Genre : U.O ; Romance ( yaoi ), aventure, humour
Disclaimer : La plupart des personnages appartiennent à Kishimoto-sensei. D'autres sont le fruit de mon imagination.
Rating : M - présence de scènes de sexe plus ou moins explicites.
Attention : présence de spoils
Note : Voici enfin la quatrième - cette fois, je ne dis pas qu'il s'agit probablement de l'avant-dernière car cet "os" s'allonge de plus en plus - partie d'Héritage. Cette fois encore, plus centrée sur des combats qu'autre chose, mais je pense que la prochaine sera plus autour des émotions. J'ai aussi décidé qu'une fiction suivrait celle-ci, environ neuf ans après. Enfin, avec les personnages qui survivront à "Héritage" !
Quatrième partie
Malaise.
Saito évoluait en silence avec Sasuke, Jûgo et Enra, toujours prisonnière, en direction d'Oto. Ses blessures entièrement guéries, seuls quelques muscles lui arrachaient encore quelques grimaces lorsqu'il poussait ses limites. Mais il ne se plaignait pas : la douleur s'intégrait dans la vie d'un shinobi. Comme quelques jours plus tôt, avec ses compagnons, il sautait agilement de branches en branches, ne provoquant que de légers bruissements de feuilles. Pourtant, devant lui, son père était à la fois plus silencieux et plus rapide. L'expérience, probablement. Quant au nukenin roux, malgré sa stature imposante, il ne faisait guère plus de bruit. Même Enra n'alerterait pas ses complices, la frayeur qu'elle éprouvait face à Sasuke la retenant. Le jeune chûnin réalisa à quel point il devait encore faire des progrès, bien qu'il fût le génie de sa promotion.
Ils courraient depuis trois jours. Trois jours durant lesquels Saito avait dû retenir l'envie de révéler son identité à l'Uchiha. Mais il devait se taire, sinon jamais le brun ne le laisserait infiltrer le repaire d'Orochimaru. Il dévoilerait ses sharingan au dernier moment, pour s'assurer la convoitise de l'homme-serpent.
- Comment se fait-il qu'Orochimaru soit encore en vie ? Je croyais pourtant que vous l'aviez tué avant la quatrième Grande Guerre, interrogea soudain Saito tout en faisant attention à ne pas glisser sur le bois humidifié par la rosée matinale.
Sasuke et Jûgo ne répondirent pas immédiatement ; ils laissèrent même s'écouler plusieurs minutes qui manquèrent d'arracher un soupir las à leur jeune interlocuteur. Voilà pourquoi Emiko s'énerve quand je ne réponds pas à ses questions, réalisa-t-il tout en suivant ses ainés. Contre toute attente, se fût Enra qui répondit à ses questions :
- Ces crétins l'ont ressuscité. Uchiha nous avait enfin débarrassé de lui, mais il a ramené cette plaie à la vie. Va savoir pourquoi.
Sa rancœur perçait dans sa voix alors qu'elle fixait d'un œil assassin le dos du brun. Pourtant, elle avait à peine élevé la voix pour ne pas attirer l'attention sur elle et que seul Saito l'entendit. En théorie. L'Uchiha se tourna légèrement vers les adolescents, sans ralentir sa course, et, d'une voix qui les glaça, les rabroua :
- Il détenait des informations nécessaires sur les techniques de résurrection. Entre autre chose.
Saito regardait Sasuke, sceptique, tout en retenant un frisson. Il comprenait un peu mieux pourquoi son père était souvent mal à l'aise face au brun. Celui-ci paraissait pouvoir être encore plus glacial que le grand-père d'Emiko. Il se mordilla la lèvre inférieure, n'ajoutant rien d'autre pendant plusieurs heures. Il ne reprit la parole que plus tard, dans la soirée, alors qu'ils dinaient sommairement.
- Des ramen, constata Enra d'un ton méprisant alors que Saito – de corvée cuisine ce soir-là – lui tendit son bol.
- Si t'en veux pas, ne mange pas, ça en fera toujours plus pour moi, réprima l'adolescent qui ne comprenait pas comment on pouvait déprécier son plat préféré.
L'ancienne kunoichi de Kiri grogna avant de commencer à manger avec un manque d'entrain évident. Sasuke ne put retenir un sourire en coin tant la situation lui semblait curieusement... familière. Combien de fois l'autre crétin blond s'était évertué à leur préparer des ramen lors de leurs missions avec l'équipe 7 ? Nul doute que Saito devait avoir hérité des talents de cusinier exceptionnels de Naruto. Toutefois, il ne dit rien et se contenta d'amener ses baguettes à sa bouche. Au moins, les ingrédients à réchauffer de Konoha avait meilleur goût que dans sa jeunesse. Une fois que Saito fût assis, le nukenin reprit la parole, d'un ton moins réprobateur que plus tôt :
- Saito, tu vas infiltrer le repaire d'Orochimaru pendant que Jûgo et moi nous engouffrerons par l'un des tunnels secrets dont nous a parlé Enra. Quant à toi, ajouta-t-il à l'adresse de la fidèle d'Orochimaru, tu prétendras avoir réussi à capturer Saito après que nous l'ayons laissé seul, c'est bien compris ?
La jeune fille hocha la tête ; elle n'oserait pas défier l'Uchiha, conscient qu'elle risquerait d'en souffrir un peu plus. De toute façon, elle doutait qu'Orochimaru pût lui tenir tête. Après tout, le brun l'avait déjà détruit une fois, alors qu'il n'était qu'un adolescent. Dans tous les cas, elle y serait gagnante : jamais le serpent ne douterait de sa traitrise, puisqu'elle le manipulait depuis des années sans qu'il ne s'en rendit compte. Du moins l'espérait-elle. Même s'ils ne se rendaient pas compte, les trois hommes lui offraient l'opportunité de retrouver la liberté. Jamais ils ne la ramèneraient à Kiri, ça, elle pouvait l'assurer.
- N'essaie pas de nous doubler, ou tu le regretterais, lui rappela le chef de Taka, le regard toujours aussi sombre.
La jeune femme hocha la tête, sous l'œil attentif de Jûgo. Ce dernier n'appréciait pas vraiment le fait d'affronter Orochimaru, surtout qu'il n'était toujours pas certain de pouvoir se contrôler. Même s'il ne le montrait pas, Sasuke ne voudrait probablement pas que le fils de son ancien amant souffrît, et Jûgo doutait qu'il lui pardonnerait s'il venait à perdre conscience et blesser Saito. Ou pire, le tuer. Parce que Naruto ne l'accepterait pas, et donc Sasuke ne l'accepterait pas. Parce que Sasuke s'était juré de protéger les habitants de Konoha, même s'il n'appartenait plus au village.
- Sasuke ? Avec Saito ?
Il devait rêver. Non, cauchemarder. Comment la situation avait-elle pu devenir encore plus catastrophique ? L'héritière des Hyûga enlevée, le jeune Nara blessé, son propre fils jouait les héros. La mission était un échec total et consistait à présent un danger bien trop grand pour les enfants, qui ne devaient pourtant que recueillir des informations. Tout leur échappait. Mais pire :
- Et s'il devine qu'il est ? s'écria Naruto, hurlant pour la première fois sur son amour d'enfance. Tu as pensé à la douleur de Saito quand il apprendra qu'il ne pourra pas vivre avec son deuxième père ? Parce que Sasuke ne reviendra jamais à Konoha !
- Oh, alors le gamin est le rejeton de Sasuke. Wouah, j'aurais jamais cru qu'il s'était effectivement tapé quelqu'un. Il est peut-être vraiment humain, après tout.
Le Rokudaime sursauta en entendant cette voix et se tourna vers la fenêtre. Sa silhouette se découpant dans le ciel aux couleurs rosées et orangées, Suigetsu se tenait debout sur le toit de la demeure des Hokage. Ses lèvres se retroussaient en un rictus moqueur et dévoilaient l'une de ses canines aiguisées. Dans son dos, le hachoir de Kiri était aussi impressionnant que dans les souvenirs de Naruto, même s'il avait grandit de plusieurs dizaine de centimètres. Les shinobi présents dans la salle se crispèrent, prêts à en découdre avec le nouvel arrivant, mais, alors que le blond malaxait son chakra, Sakura se plaça entre Suigetsu et lui :
- Attends Naruto, il est là pour nous aider.
- Nous aider ?
- Vous aider oui, répéta Suigetsu, comme s'il parlait à un imbécile. Et puis, qui sait ce qui arriverait à ce cher petit Saito si je ne revenais pas ?
- Espèce de...
Les poings de Naruto se crispèrent mais l'homme aux cheveux bleus leva les mains pour lui indiquer qu'il plaisantait.
- Il ne le touchera pas. Il n'a rien plus rien contre Konoha, il est même votre allié. Et puis, il ne ferait rien qui pourrait déplaire à son « crétin ».
Son rictus s'agrandit quand il surprit la mine ahurie du dit « crétin ».
- Sasuke, allié de Konoha ?
- Oui. Taka travaille sous mes ordres.
Ce bureau est une vraie passoire, songea l'Uzumaki en voyant la Godaime y pénétrer à son tour. Comme souvent, à cette heure tardive, les joues de la kunoichi se paraient d'un rose plus ou moins prononcé.
- Dire qu'on travaille avec vous serait plus juste, la vieille.
Curieusement, Tsunade ne répliqua pas et s'assit face à Naruto. Celui-ci commençait vraiment à perdre patience.
- Mais qu'est-ce-qu'il se passe à la fin ?
- Nous traquons les anciens sujets d'Orochimaru et les alliés de l'Akatsuki depuis des années, se décida enfin à expliquer Suigetsu, comme s'il s'adressait à un enfant. Ordre de Sasuke. On dirait que quelqu'un l'incite à veiller sur ce village.
- Saito va infiltrer le repère d'Orochimaru, comme c'était prévu, le coupa Sakura d'un ton sec. Enra va le faire passer pour un prisonnier. Pendant ce temps-là, Jûgo et Sasuke attendrons les renforts pour attaquer.
- Nous avons toutefois une condition, intervint à nouveau le shinobi de Taka.
- Laquelle ? interrogea Naruto, qui craignait les demandes farfelues de Sasuke.
- Vous libérez Karin. Elle nous sera utile pour cette intervention.
Le Hokage s'apprêtait à refuser mais songea qu'il n'avait rien à perdre à libérer la kunoichi sensorielle. Après tout, elle leur avait déjà confié toutes les informations nécessaires. Il hocha la tête pour signifier son accord avant d'envoyer un anbu quérir la jeune femme.
- Maintenant, vous allez m'expliquer comment intervenir avant que mon fils approche Orochimaru. Parce qu'une fois qu'il l'aura, ce serpent ne le laissera pas partir.
Mécaniquement, Saito tira sur les liens qui lui entravaient les poignets. Le geste ne servit qu'à enfoncer un peu plus la corde dans ses poignets. Quel besoin Enra avait-elle eut de serrer les nœuds aussi fort ? Il jeta à l'intéressée un regard de reproche alors qu'elle tirait subitement sur le bout qu'elle tenait, pressant l'adolescent. Puis l'Uzumaki jura à voix basse et observa la clairière qui les entourait. Bordée de chênes, celle-ci était plutôt petite, tout juste assez grande pour la structure en bois en son centre. L'été avait brûlé l'herbe, laissant la terre apparaître à plusieurs endroits. Sous les pas du chûnin, le sol s'effritait. Mais son attention se portait sur les escaliers descendants qui menaient au repère d'Orochimaru. Le garçon ne put retenir un frisson. Si la nukenin aurait voulu le rabrouer, elle n'eut guère le temps ; plusieurs silhouettes apparurent à leurs côtés.
En voyant la jeune femme se crisper, Saito comprit que quelque chose n'allait pas. Enra se mordilla un instant la lèvre avant de se reprendre. Six shinobi, plus âgés que Saito, les entouraient, leurs armes au main, accrochées à la taille ou sur leur dos. A leur apparence, le fils du Rokudaime Hokage devinait qu'il s'agissait des recrues issues des autres villages. Serait-il capable de les convaincre de retourner chez eux lorsque Orochimaru serait vaincu ? Ou resteraient-ils des fugitifs ? Il se ressaisit ; pour l'instant, la situation ne jouait pas en leur faveur. La pression sur ses avant-bras s'accentua alors qu'Enra le tirait vers elle.
J'ai apporté une belle prise pour le maitre, annonça-t-elle, un sourire cruel au coin des lèvres.
Saito se tendit légèrement, le jeu d'actrice de la brune le gênant. L'une des adolescents, aux cheveux blonds coupés au carré, s'approcha d'eux et étudia attentivement le jeune Uzumaki. Son chakra transparaissait à travers sa peau et, même s'il était très mince, personne ne pouvait nier son pouvoir. L'interlocutrice d'Enra devint suspicieuse : comment l'épéiste de Kiri, malgré sa puissance, aurait-elle pu vaincre seule un chûnin de cette envergure ? La renégate nota l'indécision sur le visage de sa supérieure ; changement de tactique.
- Il est le fils du Rokudaime Hokage. Orochimaru-sama pourrait le trouver intéressant, pressa-t-elle l'autre.
Elle savait qu'elle n'hésiterait pas saisir une opportunité d'être bien vue par l'ancien sannin. Mara, ancienne kunoichi d'Ame, haussa un sourcil châtain alors que son observation se faisait plus attentive. Elle ouvrit ses lèvres roses, prête à accorder l'entrée aux deux shinobi lorsqu'une voix grave s'éleva :
- Elle cherche à nous doubler. Il n'y a aucune chance qu'elle ait pu l'attraper, il était sous la protection de Sasuke Uchiha.
- Et merde, jura intérieurement Saito en reconnaissant la voix de Tsubasa.
Celui-ci se tenait dans l'ombre, à quelques pas de là. Les yeux noirs de l'Uzumaki s'écarquillèrent lorsqu'il nota les nombreuses stigmates qui striaient la peau sombre de l'autre. Visiblement, son dernier échec lui avait valu une punition cuisante. Alors qu'il prononçait ces mots, les doigts de Mara se crisèrent sur le menton de Saito. Un sourire méchant apparut sur ses lèvres alors qu'elle vint lui chuchoter d'une voix glaciale :
- Voyez-vous ça...Vous pensiez vraiment pouvoir nous doubler ?
Ses ongles s'enfoncèrent dans la peau pâle du garçon alors que les autres se rapprochaient d'eux. Ils ne pourraient pas s'échapper.
- Tu es vraiment sûr de vouloir l'aider ?
Sasuke ne se tourna pas vers Jûgo. Ses yeux d'obsidienne étaient rivés sur le fils de son ancien amant. L'une de leurs interlocuteurs s'était approchée de lui pour l'examinait. D'où ils se trouvaient, les membres de Taka ne pouvaient percevoir les paroles des deux adolescents. Mais le malaise de Saito était tangible. Le brun se préparait à agir en cas de besoin. Saito réagirait-il aussi impulsivement que son père ? Sans un regard pour son camarade, l'Uchiha répondit enfin :
- Nous nous sommes engagés à vaincre tous ceux qui ont été liés à l'Akatsuki. Orochimaru en fait parti.
- Tu es sûr que tu ne cherches pas à te venger ?
Sasuke hésita un instant, laissant son regard dériver sur le bâtiment où il avait vécu quelques mois de sa vie. Oui, il détestait Orochimaru. Moins que les anciens de Konoha, mais il ne pouvait nier cette haine. Toutefois, la vie du serpent mettait le village en danger, et, après mure réflexion, l'Uchiha devait avouer que cela le préoccupait. Parce qu'il donnerait sa vie, et que, même s'il avait refait sa vie avec quelqu'un d'autre, le brun se souciait toujours de lui.
- Je cherche à lui faire payer, oui, admit-il. Mais c'est aussi moi qui l'ai ressuscité, c'est à moi de le ramener dans la tombe.
Jûgo l'observa un temps avant de hocher la tête. Il comprenait les raisons de son chef : c'était à cause de lui que plusieurs personnes souffraient actuellement. Le roux sentit soudain une brusque tension s'élever de la clairière. Ses muscles se contractèrent, mais la main de Sasuke sur son avant-bras lui permit de garder le contrôle. Le brun activa son sharingan, guettant la moindre attaque ennemie. Mais, contrairement à ce qu'il avait craint, il n'y eut aucune escarmouche et leurs deux « alliés » s'engouffrèrent dans le terrier du serpent.
Les ongles de Mara manquèrent d'arracher un gémissement de douleur à Saito, qui vit derrière l'épaule de cette dernière le visage satisfait de Tsubasa. Enra, quant à elle, paraissait effrayée. L'Uzumaki, lui, ne craignait rien ; il se doutait que le nukenin à la peau sombre ou un autre membre de son équipe fût présent à leur arrivée. Il l'avait même espérer, d'ailleurs. Entrer dans le repaire d'Orochimaru en tant que prisonnier ne l'intéressait guère, il voulait être libre de ses mouvements. Malgré la capture d'Emiko et le retour au village de Shikako, il fallait suivre le plan.
- Je les ai piégé, mentit-il, l'air impassible. Moi aussi, je veux vous rejoindre.
- Et pourquoi le fils de l'Hokage trahirait-il son village ? cracha Tsubasa, peu dupe.
- Parce que j'en ai marre de devoir cacher mon identité.
- Ton identité ? Répéta Mara, curieuse.
- Je suis le fils illégitime du Rokudaime Hokage et de son ancien coéquipier, Uchiha Sasuke.
Mara le fixa un temps, comme pour juger de la véracité de ses propos. Ne mentant pas, Saito ne laissa paraître aucune faille, se rappelant des conseils de Sai pour rester impassible. Finalement, la jeune femme parut satisfaite.
- Je crois qu'Orochimaru-sama sera plus que ravi de t'avoir parmi nous.
- Mais c'est un piège ! tenta de la raisonner Tsubasa.
- Chercherais-tu à déplaire au maître une fois de plus ? siffla Mara en se tournant vers son compagnon, ses yeux gris flamboyants de colère.
Tsubasa eut un mouvement de recul et manqua de trébucher. La blonde continua de le fixer pendant un temps avant de saisir le bras de Saito avec fermeté.
- Suis-moi...
Sans protester, le chûnin se laissa guider à l'intérieur du repaire du serpent. Son coeur battait douloureusement dans sa poitrine alors qu'il s'enfonçait dans l'antre sombre. Bientôt, la lumière du soleil disparaissait lentement, pour être remplacée par de simples torches équidistantes. Les murs en pierre suintaient d'humidité – de la mousse recouvrait la roche à certains endroits. Mara se déplaçait avec aisance dans le couloir, la main toujours serrée autour de l'avant-bras de Saito. Un sourire malsain étirait ses lèvres, heureuse à l'idée de présenter la nouvelle « recrue » à Orochimaru. Le chemin jusqu'à ce dernier parut extrêmement long au jeune Uzumaki, qui sentait Enra crispée derrière lui. Il devinait sans mal ses craintes : elle avait accepté de leur venir en aide, de le trahir, et devait s'attendre à ce qu'il la dénonçât.
Enfin, ils débouchèrent sur une pièce circulaire. Les murs mesuraient plusieurs mètres de haut, sans la moindre lucarne. Seules Enra et Mara accompagnèrent Saito à l'intérieur, les autres adolescents s'éloignant soudain. Toutefois, la brune ne semblait guère à l'aise et tripotait convulsivement le manche de son épée. Saito comprit pourquoi lorsqu'il distingua les chaines qui pendaient le long de la pierre. Plusieurs machines produisaient des bruits étranges, mélange de claquement métallique, de sifflements et d'eau qui bouillonne. Orochimaru se trouvait près d'une table de consultation, qui trônait au milieu de la salle. Un garçon, plus jeune que le blond, y était allongé, visiblement éveillé à en juger le hurlement de douleur qu'il poussa alors que les trois adolescents entrèrent.
Saito s'arrêta près de la porte, imitant ses accompagnatrices, et attendit que le renégat daignât leur porter attention. Finalement, celui-ci se tourna vers eux, son regard se posant sur le bâtard Uchiha-Uzumaki, qui ne se défila pas. Au contraire. Il agita ses doigts près de sa poche de shuriken, avant de se rappeler qu'il avait dû les laisser à l'entrée ; il devrait prendre son mal en patience.
- Qu'avons-nous là ? s'enquit Orochimaru, ne remarquant aucun bandeau sur le chûnin.
Néanmoins, les marques sur les joues de Saito trahissaient son identité. Un contact avec Kyûbi laissait toujours des traces.
- Un autre shinobi de Konoha, l'équipier de la Hyûga que nous vous avons amenée plus tôt, répondit Mara, sans cacher sa fierté. Le fils de Naruto Uzumaki et de Sasuke Uchiha.
Cette déclaration exacerba l'intérêt d'Orochimaru. L'homme aux longs cheveux noirs détailla Saito plus attentivement. L'enfant l'intriguait, d'une part parce qu'il était le fruit de l'union de deux hommes, d'autre part parce qu'il représentait l'héritage des Uchiha. Peut-être le renégat n'aurait-il pas à renoncer à ses anciens projets. Auparavant, il devait toutefois tester le garçon.
- Et pourquoi voudrais-tu trahir ton village ? Tu es le fils du Hokage, après tout, l'interrogea-t-il, humectant ses lèvres avec avidité.
- Je dois devenir plus fort, répondit Saito, sans hésiter. Détruire ce village qui a renié mon père alors qu'il les a aidé.
Feindre l'amertume, la colère. Orochimaru parut satisfait ; ses lèvres s'incurvèrent en un sourire carnassier. Il fit signe aux trois adolescents de le suivre et quitta le « laboratoire » - Enra n'expliqua à Saito l'utilisation de cette salle que plus tard. Le chûnin se sentait mal à l'aise alors qu'ils parcouraient les couloirs lugubres et devinait sans peine qu'Enra partageait ce sentiment. Même s'il voulait la rassurer, il ne pouvait guère, de crainte d'être surpris par Mara ou, pire encore, Orochimaru. Alors il la laissait aux prises avec ses tourments.
La pièce dans laquelle ils pénétrèrent, tout en étant aussi ronde et haute, était beaucoup plus large. De nombreux gradins, à plusieurs mètres du sol, s'enfonçaient dans les murs, alors qu'une fosse créait une sorte d'arène. La lueur de crainte dans les yeux d'Enra, mais aussi dans ceux Mara, alarma Saito.
- Reste ici, ordonna Orochimaru avant de faire suivre aux jeunes filles de le suivre.
Le coup d'oeil compatissant que lui lança Enra n'échappa pas à Saito alors qu'elle quittait la pièce. Seul, le chûnin balayait la salle du regard, tergiversant sur ce qui l'attendait. Il n'eut guère à attendre longtemps ; les trois ninja d'Oto apparurent bientôt dans un gradin plus avancé que d'autre.
- Il ne faut tester tes compétences si tu veux nous rejoindre, expliqua Orochimaru. Un petit combat devrait suffire. Faites-le entrer !
La voix du renégat se haussa sur cette injonction. Crissement métallique ; Saito se retourna pour voir de lourds barreaux de fer s'élever pour s'enfoncer à la roche. Frisson. Sueur. Crainte. Le fantôme des nombreux coups s'abattit à nouveau sur le chûnin alors que Yôta entrait dans la pièce, un sourire moqueur dessiné sur ses lèvres.
- Uzumaki, se délecta-t-il en s'approchant un peu.
Aussitôt, Saito effectua quelques pas en arrière ; il savait que son adversaire excellait là où il défaillait : le taijutsu. S'il le touchait, sa mort serait certaine, surtout s'il en jugeait le regard assassin de Yôta. S'il voulait survivre, Saito n'avait pas le choix : il devait tuer Yôta en premier. Ses doigts effleurèrent la poche de kunai qu'il avait récupérée, avant de l'ouvrir.
Il attaqua. La lame frôla la joue de Yôta, qui l'esquiva aisément, avant d'être jointe par deux autres quelques fractions de seconde plus tard.
- Ne me dis pas que tu crois vraiment m'avoir avec ça ? se moqua le nukenin avec un petit rire.
Comme pour répondre à sa question, le fin filet qui reliait les deux derniers kunai s'enflamma. Yôta sauta juste à temps pour éviter la brûlure. Douleur. Un autre filin avait ramené le premier jet vers son lanceur, et le shinobi d'Ôto n'avait pu l'empêcher de le frapper dans le dos. Encouragé par ce succès, Saito continua d'attaquer, enchainant lancer de kunai et de shuriken, techniques Kâton et Fûton. Il atteignait la plupart du temps sa cible, même si aucune de ses techniques ne blessait autant Yôta qu'il ne l'aurait voulu. Surtout que ce dernier ripostait violemment. Bientôt, la douleur dans la cheville de Saito se réveilla. « Je dois trouver quelque chose pour en finir rapidement » songea-t-il alors qu'il soufflait une nouvelle boule de feu vers Yôta ; visiblement, ce dernier partageait son avis.
- Fini de jouer, grinça-t-il en se redressant après avoir évité le nouveau jutsu avec une roulade.
La marque sur son cou s'étendit sur le reste de son corps, progressivement ; son sourire mauvais s'agrandit. « Merde » jura intérieurement Saito quand il comprit que, si lui usait de ses meilleures stratégies d'attaque, Yôta n'utilisait pas encore toute sa puissance. Il le sentit, surtout, lorsque le pied du nukenin vint violemment frappé ses côtes, sans même qu'il n'eut perçu le moindre geste. Un filet de sang, accompagné d'une douleur aiguë, coula de son arcade sourcilière.
- Rasen... commença-t-il, prêt à riposter.
- Tu es désespérément lent, Uzumaki !
Saito hurla de douleur alors que son corps traversait la moitié de la salle, pour cogner le mur en pierre. L'irrégularité de la pierre devait avoir causé de nombreuses éraflures sur sa peau.
- Tajû kage bunshin no jutsu !
Une cinquantaine de clones envahir la salle, diminuant sensiblement le chakra de Saito. Même s'ils se battaient aussi bien que lui, tous ces clones auraient au moins le mérite de permettre à Saito de réfléchir à la situation et de multiplier ses attaques. Alors que les clones lançaient des rasengan et des boules de feu de petites envergures, Saito demandait s'il était vraiment sage d'utiliser cette technique. Il avait promis à son père de ne pas l'utiliser, et ce, même s'il avait suivi en cachette un entrainement auprès de Kakashi. Il la maitrisait, bien qu'il ne l'eût jamais utilisé au combat. Yôta décida pour lui.
- Ce petit jeu devient lassant ! s'exclama-t-il alors qu'il détruisait deux clones sans efforts apparent.
Sous cette forme, sa puissance égalait celle de Sakura-sensei ; sa vitesse, celle de Lee-sensei. Bientôt, il ne resta plus que quatre clones d'ombre. Deux d'entre eux créèrent un dernier rasengan avant de se jeter vers Yôta, qui perdit patience et relâcha totalement l'emprise du pouvoir démoniaque. Il grandit de plusieurs centimètres, tant en hauteur qu'en largeur. Sa peau devint totalement noire, comme l'ébène.
- Fini de jouer, gronda-t-il en réduisant les clones de Saito en fumée.
« Fini de jouer » répéta mentalement ce dernier avant de fermer les yeux. « Pardon Papa, mais je ne peux pas tenir ma promesse ».
- Sharingan, dit-il d'une voix clair alors qu'il ouvrait les paupières, découvrant trois virgules découpées sur des iris écarlates.
Naruto suivait Karin et Suigetsu depuis plusieurs heures à travers l'épaisse forêt qui longeait le pays d'Oto. Derrière lui, Kakashi et Sakura semblaient tout aussi crispés que lui ; ils n'avaient pas voulu le laisser rejoindre le reste de Taka seul, craignant sa réaction à la vue de Sasuke. Silencieusement – plus ou moins – Suigetsu et Karin ne cessaient de se disputer, comme s'ils voulaient rattraper le temps perdu. Kakashi, lui, vérifiait parfois auprès de Sakura si la rousse les menait bien là où devait se trouver Saito et si elle ne cherchait pas à les piéger. Mais le Rokudaime, lui, ne disait mot, culpabilisant d'avoir envoyé d'aussi jeunes shinobi dans la gueule d'Orochimaru.
Karin s'arrêta soudain, levant la main pour signifier aux autres de l'imiter. Ce qu'ils firent, non sans l'interroger du regard.
- Ils sont là,répondit-elle aux questions implicites.
L'Uzumaki se tourna dans la direction qu'elle indiquait, soulagé jusqu'à ce qu'il ne détecte que deux chakra. Où était Saito ? Il lança un regard accusateur à Suigetsu, alors que Sakura et Kakashi se préparaient à se battre.
- Il était avec eux, se justifia-t-il, l'air tout aussi surpris qu'eux. Ils ont peut-être déjà lancé l'offensive.
- Je croyais qu'ils devaient attendre ?
Naruto gronda ; Sakura posa une main sur son épaule pour le calmer. Le Rokudaime se dégagea, lui lançant un regard glacial.
- Tu n'aurais pas du le laisser seul, lui reprocha-t-il. Surtout que tu es l'une des rares à savoir pour Saito...
- Naruto... bredouilla l'eiseinin, qui se recula, comme s'il l'avait mordue. Je...
- Tu savais qu'il possède le sharingan et qu'Orochimaru voudrait son corps.
- Et où ton fils a-t-il trouvé ces yeux ?
Nostalgie.
Douleur.
Joie.
Colère.
Gène.
Diverses émotions s'emparèrent de l'Uzumaki au son de cette voix qu'il s'était préparé à ne plus jamais entendre. Son cœur s'emballa ; son souffle se hacha ; ses lèvres s'asséchèrent ; il tremblait. Lentement, il leva les yeux pour croiser les prunelles onyx de son ancien amant. Son cœur se serra. Oui, Saito lui ressemblait trait pour trait, au point où il ne serait pas surpris s'il avait trouvé la vérité. Quelques mèches obstruaient encore son visage. Il sembla au blond qu'il avait encore grandit, et que ses cheveux avaient un peu poussé. Il ne manqua pas les ridules qui apparaissaient près de ses paupières ; elles lui donnaient un air plus sexy encore.
Mais, lorsqu'il constata que Saito était effectivement absent, le Jinchuriki se crispa.
- Où est-il ? gronda-t-il alors que ses canines s'allongeaient perceptiblement.
- Il a infiltré le repaire d'Orochimaru, répondit Jûgo, constatant que son chef ne répondrait pas.
- Et tu n'as pas cherché à l'en empêcher ? s'écria le père désemparé, qui fixait toujours Sasuke.
- Ton fils est un shinobi ; c'est son travail, rétorqua enfin ce dernier, d'un ton amer.
Ni Kakashi, ni Sakura ne put retenir leur ancien coéquipier lorsqu'il se jeta sur le dernier membre de l'équipe 7 ; sa vitesse avait augmenté au cours de ces dernières années. Son poing percuta la joue de Sasuke, qui ne s'y attendait pas. Mais, aussitôt, le brun riposta. Toute leur colère, toute leur rancune, tout leur désespoir se déversaient dans chacun de leurs coups ; ainsi communiquaient-ils l'un avec l'autre.
Naruto en voulait à Sasuke d'avoir gardé le contact avec Tsunade pendant des années, sans jamais chercher à le revoir ; de ne pas avoir été là quand il avait enfin réalisé son rêve ; de l'avoir laissé seul, perdu après la dernière nuit qu'ils avaient passé ensemble ; d'être parti avant qu'il n'ait eu le temps de lui avouer ses sentiments.
Sasuke en voulait à Naruto d'avoir hanté ses pensées pendant des années, au point où il avait du se faire violence pour ne pas se précipiter chez lui à chaque fois qu'il était retourné à Konoha ; d'avoir enfin posé les yeux sur Hinata et de s'être rendu compte qu'il l'aimait ; d'avoir couché avec elle peu après cette nuit, dans la grotte ; d'avoir eu un enfant avec elle, alors que lui l'aimait à en devenir fou.
Probablement l'était-il déjà, songea-t-il alors qu'une nouvelle attaque de Naruto lui fendait la lèvre inférieure ; il le frappa dans le ventre autour. Curieusement, aucun d'eux n'utilisait de ninjutsu ou de genjutsu, Cet affrontement ressemblait à ceux qui les opposaient dans leur jeunesse.
- C'est aussi ton fils, crétin ! finit par hurler l'Uzumaki.
Cette révélation chamboula Sasuke, qui perdit l'équilibre ; Narutoo, entrainé par son élan, s'échoua sur lui. Ses cheveux blonds tombaient sur son visage. Cachaient ses larmes de frustration ; seul l'Uchiha pouvait les voir.
- Mon fils ? répéta-t-il, hébété.
- Tu crois que je te mentirais là-dessus ?
Sasuke tenta de comprendre comment cela était possible mais, alors qu'il ouvrait la bouche pour demander des explications, le Rokudaime se leva, essuyant ses joues d'un revers de main.
- Maintenant, nous devons trouver un moyen de sortir Saito de là avant que l'autre serpent ne décide de s'approprier son corps.
En disant ces mots, Naruto n'adressa aucun regard à son ancien amant qui se relevait, toujours sous le choc. Finalement, il avait encore une famille à protéger, quoi qu'il eût à subir pour cela.
Enfin un nouveau chapitre ^^
Je suis désolée d'avoir été aussi longue, mais ma flemme et mes cours m'ont un peu dépassée. Et je suis très mauvaise quand je me sens obligée d'écrire, donc je prends généralement tout mon temps. J'espère que ces retrouvailles vous ont plus ! Pour celles et ceux qui espéraient des retrouvailles un peu plus chaudes, un peu de patience ~
Merci aux personnes qui liront ce chapitre malgré mon gros, mon très gros retard. Et qui me laisseront des reviews *yeux de Chat Potté*
