CHAPITRE 11

Très tôt le lendemain, Regina émergea, il lui semblait avoir dormi d'un sommeil de plomb, si lourd qu'elle mit plusieurs secondes à se rappeler des événements et à se souvenir où elle était. Elle tourna lentement la tête pour découvrir Emma, profondément endormi à ses côtés, ses cheveux blonds éparpillés sur l'oreiller. Regina se rendit compte que le bras d'Emma enlaçait toujours sa taille dans un geste protecteur. Elle n'osa pas bouger de peur de la réveiller alors elle se contenta de la regarder.

La pâle lueur annonçant l'aube traversait les fins rideaux et donnait à Emma l'aspect d'une princesse que seul un baiser d'amour véritable pourrait réveiller d'une sombre Malédiction. Elle était belle à en couper le souffle, paisiblement endormie, sereine et calme, absolument pas tourmentée par sa vie quotidienne éreintante qui souvent lui tirait les traits et lui donnait un air sévère.

Regina soupira d'aise. Se réveiller auprès de quelqu'un, cela faisait bien trop longtemps que ça ne lui était pas arrivé, d'ailleurs elle n'aurait même pas su dire quand avait été la dernière fois où elle avait partagé un lit jusqu'au petit matin. Elle l'observa, incapable de détourner les yeux, gravant dans sa mémoire cet instant volé où elle pouvait l'admirer en toute impunité.

« Qu'est-ce que tu fais ? » Demanda soudainement la voix rauque d'Emma.

Regina sursauta légèrement. Emma n'avait pas ouvert les yeux ni bouger d'un centimètre sous les draps.

« Je… Pardon… je te regardais dormir. » Avoua tout bas Regina.

« Eh bien, arrête ça tout de suite, je suis hideuse au réveil… » Ronchonna Emma, en poussant gentiment Regina sur le côté pour qu'elle lui tourne le dos afin de l'enlacer et se caler étroitement derrière elle.

« Bien sûr que non, tu es belle Emma. »

« Menteuse… Rendors-toi, il est encore trop tôt pour se lever… » Ajouta Emma en nichant son visage contre la nuque de la brune, dégageant quelques mèches de cheveux bouclé du bout de son nez et retenant avec grand mal son sourire.

Regina inspira profondément, resserrant les bras d'Emma autour d'elle et profitant de ce moment intime que lui offrait la blonde qui se rendormait instantanément.

Deux heures plus tard, le réveil de Madame le Maire sonna tel un carillon bien trop violent à son goût. Emma lança son bras en pestant et frappa l'engin pour qu'il se taise. Elle se remit en place et enlaça de nouveau Regina qui se laissa volontiers faire. Elles n'auraient jamais imaginé avoir ce genre d'intimité aussi vite mais elles en étaient arrivées là, par la force des choses et surtout à cause de ce malheureux enlèvement et cette regrettable tentative de meurtre.

Regina n'en revenait pas, elle devrait être bouleversée par les événements d'hier soir mais il en était tout autrement. Elle se sentait bien là, dans ce lit et dans ses bras, mais la parenthèse de douceur qu'elles avaient ouvert la veille au soir devait prendre fin, et le retour à la réalité allait être plus rude.

Emma pesta, grogna et gigota pour se sortir de sa torpeur et trouver le courage de se lever. Regina s'en amusa.

« Je pensais que Madame le Maire était plus du matin que ça ? »

« Je le suis… en règle générale … mais va savoir pourquoi, ce matin, je ne le suis pas. »

« Alors là, vraiment, je me demande bien pourquoi ? »

« Probablement à cause de la belle brune allongée là, juste à côté de moi… » Susurra Emma à son oreille.

Regina se mit à rougir devant la franchise et l'audace d'Emma. Cette dernière se redressa, étira ses bras avant de s'ébouriffer les cheveux comme si ça allait l'aider à se réveiller.

« Bon je file prendre une douche. Tu peux descendre, il y a une minuterie sur la cafetière et ça va être près d'un instant à l'autre. » Expliqua Emma en dégageant les draps du lit pour en sortir.

Regina attrapa son bras et la tira à elle, tout près d'elle.

« Attends… je… merci… merci pour tout, Emma… tu as été d'un soutien et d'une patience incroyable avec moi… »

« C'est normal… » Minimisa Emma.

« Non, c'est admirable. » Murmura Regina.

« Hm… oui, c'est tout moi, ça, tu as raison ! Je suis admirable ! » Renchérit Emma en riant avant de plaquer un baiser sur la joue de Regina puis de s'enfuir dans la salle de bain.

Regina resta pensive encore un long moment, le sourire aux lèvres, puis les souvenirs d'hier se chevauchèrent dans son esprit, les mauvais avec Glass et les bons avec Emma, ceux qui l'avaient amené jusqu'ici, jusque dans son lit. Elle entendit l'eau de la douche couler, et elle se força à ne pas imaginer Emma nue sous les vapeurs d'eau chaude. Elle se ressaisit puis elle consentit à mettre fin à cette parenthèse. Elle se rhabilla prestement et descendit dans la cuisine.

Elle tomba sur Henry, l'adolescent avait l'air encore un peu endormi, le nez dans son bol de céréales. Il pianotait d'une main sur son téléphone portable, de l'autre il touillait le contenu de son bol sans grande conviction, et ne sembla même pas remarquer la venue de Regina.

« Bonjour Henry. »

« Oh, Bonjour. » Dit-il en se redressant un peu.

Regina hésita un instant à prendre ses aises, regardant autour d'elle, repérant la machine avec la cafetière pleine et fumante.

« Les tasses sont dans le placard juste au-dessus. » Renseigna gentiment Henry.

« Je peux ? »

« Ouais, bien sûr, allez-y, servez-vous. »

Regina attrapa une tasse et se servit. Elle avala une gorgée de café et se sentit déjà un tantinet mieux réveillé mais son esprit était encore pris d'assaut par les mauvais souvenirs de la veille et elle tenta de les chasser.

« Ta mère prend quoi au petit-déjeuner ? »

« Pas grand-chose en général... un grand café et des fois un bagel avec de la confiture, ou un fruit. »

Regina hocha la tête et attrapa une pomme et une pêche dans la corbeille à fruit posé sur l'îlot central de la cuisine où Henry déjeunait. Elle coupa les fruits en quartiers et les disposa dans un bol tout en mangeant quelques morceaux au passage ensuite elle trouva, avec l'aide de l'ado, le placard avec le paquet de bagel et la confiture, et elle en prépara deux dans une assiette. Qu'elle le veuille ou non, ce matin, Emma déjeunerait. Regina y tenait, étant donné qu'à cause d'elle ni l'une ni l'autre n'avait diné la veille.

Regina s'installa sur un tabouret avec son café et croqua dans un bagel à la confiture.

« Il vous est arrivé quoi hier soir ? » Demanda l'ado curieux.

« Oh, euh, j'sais pas si ta mère veut t'en parler alors je vais m'abstenir en son absence. »

« Je sais déjà qu'il y a eu une fusillade sur le port et que des mecs louches venus de New-York ont été arrêté. »

« Eh bien, les nouvelles vont vites ! »

« On est à Storybrooke ici, il ne se passe jamais rien alors vous imaginez bien qu'un truc pareil, ça a vite fait le tour. »

« Ouais, je vois ça. »

« Vous êtes impliquez là-dedans ? »

« Euh ouais… en fait les mecs louches, c'est après moi qu'ils en avaient et le shérif… ton grand-père donc, il… il est intervenu à temps. »

« Ces mecs voulaient vous butez ?! » S'écria Henry, partagé entre l'inquiétude et l'euphorie qu'un truc pareil arrive à Storybrooke.

« Corrige-moi ce langage, jeune homme ! » Intervint Emma, en débarquant dans la cuisine et en lui assenant une petite tape derrière la tête.

« Oups, pardon. Bonjour mam'. » S'excusa Henry.

« Bonjour, bichon. »

« Maman ! Ça fait deux fois déjà ! » S'insurgea l'ado.

« Quoi ? » Demanda Emma sans comprendre ce qu'il avait à brailler comme ça.

Henry la regarda en insistant bien mais Emma fit semblant de ne pas comprendre en haussant les épaules. Regina, quant à elle resta muette, amusée par l'interaction cocasse entre la mère et le fils. Et puis surtout, d'un regard qu'elle voulut discret, elle détaillait méticuleusement Emma. La transformation était flagrante entre la Emma qui s'était réveillée en grognant, les cheveux en bataille et le pyjama de travers, et la femme d'affaire en tailleur chic, chignon élégant et maquillage subtil qu'elle avait désormais devant les yeux. Regina en était subjuguée.

« Qu'est-ce que c'est ? » Demanda Emma en regardant l'assiette de bagel tartiné de confiture et le bol de fruits fraichement découpés.

« Ton petit-déjeuner. » Répondit Henry vu que Regina restait muette.

« Oh merci mon fils ! » S'attendrit Emma.

« J'y suis pour rien. » Dit-il en lançant un mouvement de tête vers Regina assise à côté de lui.

Emma resta pantoise, les yeux emplis d'une émotion qu'elle tenta vainement de maitriser et Regina haussa simplement les épaules. Emma attrapa un quartier de pomme et croqua dedans avant de se servir un grand café dans son mug isotherme.

L'ado finit son bol de céréales avant de le déposer dans l'évier. Il attrapa son sac de cours, il embrassa sa mère et salua Regina d'un signe de tête avant de quitter le Manoir pour choper son bus. Une fois seules toutes les deux, les deux femmes échangèrent un regard tendre. La vie devait reprendre son court mais entre elles, il y avait quelque chose de plus, quelque chose de nouveau. Depuis quelques temps déjà, elles avaient commencé à sérieusement flirter ensemble, s'avouant à demi-mot qu'elles se plaisaient mais désormais, il y avait une confiance et un début d'intimité que plus rien ne pourrait effacer.

Le téléphone d'Emma se mit à vibrer. Elle avait un sacré paquet de message en attente dont un, de son père, qui retenue son attention avant tous les autres.

# Chérie, j'ai besoin de que ton amie Regina passe au poste ce matin, nous avons besoin de sa déposition. Glass est sous le coup de plusieurs mandats d'arrêt et de plusieurs chefs d'inculpation, et c'est le FBI qui va prendre le relais. #

Emma s'en trouva soulagée, ainsi il y avait peu de chance pour que Sidney Glass s'en sorte cette fois-ci et Regina serait à l'abri une bonne fois pour toute.

« Qu'y-a-t-il ? » Demanda Regina.

« C'est mon père, il voudrait que tu ailles faire ta déposition au poste ce matin. »

Regina grimaça.

« Je sais que tu ne voulais pas témoigner au départ, mais là, les choses sont différentes. Tu n'es plus seule contre lui, il y a des témoins, mon père et ses agents qui sont intervenus, ils vont faire un rapport accablant et ils témoigneront… et les matelots aussi, ils ne vont pas le couvrir, ils vont avouer s'être laissés soudoyer par Glass mais ils ne le couvriront pas. Il n'est pas à New-York ici, il n'a personne pour lui sauver la mise. Et apparemment, il y a plusieurs chefs d'inculpation contre lui et c'est le FBI qui va intervenir. Il est cuit et toi… tu vas être enfin tranquille. »

Regina analysa tout ça et dans ses yeux naquit enfin une lueur d'espoir, enfin cette angoisse planante au-dessus d'elle pourrait bientôt s'envoler pour de bon.

« Vraiment ? »

« Oui. » Assura Emma avec conviction.

Elles finirent leur petit-déjeuner en tentant de préparer un discours cohérent sur le déroulement des événements afin de calmer les dernières angoisses de la brune et ensemble, elles se rendirent au poste de Police.

~SQ~

Pour la première fois, Emma eut du mal à se garer devant le poste de Police de Storybrooke. En plus des voitures de patrouille sur leurs places de parking attribuées, il y avait une énorme berline noire très mal garés sur les places visiteurs et un fourgon blindé - avec l'inscription très peu discrète « FBI » écrite dessus.

Emma accompagna Regina jusqu'à l'intérieur du bâtiment en évitant la foule de badauds trop curieux qui campaient là, et elles retrouvèrent vite le Shérif qui les attendait.

David n'avait pas dormi de la nuit, après avoir emprisonné les deux matelots dans une cellule et Sidney Glass dans une autre, il avait rédigé son rapport et appelé de plus haute autorité pour connaitre la marche à suivre après un tel carnage dans sa petite bourgade. Une demi-heure plus tard, le FBI prenait contact avec lui, il cherchait à coincer Glass depuis longtemps mais ils avaient les mains liées car à chaque fois, il échappait à la justice grâce à ses relations haut placées mais à présent, tout était différent.

Des agents étaient arrivés aux aurores et ils avaient pris le contrôle du poste et de l'enquête. Sidney Glass était foutu ce coup-ci. Les agents se présentèrent poliment à Madame le Maire et à la victime. Regina redoutait de devoir croiser Glass de nouveau, même de loin, mais heureusement, elle fut conduite dans une petite salle d'interrogatoire et n'eut pas à croiser son ancien patron.

« Bien, écoutez, on est conscient que ce que vous avez vécu est difficile mais il va falloir tout nous raconter, pendant que c'est encore frais dans votre mémoire et ensuite, on s'occupera du reste. »

« Très bien. » Acquiesça Regina.

« Ce qui s'est passé hier est … pardonnez-moi… mais c'est une aubaine pour nous. On avait besoin que Glass agisse ailleurs qu'à New-York où il était protégé par ses amis haut placés, et c'est chose faite à présent grâce à vous. On a beaucoup de chose contre lui : détournement de fond, corruption de haut fonctionnaire, blanchiment d'argent, arnaques, fraudes et j'en passe mais il va surtout falloir tabler sur le meurtre dont vous avez été témoin et la tentative de meurtre dont vous avez été la victime. C'est sur cela qu'il faut axer l'accusation pour être sûr qu'il ne s'en sorte pas par d'habiles manigances de son avocat véreux, donc votre témoignage sera essentiel... »

« Je comprends mais… s'il essaie encore de me faire taire… s'il engage d'autres… »

« Il ne peut plus rien faire, il a les mains liées. A ce stade-là, il ne prendra pas le risque de vous faire éliminer mais si vous souhaitez une protection rapprochée jusqu'au procès, on peut vous en fournir une. »

« Non, non surtout pas. Pas de protection de témoin, de nouvelle identité et de déménagement à l'autre bout du pays pour ne pas être retrouvée. Je ne veux pas de ça. »

« De toute façon, votre témoignage va être enregistré et certifié, ça ne lui causerait qu'encore plus de souci de vous faire éliminer puisque ça sera déjà dans le dossier. »

« Vous êtes sûr qu'elle ne court plus le moindre danger ? » S'inquiéta Emma en voyant la brune refuser la protection de l'Etat.

« Oui, Madame. Si Regina Mills vient à être tué, c'est la perpétuité pour lui. Ce n'est pas dans son intérêt. Qui plus est, son avocat tarde à nous contacter, si ça se trouve il va se retrouver avec un commis d'office et prendre plus que prévu. »

« Ça ne me rassure pas pour autant. » Marmonna Emma.

« C'est un pourri oui, c'est un homme fier aussi mais il est lucide et ce matin, il a reconnu avoir perdu la partie. »

« Il ne cherchera pas à se venger ? »

« Ça je ne peux pas l'affirmer mais, aujourd'hui on a une occasion unique, vous avez la possibilité de l'envoyer derrière les barreaux pendant un sacré bout de temps. Il faut que vous témoigniez. C'est essentiel. »

« Je vais le faire. » Conclut Regina, sure d'elle.

« Tu es sûr ? » Demanda Emma, en lui prenant la main, geste qui ne put échapper à l'agent du FBI.

« Oui. »

Sur la demande de l'agent, Emma dû laisser Regina faire sa déposition seule. La brune raconta son histoire du début à la fin : depuis ce fameux matin où, sortant des vestiaires aux aurores, elle avait vu Glass abattre froidement un homme dans le bureau de son Club le plus sélecte, le Black Spell jusqu'à la soirée d'hier où ses deux gorilles l'avait kidnappé et mené sur le pont d'un bateau pour l'enfermer dans une male qu'ils s'apprêtaient à jeter à la mer.

Pendant ce temps, Emma s'entretenu avec son père quelques instant avant de sortir avec lui pour faire un communiqué de presse à la foule qui s'agglutinait devant le poste de Police. Il y avait la presse locale évidement, le club de journalisme amateur du Lycée et plusieurs dizaines de curieux qui attendaient d'en savoir plus sur les événements, murmurant entre eux que la ville n'était plus un endroit sûr. Mais il y avait aussi des fourgons de chaines de TV nationale et de l'état du Maine qui venait tout juste de débarquer sur les lieux pour couvrir l'événement.

« Chers amis, chers concitoyens, laissez-moi vous rassurer sur les événements qui se sont produit cette nuit… Il n'y a plus rien à craindre, je vous l'assure, les individus ayant causé cette altercation sur le Port avec la Police locale ont été appréhendés et ils sont désormais aux mains du FBI. Un homme a été tué, un autre a été blessé. Ce dernier est à l'hôpital sous étroite surveillance et il sera livré à la justice dès que les médecins l'autoriseront. Le troisième homme, le leader, est actuellement derrière les barreaux et il sera transféré par le FBI dans la journée, il était activement recherché pour plusieurs chefs d'inculpations… Après ça, cette histoire n'aura plus aucune incidence et notre ville retrouva la paix qu'elle a toujours connu… Excepté que ses individus ont eu de l'aide de trois de nos concitoyens, deux d'entre eux ont été appréhendés, il en reste un troisième qui a pris la fuite… je lui demande de bien vouloir se rendre de lui-même, ainsi les poursuites à son encontre seront réduites. S'il ne se rend pas, la Police à son signalement et il sera vivement recherché... Voilà, pour l'heure, je vous demande à tous, de ne pas paniquer, il n'y a aucune raison, tout danger est écarté. Notre sheriff et son équipe ont été particulièrement rapide et efficace pour gérer cette crise. Alors je vous demande donc de retourner à vos activités, de reprendre le travail et notre ville retrouvera vite sa paisible routine… Je vous remercie. » Discouru Madame le Maire.

« Vous avez dit ''altercation'' mais il semblerait qu'il y ait eu une fusillade ? » Demanda le reporteur du journal local.

« C'est exact des coups de feu ont été échangé. » Intervint le Shérif, placé aux côtés de sa fille.

« D'où l'homme mort et l'autre blessé ? »

« Oui, heureusement, nous n'avons à déplorer aucune perte du côté de mes collègues agents de police, ni du côté des civils sur place. »

« Ces hommes ne sont pas d'ici alors que voulaient-ils ? Que faisaient-ils ici ? »

« Apparemment il cherchait une… »

Emma donna un discret coup de coude à son père, cherchant à protéger Regina, elle voulait qu'il en dise le moins possible sur la victime.

« … une façon de cacher des activités illégales, l'enquête en cours déterminera leur véritable motivation et la raison de leur présence ici. » Reprit habilement David.

« Quels genres d'activité illégales ? »

« Pour l'heure, nous ne pouvons vous en dire plus. »

« Il parait qu'ils voulaient éliminer un témoin gênant ? » Balança une voix dans la foule.

« C'est tout à fait possible, néanmoins, mon équipe et moi-même avons repéré des agissements suspects et nous sommes heureusement arrivés à temps. A présent, il n'y a plus rien à craindre, comme vous la dit Madame le Maire. Les individus ont été appréhendés et seront embarqués par le FBI dans le courant de la journée. Quant aux trois matelots impliqués, ils seront, eux aussi, présentés à la justice pour complicité. » Reprit le Shérif.

Plusieurs voix s'élevèrent encore pour poser des questions, David y répondit plus ou moins évasivement avant de mettre un terme à la discussion sans jamais évoquer le nom de Regina Mills.

A la suite de la conférence, Emma aurait dû se rendre à la Mairie mais elle ne voulait pas laisser Regina seule alors elle informa sa secrétaire d'annuler son rendez-vous avec son directeur financier et de s'occuper des dossiers en cours car elle n'était pas sûr de pouvoir venir aujourd'hui.

Une fois l'entretien finit, Regina retrouva Emma qui l'attendait dans le couloir depuis deux bonnes heures. A travers les portes opaques du poste de Police on pouvait voir que la foule avait à peine désempli dehors alors Emma prit le bras de Regina et la fit sortir de l'établissement par l'arrière. Elles rejoignirent la Mercedes garé plus loin en longeant le bâtiment et elles s'échappèrent en toute discrétion.

~SQ~

En s'éloignant du Poste, où elles avaient passé pratiquement toute la matinée, Regina pu enfin souffler. La pression dans sa poitrine commença à diminuer et ses nerfs à se délier lentement. D'ici quelques heures, Sidney Glass serait emmené par le FBI et incarcéré dans une prison de haute sécurité en attendant une date de procès et Regina se faisait doucement à l'idée qu'elle n'était plus en danger.

« Qu'est-ce que tu veux faire ? » Demanda Emma, roulant doucement au volant de sa Mercedes.

« Eh bien… je passerais bien chez moi, pour me changer. » Dit-elle simplement en tirant sur la chemise rouge qu'elle portait sous sa veste.

Emma hocha la tête et prit la direction de la rue du Loft. Une fois devant l'immeuble, Emma ne sut pas vraiment si elle devait la suivre ou bien lui laisser un peu d'espace. Regina sorti machinalement de la voiture puis s'arrêta quand elle vit qu'Emma ne suivait pas.

« Tu ne… oh, pardon, je suis bête, tu as surement du travail qui t'attends. » S'excusa Regina.

« En fait, non, j'ai prévenu ma secrétaire de ne pas m'attendre et de reporter tous mes rendez-vous. »

« Vraiment ? »

« Oui. »

« Alors monte avec moi, je me change et après on ira manger… je meurs de faim. »

Emma hocha la tête et la suivit. Une fois entrées dans le Loft, Emma resta sagement dans le salon, observant les quelques changements qui faisait de cet endroit la tanière de Regina à présent. Elle remarqua la pile de livres sur la table basse, la bouteille de vieux scotch posée sur le comptoir, le parfum des bougies sur l'étagère, les quelques fringues qui trainaient sur le dossier d'une chaise et les quelques photos souvenir accrochés au mur. Regina grimpa à l'étage pour se changer et Emma tenta de ne pas jeter de coup d'œil vers la mezzanine, où, à travers les barreaux en fer, on pouvait aisément voir la silhouette de Regina se déshabiller.

Regina troqua son pantalon en simili cuir et sa chemise rouge sang contre un jeans troué et un débardeur échancré à l'effigie d'un vieux groupe de rock. Elle avait besoin d'être à l'aise aujourd'hui pour se remettre de sa péripétie, elle avait besoin d'être elle-même sans chercher à plaire et pourtant, quand elle descendit les escaliers en ébouriffant ses courts cheveux bouclés, Emma posa sur elle un regard non dénué de désir, bien au contraire. Emma la mangeait littéralement des yeux et Regina se sentit même rougir.

« Quoi ? » Dit-elle en arrivant à sa hauteur.

« Non, rien. » Mentit Emma, en tentant de regarder ailleurs.

« Un problème ? »

« Aucun. »

Regina se sentit ragaillardit par ce regard et cette adorable tentative d'esquive de la part d'Emma qui semblait gênée de s'être fait prendre en flagrant délit. Elle fit un rapide passage à la salle de bain et revint auprès d'Emma qui déambulait nonchalamment dans l'appartement.

« Je suis prête, on peut aller manger un morceau. »

« Super. »

Mais les deux femmes, l'une en face de l'autre, ne bougèrent pas d'un centimètre. Leurs regards accrochés l'un à l'autre dévoilaient une envie plus grande que celle d'aller se restaurer. Emma osa un geste tendre. Elle glissa le dos de ses doigts tout le long du bras dénudé de Regina, de son épaule jusqu'à son poignet, puis elle entremêla ses doigts aux siens.

« Allons-y. »

Regina prit une grande inspiration pour se donner le courage de résister à l'envie de la plaquer contre le mur et de l'embrasser – et de faire bien plus encore. Elles quittèrent l'appartement main dans la main et se détachèrent l'une de l'autre en arrivant dans la rue.

Elles commandèrent des plats à emporter chez Granny puis, Emma avait eu l'idée d'aller manger dans le parc, la journée était belle, le soleil doux et en pleine semaine à cette heure-ci, il n'y aurait pas foule sur les bancs le long de l'étang.

Elles s'installèrent face à l'étendue d'eau où nageaient gentiment une floppée de canards et quelques majestueux cygnes blancs, et profitèrent ensemble d'un moment de calme et de douceur.

« Comment tu te sens ? maintenant que tu as témoigné et qu'il va être emprisonné ? »

« Bien mieux. J'ai l'impression de me libérer d'un poids énorme. »

« J'imagine oui. Je suis heureuse que ce soit fini. »

« Ce n'est pas tout à fait fini… il faudra que j'aille témoigner au procès mais au moins, je n'ai plus cette angoisse permanente, cette crainte de le voir arriver à tout moment pour me descendre. »

« Tu as bien fait de m'en parler… un peu plus et mon père n'aurait pas été au courant et ces salauds t'auraient… » Dit Emma sans pouvoir finir sa phrase.

« Je sais, je l'ai échappé belle, grâce à toi. »

« Non, moi je n'ai rien fait… »

« Si, bien au contraire, c'est parce que j'avais confiance en toi et que j'avais peur qu'il t'arrive quelque chose à cause de moi, que j'ai fini par tout t'avouer. Et si tu n'avais pas eu la brillante idée de tout dire à ton Shérif de père, oui… aujourd'hui … je serais probablement morte… disparu au fond de la mer sans que personne n'en sache rien. »

« Je … j'ai eu si peur pour toi, tu sais. »

« Je sais. » Souligna Regina en serrant discrètement la main d'Emma dans la sienne.

« Tu vas aller travailler demain ? » Reprit Emma pour noyer son envie de l'embrasser.

« Oui, je ne veux pas prendre de congés pour ça, et je veux m'occuper les mains et l'esprit… et peut-être éviter que tout le monde fasse le lien avec moi, même si je sais que la plupart des gens vont comprendre que c'était moi la victime… Je suis encore une étrangère ici, je suis arrivé il y a peu de temps, ils vont vite faire le rapprochement. »

« En conférence de presse ce matin, j'ai fait en sorte que jamais ton nom ne soit prononcé. »

« Merci. » Murmura Regina.

« Mais même si les gens le découvrent, ça passera vite. Tu sais, ici, les commérages ça va ça vient, dans très peu de temps il y aura autre chose à raconter, de nouveaux ragots… un mari qui trompe sa femme, un gosse qui en tabasse un autre dans la cour de l'école, un pêcheur saoul qui tombe à l'eau et manque de se noyer, un chien qui fugue… »

« Hm je vois, palpitant ! »

« Oui ! Mais ils oublieront cette histoire, ne t'en fais pas. »

Regina lui fit un joli sourire, espérant effectivement ne pas trop entendre parler de cette histoire pendant des semaines et des semaines.

« Et tu as entendu cette nouvelle rumeur qui court ? » Demanda Regina, un sourire fin sur les lèvres.

« Laquelle ? »

« Celle qui dit que Madame le Maire passe beaucoup de temps avec la nouvelle barmaid du Rabbit Hole ? » Renchérit Regina en se penchant un peu en avant pour faire mine de chuchoter sa rumeur.

« Hm… celle-là, pure invention ! Je ne vois vraiment pas ce qui leur fait dire ça ! » Répondit Emma avec un air faussement outré.

« Il parait même qu'elles sont très proches… »

« Ah oui, proches comment ? » Demanda Emma avec un brin de malice dans le regard.

« Je ne sais pas encore… il faudrait que je me penche sur la question… »

Regina jeta un coup d'œil à droite et à gauche avant de se pencher dans le cou d'Emma et de l'embrasser très sensuellement au point qu'Emma ne put réprimer un gémissement. Regina remonta ses baisers jusque sous son oreille puis dévia sur la ligne de sa mâchoire avant de relever la tête et d'ancrer son regard dans le sien, restant à portée de baiser, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre. Le souffle d'Emma semblait court, le cœur de Regina se gonflait, tambourinant fort dans sa poitrine, alors que quelque chose d'électrique et d'indescriptible passait entre elles. L'envie de s'embrasser était forte, céder à l'impulsion était comme inévitable et pourtant, elles décidèrent encore une fois de ne pas succomber tout de suite, et elles échangèrent un sourire timide et un regard qui disait que ce n'était que partie remise.

Et heureusement car soudain la mère d'Emma déboula, complétement paniquée.

« Emma ma chérie, enfin je te trouve ! Je te cherche depuis une heure ! » S'écria la femme d'âge mure en arrivant droit sur elles.

« Hm, bonjour maman, bah, tu vois je suis là. Pause déjeunée dans le parc pour changer un peu, prendre l'air, profiter du soleil. » Se justifia Emma, un peu trop lourdement.

« Ton père n'est pas rentré de la nuit et je n'ai appris que ce matin, par les élèves, ce qui s'était passé sur le port hier soir, tu y étais parait-il ? Tu vas bien ? Mon dieu je me suis fait un sang d'encre ! Tu aurais pu m'appeler tout de même ! »

« Désolé maman mais nous avions d'autre préoccupation hier soir. »

« Quoi ? Plus importantes que rassurer ta mère ? »

« Bah, de toute façon tu n'en savais rien jusqu'à ce matin donc cette nuit, tu ne t'es pas inquiété que je sache. »

Mary-Margareth sembla outré de la façon dont sa fille osait lui parler, c'était bien la première fois depuis des années qu'elle osait prendre ce ton impertinent avec elle.

« C'est vous ? C'est de votre faute à vous si ma fille a été mise en danger ? » Lâcha rageusement Mary-Margareth à l'encontre de Regina.

« Oh, je t'arrête tout de suite maman ! » Dit Emma en élevant le ton.

Mary-Margareth eut un mouvement de recul et Emma reprit :

« D'une, je n'ai jamais été en danger hier soir. Papa et ses hommes ont maitrisé la situation et je ne suis arrivée qu'après sur les lieux … Ensuite, la seule personne qui a failli y rester hier c'est Regina et heureusement elle s'en est sorti indemne… Mais crois-moi, s'il lui était arrivé quelque chose, j'aurais moi-même fait un carnage, j'aurais moi-même tuer l'homme responsable de sa mort, et c'est moi qui serais derrière les barreaux ce matin. Alors je ne te permets pas de lui parler comme ça. Compris ? »

La mère considéra étrangement sa fille.

« Mais qu'est-ce qui t'arrive ces derniers temps Emma ? Tu es … tu es différente… »

« Non, maman, je suis moi-même, au contraire… c'est peut-être ça dont tu n'as pas l'habitude. »

Elle regarda Emma et Regina à tour de rôle et elle nota leur proximité qu'elle n'avait pas encore remarqué. Elle se souvint avoir noté cela il y a quelques jours quand elles étaient venues expliquer la situation à son mari mais elle avait cru se faire des idées. Elle serra les dents et pris son air le plus fier possible avant de tourner les talons.

« Très bien, ma fille, mais nous en reparlerons. » Dit-elle en guise d'aurevoir.

« Ouais, compte là-dessus. » Lança Emma avec un brin d'insolence adolescente dans la voix.

La mère disparue dans une des allées boisées du parc alors qu'Emma et Regina restèrent silencieuses un moment. Emma digérant ce qui venait de se passer.

« Ça va ? » Finit par demander Regina.

« Ouais. » Acquiesça vaguement Emma.

« Non, je te demande ça parce que je crois que tu viens de te rebeller sérieusement face à ta mère, là ? »

« Ouais, tu as vu ça ? »

Regina hocha simplement la tête, ne sachant pas encore si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

« C'est génial ! » Explosa enfin Emma en sautant de joie.

« Si tu le dis… Enfin, elle risque de m'avoir dans le collimateur après ça. »

« Ma mère a tout le monde dans le collimateur, ne t'inquiète pas. Et moi, ça faisait une éternité que je ne lui avais pas tenu tête ! Putain ça fait du bien ! »

« Ça a l'air. » S'en amusa Regina, voyant les yeux d'Emma débordant d'étincelles.

« Depuis que j'ai eu Henry, quand j'étais encore à l'Université, elle a eu cette espèce de mainmise sur moi. Vu que je n'avais pas été capable de m'en occuper et de finir mes études sans leur aide, je me suis docilement fait à ses règles mais… c'est fini, c'est bon, stop ! A présent je m'occupe parfaitement de mon fils et je suis le Maire de cette foutue ville après tout, non ?! »

« Exact ! » L'encouragea Regina.

« Ahhh, putain je me sens bien ! » Déclara Emma, galvanisée par une énergie euphorique.

Elle se tourna précipitamment vers Regina, elle attrapa son visage entre ses mains et sans que la brune ne le voie venir, Emma plaqua ses lèvres sur les siennes, dans un baiser rapide et un peu brusque. Regina en eut le sourire aux lèvres pendant de longues minutes, tout en écoutant Emma se défaire de ses chaînes et reprendre sa liberté, cette liberté insidieusement accaparée par sa mère pendant tant d'années.

Elles avaient fini de manger depuis longtemps et Regina avait consciencieusement jeter les paquets dans une poubelle. Elles avaient flâné dans le parc une bonne partie de l'après-midi, et ne croisant que très peu de monde, elles s'étaient autorisées, d'un geste presque naturel, à se tenir la main lorsqu'il n'y avait personne à l'horizon. Regina ne s'offusquait nullement de sentir la main d'Emma lui échapper quand quelqu'un arrivait à contre sens. Elle comprenait parfaitement que Madame le Maire tenait à garder certains aspects de sa vie, privée. De toute façon, elle-même n'était pas spécialement fan des démonstrations publiques et des grandes déclarations officielles. Et puis après tout, entre elles, il n'y avait encore que du flirt mais leurs regards et leurs gestes, valsant entre la passion et la tendresse, ne laissaient aucune place au doute, elles s'appréciaient plus que de simples amies.

En vérité, elles tombaient éperdument amoureuses l'une de l'autre mais il n'était pas encore le temps de se l'avouer.

~SQ~