Un grand merci à drou, Fleur d'Ange, coeerinnee et Guest pour vos commentaires.
Montage/playlist disponible sur mon profil.
LV. Soif de Vengeance
Olivier Dubois effectua une dernière accélération, poussant son balai au maximum de sa vitesse pour parcourir les derniers mètres du parcours. Il franchit la ligne d'arrivée.
Il ralentit, haletant, ses yeux rivés sur la silhouette athlétique de Cho Chang qui avait franchi la ligne d'arrivée quelques instants auparavant. La jeune femme brandissait son poing en l'air en signe de victoire, tandis qu'elle recevait une horde d'applaudissements provenant des gradins bondés de l'arène.
Olivier serra des dents. Cette fois, cela n'avait tenu qu'à un fil. Cho avait été ralentie par un obstacle au onzième tour, et Olivier en avait profité pour la dépasser, ne pouvant croire à ce miracle. Pour la première fois depuis longtemps, il avait même entrevu la possibilité d'une victoire. C'était sans compter la fourberie de Chang qui, à l'aide de son balai, avait propulsé un chou mordeur qui lévitait sur le parcours, en direction d'Olivier. Il avait senti des crocs acérés s'enfoncer sur sa fesse droite et avait poussé un hurlement de douleur, tentant de chasser le chou mordeur de son derrière. Il avait vu Cho le dépasser avec un air de satisfaction sur le visage, reprenant ainsi la première place.
Olivier vit Angelina Johnson franchir la ligne d'arrivée, affichant la même expression dépitée que celle qu'il avait sur son propre visage. Il y avait eu peu de rebondissements durant cette saison du Parcours de la Mort. Le podium était identique aux dix dernières courses, ce qui rendait les choses peu passionnantes. Lorsqu'il avait l'impression d'avoir l'avantage, Cho Chang exécutait une manœuvre surprenante et habile qu'il ne voyait pas venir et s'imposait toujours à la première place. Olivier la suivait généralement de près, suivi par Angelina. Le reste du classement était moins prévisible, oscillant généralement entre le reste des joueurs professionnels et, occasionnellement, un amateur qui parvenait à se hisser à une meilleure place dans le classement.
« Bravo, Cho ! » dit Olivier en arrivant à sa hauteur.
« C'est Chang pour toi. » rectifia froidement Cho avant de s'éloigner, sans un regard dans sa direction.
Il l'observa avec indignation tandis qu'elle marchait vers les vestiaires réservés aux compétiteurs, sa longue queue de cheval noire à la pointe bleue ondulant derrière elle. Il devait admettre qu'elle était particulièrement attrayante dans cette combinaison bleue moulante qui épousait parfaitement sa silhouette élancée et athlétique.
Cho Chang était jolie et talentueuse, mais vraiment désagréable. Elle ne se mêlait pas aux autres joueurs. Une fois la course terminée, elle récupérait sa récompense et quittait les lieux.
Après une course, il était de coutume que tout le monde se rende au Chaudron Baveur. Lorsque Olivier lui avait proposé de se joindre à eux, elle l'avait toisé avec froideur, comme s'il était une tâche incommodante sur sa botte lustrée, avant de s'éloigner sans même répondre. Depuis, il n'avait plus essayé de l'inviter. Même si Cho se montrait distante avec tout le monde, elle semblait avoir une dent particulière envers Olivier.
« Tu t'es encore fait rembarrer ? » commenta Angelina Johnson en ricanant.
Elle avait évidemment assisté à l'interaction.
« Pourquoi elle me déteste tant ? » demanda Olivier, les sourcils froncés.
« Peut-être parce que lors de votre première rencontre, tu t'es senti obligé de commenter à quoi ressemblaient ses fesses dans ses vêtements, avant même de savoir son prénom ? » suggéra Angelina d'un ton rempli d'ironie.
« C'était un compliment, pour l'amour de Voldemort. Tu ne l'as pas mal pris quand je t'ai dit ça à toi, Angie. » fit remarquer Olivier. « Et pourquoi choisissez-vous de porter ces vêtements, si vous ne voulez pas être complimentées ? »
Angelina leva les yeux au ciel, repoussant ses longues tresses derrière ses épaules en soupirant.
« Tu es irrécupérable, Dubois. Où est Katie ? Je ne l'ai pas vue sur la ligne de départ. » demanda-t-elle.
« Elle s'est blessée pendant la dernière course. Elle sera absente aux deux prochains tours. » commenta Olivier d'un air distrait. « Elle doit être quelque part dans les gradins. A vrai dire, je ne suis pas même sûr qu'elle soit venue. »
« Tu es incapable de dire si ta petite amie est dans les parages ? » commenta Angelina avec un air moqueur.
« Ce n'est pas ma petite-amie. » répliqua Olivier avec lassitude.
« Vraiment ? Pourtant, c'est ce qu'elle crie sur tous les toits depuis des mois. »
Olivier grimaça. Ils n'avaient pas la même vision de la relation qu'ils entretenaient. Certes, ils étaient proches et couchaient ensemble régulièrement, mais cela ne signifiait pas qu'ils entretenaient une relation monogame.
Katie était devenue particulièrement collante au cours des derniers mois. Leur relation avait toujours été libre de tout engagement lorsqu'il était encore avec Ginny. Il avait été explicite avec Katie sur le fait qu'il ne fallait pas que Ginny soit au courant. Malheureusement, son manque de retenue et de modération avec l'alcool l'avait conduit à se montrer un peu trop familier avec Katie lors d'une célébration, ce qui était arrivé aux oreilles de Ginny. La première fois, elle l'avait pardonné, ignorant l'ampleur de ses indiscrétions. Après cela, Olivier avait essayé de se montrer plus discret avec Katie et avec les autres filles, mais cela avait fini par lui retomber dessus.
« Elle ne t'a pas manqué avec ce chou mordeur. » s'esclaffa Angelina. « Tu as intérêt à faire soigner cette morsure. Ces saletés sont connues pour donner de méchantes infections. »
Olivier grimaça. Cela avait été tellement humiliant. Il maudit Cho dans son esprit.
« Tu vas au Chaudron ? » demanda-t-il à Angelina.
« Non. J'ai une famille à retrouver. » répondit Angelina d'un ton impérieux. « Tout le monde ne vit pas une vie de célibataire endurci. Enfin, si tu es même vraiment célibataire. Il est difficile de suivre tes intrigues. »
Elle s'éloigna et Olivier se dirigea vers la tour qui menait aux vestiaires des hommes. Après avoir pris une longue douche brûlante et s'être enduit le derrière d'une quantité généreuse de crème antibactérienne, Olivier avait déjà oublié sa frustration suite à son énième défaite face à Cho Chang. Avant de quitter le stade, il retrouva ses supporters – ou plutôt supportrices – qui l'attendaient diligemment comme à chaque sortie de course. Après avoir signé quelques parchemins et donné quelques étreintes, il rejoignit son groupe d'amis.
Lorsqu'ils firent leur entrée au Chaudron Baveur, qui était bondé comme à chaque fin de course, ils s'installèrent à leur table favorite. Le propriétaire du pub gardait toujours cette table pour eux. Cela n'avait rien de surprenant – une grande partie des gains d'Olivier allaient directement dans les poches de cet homme. Comme d'habitude, les boissons coulèrent à flots à leur table, et ils invitèrent quelques jeunes femmes à les rejoindre. Une jeune femme blonde attira aussitôt l'attention d'Olivier. Elle ne cessa de lui jeter des regards insistants et il retrouva sa bonne humeur. Il avait trouvé sa compagnie pour la soirée.
La joie d'Olivier fut néanmoins de courte durée. Katie arriva à leur table, et s'installa à ses côtés. Elle passa un bras autour de ses épaules, comme pour faire un message aux jeunes femmes de la tablée. Il savait qu'elle détestait les groupies qui lorgnaient sur lui. Elle était devenue si envahissante et possessive. Il était toujours contrarié par le comportement qu'elle avait eu lors du mariage de Cédric Diggory lorsqu'elle l'avait vu parler avec Ginny.
Parfois, Olivier avait envie de lui dire qu'il ne ressentait absolument rien pour elle. Qu'elle n'était qu'une relation occasionnelle qu'il utilisait pour sa disponibilité. Il ne comptait rien faire de sérieux avec elle. Il l'avait gardée sous sa coupe par pure facilité. Elle n'avait jamais vraiment opposé de résistance. La seule raison pour laquelle il évitait de l'éconduire trop sévèrement était leur relation professionnelle. Elle faisait partie de ses concurrentes au Parcours de la Mort et il ne voulait pas la mettre à dos pendant les compétitions. Katie était connue pour ses coups bas dans l'arène et il savait qu'elle le prendrait pour cible. Il se battait déjà depuis des mois pour essayer de battre Cho, il ne voulait pas s'ajouter une difficulté supplémentaire en s'attirant les foudres d'une femme éconduite.
Il profita d'un moment d'attention de Katie qui discutait au bar avec une connaissance pour quitter la table. La jeune femme blonde croisa son regard et il décida de saisir l'opportunité. L'alcool circulait maintenant dans son organisme, accompagné de ce sentiment de toute-puissance et de prise de risques qui le caractérisait. La jeune femme s'était levée, lui faisant explicitement signe de la suivre. Il se fraya un chemin parmi la foule du pub, jusqu'aux toilettes. Il entra dans une cabine réservée aux gobelins et baissa la tête à cause du plafond très bas.
La jeune femme, dont il ne se souvenait pas du nom, semblait, elle aussi, ivre et elle se jeta contre lui pour l'embrasser voracement. Elle lui adressa un regard entendu avant de se mettre à genoux devant lui, gloussant avec enthousiasme. Il retint un sourire de satisfaction, content de la voir aller droit au but. Il n'aurait même pas besoin de faire semblant d'être intéressé par ce qu'elle avait à dire pour la séduire. Olivier était souvent surpris de voir jusqu'où ces filles étaient prêtes à aller pour obtenir son attention. Certaines n'avaient pas froid aux yeux.
Il était conscient que Katie se trouvait à proximité et qu'elle pourrait soudainement faire irruption et les surprendre, mais cela lui était égal. Ses sentiments lui importaient peu. Avec Ginny, cela avait été différent. Il avait éprouvé de la culpabilité à chaque fois qu'il l'avait trompée et avait même essayé de mettre un terme à ses infidélités. Il regrettait les souffrances qu'il lui avait infligées pendant leur relation. Elle ne méritait pas ça. Ils avaient partagé de bons moments ensemble et il prenait conscience de sa valeur maintenant qu'elle n'était plus dans sa vie. Elle lui manquait terriblement.
Il avait tenté de reprendre contact avec elle, lui envoyant régulièrement des hiboux, tous restés sans réponse. Elle avait cessé de fréquenter les endroits où ils avaient l'habitude de se croiser, comme le Chaudron Baveur, probablement pour l'éviter. Il était allé jusqu'à son appartement, où il n'y avait aucune trace de vie selon ce que lui avaient dit ses voisins. Il s'était même rendu à son lieu de travail aux Bons Breuvages de Burke mais l'apothicaire l'avait chassé sans ménagement en affirmant qu'elle n'y travaillait plus.
Quand il l'avait revue au mariage de Cédric Diggory, il avait été subjugué par sa beauté. Elle lui avait paru différente, bien qu'il n'ait pas su mettre précisément le doigt sur ce qui avait changé en elle. Ginny avait toujours été une très jolie fille, mais ce jour-là, elle lui avait semblé plus resplendissante que jamais. Elle était différente - plus mûre et plus calme, peut-être.
Olivier avait toujours su qu'elle valait mieux que lui, mais ce jour-là, cette vérité lui était apparue plus brutalement que jamais. Il s'était demandé si elle avait rencontré quelqu'un d'autre, mais il n'avait pas osé la questionner de manière franche. Lorsqu'elle avait indiqué être venue avec son ami de longue de date, Neville Londubat, Olivier s'était senti étrangement soulagé. Il lui avait présenté ses excuses et avait tenté de la reconquérir. Elle l'avait immédiatement interrompu.
« Je ne veux plus perdre de temps à ressasser le passé. Je te souhaite beaucoup de bonheur. Et si c'est avec Katie que tu le trouveras, tant mieux pour toi. Quant à moi, je suis passée à autre chose. Définitivement. »
Ces paroles l'avaient profondément blessé, même s'il ne voulait pas l'admettre. Il avait sa fierté, après tout. Il avait été blessé d'entendre à quel point elle était indifférente envers lui. Il avait passé le reste de la soirée dans une humeur acariâtre, repassant leur conversation dans son esprit, se maudissant d'avoir tout fichu en l'air.
Il se retrouvait désormais dans les toilettes miteuses d'un pub, avec cette fille dont il ignorait tout – même le prénom - à la recherche d'un plaisir éphémère qui ne serait jamais suffisant pour le satisfaire. Même à cet instant, il ne pouvait s'empêcher de penser à Ginny. Il s'écarta finalement de la jeune femme, incapable de poursuivre. Il s'excusa, en blâmant l'alcool, et quitta les toilettes, évitant son regard. En réalité, son entrejambe était engourdi à cause du chou mordeur et les sensations étaient faibles.
Il retrouva la table de ses amis. Katie s'y trouvait et lui jeta un regard furieux.
« Pourquoi étais-tu avec elle ? » demanda-t-elle immédiatement d'un ton accusateur.
« Parce qu'elle sait utiliser sa bouche pour des choses plus utiles que de me faire chier. » répondit-il.
Katie écarquilla les yeux, offusquée par sa réponse. Elle quitta la table, furibonde, des larmes d'humiliation dans les yeux. Olivier ne s'en préoccupa pas et saisit la bouteille de whisky pur feu pour se servir une dose généreuse.
Il était deux heures du matin quand il décida de partir. Comme à son habitude, il avait trop consommé d'alcool et peinait à garder l'équilibre. Alors qu'il marchait, secoué par des haut-le-cœur constants, Olivier fut soudainement saisi par le col. Il se retourna péniblement, ses réflexes ralentis par son état d'ébriété avancée.
Olivier écarquilla les yeux de frayeur en voyant un individu masqué devant lui. Un Mangemort, réalisa-t-il avec panique. Par réflexe, il esquissa un pas pour s'enfuir, se demandant si on l'arrêtait à cause de la course du jour. Le Parcours de la Mort était illégal et il avait déjà passé des soirées au poste des Aurors après une descente des forces de l'ordre.
Le Mangemort saisit fermement son épaule pour l'empêcher de bouger. Sans prononcer un seul mot, il désigna d'un geste de la main une diligence qui était garée à quelques mètres. Olivier comprit qu'il lui demandait de monter. Il hésita un long moment, jetant des regards inquiets autour de lui. Les rues étaient quasiment désertes. Il consentit finalement à ouvrir la portière et à monter à bord du véhicule.
Un homme était à l'intérieur. Olivier fronça les sourcils. Il ne le connaissait pas, mais il avait l'impression de l'avoir déjà croisé quelque part. L'homme blond le toisa avec dédain pendant qu'Olivier s'efforçait de prendre place sur la banquette de la diligence, complètement ivre.
« Qui… Qui êtes-vous ? demanda Olivier, confus.
L'homme ne répondit pas et leva sa baguette vers lui.
« Impero. » dit-il.
Aussitôt, Olivier se raidit, un voile mystérieux lui obscurcissant l'esprit. La sensation était des plus curieuses. C'était comme s'il n'avait plus vraiment le contrôle de ses membres.
« À partir d'aujourd'hui, tu cesseras tout contact avec Ginevra Weasley. » prononça l'homme d'un ton autoritaire.
Olivier hocha la tête. Il ignorait pourquoi mais il décida à cet instant précis de renoncer à reconquérir Ginny.
« Tu ne l'apprécies pas et tu ne ressens rien pour elle. » poursuivit l'inconnu d'un ton calme.
Il sembla réfléchir pendant un bref instant et rectifia :
« À vrai dire, elle te dégoûte. »
« Elle me dégoûte… » répéta platement Oliver.
« L'idée de la toucher, de la voir ou même de l'imaginer nue te donne une envie irrépressible de vomir. » ajouta l'homme.
Encore une fois, et de cette voix plate, Olivier répéta :
« Elle me donne envie de vomir. »
« Et évidemment, tu ne garderas aucun souvenir de cette conversation. Compris ? »
« Compris. » confirma Olivier en hochant la tête.
Un rictus satisfait anima le visage de l'homme. Il tapota la joue d'Olivier.
« Bon garçon. » dit-il avec condescendance. « Maintenant sors d'ici. »
L'homme frappa à la vitre de la diligence et la portière s'ouvrit aussitôt. Le Mangemort réapparut et saisit brutalement Olivier par les jambes pour le forcer à sortir. Olivier fut éjecté sur le trottoir sans cérémonie.
La diligence se mit en route et disparut rapidement de son champ de vision. Pendant un court instant, Olivier se rappela où il avait croisé cet homme. En compagnie de Ginny, l'année précédente, au Chaudron Baveur. Ils avaient paru proches. Se pouvait-il que…
Cette pensée ne termina pas de se former dans l'esprit d'Olivier. L'interrogation se dissipa lentement avant de disparaître totalement, au même titre que le souvenir du visage de l'homme et de cet échange étrange.
Olivier, sortant de sa torpeur, observa ses alentours avec confusion. Pourquoi était-il ici ? Et, pourquoi se trouvait-il au sol ? Il n'avait pas pris la bonne route après avoir quitté le pub. Il se remit alors en marche pour rejoindre son domicile.
Il fallait vraiment qu'il arrête de boire autant.
/
Pendant ses années passées dans le régime, Hermione avait éprouvé une crainte étrange des Dissidents. On leur prêtait une image terrifiante, même plus dangereuse que les Mangemorts. Des agents du chaos qui prônaient l'anarchie et qui ne reculaient devant rien. On affirmait qu'ils étaient des assassins forcenés dépourvus d'empathie – aussi bien pour les veuves que pour les orphelins. Les rumeurs les plus terribles circulaient à tous les échelons du régime, entretenues par la propagande continuelle du régime.
Hermione avait beaucoup appris sur les débuts de la Résistance à travers ses lectures personnelles. Le premier groupe d'opposants avait été mené par Albus Dumbledore, le seul sorcier que Lord Voldemort n'ait jamais craint.
Avec les années, la Résistance s'était délitée, affaiblie par des conflits internes et des revendications divergentes entre les différents groupuscules. Les sources fiables sur cette période de l'histoire étaient très rares et il était impossible d'affirmer avec véracité ce qu'il s'était passé. Même dans les archives privées des Macmillan, la plus récente mention des dissidents remontait à une cinquantaine d'années, dans un ouvrage banni. L'auteur démasqué avait été condamné à Azkaban, sans billet de retour.
Hermione n'avait trouvé que peu d'informations sur ce sujet, qui n'était pas abordé par les gens, mais sa soif d'apprendre l'avait conduit à se renseigner malgré tout. Elle avait trouvé des fragments d'informations dans quelques ouvrages achetés illégalement au Marché du Porc-Épique et dans les Archives privées de son ancien employeur. Aelius Macmillan lui avait donné accès à sa collection privée, située dans les sous-sols des Archives, normalement inaccessible. Hermione y avait trouvé une pléthore d'ouvrages interdits, jugés blasphématoires par le gouvernement.
Hermione se rappelait encore du terrible jour de sa capture. Elle avait été témoin de la manière dont des innocents étaient traités comme de la marchandise, ce qui lui avait permis de voir à quoi ressemblerait sa nouvelle vie.
Elle se souvenait distinctement de la déflagration qu'elle avait entendue pendant qu'on l'interrogeait sur ses origines. Désorientée, elle avait observé avec panique les sorts fuser dans tous les sens, entre les Mangemorts et ceux qui, comme elle l'apprendrait plus tard, voulaient secourir aux prisonniers.
« Des rebelles ! » avait hurlé la voix d'un Mangemort tandis qu'il se ruait vers la sortie du bâtiment.
L'attaque n'avait duré que quelques instants et pourtant, elle avait semblé durer une éternité pour Hermione et les autres captifs de l'île du Man. Puis, lorsque les cris et les fracas avaient finalement cessé et qu'on leur avait ordonné de sortir du bâtiment pour être regroupé dehors, Hermione avait eu son premier aperçu de la guerre et de ses horreurs.
Elle n'avait jamais vraiment saisi ce concept jusqu'à ce jour. Certes, elle avait lu sur le sujet. On en parlait à la télévision ou dans les journaux. Mais cela avait toujours été quelque chose de lointain, qui n'arrivait qu'aux autres. La vue des cadavres gisant au sol - Mangemorts d'un côté et rebelles de l'autre — lui avait fait prendre conscience de la brutalité et de l'horreur de la guerre.
Les Mangemorts avaient brûlé vif un couple à la vue de tous et cette vision avait hanté ses cauchemars pendant des années. Elle n'oublierait jamais la manière dont ils s'étaient pris par la main dans leurs derniers instants, avant de périr dans des circonstances tragiques.
En raison de sa nécessité vitale de survivre et de cacher sa véritable nature, Hermione avait tenté de tout refouler pour se concentrer sur sa nouvelle vie. Les discussions sur les Dissidents étaient passibles de sanctions très strictes. Au-delà de ses lectures, elle n'avait jamais cherché à en savoir plus. On ne savait jamais qui écoutait.
Elle n'aurait jamais pu prédire qu'elle se retrouverait parmi ce groupe mystérieux, bien des années plus tard. Harry Potter et ses compagnons vivaient dans les hauteurs d'une montagne imposante, dissimulée par une brume qui paraissait trop élaborée pour être réelle. Sans doute un puissant sort.
Des baraques en bois étaient dressées sur des fondations à un mètre du sol, et abritaient des habitations de fortune. Elle fut surprise de constater que, malgré leurs moyens limités, ils avaient pu créer une base sophistiquée. Ils menaient un mode de vie clandestin. Harry Potter lui avait expliqué qu'ils avaient déménagé à travers les années, mais que cet endroit présentait un intérêt stratégique pour eux. De nombreux sortilèges de protection avaient été jetés aux alentours pour les protéger d'intrusions indésirables. Lorsqu'elle lui demanda où ils se trouvaient exactement, il se contenta d'arborer un sourire énigmatique, sans répondre à sa question.
L'accès à l'endroit se faisait par des pentes abruptes et impraticables qui menaient à un plateau traversé par un cours d'eau. Les hauteurs étaient quasiment inaccessibles par la voie terrestre et les habitants se déplaçaient par voie aérienne. Hermione n'était pas certaine du nombre de personnes qui résidaient à la base. Plusieurs centaines, si elle devait faire une estimation. Elle était admirative devant l'organisation qu'ils avaient mise en place pour bâtir leur communauté.
L'endroit à un petit village montagneux pittoresque, avec ses commerces, ses habitations et ses endroits communautaires. Elle fut prise au dépourvu en croisant des enfants de tout âge. Harry affirma que certaines personnes, dont il faisait partie, étaient nées et avaient vécu toute leur vie parmi les rebelles.
Si Harry ne souhaitait pas ébruiter les détails concernant l'Ordre, il n'avait aucun problème à partager des éléments de sa vie privée, probablement dans le but de gagner sa confiance. Il avait l'âge d'Hermione et avait perdu ses parents, eux aussi rebelles, lors d'une attaque, quelques années plus tôt.
Des voix sortirent Hermione de ses pensées. Elle arpentait l'avenue principale du village et elle passa devant un groupe de personnes dont l'attention était rivée sur un poste de radio. Elle était désormais autorisée à se déplacer librement dans la base.
« Toute personne hébergeant ou protégeant activement des Dissidents et des Sang-de-Bourbe sera exécutée. » répéta la voix laconique d'une femme.
Hermione avait entendu cette voix de manière quotidienne.
« Tout individu ayant connaissance de l'existence de groupes rebelles et ne les dénonçant pas aux autorités compétentes sera puni de manière exemplaire et sévère. »
À son passage, elle reçut des regards curieux et Hermione s'empressa de détourner la tête. Savaient-ils qui elle était ? Elle ignorait si Harry avait révélé son identité au reste de la communauté. Hermione fut prise d'une nervosité soudaine. Elle avait déjà été ostracisée à cause de son union. Désormais qu'elle se retrouvait dans le camp adverse, serait-elle toujours traitée avec mépris pour avoir épousé un héritier des Treize sacrés ?
Ces gens ne connaissaient pas Théodore et ne savaient pas qu'il était différent des autres. Pour eux, il faisait partie des Treize et cela était suffisant pour qu'ils le considèrent comme l'ennemi.
Elle accéléra le pas et se dirigea vers la baraque que Harry lui avait indiquée deux jours plus tôt. Un petit chalet en bois, d'où provenait des rires. Quelques minutes plus tard, elle vit un groupe d'enfants sortir, tenant des rouleaux de parchemins et des livres. Elle aperçut Ivo parmi eux. Il conversait avec une petite fille de son âge avec entrain. Lorsqu'il aperçut Hermione, un sourire illumina son visage et il se rua vers elle.
« Hermione ! » dit-il avec contentement avant de l'étreindre.
Hermione esquissa un sourire, lui rendant son étreinte. Ivo avait toujours le don de lui remonter le moral.
« Nous avons appris un sort, aujourd'hui ! » annonça-t-il avec excitation. « Pour faire léviter des objets ! »
Il ramassa une branche qui se trouvait au sol et la brandit fièrement devant lui.
« On tourne et on abaisse. » dit-il d'une voix formelle en reproduisant le geste avec sa main. « Wingardium Leviosa. »
« C'est leviOsa, pas leviosA. » rectifia Hermione. « La prononciation est très importante, si tu veux que tes sorts fonctionnent. »
Ivo hocha la tête, arborant un air concentré, visiblement avide d'entendre ses conseils. L'Ordre du Phénix possédait une école de fortune, dans laquelle on apprenait aux enfants de la communauté la magie, faute de pouvoir intégrer une vraie école. Selon Harry, les enseignements étaient fondés sur la magie de défense et d'attaque pour leur apprendre les bases de la survie et les préparer au combat.
« On ne perd pas de temps à leur apprendre l'histoire des gobelins ou la Divination. » avait indiqué Harry avec sarcasme.
Hermione avait voulu lui faire remarquer que le reste du programme scolaire était tout aussi crucial pour développer l'esprit critique et le savoir, mais elle s'était abstenue de le faire. Elle avait rapidement saisi que ces personnes grandissaient et vivaient avec une aspiration en tête – celle d'obtenir leur liberté un jour. Ils formaient des soldats.
« N'oublie pas que nous avons ta leçon de lecture, ce soir. » rappela Hermione à l'attention d'Ivo.
« Mais j'ai déjà eu une leçon, ce matin. » protesta-t-il.
Hermione avait commencé à lui apprendre à lire à l'Ambrosia et depuis qu'il fréquentait l'école de l'Ordre du Phénix, la professeure lui fournissait des cours supplémentaires. Hermione ne flancha pas et Ivo hocha la tête, murmurant dans sa barbe qu'il préférait les cours de magie pratique. Hermione ne put s'empêcher de l'observer avec bienveillance.
C'était grâce à lui qu'elle avait l'impression de garder un semblant de normalité. Le voir s'épanouir autant était une source de motivation. C'était comme si elle vivait à travers lui, par procuration. Même si sa propre expérience au sein de l'Ordre n'était pas aussi fluide, elle était ravie de voir Ivo s'acclimater aussi vite.
En se concentrant sur Ivo, cela l'empêchait de replonger dans cette dépression profonde qui flottait à la surface et menaçait de surgir à tout moment. Il était comme une bouée de sauvetage pour elle. Elle avait parfaitement conscience que ce n'était pas une situation saine sur le long terme. Pour le moment, elle vivait au jour le jour, et prenait les choses comme elles se présentaient, sans se mettre une pression inutile. Ivo lui fit un signe de la main avant de rejoindre le reste des enfants.
« Il s'adapte bien. » commenta une voix à côté d'elle.
Hermione sursauta et se retourna d'un geste vif. Elle ne vit personne autour d'elle. Elle fronça les sourcils. Elle avait l'impression d'avoir entendu quelqu'un, tout près de son oreille.
« Je deviens folle. » murmura-t-elle à demi-voix, inquiète.
« Non, tu n'es pas folle. » dit la voix.
Harry se matérialisa soudainement devant elle, surgissant de nulle part et Hermione poussa un cri de surprise si bruyant qu'elle s'attira les regards confus des enfants.
« Désolé. » s'excusa Harry en passant une main dans ses cheveux. « J'ai parfois tendance à oublier que je suis invisible. »
« Comment… Comment as-tu fait ça ? » balbutia Hermione.
Il brandit une longue cape épaisse devant elle.
« Cape d'invisibilité. » l'informa-t-il.
« Ne refais jamais ça. » dit-elle d'un ton sombre. « J'ai failli avoir une crise cardiaque. »
« Désolé. » s'excusa à nouveau Harry.
Hermione ne répondit pas, observant distraitement les enfants qui s'éloignaient.
« C'est un chouette gamin. » commenta Harry, suivant son regard. « Et il semble bien s'acclimater. »
Hermione acquiesça.
« Il a traversé des épreuves difficiles et pourtant... Il est encore là et voit les choses avec positivité. C'est un survivant. Comme toi et moi. » poursuivit Harry.
Elle se tourna vers lui.
« As-tu eu le temps de réfléchir à ma proposition ? Les autres attendent ta réponse. » demanda Harry en l'observant avec attention derrière ses lunettes rondes.
Harry lui avait non seulement suggéré de les rejoindre, mais également de prendre une place plus active dans leur combat contre le régime. Il la considérait comme un atout majeur en raison de son appartenance aux Treize.
Hermione avait mûrement réfléchi à la proposition. Elle était partagée entre des sentiments contradictoires. Une partie d'elle était terrifiée à l'idée de s'impliquer à cause des traumatismes et des intimidations qu'elle avait subis. Les années passées sous le joug d'un régime oppressif avaient créé des peurs profondes en elle.
L'autre partie était plus sauvage, moins contrôlée et elle avait du mal à la maîtriser. Elle éprouvait une haine profonde envers ces gens pour ce qu'ils lui avaient fait subir et contre ce régime injuste et tyrannique. Son calvaire l'avait changée à tout jamais. Retourner à sa vie d'antan lui semblait tout bonnement impossible.
Néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la méfiance envers ce nouveau groupe. Elle était consciente que Harry et les autres la considéraient comme un outil et même une arme - un moyen d'atteindre leurs objectifs et de progresser dans leur combat. Elle pourrait s'immiscer dans des cercles privés grâce à son statut et aurait accès à des sphères que nulle autre personne de leur réseau ne pourrait jamais atteindre. Une telle opportunité était inespérée pour eux. En contrepartie, elle gagnerait une protection, une communauté, et le soutien de personnes prêtes à se battre et à se sacrifier pour des valeurs.
Ils avaient exigé qu'il subisse ce qu'ils appelaient un enchantement de Loyauté. Un moyen pour eux de s'assurer qu'elle ne pourrait pas révéler à quiconque ce qu'elle savait d'eux.
« Je vais être franc avec toi. Certaines personnes pensent que nous n'avons pas besoin de ton consentement et que nous devrions t'utiliser pour faire chanter les Treize d'une manière ou d'une autre. Je ne suis pas d'accord et la majorité de mes amis non plus » lui révéla-t-il. « Ce n'est pas ainsi que nous procédons. Si tu acceptes de nous aider, c'est parce que tu auras décidé de le faire de ton plein gré et que tu crois fermement en notre cause. Pas sous la pression ou la contrainte. C'est ce qui nous distingue de nos ennemis. Nous croyons en la liberté et au libre arbitre de tous. »
« J'apprécie ta franchise. » avança Hermione d'une voix mesurée. « Et j'ai réfléchi à votre offre. »
Elle prit une profonde inspiration.
« Je ferai de mon mieux pour vous aider. » dit-elle avec détermination. « Mais je refuse de recevoir votre sort de loyauté. »
Avant qu'il n'ajoute quoi que ce soit, elle lança :
« C'est ma condition si vous voulez mon aide. Rien ne me garantit que je puisse vous faire confiance. Mets-moi à place, Harry. Je m'expose à un grand risque en agissant de la sorte. Vous devriez prendre un risque similaire. Cela nous met sur un pied d'égalité. » argumenta-t-elle.
« Je comprends. En revanche, je dois en parler au Phénix. » admit Harry. « C'est une demande conséquente et je ne peux pas décider sans son autorisation. Je te tiendrai au courant. »
Quand ils se séparèrent, Hermione retrouva l'infirmerie, où elle avait élu domicile durant les négociations avec l'Ordre, en attendant que son sort soit décidé. Elle fut surprise de constater que la pièce était occupée. Elle reconnut la femme enceinte qu'elle avait aperçue quelques jours plus tôt. Cette fois, elle arborait deux tresses d'un vert pétant.
« Liberté et dignité. » salua la femme d'un ton plat.
Hermione se contenta de répondre par un bref signe de la tête.
« Tu es la nouvelle paria ? Bienvenue au club. » commenta la femme en lui tendant une main. « Je suis Tonks. »
« Hermione. » répondit-elle en la serrant, un peu désarçonnée par sa question. « Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
« J'imagine que tu es tenue dans le flou, toi aussi. Avant que le Phénix décide quoi faire de toi, je veux dire. » devina Tonks.
Hermione hocha la tête, un peu mal à l'aise. Elle ne voulait pas trop en dire, car elle ne connaissait pas cette femme.
« Je sais ce que c'est. Ça fait des mois que ça dure pour moi. Je suis tombée en disgrâce. » admit Tonks dans un souffle.
Elle avait dit cela avec un sarcasme évident.
« Que raconte-t-on à mon sujet ? » demanda Hermione avec curiosité.
Elle ne parvenait pas à déterminer si les regards qu'elle croisait dans la base étaient bienveillants ou hostiles.
« Ne t'inquiète pas. La plupart de la communauté ignore que tu es l'épouse d'un membre des Treize. Si c'est ce qui t'inquiète, répondit Tonks d'un ton plat.
Cette information provoqua un élan de soulagement pour Hermione.
« Si c'est le cas, comment es-tu au courant ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
« J'imagine que je ne suis pas totalement tombée en disgrâce. Il me reste quelques privilèges. » dit Tonks en haussant les épaules.
Elle l'observa longuement.
« Ça fait du bien de voir une nouvelle tête. » commenta Tonks avec un sourire.
« Depuis combien de temps es-tu ici ? » l'interrogea Hermione.
« Je suis née dans la rébellion, moi aussi. Comme Harry. » expliqua Tonks. « Je viens techniquement d'une famille sacrée. »
Hermione ouvrit de grands yeux.
« V...Vraiment ? Laquelle ? »
« Ma mère s'appelait Andromeda Black. »
« Black. » répéta Hermione, interloquée.
« Elle a été destituée avant ma naissance. Elle aurait été tuée au nom de l'honneur familial si elle ne s'était pas enfuie avec mon père pour rejoindre la rébellion. Je suis née plus tard. Je ne connais pas le reste de ma famille. » révéla Tonks. « Sauf Sirius, évidemment. »
Elle soupira.
« Mais je sais ce que l'amour peut pousser une personne à faire. » dit-elle avec un demi-sourire à Hermione. « Je suis sûre que ton mari est aussi dans une position difficile par rapport à votre union. Après tout, une telle union sacrée impliquant un membre des Treize n'a jamais eu lieu par le passé. »
Le cœur d'Hermione se serra à la mention de Théodore. Elle changea immédiatement de sujet :
« Qui est ce Phénix, exactement ? » demanda Hermione avec curiosité.
Harry était resté muet à ce sujet.
« Le plus grand secret de la Résistance. Personne, hormis quelques élus, ne connait sa véritable identité. Je n'en fais pas partie. » annonça Tonks avec une rancœur évidente. « Ça pourrait être n'importe qui. La seule chose dont je suis sûre c'est qu'il ne s'agit pas de moi. »
« Est-ce que ce pourrait être Harry ? » demanda Hermione, fronçant les sourcils.
« Techniquement, oui. » dit Tonks après un moment de réflexion.
Cette dernière semblait soulagée d'avoir une personne à qui parler et elle partagea probablement plus d'informations qu'elle ne le devait. Apparemment, le père de son enfant faisait également partie de la faction. Tonks, elle, venait d'une autre base de rebelles. À la fin de l'après-midi, elle a proposé à Hermione de se joindre à elle pour le dîner, mais cette dernière refusa.
Depuis son arrivée, à tour de rôle, Marlène et Ivo lui apportaient à manger à l'infirmerie. Elle n'osait pas rejoindre les autres, peu désireuse d'être l'objet de tous les regards. Hermione se retrouva seule et, comme à son habitude, cela suffit à déclencher ses pensées les plus sombres.
Elle avait rencontré des personnes réellement machiavéliques, corrompues jusqu'à la moelle. Ces personnes occupaient toutes des positions de pouvoir et s'en servaient pour commettre les pires atrocités sans jamais être inquiétées. Cela avait ébranlé sa confiance envers les autres, et en particulier envers les personnes qu'elle ne connaissait pas.
L'injustice subie par des centaines de milliers de personnes chaque jour à cause de leur différence était insupportable. Elle ressentait une haine intense qui la poussait à agir. Elle avait enfin l'occasion de prendre son destin en main. Elle cesserait d'être une victime passive.
Elle entendit quelqu'un frapper à la porte. Harry entra dans la pièce.
« Ton dîner. » annonça-t-il en posant une assiette garnie sur la table basse, près du lit d'Hermione.
« Merci. » dit-elle.
« Et j'ai aussi des nouvelles. » ajouta-t-il. « Le Phénix a accepté ta demande. Tu ne seras pas forcée de recevoir l'enchantement de Loyauté. »
Hermione hocha la tête, soulagée. Harry saisit une longue boite et lui tendit. Curieuse, elle l'ouvrit et trouva une baguette magique à l'intérieur. Elle lui adressa un regard ahuri avant de la saisir d'un geste hésitant. Hermione ignorait ce qu'il était advenu de la baguette qu'elle avait subtilisée à Ogden à l'Ambrosia et qui leur avait permis de fuir. Les souvenirs des jours suivants étaient flous.
« Pour toi. Je sais que vous ne pouvez pas avoir de vraies baguettes magiques dans le régime. Celle-ci n'est pas restreinte. » lui expliqua Harry. « Elle appartenait à quelqu'un de très important pour moi. Quelqu'un à qui tu me fais penser, parfois. J'espère qu'elle te servira désormais. »
« Merci, Harry... » murmura-t-elle avec gratitude.
Elle observa la baguette fine, en bois de saule. Après une minute de silence, elle leva les yeux vers Harry.
« Avant de vous aider, j'ai une dernière condition. » dit-elle d'une voix déterminée, une lueur résolue dans son regard. « Je dois faire quelque chose. Et j'ai besoin de ton aide et de celle de tes amis. »
/
Vivienne van Detta était dans un état semi-conscient lors quelle entendit un bruit sourd. Elle se demanda s'il ne provenait pas de son imagination. Posséder une maison close comportait son lot d'inconvénients – et le manque de sommeil était l'un d'entre eux. Elle garda les yeux fermés, décidée à ne pas se laisser déranger.
Un nouveau bruit se fit entendre, cette fois plus bruyant et proche, et elle dut se résoudre à admettre qu'elle n'avait pas rêvé. Il était dans le couloir adjacent à ses appartements. Vivienne se redressa sur son lit, irritée, et rabattit les draps soyeux en satin avant de se diriger vers la porte de la pièce. Elle attrapa la cape posée sur un mannequin et la revêtit d'un geste las, bouclant la ceinture autour de sa taille.
Les sons étouffés s'étaient transformés en un vacarme tonitruant, provoquant un brouhaha peu commun dans cette zone du Manoir, surtout à cette heure-ci. Quelque chose n'allait pas, réalisa Vivienne tandis qu'elle s'approcha de la porte de sa chambre, verrouillée de l'intérieur. C'était une disposition qu'elle s'assurait toujours de prendre. Après avoir longtemps travaillé dans ce milieu, elle avait développé une paranoïa due à des expériences traumatisantes. Elle percevait cette action comme une façon de réduire les risques. Elle pointa sa baguette sur la serrure et murmura un sort pour la déverrouiller. Elle actionna légèrement la poignée et passa la tête dans l'encadrement pour jeter un œil au couloir.
Il y avait une forte concentration de fumée dans le couloir, et elle vit des ombres se déplacer entre les volutes. Elle percevait des cris, des voix qui hurlaient des ordres ou lançaient des sorts et d'autres qui appelaient à l'aide. Elle entendit les bruits caractéristiques de portes que l'on enfonçait avec violence.
Elle prit conscience avec horreur que des intrus étaient présents dans son établissement et qu'ils menaient une attaque organisée. Elle referma vivement la porte, essayant de faire le moins de bruit possible et lança une série de sorts de protection. Ils ne seraient pas suffisants pour contenir les assaillants, mais pourraient au moins ralentir leur progression. Elle jura, saisie d'une panique soudaine.
Qui étaient-ils ? La concurrence avait-elle organisé une descente ? Les Zabini avaient la main mise sur la plupart des bordels du pays. L'Ambrosia était l'un des rares établissements nocturnes qu'ils ne contrôlaient pas et cela avait toujours été un sujet de discorde dans le passé. Leurs hommes de main avaient tenté de l'intimider à plusieurs reprises pour lui faire payer un tribut monétaire - chantage auquel elle s'était opposée, refusant de céder les fruits de son dur labeur à des étrangers assoiffés de pouvoir.
Vivienne avait finalement cédé à une autre pression – celle des Lestrange – obtenant leur protection en échange d'un pourcentage sur ses profits et de I'approvisionnement régulier de prostituées pour leurs soirées privées. Vivienne avait même fini par trouver son compte dans cet arrangement, obtenant un réseau de clients plus élitistes.
À la suite de cet accord, les Zabini ont cessé leurs actes d'intimidation, comme s'ils avaient compris que les lieux étaient désormais sous le contrôle de l'ennemi et qu'une attaque de front signifiait une déclaration de guerre qui pourrait s'avérer dangereuse pour les deux camps. Leur guerre se menait l'ombre et de façon passive.
Pourquoi attaquaient-ils donc maintenant ? Cela n'avait pas de sens, songea-t-elle avec confusion, arpentant nerveusement la pièce, à la recherche d'une solution. Elle devait prévenir les Lestrange de l'attaque surprise et leur demander du renfort. Le nombre limité de gardes présents dans l'établissement ne serait pas en mesure de contenir une attaque de la part d'assaillants bien préparés.
Si elle ne parvenait pas à contacter les Lestrange, elle devrait au moins s'assurer de ne pas tomber dans les mains de l'ennemi. Tous les documents importants se trouvaient dans son bureau, à l'instar de son miroir à double sens. La cheminée qui s'y trouvait lui permettrait ensuite de s'enfuir, une fois tout l'argent et les documents récupérés.
Vivienne s'approcha du mur de la chambre, face au tableau d'une gorgone à la chevelure faite de serpents. Elle pointa sa baguette sur l'une des têtes de serpents qui émit un sifflement avant de se replier sur lui-même. Le portrait coulissa, laissant apparaître un passage dans le mur. Elle s'y introduisit, et le portrait se referma derrière elle.
« Lumos. » murmura-t-elle.
Un rayon de lumière jaillit de l'extrémité de sa baguette, éclairant ainsi le passage. Elle parvint rapidement à l'autre bout, qui se trouvait dans la pièce adjacente à sa chambre. L'Ambrosia était pourvu de passages secrets, permettant de se déplacer discrètement dans l'immensité du lieu. C'était d'ailleurs l'une des raisons qui l'avaient poussé à acquérir le bâtiment. À l'époque, l'endroit était presque en ruines. On prétendait qu'il avait appartenu à un sorcier dont les activités criminelles l'avaient conduit à vivre une vie recluse et paranoïaque. Elle avait préservé les anciennes fondations des tunnels secrets et ils faisaient partie intégrante des nouveaux plans de construction.
Ils renforçaient l'atmosphère intime et mystérieuse des lieux. Les filles de confiance de Vivienne se déplaçaient parfois entre les passages pour accéder à d'autres étages ou d'autres sections entre deux passes. C'était aussi une manière pour son personnel de surveiller ce qu'il se tramait dans son établissement.
Elle appuya sur le bord du cadre à l'extrémité du tunnel et un épais verrou apparut. Elle glissa la clef à l'intérieur et un 'clic' retentit. Le tableau coulissa, la laissant pénétrer dans son bureau, plongé dans l'obscurité. Vivienne ne voulait pas attirer l'attention des assaillants en créant trop de lumière, elle pointa donc sa baguette au sol.
Elle se dirigea rapidement vers l'étagère qui cachait un espace dans le mur où étaient placés toutes ses possessions importantes. Elle agita sa baguette pour faire apparaitre l'alcôve secrète, attendant avec nervosité que le mur s'ouvre complètement.
Ce fut à cet instant qu'elle entendit une voix.
« Experlliarmus. »
Vivienne sentit sa baguette magique s'échapper de ses mains moites. Elle se retourna vivement, prise de court. Aussitôt, les lumières du bureau s'allumèrent, éclairant toute la pièce d'une lumière aveuglante. Une personne était assise sur sa chaise de bureau. Vivienne écarquilla les yeux de stupeur quand elle la reconnut.
« Valeur et vigueur, Van Detta. » salua Hermione Granger d'une voix plate.
« T...Toi. » articula Vivienne, tellement choquée qu'elle ne parvint pas à énoncer quelque chose de plus sensé.
Hermione Granger la fixait du regard, une expression calme et impassible sur ses traits. Elle tenait la baguette de Vivienne entre ses doigts et la faisait tournoyer distraitement. Vivienne l'observa en silence, déstabilisée. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait l'impression qu'elle était différente. Elle ne ressemblait plus à la femme terrorisée et sans défense qui s'était retrouvée dans son bureau, à sa merci totale.
Elle portait une tenue noire, agrémentée d'une cape. Sa chevelure n'était plus cette épaisse masse de boucles serrées. Elle lui arrivait à peine au niveau du menton, désormais. Ce ne fut néanmoins pas son apparence physique qui perturba Vivienne, mais la lueur dans ses yeux. Sombre, austère, déterminée. Elle reflétait quelque chose que Vivienne connaissait parfaitement pour l'avoir expérimenté elle-même.
La soif de vengeance.
Vivienne n'avait pas informé les Lestrange de sa fuite, par peur des représailles. Elle avait tout mis en œuvre pour retrouver sa trace avant que sa disparition ne leur parvienne aux oreilles. Les recherches n'avaient toutefois rien donné de fructueux. Vivienne, prise d'une colère noire, avait décidé de punir Kitty Sharp. Depuis, elle priait Voldemort quotidiennement pour que les Lestrange n'apprennent pas qu'elle avait failli à sa mission.
Dans d'autres circonstances, elle aurait peut-être saisi l'occasion pour reprendre Hermione Granger sous son contrôle et agir comme si rien ne s'était passé. Elle serait à nouveau enfermée et les Lestrange ne seraient pas au courant des derniers développements de l'affaire. Elle était cependant consciente que les probabilités que ce plan réussisse étaient minces. À en entendre le vacarme dans les couloirs, Hermione était venue avec du renfort. Elle semblait préparée.
Vivienne savait qu'elle ne devait pas afficher sa peur, malgré sa panique à l'idée d'être désarmée. Elle devait gagner du temps par tous les moyens et, à la première occasion, se ruer vers la cheminée pour s'enfuir. Le regard attentif de Granger sur elle lui prouva que la tâche serait ardue.
« Tu es de retour plus vite que prévu. » commenta Vivienne d'une voix doucereuse. « Laisse-moi deviner, les journées ont été difficiles sans mon cocktail ? »
Pendant une fraction de seconde, Granger sembla perturbée. Vivienne retint un sourire de satisfaction. Elle avait fait de la faiblesse de ces femmes son fonds de commerce. Elle savait parfaitement le pouvoir de sa substance. L'emprise qu'elle exerçait sur leurs esprits et sur leurs corps grâce à quelques gouttes de potion. Une fois qu'elles y avaient goûté, elles ne pouvaient plus revenir en arrière. Vivienne s'insinuait dans leur psyché de manière durable et insidieuse. Une soumission chimique qu'elles finissaient même par réclamer. Elle les incitait à tout abandonner pour travailler à son compte, leur faisant lentement douter de leurs capacités et perdre leur estime d'elles-mêmes.
Le doute apparent dans les yeux de Granger lui prouva qu'elle ne faisait pas exception. Comme toutes les autres, elle était déjà brisée de l'intérieur. Elle n'était qu'une enveloppe corporelle sans contenu et sans substance. Une coquille vide.
« Pourquoi es-tu ici ? » insista Vivienne, un sourcil levé.
« Pour vous arrêter. » répondit Hermione en secouant la tête, comme pour reprendre ses esprits. « Et libérer toutes vos victimes. »
Vivienne éclata d'un grand rire sans joie.
« M'arrêter ? » répéta Vivienne, interloquée. « Tu es peut-être sevrée, mais ce n'est que temporaire. L'envie de consommer reviendra plus vite que tu ne le croies. Je vois déjà dans tes yeux qu'elle te consume. Que feras-tu sans moi ? Et qu'en est-il des autres qui sont encore dépendantes ? Tu vas les laisser mourir à cause du manque ? Au final, elles ne seront pas mes victimes, mais les tiennes. Après tout, elles ont choisi de travailler pour moi. »
« Elles sont ici parce que vous les manipulez avec votre potion diabolique. » cracha Hermione d'une voix enragée, sa main serrée sur la baguette. « Parce que vous leur avez tout pris. Parce que vous les avez détruites de l'intérieur. »
« Tu réaliseras rapidement qu'il n'y a rien à sauver. Toutes pourries de l'intérieur. Je leur ai donné un toit, des objectifs, un sens à leurs misérables existences. » avança Vivienne. « Sans moi, la plupart d'entre elles seraient déjà six pieds sous terre. »
Granger était si naïve. Derrière son ridicule complexe du sauveur se cachait en réalité un profond manque de confiance en elle.
« Si tu me fais quoi que ce soit, réalises-tu que tu condamnes ces filles à leur perte ? Certaines sont trop loin dans l'addiction, elles ne survivront pas à un sevrage forcé. » avança Vivienne avec hauteur. « Tu les mènes droit dans la tombe. »
« Et réalisez-vous que je peux tout simplement vous torturer jusqu'à ce que vous me donniez la recette au millilitre près ? » interrogea Hermione avec agacement.
Vivienne lâcha une exclamation de dédain.
« Pauvre petit fille stupide. Que connais-tu de la torture ? » dit-elle avec un rire ouvertement moqueur. « Sais-tu ce qu'il coûte de vouloir faire ressentir de la vraie douleur à un autre être humain ? Une Sang-Mêlée souillée de ton genre n'a ni les capacités ni le courage de faire une telle chose. »
Utiliser un sortilège impardonnable sur autrui était un acte difficile et déshumanisant. Ce maléfice nécessitait un niveau de haine et de cruauté que peu de sorciers étaient capables d'atteindre.
Une lueur sombre traversa les yeux d'Hermione et pendant un instant, Vivienne ne put s'empêcher de douter de ses propres paroles. Sans un mot, Hermione se leva du siège. Elle s'abaissa vers quelque chose que Vivienne ne distingua pas de sa position, derrière le bureau imposant en bois de cerisier.
Un glapissement étouffé parvint aux oreilles de Vivienne. En baissant les yeux, elle aperçut une main qui tâtonnait le sol, d'un geste désespéré. Une silhouette aux pieds d'Hermione se mit à ramper difficilement sur la moquette.
Vivienne fut prise de panique lorsqu'elle reconnut Krista. Elle était dans un piteux état et ses membres étaient attachés avec des lianes magiques qui enserraient sa peau. Elle observait Vivienne d'un air suppliant, les yeux embrumés, visiblement incapable de parler. Hermione s'approcha d'elle et retira le sort de silence apposé sur sa bouche.
« Permettez-moi de tout de même essayer. » suggéra Hermione en se tournant vers Vivienne, la mine assombrie.
Elle posa sa baguette sur Krista et lança :
« Endoloris. »
Immédiatement, Krista se tordit dans tous les sens, son corps traversé de douleurs fulgurantes. Ses cris perçants résonnèrent dans le silence de la pièce, et Vivienne sentit sa peau se hérisser. Impuissante, elle observa Krista supplier son assaillante, entre ses spasmes violents.
Vivienne considérait Krista comme une fille d'adoption. La seule personne qui avait montré une loyauté sans limites envers elle. Elle eut un haut-le-cœur en la voyant souffrir le martyr. Vivienne leva les yeux vers Hermione, dont le visage affichait un détachement surprenant, sa baguette toujours pointée sur Krista, ne montrant aucun signe d'empathie. Ses yeux, cependant, étaient toujours fixés sur Vivienne et elle ne semblait pas entendre les cris de sa victime, pourtant déchirants. Son regard déterminé semblait presque lui faire comprendre qu'à travers Krista, elle torturait Vivienne elle-même, par procuration. Hermione abaissa soudainement sa baguette et Krista cessa de crier. Son corps tremblait de tout son long, et elle poussait des gémissements à peine audibles.
« On dirait que votre théorie n'est pas tout à fait correcte. » fit remarquer Hermione d'un ton pensif.
Elle reporta son attention sur Krista, sans émotion.
« La magie est curieuse, parfois... C'est l'un des seuls maléfices où les aptitudes ne comptent pas réellement. Comme vous l'avez dit vous-même, l'intention est ce qui compte vraiment. Plus on souhaite infliger la douleur, plus l'effet sera prononcé. Et si j'y arrive aussi facilement sur elle, qu'est-ce que ça donnera sur vous ? » demanda Hermione, la mine austère.
Vivienne la fixa, frappée de stupeur, ne parvenant pas à croire qui se trouvait face à elle. Qu'était-il arrivé à cette femme passive et victimisée ?
Vivienne se rendit compte qu'elle avait peut-être créé un monstre, en la poussant dans ses retranchements et en s'attelant à la briser pour nulle autre raison que son bon plaisir.
Elle savait que la vengeance pouvait être une motivation puissante, capable de conduire un individu à commettre des actes dont il ne se serait jamais cru capable. Chaque être humain était capable de monstrueuses atrocités lorsqu'on identifiait les cordes sensibles qui pouvaient les pousser à bout. Vivienne avait utilisé ses éléments déclencheurs à son avantage pendant des années. Elle prit conscience avec horreur qu'elle allait peut-être en subir les conséquences, après avoir agi en toute impunité pendant si longtemps.
Elle jeta un regard paniqué vers la cheminée. Elle devait trouver un moyen rapide de s'échapper de cette folle furieuse qu'elle avait probablement aidée à créer. Hermione semblait désormais imprévisible et prête à tout et Vivienne ne comptait pas s'éterniser pour vérifier sa théorie. Elle jeta un regard bref vers Krista dont le corps tremblait toujours après son agonie. Les sons étouffés qu'elle émettait étaient presque inaudibles. Elle semblait sur le point de perdre conscience. Vivienne ignora sa culpabilité et décréta qu'elle ne pouvait plus rien pour elle. Elle aurait plus de chance de s'en sortir si elle pensait à son propre sort.
« Penses-tu être une justicière héroïque, désormais ? » interrogea Vivienne avec un rire moqueur. « Tu penses que le fait d'avoir tué l'un de mes clients et torturé mon employée te donne le titre de Grande sauveuse des innocents et des putains ? »
Elle vit l'impassibilité d'Hermione flancher à ses paroles.
« Oh, tu n'étais pas au courant que tu avais laissé un cadavre derrière toi ? », demanda Vivienne avec un faux air de complaisance. « Dis-moi... Qu'est-ce que cela fait de toi, Lila ? »
À la mention de ce nom, la mâchoire d'Hermione se contracta et un voile noir obscurcit ses yeux. Elle leva sa baguette sur Vivienne, la mine furieuse. La porte du bureau s'ouvrit brusquement et elle détourna la tête. Un homme aux cheveux noirs entra dans la pièce, observant la scène avec stupeur. Cette entrée soudaine fournit une distraction suffisante à Vivienne qui en profita pour se jeter en direction de la cheminée, s'emparant du pot rempli de poudre de cheminette.
Avant qu'elle ne puisse énoncer le moindre mot, le pot explosa dans sa main. Une douleur atroce la saisit et elle observa sa main avec horreur. Des morceaux de chair avaient été arrachés à ses doigts, désormais en sang. Sous le choc, Vivienne se laissa tomber au sol, sur ses genoux, hurlant d'effroi. Elle releva les yeux et croisa le regard furieux d'Hermione, qui avait jeté le sort. L'homme les regardait tour à tour, déstabilisé, comme s'il hésitait à intervenir. Vivienne n'était visiblement pas la seule à entrevoir la folie de cette femme. Même son compagnon réalisait la personne déséquilibrée qu'elle était vraiment.
« Que fais-tu ici, Harry ? Je t'ai demandé de ne pas entrer. » s'écria Hermione avec contrariété en direction du dénommé Harry.
Malgré sa douleur agonisante, Vivienne ne manqua pas la lueur de malaise sur le visage de ce dernier tandis qu'il fixait Hermione.
« Nous... Nous avons terminé. Les gardes sont hors d'état de nuire et toutes les autres femmes sont en train d'être évacuées. Nous devons partir avant qu'ils arrivent avec du renfort ! » insista le dénommé Harry d'un ton pressant, visiblement sur le qui-vive.
« J'arrive tout de suite. » indiqua Hermione, ses yeux ne quittant pas Vivienne.
« Hermione... » commença Harry comme s'il voulait protester.
« J'arrive-tout-de-suite. » répéta-t-elle d'un ton glacial, qui n'admettait aucune protestation.
D'un geste de la tête, elle désigna la silhouette de Krista, toujours inconsciente sur le sol.
« Emmène-la. Elle vient avec nous. » ordonna Hermione. « Nous aurons besoin d'elle. »
Harry observa Krista avec confusion mais ne posa pas de questions et se contenta d'agiter sa baguette pour la faire léviter vers la sortie.
« Finis ce que tu as à faire et rejoins-nous dehors. Nous n'avons plus beaucoup de temps ! » avertit Harry avant de disparaître, le corps de Krista derrière lui.
Hermione se tourna vers Vivienne qui avait les larmes aux yeux. La lueur sombre dans ses yeux lui glaça le sang. Elle rassemblait à une forcenée démente, en proie à une transe psychotique.
« Encore un geste de travers et la prochaine fois, ce sera votre tête que je viserai. » assura-t-elle d'une voix menaçante.
Vivienne gémissait toujours de douleur. Elle poussa une exclamation enragée, se sentant envahie d'une colère sans nom, lui faisant presque oublier sa douleur.
« Que vas-tu faire ? » hurla-t-elle à l'attention d'Hermione.
« Je vous l'ai dit, Reine Mère, libérer vos victimes. D'ailleurs, avant que vous n'arriviez ici, j'ai eu une petite 'conversation' avec votre bras droit. Elle m'a parlé de vos relations avec les Lestrange et m'a expliqué que c'était à leur demande que j'ai été kidnappée. Et, quelle fut ma surprise lorsqu'elle m'a avoué connaitre la recette de votre cocktail secret... J'ai appris d'autres détails intéressants, au passage. Comme le fait qu'elle vend des fioles en dehors de votre établissement pour se faire un petit profit, dans votre dos. » ajouta Hermione avec sarcasme. « On dirait qu'elle n'est pas aussi loyale que vous le pensez. Mais rassurez-vous, je vais m'assurer de lui trouver une nouvelle utilité. Elle nous permettra de nous assurer que vos victimes soient sevrées dans de bonnes conditions. À partir de maintenant, elles auront le choix. Le choix de vivre leurs vies comme elles l'entendent. Le choix de ne plus être vos esclaves sexuelles. Elles vont toutes survivre, Van Detta. »
Vivienne serra des dents en comprenant ce que ses dires signifiaient. En extirpant ces informations à Krista, Hermione avait compris qu'elle pouvait se passer de Vivienne.
« Mais en ce qui vous concerne, de vous à moi, je n'en suis pas si sûre. » avança Hermione.
Une rage intense et désespérée parcourut Vivienne. Elle s'était battue toute sa vie pour obtenir tout ce qu'elle possédait. Comment Voldemort pouvait-il la laisser se retrouver à la merci d'une personne au sang souillé ? Était-ce de sa main que Vivienne lâcherait son dernier souffle ?
« Tu ignores ce qu'il t'attend, pauvre putain stupide et arrogante. Ne crois pas une seule seconde que tu échapperas aux conséquences de ton affront. » assura Vivienne avec un rire hystérique, les yeux désormais fous dans ses orbites. « Que Voldemort m'en soit témoin, tu ne t'en sortiras pas ainsi. Les Lestrange vont t'écraser comme la tâche dégoutante et impure que tu es. Toi et tous ces rats qui sont à tes côtés. »
« Pas si je les écrase en premier. » répliqua Hermione d'un ton déterminé.
Elle leva sa baguette sur Vivienne.
« Je dois vous remercier pour quelque chose, aussi dérangé que cela puisse être. Grâce à vous, j'ai terminé une fois pour toutes d'être une victime. »
En voyant la lueur dans les yeux d'Hermione Granger tandis qu'elle prononçait ces mots, Vivienne van Detta réalisa qu'elle craignait le sort qui serait réservé aux ennemis de cette femme.
À commencer par elle-même.
Du bout des lèvres, Hermione prononça une incantation. Aussitôt, des flammes vertes sortirent de l'extrémité de sa baguette. Elles se déplaçaient dans la pièce comme si elles étaient animées par quelque chose de vivant. Elles se dirigèrent vers l'alcôve secrète où tous les contrats et les documents importants de Vivienne étaient entreposés, les consumant intégralement, devant les cris de cette dernière, qui voyait le travail de toute une vie se désagréger devant elle.
Il ne s'agissait pas un feu normal, mais d'un Feudeymon, une entité incendiaire dévastatrice qui anéantissait tout sur son passage, sans apitoiement. Hermione Granger lui jeta un dernier regard, empli d'aversion, avant de quitter la pièce enflammée, claquant la porte derrière elle, abandonnant Vivienne à son enfer ultime. Elle se précipita vers la porte et tourna la poignée de toutes ses forces, mais celle-ci refusa de s'ouvrir. Désespérée, Vivienne traversa le bureau et tenta de pousser le portrait qui révélait le passage secret par lequel elle était entrée dans la pièce. Avant qu'elle ne puisse l'atteindre, une gigantesque colonne chuta devant elle, lui barrant le passage.
Vivienne s'effondra au sol, suffoquant à cause des émanations toxiques. La dernière chose qu'elle vit fut la forme presque humaine que le Feudeymon avait prise et qui s'approcha d'elle à toute vitesse avant de la consumer de toutes parts.
