Titre: la violence du moine ne fera jamais l'habit du moine !
Auteur: Zif' qui a bien trop regardé Astérix et Obélix mission Cléopâtre
Fandom: I'll
Personnage/Couple: Takuya / Saki
Rating: G
Disclaimer: Saki est une poufette, Takuya un beauf… ils vont bien ensemble, ne ? Alors, c'est bien ensemble que je les prendrais à Asada, s'il voulait bien… et s'il savait ce que j'en fais, je suis sûre qu'il en serait tellement dégoûté qu'il me les laisserait volontiers.

Note : suite de la ficlette "laaaaaapin ? oué" (écrite pour la commu LJ 4temps)

Note bis : oO le correcteur automatique sait comment on écrit seppuku ! c'est dingue… (avoue par là-même qu'elle savait pas)

oooooOOOOOooooo

Hiiragi Takuya leva le nez. Pour un début décembre, le temps n'était pas trop crade. Même si le froid était plutôt mordant, le ciel compensait par un bleu à peine sali par quelques petits nuages blancs. Le soleil ne réchauffait plus guère mais il était toujours agréable de se faire caresser le visage par ses rayons bienfaiteurs.

Il revint à la réalité en entendant des rires d'enfants. Ah, les enfants, ils étaient si mignons avec leurs ballons et leurs patins à roulettes Fisher Price qui faisaient "gring gring", leurs bouilles innocentes, leurs…

"-Eh, regardez le vieux planté au milieu du square !"

"-Ah nan, j'y crois trop pas comment il est ringard !"

"-Vous avez vu ses fringues !"

"-Trop naze !"

Takuya, hébété, regarda la farandole de gamins, qui passait sous son nez en rigolant, avec une tronche de dix kilomètres de long.

C'était officiel, il détestait les enfants, ces sales morveux, avec leur nez coulant, leurs mains sales, leur manie de pousser des ultrasons en jouant, leurs sales petites gueules hypocrites.

Comment ça, il était vieux ? Et RINGARD ! On osait dire que lui, le grand joueur de basket qui dégageait une aura transcendantale d'une classe indéniable, Takuya-san, était ringard ? C'était une insulte au bon goût, une négation de la high-class attitude !

Qui plus est, il ne voyait absolument pas en quoi il était ringard. Il sortit du square très dignement. Les jeunes d'aujourd'hui n'avaient plus le moindre respect pour leurs aînés. Non mais. Je t'en foutrais des claques moi, ça aurait une bonne raison de chialer, tiens. Bande de chiards.

Il stoppa brusquement en passant devant un magasin de vêtements qui offrait un miroir sur la rue. Il tourna légèrement la tête et se contorsionna les yeux pour apercevoir son reflet, avant de se planter carrément devant la glace.

Non mais n'importe quoi franchement, il avait la classe !

Il admira sa veste en cuir au dos de laquelle était écrit "University of USA", et qui cachait à peine son tee-shirt moulant blanc. Elle était magnifique, cette veste !

Puis il regarda son jean cigarette qui certes le serrait aux mollets mais qui lui donnait un style ineffable. Puis ses bottes de motard, en cuir noir brillant avec des talons en fer qui claquaient dès qu'il posait le pied sur le sol.

Ben quoi, c'était bien comme tenue…

… … Non ?

Il se tourna, se retourna, se tourna encore, de plus en plus inquiet, jusqu'à ce que la vendeuse sorte du magasin en lui demandant s'il désirait entrer et sinon, de bien vouloir dégager la chaussée.

Takuya prêta une oreille peu attentive au jartage de la demoiselle et lui coupa la parole, une question insoutenable lui brûlant les lèvres.

"-Dites, à quoi je ressemble sapé comme ça ?"

"-Quoi ? Eh bien mon pauvre monsieur, vous ressemblez à Fonzie dans Happy Days…"

Mortifié, Takuya s'éloigna, la demoiselle regagnant son magasin en haussant les épaules.

Ainsi donc, il ressemblait à un clown… c'était le drame.

Les bottes traînantes, il se mit à errer dans la ville sans savoir où il allait.

Certes, il ne s'habillait pas toujours ainsi. D'habitude, il portait des vêtements plus simples mais aussi plus impersonnels. Ce genre de tenue ne suscitait généralement pas l'approbation des professeurs, et Takuya avait toujours pensé que la raison en était une évidente rigidité de la part des représentants de l'éducation. Maintenant, il se demandait si les profs n'avaient pas voulu le sauver malgré lui et avec lui l'intégrité de son célèbre nom. Ses fringues étaient trop pourries, ces sales chiards avaient raison… La veste semblait tout droit sortie d'une mauvaise comédie musicale des années 50, le jean ressemblait à celui de sa tante Monique, et les pompes, c'était limite les bottes de jeunesse de son coach de père –il avait été jeune et rebelle, des années lumières de ça, bien qu'inconcevable le fait était véridique.

Takuya passa devant un café et deux jeunes filles assises devant une limonade pouffèrent de rire. Le brun-blond porta le dos de sa main à son front et vacilla, une expression de souffrance absolue sur le visage. Ces pestes l'achevaient, c'était le coup de grâce, elles se riaient de lui !

C'en était trop. Son honneur ne saurait souffrir pareille humiliation. Sa vie était fichue. Il devait se supprimer. A défaut de se faire seppuku, il allait se foutre à l'eau. Il marcha tel un être désespéré qui n'attend plus rien de son existence, mis à part la mort pour le salut de sa raison et de son âme, vers le pont qui enjambait le ruisseau du parc de Kouzu. Il allait se noyer dans l'eau glaciale et stagnante –le courant était quasi inexistant- afin de se laver des brimades que lui infligèrent jadis les croquantes et les croquants, tous ces gens bien intentionnés qui lui avaient ri au nez !

Il passa une jambe sur la rambarde, se tartinant au passage la cuisse du jean de mousse verdâtre et humide. Et allez donc, comme si ça suffisait pas d'être mal fringué, il fallait en plus qu'il crève avec des sapes dégueulasses ! Un sanglot remonta dans sa gorge qu'il retint difficilement. De toute façon, personne ne pleurerait la mort d'un être aussi ringard que lui. Personne. Il était trop ringard. Trop. Il était.

"-Takuya-saaaaaaan !"

Il sursauta avec horreur. Il avait reconnu cette voix, c'était celle de Saki, son petit chaton en sucre candie ! Il ne fallait pas qu'il le voie dans un tel état de sous-humanisation, il n'était plus qu'une chose débauchée et dépravée, bonne à jeter aux oubliettes du ruisseau du parc de Kouzu et…

"-Ouah, Takuya-san, c'est quoi ces sapes ?"

Le cœur de Takuya s'arrêta de battre. Ainsi, lui aussi…?

"-C'est trop la classe ! Attention, tu es en train de salir ton jean… viens là que je t'essuie…"

Comme un gosse, Takuya se laissa entraîner hors du pont de la mort et essuyer le cul avec un sourire béat.

Après tout, peu importait ce que les autres pensaient de lui, tant que Saki le trouvait classe.

Pour la peine, il l'aimait, tiens.

Et il s'aimait à nouveau, aussi.

FIN