Encore un grand merci à ceux qui suivent cette histoire.
Lone Wolf 34, voici donc la suite, un peu plus dense que les autres chapitres et un nouveau petit drabble bonus.
Bonne lecture
DE L'AUTRE COTE DU MIROIR
Shikamaru force l'homme à lui faire face. Son regard noir et son sourire satisfait ne lui plaisent pas. Et le spectacle des trois genins inconscients, étendus sur le sol encore moins. Il ne connait pas le Hyuga mais il s'est attaché aux enfants de Kakashi et Chance.
Zéphyr est beaucoup trop énergique pour lui mais il ne cesse d'être étonné par l'ingéniosité qu'il met dans toutes ses pitreries. Il repense au jour où il l'avait surpris si concentré sur la maîtrise de la deuxième étape de la technique de téléportation de sa mère. Le voir aussi focalisé sur autre chose qu'une de ses bêtises habituelles l'avait tellement surpris qu'il lui avait demandé pourquoi il mettait tant d'urgence et d'attention à la maîtrise d'un jutsu bien trop complexe pour un gamin de neuf ans. Et il lui avait répondu avec le plus grand sérieux que cette technique était la seule capable de lui permettre d'échapper à sa mère en colère. Qu'il n'avait d'autre choix que la maîtriser au plus vite !
Et ce jour où il avait pris l'apparence de son père et raconté avec force de détails la première mission de Flamme au sein de l'équipe sept de Chance. Aucun d'eux n'avait été dupe bien longtemps. Personne n'avait jamais vu Kakashi aligner autant de mots en si peu de temps et avec autant d'enthousiasme. Mais ils l'avaient laissé faire, autant intrigués qu'amusés par cette histoire des plus loufoques racontée avec autant de talent que leur mère pouvait en déployer pour ses anecdotes… Et lorsqu'il leur avait dévoilé le visage de son père. Le plus drôle dans cette histoire avait été la réaction de l'ancienne équipe de Kakashi! Même l'Uchiha avait eu l'air d'un parfait abruti pendant de longues secondes. Inestimable ! D'un autre côté, Zéphyr ressemble tellement à son père que bientôt tous sauraient à quoi ressemble le visage de son chef car son fils n'a jamais cherché à se cacher derrière un bout de tissu.
Et il apprécie chacune de ses parties de shogi avec Perle. La fillette avait heureusement hérité du calme de son père, Dieu merci, et de l'amour de ce jeu par sa mère. Elle avait appris à jouer avec Yoshiko et avait rapidement adopté son style. Se battre jusqu'au bout, sur tous les fronts et refuser tout compromis. Il se souvient de sa première partie contre Aigle. La Hyuga d'ordinaire si calme avait bien failli exploser de rire devant le mimétisme entre la gamine et son chef!
Toisant d'un regard noir l'homme, il se dit que s'il pense battre un Uchiha dans le domaine du genjutsu, c'est soit un fou soit un génie. En le détaillant plus longuement, Shikamaru se dit qu'il est peut-être bien une combinaison étrange des deux.
- Reflet, occupes-toi de les sortir de là et nous reprendrons cette petite conversation lorsqu'ils seront sortis d'affaire.
Sasuke acquiesce en silence. Il pose son mangekyo sharingan sur Perle sans pouvoir cacher son inquiétude. Tous avaient pu constater non sans étonnement à quel point l'Uchiha avait pris son rôle de parrain au sérieux. Lentement, il se penche en effleurant de sa paume le front de la jeune fille, ferme les yeux et plonge dans le genjutsu.
Le temps passe, chaque seconde se cristallisant sur les regards qui se tendent vers Sasuke et les trois enfants étendus sur le sol. Soudain Sasuke se redresse dans un sursaut, tremblant. Le retour à la réalité est brutal. Ouvrant les yeux difficilement, tous constatent que ses bras sont couverts de sang, de profondes entailles zébrant sa peau de part en part.
L'Uchiha le souffle court oublie les regards inquiets de son équipe. Il se lève en grimaçant et se place d'un bond devant l'homme responsable de ce jutsu qui emprisonne l'esprit des jumeaux et de leur équipier et le frappe de toutes ses forces et son uniforme se teinte de son propre sang et du sien.
- Ordure !
- Sasuke ! dit Kakashi.
Reprenant ses esprits devant le ton froid et autoritaire de Kakashi, il arrête son geste. Mais lorsqu'il voit le kanji du miroir tatoué sur le poignet de l'homme, il lui prend le bras brutalement :
- Sale enfoiré !
- Sasuke, reprend Kakashi qui s'impatiente.
- Son jutsu est une technique héréditaire. Mon sharingan ne peux ni la contrer, ni sortir les enfants de leur emprise. Il n'y a que lui qui puisse les en libérer. A vrai dire, je ne sais même pas comment j'ai pu m'en sortir moi-même !
Shikamaru pose une main sur l'épaule de son équipier lui intimant l'ordre tacite de se calmer et Kakashi, contenant difficilement son impatience s'énerve :
- Il faut que j'essaye !
Sasuke ne répond pas mais Shikamaru sait déjà qu'il ne souhaite pas que Kakashi tente sa chance. Quoi qu'ait pu effrayer ainsi l'Uchiha, ce n'est pas à prendre à la légère.
- Non, dit Shikamaru fermement. Pas avant d'en savoir plus. Pas avant d'avoir compris le véritable but de cette attaque, comment ce genjutsu fonctionne et comment Sasuke s'en est sorti.
Devant le spectacle de Kakashi, l'un des hommes le plus calme et nonchalant qu'il connaisse, tremblant face à ses enfants inconscients, prêts à faire n'importe quoi pour les tirer de là, Shikamaru maudit son calme et sa raison qui lui apparaissent comme particulièrement déplacés dans de telles circonstances. Cependant, il sait qu'agir dans la précipitation serait la pire des choses à faire. Cet homme au bandeau de Kumo veut quelque chose et il n'obtiendra rien si les genins sont réellement en danger. Le seul avantage qu'il tire de la situation est que l'homme ne pensait pas se faire avoir. Mais son arrogance lui montre qu'il a de puissants atouts en main.
Shikamaru se plante devant le nukenin :
- Je suppose que tant que vous êtes en vie, les genins ne courent aucun danger, dit le jeune Nara.
- Exact, dit l'homme sans détourner les yeux. Ils pourront y survivre pendant trois jours. Et moi seul peut les libérer…
- Vous voulez quoi ? demande Kakashi.
- La seule chose que vous pouvez m'offrir, dit-il en levant sa main vers l'œil rougeoyant de Neige.
- Le sharingan, souffle Kakashi
Sasuke attrape l'homme par le col et plante son regard dans celui de l'homme.
- Enfoiré ! Combien de temps crois-tu tenir face à mon tsukuyomi avant de nous révéler le moindre de tes secrets.
- Attend ! dit Kakashi. Une telle technique pourrait le tuer. Il y a d'autres moyens.
D'un geste, il plante son katana dans le sol et tous remarquent que ce n'est pas son arme habituelle qu'il porte mais celle de Chance. Tous connaissent les sceaux gravés sur la garde qui lui permettent d'apparaître en un éclair. Yoshikoavait dû le lui confier pour qu'elle puisse les rejoindre à tout moment. Kakashi, hésite un instant en jetant un œil aux jumeaux étendus sur le sol, inconscients, mais il se reprend assez vite.
Il pose à plat sa main sur la lame dégainée, faisant glisser une goutte de sang sur le tranchant d'acier puis enchaîne une série de mudras.
Invocation
Une décharge de chakra dorée enveloppe la garde et se matérialise en une fraction de seconde et le sourire glaçant deGorgo se dessine avant même que sa haute silhouette ne se découpe dans un nuage de fumée volatile.
Kakashi affronte son regard de jade sans sourciller mais sa voix est loin d'être aussi assurée qu'il l'aurait souhaité lorsqu'il dit :
- Préviens Yoshiko de la situation.
La créature lui lance le regard satisfait du chat devant sa proie avant de disparaître dans un souffle.
Puis Shikamaru se tourne vers Sasuke :
- Maintenant dis-nous tout ce que tu as vu.
- Montre-nous, dit Naruto.
Sasuke serre les poings. Naruto n'a pas oublié que son sharingan est capable de leur faire vivre la scène. Sa première réaction est de refuser net. Mais devant les yeux clairs de son ami et la situation, il ravale sa fierté en détournant les yeux. Il croise le regard de Shikamaru qui acquiesce à sa demande tacite.
Quoi qu'il ait à montrer, il n'est pas prêt à le dévoiler à tous, pense Shikamaru.
- Sakura, occupes-toi d'eux dit Shikamaru en désignant les genins, Kakashi essayez d'obtenir quoi que ce soit d'utile de cet homme.
Kakashi s'apprête à parler lorsque Tenten intervient :
- C'est à moi de le faire ! Takeshi, Perle et Zéphyr sont sous ma responsabilité et c'est à moi de m'occuper de lui. Et croyez-moi, il va parler !
Tous se tournent vers Tenten avec effroi. La responsabilité et de culpabilité qui explosent dans chacun des mots de la jeune femme leur empêchent toute réplique.
- Bien, acquiesce Sasuke et d'un regard il les mène à contre cœur dans cette scène à laquelle il vient juste d'échapper.
L'Uchiha lève les yeux vers un ciel noir et tourmenté qui tempête dans des teintes mêlant le rouge et le noir d'une façon presque malsaine. Baissant la tête, il avance dans les ténèbres flamboyantes d'un pas prudent. Le sol meuble rend sa progression pénible et douloureuse. Seul le silence, le plus absolu, le plus oppressant, fait écho à ses pas et il sait déjà que dans ce monde distordu, aucun son ne pourrait sortir de sa gorge nouée.
Soudain, le spectacle qui s'offre à lui le frappe d'une stupeur muette. Sortant des entrailles nauséeuses de cette terre noire qu'il foule, trois immenses miroirs au cadre d'argent et d'or entrelacés, aussi sombres que magnifiques grandissent un peu plus à chacun de ses souffles courts.
Sasuke contemple, immobile, l'esquisse de la noirceur envoutante qui se dégage de ce tryptique démoniaque qui prend vie sous ses yeux. Le premier panneau se met à émettre une lueur sombre et sur le haut du montant, des lettres d'une luminosité aveuglante dans cette pénombre se forment, dévoilant avec une lenteur insupportable le prénom de Zéphyr.
Impuissant, l'Uchiha se tourne avec frayeur devant les deux autres panneaux où les prénoms de Takeshi et Perle s'égrènent lettre après lettre sur le haut des deux autres miroirs. Sentant la panique le submerger comme rarement il ne l'avait ressenti, il réussit à faire quelques pas vers le miroir de Perle.
A peine arrive-t-il en face de la glace, qu'il se rend compte qu'elle ne lui oppose aucun reflet. Elle se trouble un temps, parcourue d'un frémissement électrique qui repousse sa main tendue. Un tourbillon se déroule au centre du miroir et l'image se tord dans tous les sens et il ne met pas longtemps à distinguer les contours d'une scène familière.
Perle
La fillette est avec son équipe et regarde son Maître. Une mission, comme toutes les autres… Mais, si la scène paraît anodine, il n'en est rien. Transparaissant dans chacun de ses mouvements, de ses pensées, de ses regards, une sensation sourde le prend à la gorge avec une telle force qu'il a du mal à détourner les yeux.
Solitude
Il ressent avec une acuité tranchante chacune des pensées de la jeune fille qui pose son regard sur les membres de son équipe. Ils l'ont exclu et elle tente de se convaincre qu'elle n'en souffre pas.
Amertume
En regardant son Maître, elle sait que lui comme les autres attendent plus qu'elle ne pourrait jamais donner, un idéal qu'elle n'atteindrait jamais. Elle se sent condamnée à s'enferrer dans un rôle qu'elle n'a jamais cherché et dont elle ne sera jamais à la hauteur.
Et comme toujours, ses doutes, ses peurs, ses craintes, elle les refoule au plus profond d'elle, perdue depuis trop longtemps derrière un masque que personne n'arrive plus à percer avec pour seule prix la solitude.
Mais Sasuke n'a pas le temps de s'attarder plus longtemps devant ces images déchirantes… A nouveau, sortant de terre avec lenteur, un nouveau miroir lui fait face. Incapable de détourner les yeux, il fixe avec effroi l'œuvre, froide et magnifique, sortir des entrailles de ce cauchemar et contemple avec stupeur les lettres s'inscrire lentement.
S…A…S…U…K…E
Le cœur paralysé par une peur primaire, il voit sans pouvoir esquisser le moindre geste des bras sortir de la glace qui tourbillonne dans un maelström hypnotique et se tendre vers lui. Tremblant devant cet appel impérieux, son cœur s'emballe lorsqu'il devine la scène qui se joue derrière les mains tendus.
Cette nuit.
La lune rouge brille d'un éclat mat dans la glace et l'odeur du sang commence déjà à emplir ses sens et le gout du sel envahir sa gorge. Il devine les corps et la haute silhouette de son frère, ses yeux rouges de haine et de folie le toisent de toute sa hauteur.
Il a beau savoir quelles vérités se cachent derrière ce macabre spectacle, il le redécouvre avec tout l'effroi de l'enfant qu'il était. Toute sa logique, toute sa raison s'évanouissent au contact de ses deux bras sortis du néant qui s'agitent frénétiquement en l'entraînant dans une pantomime grotesque.
Ils l'attirent inexorablement vers le miroir.
Son frère.
Ses yeux de dément qui le toisent de toute leur hauteur, la haine et la folie déchirant la scène de leur ombre sanglante. Il doit fuir !
Il les a tous tué.
Mais Itachi est déjà là. Fuir est inutile et il sait à cet instant qu'il va mourir.
- Tu deviens imprudent, petit frère.
Mangekyo sharingan
Il tombe et la nuit se teinte de rouge.
Ses parents, sa famille, son clan ! C'est impossible ! Il voit les corps tomber sous les coups de son frère. Impuissant et tremblant, l'odeur du sang et le bruit de la lame de son frère qui déchirent les chairs le paralysent. Le massacre qui se joue dans sa tête. Encore et encore.
Père ! Mère !
- Pourquoi ? Grand frère, pourquoi ?
- Pour me tester.
- Pour te tester… Uniquement pour te tester ! Tu les as tous tué pour ça !
- C'était important.
- Quoi donc…
Il se relève et cours vers son frère.
- Te fous pas de moi !
En un seul coup, Sasuke est de nouveau à terre. Son regard croise celui à jamais éteint de son père et la peur le fait trembler. A nouveau il se relève et fuit, il y met ses dernières forces et tout son désespoir, il n'est conscient que d'une chose.
Il veut vivre !
Mais Itachi est déjà là, lui faisant face de ce regard froid et sanglant.
Sa lâcheté le fait trembler mais la peur de mourir l'emporte sur tout. Il est prêt à tout. Même à supplier.
- Ne me tue pas.
- Je n'ai pas l'intention de te tuer. Tu es imprudent, petit frère. Si tu veux me tuer, maudis-moi, détestes-moi, et survis par tous les moyens. Fuis. Fuis. Accroches-toi à la vie.
Dans un ultime et désespéré effort pour échapper à cette nuit, Sasuke se met à crier, de toutes ses forces, de toute son âme.
- NON !
Et le son qui passe ses lèvres résonne dans la nuit, se heurte sur les parois de verre du miroir, repoussent les mains d'ombres qui s'attardent encore sur ses bras et dans un fracas assourdissant, le miroir se brise en un millier d'éclats tranchants.
A peine quelques secondes se sont écoulées lorsque Sasuke les libère de la vision, tenant nerveusement ses mains jointes pour ne pas montrer qu'elles tremblent encore. Son sharingan s'éteint laissant le noir d'une nuit sans lune reprendre ses droits dans ses yeux qui semblent de nouveau aussi inexpressifs qu'à leur habitude.
- Maintenant, dit Sasuke. Vous savez pourquoi ce genjutsu est plus dangereux pour vous que pour eux. Si dans trois jours…
Les mots lui manquent pour finir cette phrase et plante son regard d'un air froid dans celui de Kakashi :
- Un sharingan en vaut en autre, dit-il en baissant la tête et en prenant place auprès de Perle sans plus la quitter des yeux.
Chance n'a pas mis longtemps à arriver dans un éclair, transportant avec elle le père de Takeshi. Le Hyuga, surpris par le contre coup de la technique de Chance, manque de s'effondrer sur l'herbe mais Yoshiko le retient à temps. Mais lorsqu'elle voit Zéphyr et Perle, inconscients, elle libère le Hyuga un peu trop brusquement et se tourne vers Kakashi :
- Laissez-le-moi.
La voix inhabituellement froide de Chance les fait tous sursauter.
- Si je te laisse seule avec lui, tu es capable de le tuer, dit Kakashi.
Chance se tourne vers lui prête à déverser toute sa colère sur le premier venu. Et Shikamaru sait que Kakashi est prêt à accueillir ses mots amers et colériques sans regret. Le jeune Nara soupçonne là une façon bien à lui d'apaiser son sentiment d'impuissance face à la situation.
- Laisse-moi juste cinq minutes avec lui ! Et crois-moi…
- Il faut que tu laisses Gorgo s'en occuper, dit Kakashi. C'est la meilleure chose à faire.
Chance s'avance sans tenir compte des mots de Kakashi qui est forcé de l'empoigner pour l'empêcher de faire un pas de plus.
- Tu dois laisser Gorgo s'en occuper.
Sa voix est devenue murmure comme s'il cherchait lui aussi à s'en convaincre. Kakashi resserre son emprise sur Yoshiko cherche encore à résister.
Kakashi plonge la tête dans son cou et dit d'une voix si faible que Shikamaru peine à entendre ses mots :
- Pardonne-moi.
Et devant la culpabilité qui transperce ces deux mots, Chance s'abandonne dans ses bras et le laisse la conduire aux chevets des enfants et Gorgo rejoindre Tenten.
Le nukenin pose un regard sans crainte sur Gorgo qui s'avance. Cette créature, dernière de son espèce, il en avait déjà entendu parler longuement mais il ne s'attendait pas à se retrouver devant elle en personne. Ce regard de prédateur glaçant, ces traits un peu trop parfaits, cette démarche pareille à celle d'un serpent fondant sur sa proie, ce rictus satisfait sur les lèvres et cette peau qui se joue des reflets de la lumière avec délice, elle est aussi belle que terrifiante.
Pour la première fois, il perd une seconde toute arrogance. Mais il se reprend vite. Il doit juste tenir trois jours et il le fera. Trois petits jours, ce n'est pas cher payé pour obtenir ce qu'il souhaite. Bien sûr, il n'avait pas vraiment prévu de se faire avoir aussi facilement. Le stratège de l'équipe n'a pas volé sa réputation et l'avait cueillit sans effort avec sa technique de manipulation des ombres. Oh, il serait le premier sur sa liste à subir sa colère quand il sortirait de là. Il paierait.
- Vous ne pouvez rien contre moi, dit-il. Je suis lié au genjutsu qui emprisonne les enfants. Si vous me tuez, ils en mourront. Si vous me torturez, ils en paieront les conséquences !
Il avait mis tous les sous-entendus possibles dans cette petite phrase. Ils avaient été suffisants pour ébranler l'assurance du Maître des trois genins qui observe la scène avec intérêt. Alors pourquoi le sourire de Gorgo ne fait que s'agrandir un peu plus…
Elle s'approche, lentement sans le quitter des yeux avec un sourire… Il avait déjà vu des chats sourire ainsi.
Réprimant difficilement un tremblement, il sent que la situation lui échappe.
Gorgo pose une main sur son cou et le plaque durement contre le mur froid de la petite pièce qui était devenue sa cellule. Elle plonge sa tête dans son cou et murmure :
- Tu crois vraiment que je m'inquiète de ce que tu pourrais faire aux enfants. Si tu les tues, j'aurais tout loisir de te faire tout ce que je veux, si tu les tortures, ils n'en seront que plus appétissants à mes yeux.
Gorgo s'écarte et le force à plonger son regard dans le sien. Pour la première fois, son assurance s'évanouit et la peur laisse son empreinte glacée sur son visage. Gorgo fait passer son doigt sur sa tempe, lentement :
- Ne cède pas trop vite, je m'en voudrais d'écourter notre petit jeu.
Inquiète, Sakura veille avec toute l'attention dont elle est capable, refoulant fébrilement sa nervosité devant l'inutilité de toutes ses connaissances médicales face à la situation. Elle ne peut rien faire, même Sasuke l'avait repoussé brutalement lorsqu'elle avait voulu examiner ses bras meurtris. Elle n'est pas dupe une seule seconde. Elle sait que Shikamaru l'avait écarté volontairement quand Sasuke leur avait montré le genjutsu. La seule chose qui peut bouleverser ainsi Sasuke a toujours un rapport de près ou de loin avec son frère. Et tous avaient été particulièrement secoués par ce qu'ils avaient vu.
Mais en voyant Chance et Kakashi cacher difficilement leur tension en détaillant leurs enfants inconscients, elle met bien vite ses pensées de côté. Elle voit avec étonnement le père de Takeshi observer son fils sans qu'aucune émotion ne traverse ses yeux clairs. Comment peut-on être aussi indifférent devant son fils pris dans un genjutsu si puissant que même Sasuke ne peut les en libérer ! Le contraste entre son attitude froide et celles des parents des jumeaux la frappe avec une telle force… Elle se retient à peine de dire ce qu'elle pense au père de Takeshi lorsque sa colère s'évanouit en un souffle.
Le Hyuga serre les poings en fixant son fils, une image aussi brève que fugitive avant de reprendre son attitude impassible.
Dans le couloir, Naruto, Sasuke et Shikamaru attendent dans un silence inconfortable. Shikamaru passe en revue les différentes questions qu'il doit poser à l'Uchiha sur le genjutsu qui emprisonne l'esprit des genins. Mais après cette intrusion dans le cauchemar de cette nuit, ce point de départ à son enfer personnel l'empêche de sortir le moindre mot.
Naruto a été lui aussi particulièrement marqué par cette scène.
Non, décidemment, il ne voit pas comment aborder l'Uchiha…
- Je ne voulais pas, murmure-t-il.
- Quoi ? demande Shikamaru.
Incrédule, le jeune Nara et Naruto se demandent s'ils n'ont pas rêvé la scène. Sasuke, leur adresser la parole !
- J'avais prévu de tout arrêter avant que…
- Je comprends, dit Shikamaru magnanime.
- Mais je n'ai pas pu. Et je viens juste de comprendre pourquoi.
- Pourquoi ? demande le jeune Nara.
- Ce genjutsu ne se base que sur le son. Mon sharingan aussi puissant soit-il se base sur la vue. Cette technique plonge dans les souvenirs, faisant tout revivre en exacerbant les émotions pour vous faire oublier toute raison, toute mesure. Et je ne m'en suis sorti que parce que j'ai fini par me rendre compte que c'était mon passé et non une scène que j'étais en train de vivre pour la première fois. Et à cet instant, j'ai crié, réellement. Pas cette pâle copie du moi de cette scène qui se rejouait encore et encore dans ma tête. Mais moi, réellement moi. Et legenjutsu s'est brisé de lui-même.
- Tu veux dire… commence Shikamaru.
- Que si j'y suis arrivé, il y a une chance qu'ils y arrivent aussi.
- Tu penses que…
- Perle est forte, dit Sasuke.
Shikamaru baisse la tête, ne connaissant que trop bien les fêlures qui le comportement de la jeune fille cache. Il a plus confiance dans le naturel et l'énergie de son frère pour les tirer, sa sœur et son équipier de la situation.
T…A…K…E…S…H…I
Le jeune Hyuga lève les yeux vers son père avec toute la fierté qu'un enfant de quatre ans peut montrer envers cet homme si grand, beau et noble. Si froid.
- Viens Takeshi.
Le cœur du garçon rate un battement. Son père s'adresse si rarement à lui. Il se lève, prêt à le suivre où qu'il aille, trop heureux de l'intérêt si soudain de son père envers lui. A cet instant, il se demande ce qu'il a pu faire pour mériter son attention. Et il craint encore plus de perdre cette chose si précieuse qu'il ne se savait pas posséder.
Il marche dans les pas de son père qui avance si vite qu'il se demande un instant s'il ne l'a pas déjà oublié.
Soudain son regard est attiré par un reflet qui scintille un bref instant dans l'air. Le temps d'un battement de cœur, il éclate et se dissipe dans les airs.
Mais bien vite, il se remet à courir derrière son père. Ils se dirigent dans une partie du domaine qu'il ne connaît pas et que son père lui avait toujours interdit. Curieux, il essaye de découvrir ce lieu qu'il n'avait encore jamais foulé. Mais son père est trop rapide pour lui permettre de s'attarder et lorsqu'il découvre enfin l'endroit où il le mène, Takeshi frissonne malgré lui devant l'alignement des pierres grises.
Un cimetière.
Situé à l'intérieur même du clan.
Son père s'avance et pose une main à plat sur la pierre froide. Son regard se voile et il baisse la tête avant de s'adresser à lui.
- Takeshi, approche et vient rendre hommage à mon frère.
- Oui père.
Intimidé, Takeshi s'avance et s'incline avec respect.
- Mon frère était le plus puissant de tous les Hyuga. Sa maîtrise du Byakugan, de notre art en faisait un homme exceptionnel comme le Clan n'en a jamais vu.
- S'il était si fort, père, comment est-il mort ? demande-t-il avec toute la naïveté d'un enfant de quatre ans.
La main de son père se crispe et c'est la première fois qu'il voit son père si troublé.
- Tu viens d'avoir quatre ans, Takeshi. Tu es assez grand pour apprendre la vérité sur notre Clan.
Takeshi relève la tête en tremblant.
- La vérité ?
- Tu es ami avec Kakyo, n'est-ce pas ?
Takeshi hoche la tête sans comprendre où veut en venir son père.
- C'est son quatrième anniversaire aujourd'hui même.
- Père…
- Notre Clan est composé de deux branches, la principale dont toi et moi sommes issus et la branche basse à laquelle appartient ton cousin. Et ceux qui appartiennent à cette branche reçoivent le jour de leur quatrième anniversaire une marque maudite qui liera leur destin au Clan.
- Une marque…
- Un sceau, gravé dans leur chair, capable de décider de leur vie comme de leur mort, muselant leur destin et qui les forcera toute leur vie à obéir aveuglement au Clan.
- Pourquoi ? demande Takeshi horrifié.
Son père le fixe, le souffle coupé. Pourquoi ? Il n'est pas sûr d'avoir une réponse à cette simple question.
- Peut-être pour nous rappeler que jamais notre Clan ne formera une véritable famille ? Peut-être pour ne pas oublier que notre Clan ne s'est élevé que sur la peur et une injustice qui n'est déterminée que par la naissance. Car il faut que tu saches Takeshi, au moment même où l'on apposera ce funeste sceau sur le front de ton ami, la colère et la haine feront lentement leur chemin dans son cœur et dans ses yeux. Cela prendra peut-être des semaines, des mois, des années… Mais crois-moi mon fils, la haine trouve toujours son chemin.
Takeshi voit son père se pencher sur la tombe de son frère.
- C'est pour ne pas succomber à cette haine que mon petit frère a préféré fuir son destin et s'engager dans la plus dangereuse des sections ANBUs. Il préférait mourir, une arme à la main, en défendant notre Village que de laisser son cœur s'assombrir et son esprit être envahit par ce mal qui ronge notre Clan depuis toujours.
Son père délaisse la pierre froide et se lève :
- Partons, Takeshi.
Le garçon s'apprête à suivre son père lorsqu'il croise le regard de la mère de Kakyo, à quelques pas.
Le cœur du garçon s'arrête.
La femme qu'il connait depuis toujours le fixe d'un regard glaçant. Derrière elle, son fils, Kakyo n'ose lever la tête vers lui. Une bande de tissu lui enserre le front et Takeshi fait un pas vers lui. Sa mère s'interpose avec violence et force son fils à s'éloigner.
Kakyo se tourne une dernière fois vers lui.
Ce regard.
Le dernier qui ne soit entaché de cette ombre noire qui laisse un voile glacé dans les yeux clairs de tous ceux qui se tournent vers lui. A cet instant, Takeshi refoule difficilement les larmes qui menacent de tomber sur ses joues.
Takeshi sursaute quand il sent la main de son père se glisser dans la sienne.
Pourquoi ? C'est son ami qu'on a marqué de cette marque infâme… Alors pourquoi est-ce lui qui a envie de s'effondrer? Pourquoi est-ce lui qui tremble devant tous ces regards qui le dévisagent avec peur et colère? Il veut rentrer, se réfugier dans un endroit où personne ne pourrait voir ses pleurs et le vide qui paralyse son esprit.
Il n'a beau avoir que quatre ans, il sait à quel point dévoiler cette lame qui lui transperce le cœur apparaîtrait comme indécente aux yeux de ceux portent cette malédiction sur leur front.
Soudain, un nouvel éclat attire son regard lui faisant perdre le fil de ses pensées. Et une voix qui semble venir à la fois de très près et de très loin résonne à ses oreilles.
C'est de ma faute et je m'excuse sincèrement de m'être montré assez idiot pour ne pas avoir ouvert les yeux plus tôt et pour m'être montré assez stupide pour ne pas me rendre compte que les deux branches de votre clan pouvaient souffrir de cette situation
La douleur qui étreint son cœur depuis trop longtemps ne s'apaise pas pour autant mais pour la première fois de sa vie, il n'en a pas honte.
D'autres souvenirs qui semblent venir d'une autre vie lui reviennent en mémoire dans un tourbillon entêtant.
Sa cousine Aigle qui lui avait appris à jouer au shogi et qui lui rapportait en souriant toutes les excentricités de son Chef. Des n'importes quoi, comme elle les appelait, qu'il trouvait souvent plus effrayants que drôles mais il se gardait bien de le dire à sa cousine. Sa surprise le jour où il avait appris que son Chef n'était autre que la mère des jumeaux. Son air complice quand elle lui avait dit qu'il pourrait sûrement jouer d'égal à égal avec Perle.
Son cousin Neji… Le Maître de Perle. Il avait sans peine remarqué ses efforts pathétiques pour approcher son élève et lui avait proposé de participer à leurs entraînements car Perle avait selon lui, grand besoin de travailler son taïjutsu. Malgré son air si sérieux, il aurait juré que la situation l'amusait
Et il n'y avait nulle trace de cette ombre dans le regard de ses cousins. De la tristesse, parfois, de la douleur, toujours furtive… Mais aucune haine, rancœur ou colère.
Levant les yeux sur ce nouveau reflet qui danse devant ses yeux. Il sait maintenant.
Et ces mots, encore…
La mère des jumeaux qui lui faisait si peur. Elle savait qu'il ne portait pas de sceau, elle souhaitait plus que tout abolir cette aberration. Pourtant elle ne l'avait pas fixé avec colère ou rancœur quand elle lui avait parlé de l'homme qu'était le frère de son père. Il n'y avait que de la reconnaissance et de la fierté dans ses paroles.
Le jour où l'aberration qui régit ton clan cesserait définitivement…
Maintenant il sait. Aberration. Il n'y avait pas d'autres mots. Oui, c'est cette aberration qui est en train de tous les plonger dans cette spirale noire de haine. C'est cette aberration sans précédent qu'il lui fallait combattre et non subir ! Il devait relever la tête s'il voulait pouvoir un jour la faire cesser ! Il devait arrêter de trembler et se montrer plus fort qu'il ne l'avait jamais. Au moins autant que ses cousins qui ne s'étaient pas laisser gagner par la haine.
Tombant à genoux sous le poids de cette révélation, il ouvre la bouche et le son qui sort de sa bouche se mue en un cri terrifiant, désespéré. Et sous ses yeux, la réalité se tord dans un tourbillon violent avant de sombrer en un millier d'éclats étincelants aussi tranchants que des lames. Dans un réflexe, il se recroqueville sur lui-même.
Sasuke sursaute en entendant un cri déchirant provenir de la chambre. Shikamaru sur les talons, il fait irruption dans la chambre. Il voit le jeune Takeshi, les bras ensanglantés, trembler de tous ses membres.
Mais ses yeux sont toujours fermés, il ne s'est pas libéré du genjutsu.
- Il est sorti du miroir, dit Shikamaru. Alors pourquoi ?
Sakura examine ses bras et constate que sa main droite est crispée sur un éclat aux reflets irisés qui s'enfonce profondément dans sa paume. Elle tente de lui ouvrir la main mais Sasuke l'en empêche en lui retenant le bras.
- Il essaye de ramener ses équipiers.
Takeshi se redresse péniblement, observant les éclats tranchants qui avaient tracés des sillons sanglants sur ses bras qu'il avait repliés instinctivement sur son visage. La douleur le force à revenir à la réalité plus vite qu'il ne l'aurait cru possible. Il observe les débris du miroir qui était le sien et qui disparaissent lentement sous ses yeux. Le ciel noir et tourmenté dans des teintes sanglantes lui arrache un frisson d'horreur. Puis il voit les deux miroirs qui lui font face où les noms de Perle et Zéphyr s'étalent en lettres étincelantes sur leurs montants d'or et d'argent.
Les jumeaux sont encore emprisonnés dans leurs propres souvenirs. Takeshi prend dans ses mains un des derniers morceaux miroitant qui brillent d'une lumière vive à son contact. Il sait qu'il lui suffirait de le laisser se fondre dans la nuit pour sortir de ce cauchemar. Mais il ne le fera pas tant qu'il n'aura pas essayé de tirer les jumeaux de leur prison de glace.
Par qui commencer ? Zéphyr ou Perle ? Il hésite un instant. Mais il se demande avec un demi-sourire si le jeune Hatakepouvait avoir un seul souvenir inquiétant pour une autre personne que lui. Y jeter un œil risquerait d'être plus gênant pour lui-même que pour Zéphyr, vu le temps qu'il passait à lui jouer des tours ou à le prendre à partie dans ses nombreuses bêtises. Mais il n'oublie pas que ce sont ses mots, ses paroles sincères qui lui avaient permis de se reprendre au cœur même de ses souvenirs.
Sa sœur, par contre…
Sans plus attendre, il se dirige vers le miroir de Perle. Il allait détruire cette chose qui irradie d'une lumière sombre qui empoigne son cœur d'une langueur déchirante. Il devait le briser de ses mains. Brandissant à deux mains le dernier vestige de sa propre prison, il le précipite de toutes ses forces au centre du miroir.
Mais le miroir ne lui offre aucune résistance.
Il s'hérisse d'un bleu électrique.
Et l'attire en son centre.
Il tombe.
Un nouveau petit drabble :-)
CHAT
Zéphyr lève un œil en soupirant vers sa sœur.
Déroutante… Ils se connaissent mieux que quiconque sa sœur et lui et pourtant régulièrement il se trouvait souvent complètement déconcerté par son comportement.
Zéphyr sait que si sa sœur Perle est aussi honnête qu'intransigeante envers les autres et surtout envers elle-même, elle est aussi incapable de concevoir la moindre malice.
Le désintérêt qu'elle affiche pour le monde qui l'entoure et qui la fait passer pour hautaine et vaniteuse aux yeux de tous n'est que la conséquence de son manque profond, incompréhensible pour lui, de curiosité.
Et c'est là où elle le surprend. Si Perle montre un manque d'intérêt pour tous ceux qui l'entourent, elle craque littéralement pour toutes les bêtes à quatre pattes qui passent sur son chemin. Et l'espace d'un instant, lorsqu'elle croise le regard de la moindre bestiole, ses traits s'adoucissent et elle redevient la petite fille fragile qui lui agrippait le bras en cherchant l'ombre protectrice de son grand frère dès quelque chose l'effrayait.
Une période qu'il lui rappelle souvent avec un sourire insolent sur les lèvres.
Une période qui lui arrache un soupir nostalgique bien malgré lui.
Et ce lapinou à ruban rose qu'elle a ramené du défi dans la forêt des trois sœurs. Ridicule ! Cette bestiole qui vient d'échapper à son regard et qu'elle cherche en ce moment même dans tout Konoha et ses alentours avec un débordement d'énergie digne de celui qu'il est capable de déployer pour une de ses bêtises.
- Takeshi, dit Zéphyr…
- Oui ? demande le jeune Hyuga interpellé par son air si sérieux.
- Tu devrais offrir une bestiole à ma sœur…
Takeshi fixe Zéphyr avec de grands yeux sans comprendre. Perdu dans ses réflexions, Zéphyr ne prête pas attention à son air ahuri et continue :
- Un chien peut-être.
Zéphyr fronce les sourcils. Un chien, ça correspond plus à leur père. Non c'est pas un chien qu'il faut pour sa sœur…
- Non, un chat, dit-il… Oui c'est ça. Un chat. Définitivement un chat.
