Chapitre 2

Le crépuscule tombait sur Londres. Les luxueuses diligences des Malfoy se succédaient dans les allées, encerclant peu à peu le manoir, cahotant joyeusement sur les graviers.

Le soleil disparaissait à l'horizon, ses rayons orangés se reflétant sur les capots des véhicules. Au travers des vitres teintées, on apercevait le parc de la propriété, qui s'étendait à perte de vue dans le lointain, au-delà des forets et des lacs environnants.

Au cœur des jardins, les elfes s'affairaient, dressant des buffets à l'ombre des grands chênes. (Tous portaient le même uniforme, un pagne frappé de la lettre M) . Certains d'entre eux achevaient de fixer des lampions et des guirlandes aux rebords des fontaines, et une myriade de petites fées virevoltaient déjà dans la lumière décroissante du début de soirée.

Quand les invités mirent pied à terre, ils se pressèrent l'un derrière l'autre sur les marches d'un large escalier. Un peu intimidés, ils défilèrent en file indienne devant celui qui gardait la demeure. L'air imposant, le visage fermé, le portier les scruta quelques secondes, vérifiant la coiffure, posant parfois une question avant d'approuver, d'un sinistre hochement de tête.

Ceux qui avaient franchi les portes (à l'exception de Neville, tout le monde réussit l'examen ) étouffèrent un soupir de soulagement en parvenant à l'intérieur.

Le manoir était immense, regorgeant de couloirs tapissés, de portes sculptées dans la pierre, de sculptures et d'armures dressées tous les cinq mètres.

La salle une portait l'écriteau 'Salle à manger' ; ses dimensions étaient effrayantes. Des divans en cuirs s'étalaient le long des murs ; Les tables regorgeaient des mets les plus délicieux .

On y trouvait un incroyable assortiment des meilleures friandises, disposées dans des plateaux d'or et d'argent. Toutes sortes d'alcool s'entassaient sur les nappes ; les bouteilles s'empilaient par couleur et par taille, et un étendard à l'effigie de Dionysos avait été déployé à l'arrière du stand.

La pièce qui jouxtait celle-ci ressemblait à s'y méprendre à une authentique salle de jeux. Un énorme billard occupait la moitié de l'espace, et trois baby-foot s'alignaient dans le fond. Des tapis angora recouvraient le parquet lustré, transformant les déplacements de la foule en bruits de pas feutrés.

En passant la porte, on entrait dans un vaste salon à l'allure confortable, rempli de fauteuils à dossiers hauts et de tables basses porteuses de boites triangulaires. Un écran géant couvrait tout un mur de la pièce, lui donnant l'aspect d'un théâtre cinématographique.

Juste à côté, on pouvait se distraire grâce à un élégant piano à queue, d'une couleur noire étincelante, qui tranchait superbement avec les tentures argentées des rideaux.

La fin du parcours menait à une sorte de cuisine aux somptueuses couleurs froides. Des dalles de marbres revêtaient les murs, faisant miroiter les teintes chatoyantes des costumes. Les bancs de bois ciselés correspondaient à l'image même d'un restaurant seigneurial, - de ceux qu'on aurait pu trouver dans un livre d'histoire.

Les tables rondes semblaient crouler sous le poids des aliments. De nombreuses marmites attendaient qu'on vienne retirer leurs couvercles, l'argenterie luisait de mille feux à la lueur des lustres de cristal, et on n'entendait de toute part qu'une multitude d'exclamations trahissant un ravissement et une stupéfaction des plus profondes.

Avant même de s'être totalement établis dans les lieux, les invités surent que la fête s'annonçait grandiose. Et nul n'avait encore entr'aperçu leur hôte.

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De la rambarde qui longeait le splendide escalier du hall, une main fine aux ongles noirs agrippait la rampe de velours, au niveau du quatrième étage. Les doigts minutieusement vernis tapotèrent le tissu molletonné, tandis qu'un visage d'une pâleur effroyable se penchait en avant. Il observa les invités se pâmer d'admiration, s'extasiant à grands bruits tandis qu'ils déambulaient au rez-de-chaussée. Plissant doucement ses paupières sombre, la silhouette émit un ricanement dédaigneux.

Soudain, un éclat plus brillant que les autres retint son attention, et ses yeux se rivèrent à celui qui en était la cause. Il s'agissait d'un jeune homme de grande classe, vêtu avec beaucoup d'élégance. Son costume ne représentait, en réalité, rien de précis, mais sa stature et ses moindres mouvements témoignaient de son appartenance à la haute noblesse. Ses cheveux d'un noir d'encre, peignés à la perfection, resplendissaient merveilleusement et le masque qui dissimulait ses yeux, son nez et la moitié de son front laissait voir une bouche ravissante.

Il était indéniable qu'il soit, comme lui, membre de la Jeunesse Dorée, mais Draco s'étonna de ne l'avoir jamais remarqué auparavant … A moins qu'il ne s'agisse là d'un imposteur ?

Ses lèvres vermeilles s'étirèrent en un sourire satisfait, puis le vampire recula et prit le temps de se draper longuement dans sa cape, avant de descendre les marches d'un pas majestueux.

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Alors que, trois étages plus bas, s'ouvrait un ballet infernal de danses charnelles, Hermione flirtait avec son reflet, par-dessus le lavabo de la salle de bain. Le miroir lui renvoyait les échos de ses rires cristallins, tandis qu'elle s'éventait d'une main, levant au plafond des pupilles dilatées.

'Bonsoir mademoiselle, vous êtes charmante' se complimenta-t-elle d'une voix désaccordée, avant de pouffer d'un ton espiègle.

'Oh, vraimeeeent ? Merci, c'est trop d'honneur. Vous êtes également ravissante' parvint-elle à articuler, avant de se pencher sur le rebord du lavabo, où s'alignait deux longs sillons de poudre.

Elle aspira encore quelques millimètres de coke, puis se redressa, retroussant délicatement son nez pour une inspection en règle ; nulle preuve de son péché, s'assura-t-elle.

Minaudant, elle effectua quelques pas de ballerine, se tordit la cheville et bascula, manquant de trébucher sur le carrelage vert de chrome - mais la porte s'ouvrit à cet instant précis, et deux bras musclés la rattrapèrent avant qu'elle ne touche le sol.

Trop tard, cependant, pour éviter l'irréparable. Le décolleté d'Hermione s'ouvrit en grand, révélant une poitrine généreuse, moulée dans la dentelle. Deux yeux voraces s'y posèrent, et elle n'eut que le temps d'entendre un cliquetis menaçant, avant qu'une chaîne s'enroule autour d'elle.

'Je vous suis … éternellement … reconnaissante' balbutia-t-elle.

Blaise eut un sourire famélique. Il la remit sur pieds et susurra, avide,

'Tout le plaisir sera pour moi'.

Sa ceinture de cuir se détacha d'elle-même, venant les lier l'un à l'autre Hermione gloussa , l'invitant à poursuivre .

Les choses prenaient un tournant vraiment intéressant

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Fronçant les sourcils, le portier marcha jusqu'aux grilles qui bordaient la demeure. Il n'avait pas rêvé, une magnifique diligence s'avançait bel et bien sur la route, tirée par deux chevaux d'ébène. Des nouveaux invités ? Il se dépêcha d'aller ouvrir, le front plissé par la curiosité. Sans ralentir, les chevaux franchirent le portail et parcoururent l'allée avant de s'arrêter au seuil de l'escalier.

Qui était donc le retardataire ?

Il se hâta de retrouver son poste, campé devant la porte, l'air sévère. Mais lorsque l'unique passagère sauta élégamment au sol ramenant autour d'elle sa longue robe d'émeraude, ses cheveux écarlates dévalant sur ses reins tandis qu'elle réajustait son diadème, il ne put s'empêcher de pousser un cri d'exclamation. Une merveille.

Sous les guirlandes bariolées, un concert de bruissements flatteurs retentit, et des centaines d'yeux curieux se mirent à la scruter. Outre sa tenue d'une splendeur féerique, son visage aux traits fins, délicats lui donnait l'apparence d'

'Une déesse …'

Ginny esquissa un sourire modeste, virevoltant devant le portier sans qu'il n'émette la moindre objection, et entreprit de faire l'inventaire du hall. Ceux qui n'avaient cessé d'admirer les peintures encastrées au mur, s'en détournèrent soudain, ébahis par la nouvelle venue. Sa beauté éclipsait tout le reste.

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Il régnait dans cet endroit une chaleur étouffante. Un voile épais embrumait son cerveau, glissait entre leurs corps serrés et embuait la paroi de la douche contre laquelle elle se trouvait plaquée. La main ferme de Blaise s'empara de sa jupe pour la soulever. Ses doigts crispés remontèrent avec fébrilité le long de ses cuisses, l'éraflant presque, et sa langue dans sa bouche s'agita davantage. Il faisait si chaud …

Hermione renversa la tête en arrière ; une mèche de ses cheveux s'échappa de sa coiffure compliquée pour couler sur sa nuque à la manière d'un serpentin.

Blaise la replaça aussitôt derrière son oreille, puis ses lèvres quittèrent celles de la jeune fille pour se poser farouchement, presque avec rage, sur la parcelle de peau dorée.

Soudain, alors qu'elle s'attaquait aux boutons de sa chemise, elle entendit un petit cri de stupeur et s'aperçut que la porte de la salle de bain était ouverte.

Parvati Patil les observait à travers l'entrebâillement, paralysée par le choc, les joues écarlates.

Puis, avant qu'Hermione n'ait eu le temps de lui jeter un sortilège d'amnésie, ( de toute façon, sa baguette traînait dans la baignoire, à côté du fouet de Blaise ), elle laissa échapper un gloussement et s'enfuit en courant répandre la nouvelle.

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' Tu connais pas le scoop ?'

'Non ?!' s'exclama Lavande avec avidité.

'Hermione Granger aime Zabini d'une passion folle et sans limite !!'

'Nooooon' répéta la jeune fille, manquant de s'étrangler.

Elle plaqua ses mains contre sa bouche pour cacher sa stupéfaction. Un large sourire se dessinait à travers ses ongles manucurés, tandis qu'elle sautillait sur place, trépignant d'excitation.


' Devine quoi !

Granger et Zabini sont ensemble !'

'Quoiii ? ! ? !'

'Parvati les aurait surpris dans les toilettes du 6ème étage !'


'Mon vieux, prépare toi à avoir un choc. Granger et Blaise viennent de dévoiler au grand jour leur liaison sulfureuse !

-AAAARG '


'- Je ne COMPRENDS pas ! Slytherin et Gryffindor se haïssent par principe !

'Entre la haine et le désir, il n'y a qu'un pas ! Ces deux-là l'ont franchi ..'


'Il paraît même qu'ils auraient un enfant caché'

'Bâtard de sang-mêlé !'

'Elle l'aurait eu en deuxième année … d'où ses longs mois d'absence passés à l'infirmerie …'

'Au début, la jeune Weasley participait aussi, mais elle a rapidement été mise de côté'

'C'est lui qui lui a payé l'opération … pour ses dents'

'Ils se seraient mariés en secret'

Etc …

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Cela faisait maintenant une heure que Ron était prostré dans ce fauteuil, avalant goulûment ce qui lui passait sous la main, son chapeau tricorne enfoncé jusqu'au nez afin de dissimuler ses yeux rougis. Après avoir englouti l'intégralité d'une coupe de chocogrenouilles, fizwizbiz, et même Dragées surprises, il achevait sa quatrième part de tarte aux orties, un curieux mélange dont la fabrication lui était inconnue.

Sa gorge commençait à le piquer, et il devait faire preuve d'efforts considérables pour continuer à mâcher. Des regards débordants de pitié dédaigneuse se posaient sur lui, s'accompagnant de nombreux chuchotements 'Regardez le, il est complètement bouleversé. Sa meilleure amie couche avec le meilleur ami de son meilleur ennemi.' Les propos hypocrites de la foule parvenaient à ses oreilles, douloureusement lucides. Et dire qu'ils avaient touché juste.

Oui, si Ron se laissait aller à ces excès alimentaires, lui d'ordinaire si préoccupé par son apparence physique (grand, roux, deux yeux ternes et un sens de l'humour désastreux, il se devait de compenser avec sa ligne), il s'agissait bien de ce stupide prénom, et de tout ce qui se cachait derrière … Hermione …

Mais que diable allait-elle faire dans cette galère ?

Soudain, une voix méditative vint l'arracher à ses pensées. C'était comme si quelqu'un, tout à coup, s'était mis réfléchir à voix haute, et ça, juste à côté de lui.

'Par Merlin' songea-t-il, exaspéré ' pourquoi faut-il toujours qu'on vienne me gâcher mon malheur ?''C'est incroyable, ils n'ont même pas la décence de me laisser souffrir seul.'

'Ronald Weasley ? Serais-tu boulimique ?'

Stupéfait, il se composa aussitôt un air interloqué, lèvres pincées, sourcil perplexe à l'appui, avant de se rappeler qu'elle ne pouvait le voir. Avec un soupir décidément outré, il ôta son couvre-chef et réitéra ze expression. Celle qui aurait suffi à dissuader n'importe qui d'engager la conversation. Mais n'importe qui n'était pas Luna Lovegood.

Elle ne sembla pas se formaliser de son absence de réaction. Rejetant en arrière ses cheveux emmêlés, elle se pencha vers lui, ouvrant grand ses yeux délavés. Il eut un mouvement de recul. Un air énigmatique apparut sur le visage de la jeune fille.

'Il s'agit de ton amie, n'est-ce pas ? Hermione Granger ?'

Luna ne faisait que répéter les murmures de la salle, mais prononcés par elle, ils parurent à Ron encore plus désagréables, peut-être parce qu'elle avait accompagné sa question-qui-n'en-était-pas-une par un immense sourire ravi. Elle posa sur son poignet une main fébrile, et il ne put s'empêcher de frissonner à ce contact. Il remarqua à quel point la paume de Luna sur sa peau lui paraissait douce, tendre, chaleureuse. La démence lui allait bien.

Effaré de se faire de telles réflexions, il n'esquissa pas le moindre geste quand ses lèvres effleurèrent sa joue et qu'elle chuchota.

'Moi, je pense que tu ne mérites pas ça.'

Le souffle tiède de Luna lui chatouillait l'oreille, sa bouche qui le frôlait, si rouge, si pulpeuse, paraissait trop tentante … Ron n'avait plus la moindre conscience de ses actes.

Alors, sans plus y réfléchir, il tourna la tête et embrassa Luna. Un peu surprise, la jeune fille battit des cils avec précipitation, mais elle laissa la langue de Ron s'aventurer derrière la barrière de ses dents. Au début, l'intruse s'agita plutôt maladroitement contre son palais, la faisant grimacer à plusieurs reprises, puis son propriétaire prit un peu d'assurance et les mouvements se firent plus caressants. Ayant l'idée soudaine de répondre au baiser, elle se mit à l'imiter. Au même moment, elle sentit les bras de Ron qui la saisissait par la taille et elle glissa sur ses genoux, faisant tomber l'assiette qui s'y trouvait.

Ron ne réfléchissait plus. Luna avait la saveur sucrée d'une Bièrauberre, la meilleure qu'il eut jamais goûté. Le tissu vaporeux de ses déguisements s'étalaient sur ses habits pompeux, toute la salle les montrait du doigt, et, lorsque, enfin, il ouvrit les paupières, cela le fit sourire.

'C'était bien' déclara Luna sur le ton de la conversation, puis elle lissa ses innombrables jupes et croisa les mains devant elle, posant sur lui un regard innocent.

'Et maintenant ?'

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Il était minuit trente et la fête battait son plein. Harry, qui depuis plus d'une heure évoluait seul le long des couloirs satinés, s'interrogea avec curiosité. Après avoir dîner en sa compagnie, Ron et Hermione n'avaient pas tardé à disparaître, mais il ne se rappelait pas les avoir vu s'éloigner dans la même direction. Se pourrait-il, cependant, qu'ils aient profité de l'agitation pour se retrouver en tête à tête, à l'ombre d'un recoin mystérieux ?

Tandis qu'il se perdait en tergiversations muettes, il entrouvrit une porte d'où s'échappaient des gémissements de nature suspecte.

Le spectacle qui s'y déroulait lui arracha un soupir d'agacement et il s'éloigna à nouveau, tandis qu'entre les murs l'orgie reprenait de plus belle. Un peu après, il déboucha dans une chambre remplie de corps à moitié inconscients. D'autres, frénétiquement, se trémoussaient sur une musique dépourvue de toute mélodie.

Au centre de la pièce étaient disposés des plateaux en argent, sur lesquels s'élevaient des monticules de cocaïne … Une jeune Ravenclaw, qu'il avait surpris il y a peu en flagrant délit de luxure dans les vestiaires du stade, s'écroula par terre pour aspirer la poudre à plein nez. Ebahi, Harry écarquilla les yeux sous la stupeur, tandis qu'entre les draps du lit surgissaient deux têtes haletantes, happant l'air chargé de la pièce avant de replonger sous les couvertures, dans l'indifférence générale.

Le jeune homme, qui était resté figé quelques minutes au seuil de la porte, contemplant, horrifié, cet étalage de débauche, s'en fut trouver un endroit plus tranquille. Son cœur tambourinait spasmodiquement dans sa poitrine. Il tenta de reprendre ses esprits, ne sachant ce qui l'inquiétait le plus, du danger de la situation ou de l'excitation qu'il avait ressenti en s'y retrouvant confronté.

Absorbé par ses réflexions tumultueuses, il ne prit pas garde à l'ombre qui le suivait, furtive, et pénétra sans inquiétude dans une seconde chambre, laquelle était vide de tout occupant. Le claquement sec d'une porte qu'on verrouillait le fit brusquement sursauter et il fit volte-face, les poings serrés.

A suivre …