Bêta : Archimède (je t'aime mon hibou)

Note : Merci à Elo, ankana87, lana, Zeugma, lys, nepheria4 pour vos reviews anonymes. Merci aussi aux autres, j'espère avoir répondu à tout le monde, si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à me le dire (pour ceux qui ont un compte) et à me botter les fesses.

J'ai réussi à dépasser la barre des 100 reviews en 3 chapitres. Vous êtes géniaux, continuez comme ça.


Chapitre 4

Dès que la fin des cours sonna, Harry se dépêcha de ranger ses affaires. Il avait dragué éhontément Wayne Hopkins durant les deux heures et en venait à se demander ce qui pouvait bien lui passer par la tête. À chaque fois qu'il approchait un garçon, il avait l'impression que quelque chose prenait les commandes de son corps. Il ne contrôlait plus rien et commençait à s'inquiéter. Il allait devoir se renseigner plus avant. Il se doutait que cela avait un rapport avec son héritage car il n'avait jamais agi de la sorte auparavant, et surtout pas pendant un cours de potions. Ça expliquerait aussi pourquoi il avait dragué puis couché avec Dean en l'espace de si peu de temps. Dans un sens, ça ne le rassurait pas. S'il avait flirté avec le Poufsouffle, est-ce que ça voulait que, dans quelques heures, ils coucheraient ensemble ?

Harry trouvait que cela allait bien trop vite pour lui. Il avait besoin d'en parler avec quelqu'un, mais il ne savait à qui. Se confier à son parrain voulait dire parler de sexe, et c'était la dernière chose qu'il souhaitait. Les seuls qui pourraient éventuellement l'écouter seraient Ron et Hermione, mais il doutait de leurs réactions. Après tout, il venait de larguer la sœur de son meilleur ami et avait froidement renvoyé Hermione voir ailleurs.

Il décida de laisser ses pensées de côté pour le moment, et fila dans sa salle commune avec l'intention évidente de se plonger à corps perdu dans ses devoirs, afin d'oublier ce qu'il venait de vivre en cours de Potions.

Mais son instinct le rattrapa durant le repas, lorsqu'il rencontra le regard bleu du Poufsouffle. De nouveau, il sentit cette chose – et il commençait à se douter qu'il s'agissait du succube – prendre les commandes.

Il expédia son repas et sortit de la Grande Salle en faisant un léger signe de tête à Hopkins qui ne tarda pas à le suivre.

Le Gryffondor ne resta pas bien longtemps avec le jeune homme qu'il laissa épuisé dans le lit de la Salle sur Demande. Il retourna ensuite dans sa Salle Commune juste avant le couvre-feu, frustré et insatisfait.

Tandis qu'il se laissait tomber dans un fauteuil, Harry en vint à se demander si la créature serait, un jour, enfin satisfaite de ses partenaires. Le Blaireau avait été encore moins endurant que Dean. En pensant à ce dernier, le Survivant parcourut la salle du regard mais ne le trouva pas. Il se rappela de la conversation qu'il avait entendu au déjeuner. D'après Seamus, le jeune métis était allé à l'infirmerie, mort de fatigue.

Le jeune Potter fut rejoint par Ron et Hermione et vit à leur tête qu'il allait au devant d'une bonne discussion, pour ne pas dire une bonne dispute. Le rouquin semblait au bord de l'attaque d'apoplexie – apparemment, il venait tout juste d'apprendre que son meilleur ami venait de rompre avec sa sœur – et la brunette avait sa tête des mauvais jours. Ça promettait !

Il ne vit pas Hermione les entourer d'une bulle de silence, mais s'en douta quand il entendit Ron se mettre à beugler et que personne ne réagissait, ce qui semblait impossible vu le volume sonore émis par le roux.

- TU AS OSÉ LARGUER MA SŒUR ? ! CONNARD !

- Attends deux secondes Ron avant d'exploser ! s'emporta Harry à son tour.

- Elle était en larmes, répliqua Hermione. J'ai passé mon temps à la consoler !

Harry sentit la colère monter doucement en lui et sa frustration ne l'aidait pas à canaliser son exaspération.

- Comme d'habitude, vous vous mêlez de ce qui ne vous regarde pas ! Mais vous voulez savoir ? D'accord ! Mais je vous préviens, ce n'est pas du tout ce que vous pouvez imaginer !

Il prit une profonde inspiration. Il avait beau être énervé, il avait tout de même peur de la réaction que ses amis auraient à la nouvelle. Ron pouvait se montrer impulsif et Hermione n'était pas mieux, même si elle se contrôlait davantage.

- Je suis un succube, lâcha-t-il.

Son aveu eut le mérite de calmer les ardeurs de ses amis. Hermione imitait parfaitement le strangulot et Ron, son expression était indescriptible.

- Un succube comme... un succube ? bafouilla la brunette.

Harry ne l'avait jamais vue à court de mots depuis qu'il la connaissait.

- Mais c'est une créature magique féminine, contra Hermione. (1)

- Pas toujours, Hermione, répliqua Ron. Mon frère me l'a dit. Les succubes sont aussi bien des femmes que des hommes. C'est juste plus rare.

Ses amis le regardèrent comme si une seconde tête venait de lui pousser. C'était rare qu'il en sache plus que la jeune fille. Il sembla le comprendre en lisant leur regard étonné.

- Charlie est passionné par les créatures magiques. Il en connaît quelques unes, dont les succubes. Il nous en avait parlé cet été quand il est revenu. Mais tu n'étais pas là, Hermione.

La brunette le regarda avec attention avant de se tourner vers Harry.

- E-et… Tu es passé à l-l'acte avec Ginny ? bafouilla Hermione.

- J'espère pour toi, Harry, que tu ne l'as pas touchée, s'emporta le rouquin.

- Mais ça ne va pas ! cria Harry horrifié.

S'il pensait à un corps féminin nu, il n'était pas loin d'avoir la nausée. Le moindre contact amoureux avec une fille le rendait malade.

- La seule fois où j'aurais pu la toucher, c'était l'année dernière ! Et je ne l'ai pas fait. À peine j'osais rester seul avec elle plus de cinq minutes que j'avais tes frères et toi sur le dos, Ron ! Comment j'aurais pu faire ? Hein ?

- Tu as intérêt, grogna Ron.

- Mais, reprit Hermione, pourquoi avoir rompu avec elle ? Je ne vois pas pourquoi tu l'as laissée tomber.

- Hermione, fit Harry d'une voix lente comme s'il s'adressait à un enfant. Les succubes sont soumis.

- Et alors, ça n'empêche que...

Harry ferma les yeux. Hermione était remarquablement intelligente, mais en matière de sexe, elle était ignorante et refusait de comprendre certaines choses.

- Hermione, Harry est un succube.

- Je sais, Ron. Je pense avoir bien compris !

- Il est soumis, donc explique-moi comment peut-il être soumis avec Ginny ?

- Eh bien...

Elle n'acheva sa phrase. Le rouge ne tarda pas à lui monter aux joues lorsqu'elle saisit ce que Ron voulait lui dire.

- Ça veut dire que tu es... comment... enfin... je veux dire...

- Gay, Hermione. Je suis gay. Tu peux le dire, ce n'est pas une insulte.

- Mais comment ? Mais c'est immonde ! s'insurgea la jeune fille, outrée et horrifiée par les propos tenus par ses deux amis.

Elle venait d'une famille conservatrice. Ses parents n'avaient jamais abordé la sexualité avec elle. Sa mère lui avait juste remis un livre expliquant la façon dont cela se passait entre un homme et une femme, et non entre deux personnes de même sexe. On lui avait même répété que c'était la normalité, qu'un couple était formé par deux personnes de sexe opposé.

- Tu sais, Hermione, reprit Ron. L'homosexualité a toujours été tolérée dans le monde sorcier. Je ne sais pas ce qu'il en est dans le monde moldu, mais chez nous, il y a plus de couples homo que tu ne le penses. Ce n'est pas anormal de voir des couples de même sexe chez les créatures magiques, c'est même assez courant.

- C'est peut-être pour ça qu'elles sont mises au banc de la société, comme les loups-garous, marmonna Hermione.

- Non, non, tu te trompes. Si on met les loups-garous de côté, c'est parce qu'ils sont incontrôlables, avec ou sans compagnon, uniquement lors des nuits de pleine lune. Mais ce n'est pas le cas de toutes les créatures magiques. Les veelas, par exemple, sont très bien tolérés dans la société et mon frère connaît un couple de veelas gays. L'été dernier, Papa a croisé un couple vampire-calice homo, ils allaient se faire recenser au Ministère. Ils sont assez bien tolérés s'ils ont un calice.

La jeune fille ouvrit la bouche pour répliquer mais elle ne sut pas quoi dire. Elle était scandalisée par ce qu'elle venait d'apprendre. Ron avait habilement cassé tous ses arguments.

- Dans le monde magique, on se fiche de connaître la sexualité des autres. On ne classe pas les sorciers selon leur orientation sexuelle.

- Peu importe, ce n'est pas sain ni normal ! siffla Hermione.

- Donc si je t'annonce que je suis bi, tu le prends comment ? lâcha Ron le plus sérieusement du monde.

Un silence suivit ces paroles. Hermione ouvrait et fermait la bouche, ne sachant trop que dire.

- Tu l'es vraiment ou c'est juste pour me faire marcher ?

- C'est à toi d'en tirer tes propres conclusions ! Harry ? Je t'ai détesté parce que tu avais rompu avec ma sœur mais, au vu de la situation, je pense que tu as bien fait. Et que tu aurais même pu en parler avec Ginny, elle aurait compris.

- Quoi ? Et tu le soutiens en plus ?

- Hermione, râla Ron. Ginny sait parfaitement qu'on ne peut rien faire contre un héritage magique et que Harry n'y peut rien non plus. C'est un succube, il ne peut pas lutter contre sa nature. Si tu t'étais retrouvée dans la même situation, qu'aurais-tu fait ?

- J'aurais cherché une solution dans les livres.

- Tout ne s'apprend pas dans les livres, Hermione ! s'emporta le rouquin, agacé. Tu dois apprendre à vivre et à découvrir par toi-même. En regardant, tu pourrais en apprendre beaucoup !

La jeune fille leva la bulle de silence et s'enfuit dans son dortoir, furibonde d'avoir été traitée de la sorte par Ron. Ce dernier se laissa tomber à côté de son ami.

- Alors comme ça, tu serais bi ? s'amusa Harry.

- Disons que les garçons ne me désintéressent pas. Et tu as déjà... couché ?

Au visage rouge de son ami, Ron pouffa. La réponse était inscrite en lettres de feu sur le visage du succube.

- Mais dis-moi Harry, tu... enfin, je me demandais si tu étais intéressé… par moi ? Pas que je le sois, hein ! Mais bon, je m'inquiète. Tu es mon ami et...

- Tu n'as pas à t'en faire, je suis plus attiré par les bruns de toute façon. Ta vertu ne risquera rien avec moi, rigola le jeune homme.

0o0

La relation entre les trois amis prit un tournant radical. Hermione se sépara des garçons, refusant de rester avec eux. Elle ne comprenait pas comment on pouvait tolérer l'homosexualité.

Le Trio d'Or de Poudlard n'était plus, et cela choqua la population estudiantine. On voyait Harry et Ron ensemble mais la brunette traînait dans son coin, seule. Même ses amis sorciers avaient eu du mal à comprendre son côté rétrograde et s'étaient peu à peu éloignés d'elle.

La jeune fille passait donc tout son temps à la bibliothèque. Elle avait l'impression d'être revenue en Première Année, avant que les garçons ne lui parlent, lorsqu'elle n'était qu'une Miss-Je-Sais-Tout arrogante et pédante qui insupportait ses camarades.

Elle ne s'était pas calmée avec les années, loin de là. Mais on la tolérait parce qu'elle était amie avec Harry Potter. Maintenant, son caractère sectaire énervait. Alors on l'évitait.

La jeune fille espérait et affirmait que Ron et Harry reviendraient vers elle. Après tout, ils avaient toujours été incapables de s'en sortir sans elle pour les devoirs.

De leur côté, Harry et Ron se sentaient libérés de l'oppression de la jeune fille. Ils pouvaient admettre que ses connaissances étaient un atout et qu'elle les aidait dans leurs révisions, mais elle avait toujours été quelque peu envahissante avec eux, à toujours vouloir savoir où ils se trouvaient, ce qu'ils faisaient, et avec qui. Plus d'une fois, les jeunes garçons avaient eu envie de la renvoyer voir ailleurs, mais ils auraient été traités d'insensibles, alors ils s'étaient tus.

On voyait rarement Harry sans Ron et inversement. Dès lors, les rumeurs les plus folles s'étaient mises à courir sur eux deux.

Rumeurs qui tombèrent assez rapidement dans l'oreille de Drago Malefoy, prince des Serpentard et petit aristocrate orgueilleux, arrogant et sournois. Lorsque ce dernier eut vent des racontars sur ses deux ennemis, il ne put s'empêcher d'aller leur chercher des noises.

- Potty et Weasel, le Balafré et sa Belette, fit-il, un sourire fourbe aux lèvres lorsqu'il tomba sur eux, par le plus grand des hasards à la sortie de la Grande Salle.

Il avait son public et était ravi. S'il pouvait humilier ces deux crétins devant tout le monde, sa journée serait parfaite.

Tous les élèves autour du trio s'étaient arrêtés, impatients de savoir ce qui allait se passer. Les bagarres entre eux étaient légions, et ça faisait longtemps que cela ne leur était pas arrivé.

- Des on-dit circulent dans les couloirs, commença-t-il.

- Tu sais ce qu'on dit de ce genre de choses, Malefoy, répliqua Harry en serrant le bras de Ron pour obliger son ami à ne pas riposter.

Celui-ci était connu pour réagir avant de réfléchir, se ridiculisant plus souvent qu'à son tour.

- Oui, les racontars ne sont pas toujours véridiques. Seulement, ce que j'ai entendu vient de m'être confirmé.

- Oh, et qu'a donc entendu Sa Seigneurie Malefoy ? ironisa Harry.

- Que vous deux seriez un couple.

Quelques sourires naquirent sur les lèvres de certains élèves, en majorité des Serpentard. L'homosexualité était tolérée, mais beaucoup pensaient que le cadet Weasley était hétéro et qu'il nierait avec véhémence ce mensonge qui circulait dans l'école. Le spectacle devait valoir le coup à regarder.

Mais étrangement, ça ne se passa pas comme ils l'avaient prévu. Weasley eut une réaction étrange et peu digne de lui. Il enlaça amoureusement l'épaule d'Harry et lui caressa la joue avant de lui sourire.

- Tu vois bébé, ronronna Ron le plus sérieusement du monde, je t'avais dit qu'être discrets ne servirait à rien.

Il ponctua son petit discours par un baiser sur la joue de son ami.

- On y va ?

Harry hocha la tête et lança un petit sourire à Malefoy qui restait là, complètement hébété. Il vit les deux amis s'éloigner, main dans la main. Depuis quand étaient-ils un couple ? Et surtout, depuis quand Weasley était-il gay ? Certes, le rouquin n'avait pas eu beaucoup de petites-amies mais, comme toute l'école, Drago avait pensé que le Gryffondor finirait avec Granger. Une belette et un castor, ça s'assortissait bien. Mais le blond refusa de penser aux têtes des enfants que cette union aurait pu donner. Rien que l'idée le fit frémir.

Un petit rictus sardonique se dessina sur ses lèvres. Si embêter Potter et Weasley ne fonctionnait pas, il y avait toujours le dernier membre de l'ancien trio d'or, la fille Granger. Drago voulait savoir pourquoi les trois amis s'étaient séparés. Était-ce à cause de la relation entre les deux garçons ? Dans tous les cas, cette insupportable Miss-Je-Sais-Tout allait en baver, foi de Drago Malefoy.

Suite à cette révélation plus que croustillante, la nouvelle du couple Potter-Weasley fit le tour de l'école comme une traînée de poudre. Depuis, on voyait peu les deux jeunes hommes se promener autrement que main dans la main ou entourant la taille de l'autre.

Une seule personne n'était pas au courant. Hermione Granger. La jeune fille passait son temps à la bibliothèque, ne mangeant que lorsqu'elle y pensait, et lorsqu'elle était présente dans la Grande Salle, elle avait toujours le nez dans un énorme grimoire poussiéreux. C'était à se demander si elle ne tentait pas d'apprendre par cœur tous les livres de la bibliothèque.

Lorsqu'elle sortit de la Grande Salle, quelques jours après l'annonce de la mise en couple de ses deux anciens amis, Malefoy vint la trouver et, comme avec Harry et Ron, il était au centre de l'attention. Oui, il choisissait ses moments avec application.

- Dis-moi Granger, commença-t-il, c'est vrai ce qu'on dit ? Tu aurais laissé tomber votre si célèbre trio parce que Weasley était en couple avec Potter ?

- Pardon ? rugit la Lionne.

Quelle était donc cette nouvelle lubie ?

- D'après ce qu'on dit, tu es tellement obnubilée par tes bouquins que tu as été incapable de satisfaire la Belette et qu'il avait préféré aller voir ailleurs.

- Pardon ? répéta Hermione en bégayant.

Surprise, elle fut dans l'incapacité de trouver autre chose à dire.

- Tu serais tellement nulle au pieu qu'il aurait viré sa cuti. Et apparemment, Potty le comble plus que toi.

- Mais de quoi tu parles Malefoy ? siffla-t-elle en reprenant contenance alors que sa colère revenait au galop.

- Tu l'ignorais ? s'étonna faussement Drago. Pardon, je pensais que tu le savais. Mais après tout, pourquoi suis-je si surpris ? Tu passes ton temps au milieu de vieux livres poussiéreux. Tu devrais sortir un peu, tu apprendrais bien des choses, Granger-chérie.

La foule rit avant de se fendre en deux sur le passage de la furie brune.

Harry et Ron étaient confortablement installés dans la Salle Commune des Gryffondor et parlaient tranquillement lorsque le portrait de la Grosse Dame s'ouvrit avec fracas. Ils ne s'inquiétèrent pas du bruit. Après tout, c'était monnaie courante dans la tour de rentrer avec la délicatesse d'un pachyderme dans un magasin de porcelaine.

- Harry Potter et Ronald Wealsey ! hurla une voix fort connue.

Dans une parfaite synchronisation – bien qu'involontaire – les deux concernés bondirent et regardèrent qui était responsable de tout ce tumulte. Toutes les têtes étaient tournées vers Hermione qui venait d'entrer, écumante de rage, le visage rouge, plus échevelée que d'habitude et le souffle court.

Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas défoulée sur eux et les garçons sentaient mal ce qui allait se passer.

- Depuis quand vous sortez ensemble ? cracha-t-elle.

Harry allait répliquer vertement lorsque Ron le devança, toisant froidement la brunette.

- Depuis quand ma relation avec Harry te regarde-t-elle ? Viens chéri, fit-il en se levant.

Le petit brun le rejoignit rapidement et il eut juste le temps de tourner légèrement la tête pour éviter la bouche de Ron sur la sienne. Il allait peut-être devoir le mettre au courant qu'il n'embrassait pas, même par jeu.

Une fois dans la sécurité de leur dortoir, les garçons s'enfermèrent dans le lit de Ron et Harry estima qu'ils devaient en discuter maintenant.

- Ron ? commença le succube, légèrement mal à l'aise.

De son côté, le rouquin n'était pas plus rassuré. Pour lui, toute cette histoire n'était qu'un jeu et le ton alarmé de son ami l'inquiéta. Il espérait qu'Harry ne soit pas rendu compte qu'il était attiré par les roux et que lui-même soit soudain devenu un partenaire potentiel. Rien que cette idée lui donna des frissons de dégoût. Le brun était son ami, presque son frère, ils ne pouvaient pas coucher ensemble ni même avoir la moindre relation autre que platonique ! Ils ne faisaient que jouer la comédie après tout, n'est-ce pas ?

- On est d'accord que ce n'est qu'un jeu, continua Harry.

Malgré lui, Ron soupira. Son meilleur ami pensait donc comme lui. Il en était soulagé. Il avait craint un instant le contraire.

- Oui, oui, ce n'est qu'un jeu. Pourquoi ?

- Jeu ou pas, je n'embrasse pas. Je veux dire, je refuse que ma bouche touche un corps ou les lèvres d'un autre que mon compagnon.

- Oh.

- Même Dean et les autres, je ne les ai pas embrassés.

- Tu me trompes ? s'exclama Ron avec théâtralité, faisant rire son ami. Je veux des noms, traître ! Je veux tout savoir !

Harry explosa de rire et fut incapable de s'arrêter durant quelques minutes.

- Ne te la joue pas à la Hermione, s'il te plaît, fit-il en reprenant tant bien que mal son sérieux. Il y en a bien assez d'une dans l'école, pas besoin d'une deuxième.

- Merlin m'en préserve ! s'exclama Ron, outré. En parlant d'elle, tu as vu le scandale qu'elle a fait dans la salle commune ? À croire que nous lui devions des explications. J'ai une mère, je n'en veux pas deux. La mienne est suffisamment envahissante comme ça.

Ils se turent un instant avant que Harry ne reprenne la parole.

- Et tes parents, Ron ? Comment... je veux dire, ils savent pour toi ?

- Ma bisexualité ? Je ne sais pas. Maman le sait déjà, elle sait toujours tout de toute manière. Ça me fait penser que je dois les prévenir qu'il n'est pas nécessaire d'inviter Hermione durant les vacances.

- Tu penses qu'ils vont l'accepter ?

- Pour Hermione ? Si j'explique pourquoi, crois-moi que oui. Maman sera même furieuse contre elle et je te garantis qu'elle ne remettra plus les pieds à la maison.

- Je ne parlais pas de Hermione mais de ta sexualité, sourit Harry.

- Papa acceptera sans souci et Maman aussi. Tout ce qu'ils veulent, c'est qu'on soit heureux. On a été élevé dans la tolérance sur la sexualité des gens. Après tout, chaque sorcier peut être destiné à une créature magique de son propre sexe.

- Si seulement j'avais pu avoir une famille comme la tienne, soupira Harry en s'allongeant. Les Dursley ne tolèrent pas l'homosexualité. Pour eux, c'est anormal.

- Ils ont dit quoi lorsqu'ils ont découvert que tu étais la représentation même de l'homosexualité ?

- Aucune idée, ils ne m'en ont jamais parlé et ils n'auront pas l'occasion de le faire. De toute manière, je me fiche de ce qu'ils peuvent penser, il a été prévu avec Sirius que je vivrai chez lui cet été. Et tant mieux pour moi.

Les garçons se turent de nouveau. Ron s'allongea à son tour sur le matelas et fixa les tentures.

- Harry ? fit-il soudain. Dis-moi franchement, tu as trouvé quelqu'un d'autre ? Je veux dire... ces derniers temps... enfin, je pensais qu'un succube pensait au sexe tout le temps.

Le brun rougit furieusement. Comment dire qu'il avait été déçu récemment ? Aucun de ses choix n'avait été très concluant. Les deux ou trois élèves (2) n'avaient pas été plus loin que les caresses intimes. Ça avait à peine suffi au jeune succube. Mais il savait qu'il allait devoir trouver quelqu'un rapidement. Les rêves recommençaient.

Il soupira, mort de honte à cette réflexion. Ce n'était pas son genre pourtant de ne penser qu'au sexe. Il tolérait les avances de Ron parce qu'il savait que ce n'était qu'un jeu, mais qu'en serait-il lorsqu'une personne irait le draguer vraiment ? Perdrait-il le contrôle de son corps comme avec Dean ou Wayne ou les autres dont il avait oublié le nom ?

- Pourquoi ? murmura-t-il.

- J'ai entendu dire que Justin... tu sais, Finch-Fletchey, le Poufsouffle de notre année... eh bien, il serait intéressé par toi.

Harry tenta de se remémorer les traits de l'élève. Il se souvenait vaguement de ce Justin. Un brun si ses souvenirs étaient exacts. Ils avaient été en Botanique ensemble une année, se rappela Harry. Depuis, il n'avait pas vraiment prêté attention à l'élève. Il allait devoir y remédier.

- Qui te l'a dit ? demanda Harry, quelque peu soupçonneux.

Ron ne prêtait plus vraiment attention aux rumeurs. Il fallait que ce soit fiable pour que son ami le lui rapporte.

- Ton ex, tu sais, Hopkins, il l'aurait dit à Hannah... Abbot.

- La petite-amie de Neville ? Et Neville te l'a raconté ?

- Oui.

- Depuis quand Neville se mêle de ça ? s'étonna Harry.

C'était étonnant de la part du fils Londubat d'en parler avec Ron. Il était plutôt du genre à se mêler de ses affaires.

- Disons que, selon Neville, ça vaut ce que ça vaut mais je pense que ce n'est pas n'importe quoi, ajouta-t-il, Justin aurait toujours plus ou moins craqué pour toi. Wayne lui aurait raconté votre folle nuit de débauche...

- Nuit de débauche ? Ça a juste duré une heure et il s'est endormi avant la fin, alors nuit de débauche, nuit de débauche, c'est vite dit.

- C'est ce qu'il affirme. D'après Hannah, qui le tient de Wayne lui-même, cette nuit a été la meilleure de toute sa vie.

- Eh bien les autres ne devaient pas être doués si tu veux mon avis.

- Bref, fit Ron qui n'avait pas très envie de connaître la vie sexuelle de ses camarades de Sixième Année – celle de Harry lui suffisait amplement – Justin est gay et il craque pour toi. Il en a parlé avec Wayne qui lui a raconté votre... heure de débauche et il est tenté. Seulement, on est en couple tous les deux. C'est ce que l'école pense.

- Mon chéri, on va devoir rompre.

- Oh, Merlin non, singea Ron. Mon cœur va s'arrêter. Tu ne peux pas me faire une telle chose !

Harry rit de nouveau, tandis que son ami souriait, amusé par ses propres bêtises.

- Non mais, Harry, sérieusement, on fait quoi ?

- C'est l'école qui s'est mise en tête que nous sortions ensemble. Il n'en a jamais été question. Alors on fait ce qu'on veut.

0o0

Severus vit le couple phare de l'école entrer sans se tenir la main – une première depuis dix jours – et se replongea dans la lecture de l'édition matinale de la Gazette du Sorcier en essayant d'occulter les conversations bruyantes des élèves.

Était-ce si étonnant de voir deux amis sortir ensemble et rompre quelques jours plus tard ? Pour Severus, cette mise en couple n'était rien de plus qu'une vulgaire mascarade et les plus crédules – soit toute l'école – y avaient cru dur comme fer. C'était pitoyable.

Il finit par replier son journal et reposer ses couverts. Albus, incroyablement bavard ce matin, avait décidé de le déranger en jacassant avec Minerva.

Severus quitta la Grande Salle par la porte réservée aux professeurs et s'enfonça dans les cachots afin de préparer le cours qu'il allait avoir dans quelques heures. Il devait disposer les ingrédients sur les différentes paillasses.

L'enseignant acheva son travail et jeta un rapide coup d'œil à l'armoire.

- Il serait temps que je passe chez l'Apothicaire, marmonna-t-il pour lui-même en voyant certains bocaux presque vides.

Il fila à son bureau et dressa une liste détaillée de ce qui lui manquait ainsi que la quantité. À chaque fois, il faisait en sorte de choisir des ingrédients avec des prix abordables mais quelques-uns étaient obligatoires dans l'élaboration des potions et demeuraient chers. Une chance pour sa bourse, l'école payait.

Quand la dernière cloche sonna, annonçant la fin des cours, Severus s'assit enfin à son bureau. La journée avait été fort agréable. Il avait ôté plusieurs dizaines de points à ses élèves, collé cinq retenues et expulsé un Poufsouffle de Deuxième Année de sa salle car celui-ci avait osé lui répondre.

Il avait toute la soirée de libre et comptait bien en profiter pour faire ses recherches en potions.

Ça faisait une semaine qu'il attendait ce moment. Ces derniers jours avaient été occupés par la préparation de ses cours, les potions pour Madame Pomfresh et les retenues avec certains élèves, il n'avait eu guère de temps à consacrer à sa passion.

Il s'enferma dans son laboratoire et bloqua la porte afin de ne pas être dérangé. Il n'y avait plus qu'à espérer que Dumbledore n'aurait pas la bonne idée de venir l'embêter. Le directeur était champion dans ce domaine.

Severus posa un chaudron sur le feu et le remplit d'eau. Il récupéra rapidement les ingrédients dont il avait besoin pour cette potion et s'attela à la fabrication. C'était une préparation expérimentale destinée à révéler les auras. Le professeur avait dû la recommencer plusieurs fois mais il ne perdait pas patience. Au contraire, il était ravi. Le challenge n'en était que plus intéressant.

Il y passa une bonne partie de sa soirée, manquant le dîner. Il commanda un sandwich à un elfe qui l'obligea avec célérité, avant de reprendre la confection de la potion.

Juste au moment où il mit son expérience en fiole afin de pouvoir la tester le lendemain, il fut dérangé par des coups frappés à la porte. Severus ragea, il n'était pas loin de vingt-trois heures et il tombait de fatigue.

C'était, à sa plus grande exaspération, Albus. Il n'y avait que lui pour venir le déranger si tard. À croire que le vieil homme n'avait plus la moindre notion de la bienséance, ni aucune considération pour le repos de ses employés. Il n'avait pas pu trouver un autre moment dans la journée pour venir frapper à sa porte ?

- Que voulez-vous ? soupira-t-il, las.

- Poppy réclame votre présence en urgence à l'infirmerie.

Severus retint une réplique acerbe. Depuis quand le dragon de l'infirmerie envoyait-elle Albus faire le messager à sa place ?

- Bien, j'arrive.

Adieu soirée calme et paisible dans sa chambre à lire un livre sur les poisons et les antidotes.

Abandonnant le directeur devant la porte de ses appartements qu'il avait pris bien soin de fermer, il se précipita – aussi vite que lui permettait sa réputation – à l'infirmerie et fut accueillit par une Poppy Pomfresh grognon qui vitupérait à tout va contre les succubes et leur appétit sexuel dévastateur.

- C'est le troisième élève qui se retrouve ici, hurla-t-elle en direction de Severus. Le troisième ! À croire que Monsieur Potter est incapable de refréner ses pulsions !

- Je l'ai toujours affirmé, Poppy. Cela dit, ces cris ne m'aident pas à savoir ce que je fais là.

- Les potions revigorantes que j'envoie dans l'estomac de ces jeunes gens ne sont pas assez puissantes pour les réveiller !

- Et ?

- Severus, ne vous faites pas plus stupide que vous ne l'êtes ! s'emporta-t-elle en agitant un doigt menaçant. J'ai besoin d'une potion plus puissante !

- J'ai bien peur que celles que vous avez ne soient déjà plus puissantes que toutes celles existant sur le marché, grinça le potionniste.

Il n'avait pas pour habitude de tolérer les insultes sur sa personne, mais il ne dit rien. Poppy Pomfresh pouvait se montrer incroyablement dangereuse lorsqu'elle était énervée. Elle lui faisait presque plus peur que Voldemort lui-même. Pour elle, la santé de ses patients était plus importante que tout le reste, et se retrouver impuissante la mettait dans une rage folle. Presque autant que les blessures dues aux duels dans les couloirs ou celles provoquées par les matchs de Quidditch.

- Vous être un maître en potions, trouvez quelque chose pour ces garçons ! Il est hors de question que Monsieur Handnew (3) mette encore deux jours avant de se réveiller, comme cela a été le cas pour Monsieur Hopkins !

- Quel est le rapport entre ces deux élèves ?

Il avait vaguement entendu parler de succubes lorsqu'il était entré mais il voulait en être certain.

- Je vous l'ai dit, Monsieur Potter est le responsable. Lui et sa nature de succube vont plonger l'école dans le chaos !

Severus s'approcha du lit, juste pour voir l'état du jeune homme, et eut la surprise de le voir dormir à poings fermés, un sourire extatique aux lèvres.

- J'avoue ne pas voir le problème, Poppy. Tout porte à croire qu'il dort comme un bienheureux et qu'il a passé un excellent moment.

- Comment osez-vous ? ! hurla Pomfresh d'une voix stridente.

Fort heureusement, le seul élève présent dormait et l'infirmerie était protégée par un sortilège de silence afin d'empêcher que toute l'école n'entende ce qu'il se passait à l'intérieur.

- Poppy, il est tard et je souhaiterais aller me coucher. La seule chose que je peux vous proposer pour pallier ce problème, c'est de préparer une potion d'inhibition mais...

- Faites donc ça, le supplia presque Poppy.

- Mais il faut plusieurs jours pour la brasser. Quinze jours exactement.

- Merlin, à ce rythme, nous n'aurons pas un cas, mais des dizaines ! C'est le troisième en quinze jours !

- C'est la seule chose que je puisse faire.

Il allait pouvoir dire au-revoir à sa potion expérimentale. Et les potions d'inhibition n'étaient pas les plus amusantes à faire. Elles n'étaient pas complexes mais très longues, et il fallait suivre rigoureusement le protocole établi, sans cela elles étaient irrémédiablement fichues. Severus avait essayé de les améliorer mais chaque tentative s'était soldée par un échec cuisant. Tout portait à croire que son inventeur avait découvert la recette comme par miracle.

De retour dans son laboratoire, il fit l'inventaire de ses ingrédients afin de vérifier qu'il avait tout. Il allait commencer le lendemain et comptait déjà les nuits raccourcies par le manque de sommeil. Car le plus fatiguant, c'était que certaines étapes devaient se passer la nuit. Severus n'avait jamais compris pourquoi. Il avait eu beau faire ces mêmes étapes en plein jour, ça n'avait jamais fonctionné.

Une fois sa tâche accomplie, il se retira dans ses appartements en maudissant Merlin, les Fondateurs et Potter de l'empêcher de passer ne serait-ce qu'une seule soirée tranquille. Et pour ne pas changer, une fois au fond de son lit, il ne parvint pas à fermer les yeux avant une heure avancée de la nuit.


À suivre

(1) Oui, Hermione a oublié ses cours, une grande première, mais c'était pour les besoins de ma fic.

(2) Je n'en parle pas, mais Harry a bien entendu tenté de sauter sur d'autres personnes entre Hopkins (voilà l'identité du Poufsouffle) et le prochain.

(3) Non, il ne s'agit pas d'une erreur de ma part. Vous comprendrez dans le chapitre suivant