réellement son idée première, qui consistait à continuer d'assister à la réunion malgré tout.

Ainsi, Derek rappela Magnus, sans jamais desserrer son étreinte sur le corps de l'hyperactif. Tendu comme un arc, il suivit les indications du sorcier à la lettre. A la moindre menace, il sortirait les griffes. Pour l'instant, il choisit de faire confiance à son presque amant, mais il n'hésiterait pas à employer la force pour le protéger si la situation l'exigeait.

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De sa vie, Derek n'était jamais allé à Brooklyn. En fait, il n'avait jamais emprunté de portail magique non plus et la chose était réellement bizarre. Le loup n'aimait pas les frissons qui n'arrêtaient pas de courir sur sa peau, même trente minutes après son arrivée. C'était… Déroutant. Terrifiant, aussi, mais ça, il n'irait pas l'avouer à voix haute.

Pas alors que Stiles s'était enroulé dans une couverture et allongé sur le canapé luxueux du salon tout aussi luxueux de cet appartement… Luxueux. Impossible de douter des moyens de Magnus Bane : le sorcier était loin d'être à plaindre et détonnait parmi les clichés qu'il avait en tête. Derek avait souvent entendu des légendes, et le peu de sorciers qu'il avait rencontrés étaient décharnés, sans le sou, malveillants… Alors forcément, il s'était méfié, et il continuait de le faire. Mais il avait accepté de se fier au jugement de Stiles qui semblait bien plus à l'aise ici qu'au loft. Il avait gardé ce foulard autour du cou, cet étrange foulard, mais son odeur s'était grandement allégée. Elle était toujours dominée par la peur, en bien moins grande quantité toutefois. Et ça, ça n'avait pas de prix. Bien sûr, Derek s'était empressé d'envoyer un message à son oncle pour que celui-ci transmette à la meute que lui et Stiles étaient partis et qu'ils pouvaient reprendre la réunion malgré tout. Il ne lui avait pas précisé comment ils avaient pu s'en aller, ni où. Et puis de toute manière, Peter y croirait-il ? Croirait-il réellement à la vérité ? Que son neveu avait pris des photos de sa chambre avant de les envoyer à un inconnu qui, quelques secondes après, avait ouvert un portail en plein milieu de la pièce ? Leur départ avait été aussi soudain qu'indétectable.

- Mon nouvel invité désire-t-il quelque chose à boire ? S'enquit Magnus Bane en débarquant dans le salon.

Derek fronça légèrement les sourcils – un peu plus que d'ordinaire, en somme. Le sorcier avait une allure et une démarche élégantes. Il était un personnage à lui tout seul : fantasque, classe et précieux, à n'en point douter. Le loup secoua la tête. Non, il n'était pas à l'aise avec lui, pas alors qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de le tester avec une discussion. Pour l'instant, il ne lui faisait absolument pas confiance et ne voulait absolument pas prendre le risque de se retrouver neutralisé physiquement alors que Stiles pouvait avoir besoin de lui à tout moment. Pour les pouvoirs du bougre, c'était autre chose. Ses griffes étaient toujours là, prêtes à sortir. Derek se tenait prêt à intervenir à n'importe quel moment.

Magnus ne se démonta pas suite à son refus : il garda ce sourire mutin qui lui était propre et se passa une main dans ses cheveux, dans un geste pour se recoiffer.

- Dans ce cas… J'ai quelques potions à réaliser, des… Commandes de clients fort impatients. Fais comme chez toi : Mieczyslaw a déjà pris ses marques, tu n'as plus qu'à faire de même. En cas de souci, je serai dans le bureau au fond du couloir.

Magnus précisait cela uniquement pour la forme. En réalité, il était parfaitement conscient que Derek pouvait le retrouver à l'odeur, l'odorat des loups-garous étant particulièrement développé. Il le mettait simplement à l'aise, dans la mesure du possible. L'attitude de son invité ne l'étonnait pas le moins du monde et il respectait le fait qu'il puisse avoir besoin de temps. Dans le fond, ce n'était pas si mal : Stiles et lui auraient ainsi l'occasion de discuter, de se retrouver. Quoi qu'en dise l'hyperactif, il en avait besoin. La solitude l'avait aidé un temps, mais il fallait avancer et Stiles… Avait besoin de retrouver ceux qu'il aimait. S'il était encore un peu tôt pour qu'il se familiarise à nouveau avec tout le monde, commencer par l'homme avec qui il entretenait une forme de liaison n'était pas une mauvaise idée. Au vu du comportement hargneux et protecteur de Derek à son égard, Magnus sut qu'il avait pris la bonne décision en le laissant venir. De toute manière, ce n'était pas comme si le loup allait accepter qu'on lui enlève à nouveau le châtain… C'était quelque chose qu'il avait vu dans ses yeux et qui, dans un sens, le rassurait.

Magnus voulait que son petit protégé remonte la pente et il était certain qu'il y arriverait. La présence d'un visage connu et adoré l'aiderait sans doute à accélérer le processus. Sur ces pensées, il alla s'enfermer dans son bureau. Ce n'était pas tout ça, mais il avait du travail.

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Stiles était fasciné par le feu magique qui brûlait sans fin dans la cheminée. Il l'était depuis le début et n'avait pas manqué de préciser à Derek l'origine de ces flammes, aussi surnaturelle qu'impressionnante. Derek qui, bien que perplexe, se demandait maintenant ce qu'il pouvait faire. Il était clair que l'hyperactif s'était détendu. La crise d'angoisse était loin et son odeur s'en retrouvait plus légère, sans l'être complètement. Mais ce qui déplaisait au loup, c'était la fragilité qu'il décelait dans chacun de ses mots, chacun de ses gestes, chacune de ses attitudes. Comme si sa confiance en lui était définitivement brisé et que le moindre écart lui faisait peur. En fait, c'était encore plus flagrant que lorsque l'hyperactif était arrivé au loft. Là, il ne se retenait pas, agissait et parlait naturellement, ce qui rendait ces changements d'autant plus abrupts à constater. Stiles n'était plus dans le contrôle et ce n'était pas des plus rassurants. Derek ne savait pas ce qu'on lui avait fait, mais il continuait d'enrager intérieurement. D'instinct, et parce qu'il se trouvait près de lui, le loup entoura sa taille de ses bras. Si au départ, Stiles se crispa, il se détendit bien vite. De son côté, Derek serra les dents. Autrefois, jamais Stiles ne se serait tendu à son contact et pourtant… Il n'avait pas toujours été très tendre avec lui. Et là, depuis cet évènement dont il ne connaissait ni la nature ni la teneur, Stiles était méconnaissable, se crispant pour tout et n'importe quoi. Derek posa son menton sur l'épaule de l'hyperactif et lui dit doucement :

- Avec moi, tu n'as pas à avoir peur.

Le timbre de sa voix était grave, chaud. Un timbre agréable qui poussa l'hyperactif à fermer les yeux un instant et se pelotonner contre Derek. Malgré ce qui lui était arrivé, il était incapable de le repousser et découvrait graduellement à quel point ses étreintes lui avaient manqué. A quel point il en avait besoin. Oh, bien sûr, il continuait d'avoir honte et se disait qu'il n'avait pas à se montrer ainsi devant l'homme qui avait son cœur entre ses mains… Mais il n'arrivait pas à faire autrement. Il était épuisé et cet épuisement le poussait à lâcher prise à ce niveau-là. La réunion l'avait vidé de ses forces mentales. Stiles soupira : comment avait-il pu croire un seul instant qu'il réussirait à tenir le coup ? Il n'en était pas capable, ne l'avait jamais été. Magnus le savait, il avait essayé de l'en dissuader – sans trop forcer toutefois, car il tenait à respecter sa décision. Mais Stiles aurait dû savoir qu'il n'y arriverait pas. Il avait désiré penser qu'il allait mieux, qu'il était capable de se refamiliariser avec certains aspects de sa vie.

Que nenni.

- Je sais, souffla-t-il.

Oui, il était parfaitement conscient qu'il n'avait pas à avoir peur du loup qui le tenait aussi tendrement contre lui. En temps normal, l'hyperactif se serait sans doute appesanti sur cette douceur et aurait même vanné Derek car il n'avait toujours fait qu'entrevoir cette facette de lui. Jamais elle ne lui avait été présentée aussi simplement, aussi directement. Et pourtant, juste parce qu'il allait mal, il ne releva pas complètement la chose, du moins pas au point de la verbaliser. Il y pensa de longues secondes, sans jamais faire de remarques. Il n'avait plus le cœur à rire depuis un moment.

- C'est pas ta faute, Der, je… C'est plus fort que moi. J'ai du mal maintenant, avec… Avec les contacts.

Son filet de voix fébrile atteignit les oreilles du loup, qui serra davantage son étreinte sur son presque amant. Derek, d'ailleurs, le mit à l'aise :

- Si tu veux que je te lâche…

- N-non, refusa aussitôt l'hyperactif en rouvrant les yeux. Non… Toi, ça va…

Mais ses mots ne sonnaient pas ainsi aux oreilles de Derek, qui avait l'impression que son cœur allait exploser devant une telle vulnérabilité. Jamais il n'avait vu son humain ainsi fragile, ainsi démuni. Et il avait mal, mal de le voir ainsi. Mal parce que Stiles venait de lui faire comprendre indirectement que son contact lui faisait du bien. Malgré tout, il restait honnête et s'il voulait vraiment limiter leurs contacts, il l'aurait fait. Or, s'il refusait qu'il le lâche, cela signifiait qu'il désirait ledit contact. Son animal intérieur s'apaisa très légèrement à cette pensée. Sa main caressa distraitement le ventre de son humain à travers ses vêtements. Dans son état, Derek ne comptait pas se montrer autrement que décent. Il voulait simplement… Être tendre avec lui. Aimant. Même si leur relation n'était pas vraiment définie et qu'ils n'avaient pas réellement dépassé le stade du flirt, Derek voulait être là pour lui à tous les niveaux. Réfrénant son besoin de savoir ce qui lui était arrivé, le loup décida de mener la conversation. Entendre si peu cette voix tant aimée lui serrait les entrailles.

- Tu te sens bien, ici ?

Stiles se blottit dans ses bras et posa sa joue contre son torse.

- Ouais, je… C'est agréable. Magnus est adorable et… Il fait tout ce qu'il peut pour m'aider.

Derek faillit ressentir de la jalousie. En fait, non. Il la ressentit. Mais l'étouffa dans l'œuf. Ce n'était pas le moment de penser à ce genre de choses, d'autant plus que du peu qu'il en avait vu, leur relation semblait à peine frôler l'amitié. De toute façon, là n'était pas la priorité.

- Tu lui fais réellement confiance ? S'enquit-il sans cesser ses caresses.

Stiles n'ouvrit pas la bouche, mais hocha la tête. La manière dont il se reposait contre le torse de Derek était criante de vérité : malgré la douleur, malgré la honte, malgré l'épuisement mental dont il était victime, il était à l'aise avec lui. Ce qu'il s'était passé n'avait rien détruit de sa relation avec Derek, qui continuait de l'étreindre avec une tendresse non négligeable. Face à eux, le feu de la cheminée envoyait de douces ondes chaleureuses en leur direction. Puis, sans que Derek ne s'y attende…

- Magnus et moi… On se ressemble et surtout… Il me comprend. Quand on vit des expériences semblables… Forcément, c'est plus facile de faire confiance et de parler.

Derek nota cette information et se jura de ne pas l'oublier. Elle semblait banale, mais il savait qu'elle avait son importance. Le silence qui s'ensuivit fut court, mais pas gênant, car comblé par les crépitements des flammes dans l'âtre.

- C'est comme avec toi, en fait…

Jalousie.

- … Mais en différent.

L'animal en Derek grogna avant d'accepter de se coucher et de se la fermer. Le loup sautait toujours un peu vite aux conclusions et l'humain lui fit mentalement comprendre qu'il ne devait pas se mêler de cette histoire. Sa main continua, quant à elle, de caresser doucement le ventre de l'hyperactif qui se prélassait dans ses bras fermes et puissants. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait en sécurité et… Dans un état mental acceptable. Était-ce la présence de Derek qui le calmait ainsi ? Probablement. Avec lui, parler était si simple… Que malgré la honte, il sut qu'il ne lui cacherait pas la vérité bien longtemps.

- C'est-à-dire ? Tempéra Derek sans que le ton de sa voix change.

Stiles ne sembla pas hésiter une seule seconde mais son odeur parla pour lui lorsqu'il déclama d'un ton tremblant :

- Plus tard. Je… Laisse-moi juste… Être là, avec toi.

Et Derek fut incapable de lui refuser cette demande implicite de repos. Alors, il se déplaça doucement, s'installa de sorte à se retrouver allongé avec son humain dans ses bras, son dos contre son torse. Avec lui, le loup adorait jouer à la grande cuillère. Et là, peut-être plus encore que ces dernières minutes, il ressentit sa vulnérabilité jusqu'aux tréfonds de son être. La voix de Stiles, toujours aussi atrocement fébrile, sembla surgir de nulle part tant elle était faible :

- Si… Si tu pars…

Préviens-moi.

Derek respira son odeur et resserra légèrement son étreinte pour lui avant de fermer les yeux. Si Stiles ne se sentait pas prêt, il attendrait. A vrai dire, il lui avait tellement manqué qu'il pouvait dire oui à tout le concernant. Y compris se battre contre son loup qui continuait de grogner d'impatience dans son esprit. La seule chose qu'il s'acharnerait à refuser serait celle-ci :

- Tu peux rêver pour que je m'en aille, souffla-t-il.

Maintenant qu'il l'avait retrouvé, il ne comptait plus le lâcher.

La réaction de l'hyperactif lui réchauffa le cœur.

Il venait d'entrelacer leurs doigts.