J'entendais des voix qui murmuraient autour de moi, mais je ne comprenais pas ce qu'elles disaient. Jen'avais aucune idée de l'endroit où je me trouvais, ni pourquoi j'étais ici, ni de ce que j'avais fait auparavant. Tout ce que je savais, c'était que mon crâne me faisait terriblement mal. A part ça, j'étais dans un vide total, un trou noir.

J'ouvris lentement les yeux. Tout était flou. Je distinguais des silhouettes qui se déplaçaient autour de moi. J'enregistrais quelque bribes de leurs conversations sans en comprendre vraiment le sens : « Terrible... Heureusement que tu étais là... Qu'est-ce qui lui a pris ?... aurait pu se tuer... Chevrolet complètement détruite... ».
Des souvenirs vagues me revinrent à mesure que mon cerveau retrouvait un peu de ses facultés.
Soudain, je me souvins de tout. Tout était clair et net à présent. Sa voix et ma souffrance, ma trahison et ma colère ; l'accident.
Je me relevai brusquement. Mauvaise idée. La tête me tourna et je croyais que j'allais m'évanouir à nouveau. Heureusement quelqu'un me soutint.
- Bella ! s'écria-t-on.
- Papa ? chuchotai-je d'une voix faible.
- Oui, chérie, c'est moi, me répondit-il d'une voix précipitée. Tu vas bien ?
- Ca peut aller. J'ai... j'ai seulement mal à la tête.

Ca ne servait à rien de mentir dans l'état dans lequel j'étais, autant dire la vérité. Je me trouvais dans l''hôpital de Forks, exactement dans le même lit que... J'avalai ma salive. Je ne voulais pas me rappeler les raisons de ma dernière présence ici.
- Jacob, apporte lui un torchon mouillé, veux-tu ? s'impatienta mon père.
- Bien sur.
Jacob Black ? Mais qu'est-ce qu'il fichait ici ?
Devant l'expression affolée de Charlie, je ne pus m'empêcher de dire :
- Ne t'inquiète pas papa, ce n'est pas si grave.
- Chut Bella, tu dis n'importe quoi, objecta-t-il doucement.
Je fermai les yeux, j'étais plus qu'éreintée, tout simplement morte de fatigue. Je sentis qu'on se penchait vers moi, mais je ne pris même pas la peine de savoir qui c'était. Hm ! Je soupirai de soulagement ! On m'avait appliqué quelque chose de très froid sur mon front, de telle sorte que ma douleur diminua. Un souffle chaud balaya mon visage. Agréable. Je rouvris un œil.
- Oh ! lâchai-je.
- Content de te revoir, Bella. Mais j'aurais préféré dans d'autres circonstances tout de même, ajouta-t-il avec un petit rire.
Le visage de Jacob était juste au dessus du mien, et il me regardait avec tendresse. Il tenait une main sur mon front soutenant le torchon qui me faisait tant de bien, l'autre posée sur les barreaux du lit. Bizarrement, cette proximité ne me gênait pas.
Il avait beaucoup changé depuis notre dernière rencontre au bal. Les traits de son visage étaient plus mûrs, moins enfantins, et ils avaient durcis. Sa peau avait toujours ses beaux reflets cuivrés, sa voix avait mué, et il paraissait plus vieux, plus que ses seize ans en tout cas. Je plongeais mon regard dans ses prunelles sombres. Je ne savais pas pourquoi, mais ce regard m'avait manqué. J'avais oublié à quel point je l'appréciais.
Il me fit son plus beau sourire. Sa bonne humeur contagieuse, je lui rendis temps bien que mal, ma mâchoire n'étant plus du tout habituée à ce mouvement. Il rit gentiment de ma grimace.
- Tu lui dois beaucoup, Bella, intervint Charlie.
- Comment ça ? dis-je avec étonnement en détournant mon regard des yeux de Jacob pour le poser sur ceux de mon interlocuteur.
- Dis lui, Jacob !
Celui-ci ne pipa mot.
- Jacob ? insistai-je.
- Je... je t'ai tiré d'un de tes nombreux actes maladroits, c'est tout, m'annonça-t-il en haussant les épaules.
C'était donc lui !
- Tu as crié ? demandai-je, incrédule.
- Quoi ?
- Je veux dire, c'est toi qui as hurlé mon nom lorsque je fonçais dans les arbres ? Quelle idiote ! songeai-je.
Charlie toussota, et je m'empourprai aussitôt.
- Je peux savoir ce qu'il t'a pris d'enlever tes mains du volant d'ailleurs ? commença-t-il.
J'ignorais l'accusation de mon père, je voulais absolument savoir ce que Jacob avait vu.
- Alors ? m'enquis-je à Jacob.
- Ben, j'allais justement aller sur la plage quand j'ai aperçu ta Chevrolet. Y'avait un truc qui clochait. Tout d'abord, ta voiture roulait vite, si on peut appeler ça de la vitesse, grommela-t-il, et ça ne te ressemblait pas. Puis j'ai remarqué qu'elle n'allait pas droit, elle ne suivait pas le chemin de la route, quoi. Une fois que je vis qu'il s'agissait bien de toi dans la voiture, j'ai vraiment commencé à m'inquiéter.
Il du se remémorer l'instant, car un frisson désagréable parcouru sa nuque.
- Et tout d'un coup, ta Chevrolet prit soudainement une autre direction, qui menait droit au ravin, enchaina-t-il. Mais qu'est-ce qu'il t'est passé par la tête, Bella ?!
Je baissai la tête, honteuse. Il est vrai que ce que j'ai fait était très stupide, téméraire. Mais j'avais mes raisons.
- En tout cas, une seconde plus tard, ta voiture se trouvait écrasée contre les arbres. Je me précipitai donc vers toi. Il fallait que je te sorte de là, mais je n'y serais pas arrivé tout seul, c'était clair. J'appelai vite les pompiers qui sont arrivés peu de temps après. On t'a sortie de ce qui restait de la voiture en quelques minutes, et on t'a envoyée aux urgences. Ta Chevrolet, elle, n'a pas survécu, conclu-t-il.

Euh, je dois aller remplir les papiers de ton véhicule, Bella, je reviens dans deux heures environ, déclara Charlie. C'est à Port Angeles, précisa-t-il comme pour s'excuser de sa prochaine longue absence.

J'acquiesçai que d'un petit signe de tête tellement j'étais ébranlée. Jacob m'avait sauvé la vie, et je lui en étais maintenant infiniment redevable. J'aurais voulu lui dire à quel point je le remerciais, mais je ne trouvais pas les mots qui reflétaient mes si intenses sentiments de gratitude.

Un silence pesant s'abattit sur nous. Je ne savais pas quoi penser, j'étais désemparée. Tout ce que j'avais fait jusqu'à maintenant, y comprit l'accident, avait conduit au fait que j'allais devoir rentrer à Jacksonville, chez ma mère. C'était certain, Charlie ne se laisserait plus faire. Je me pris la tête entre mes mains. J'avais une réelle poisse ou une maladresse incontrôlable comme disait Jacob. Ou peut-être… ce n'était pas vraiment de ma faute, c'était la voix, SA voix plutôt… Si seulement je n'aurais pas chuchoté SON nom !

La colère que j'avais ressentie dans la voiture ressurgit aussitôt. Mes mains tremblaient et mes pupilles lançaient des éclairs. Tout ça était de SA faute et non pas de la mienne, si je rentrais chez Renée, c'était à cause de LUI. IL m'a quittée pour « mon bien-être » apparemment, mais ça a justement provoqué l'effet contraire. Ne savait-il pas à quel point j'étais torturée par le chagrin ? Etait-il donc si ignorant ? Les mêmes questions sans réponses bouillonnaient dans mon cerveau, ce qui me rendait folle.

Une main secourable se posa sur mon épaule, et je me dégageai brutalement en tournant agressivement la tête.

- Lâche-moi, crachai-je.

Ma rage s'évapora aussi vite qu'elle était apparue - laissant une bouffée de culpabilité monter en moi -, en voyant le visage pétrifié de Jacob.

- Je… Excuse-moi Jacob, bredouillai-je.

- Ce n'est pas grave, dit-il d'une voix de marbre, je te comprends.

Il comprenait ? Qu'est-ce qu'il comprenait ? paniquai-je.

Comme je ne réagissais toujours pas, il ajouta :

- Tu sais, pour ta Chevrolet, elle est irréparable. Je savais que tu l'aimais beaucoup. J'ai tout essayé, mais le moteur est foutu, s'excusa-t-il.

Quoi ?! Il s'excuse alors qu'il m'a sauvé la vie ?! Il débloque !

- Non, non ! Ce n'est pas de ta faute ! m'exclamai-je, prise au dépourvu. Ouf ! J'avais cru pendant un moment qu'il voulait parler de LUI. Non, il devait sûrement ne pas être au courant, me rassurai-je.

- J'avoue que tu es vraiment maladroite. Tu ne serais pas née avec une malformation pas hasard ? Du genre avec deux bras gauches ? plaisanta-t-il en retrouvant son sourire éblouissant.

- C'est possible, mais je suis gauchère, m'esclaffai-je.

Pouah ! Quel sentiment bizarre ! Je rigolais, et pour de bon ! Remarqua-t-il la petite touche d'hystérie qui s'en mêlait ? Je n'en avais aucune idée, mais je m'en fichais littéralement, seul ce sentiment de joie qui m'avait tant manqué comptait. Nous rigolâmes ainsi jusqu'aux larmes, et je pouffais encore de temps en temps quand mon père revint.

J'allais beaucoup mieux. J'étais presque guérie, mais pas au sens technique du terme. Seulement quand Jacob était près de moi, ma souffrance disparaissait. Il était son antidote, un vrai cadeau du ciel.