Charlie nous dévisageait tout deux avec des yeux ronds. Surtout moi. Mais ça se comprenait ; Isabella Swan, avait enfin retrouvé le sourire après des mois de... supplices ? Le vrai cette fois.
─ Salut, papa, le saluai-je joyeusement, ça c'est bien passé ?
Il mit un certain temps pour répondre, surement pour encaisser ma soudaine gaieté.
─ Oui, très... très bien, bégaya-t-il. L'assurance m'a dit que tu auras 20% des frais de réparations des dégâts remboursés...
Je ne l'écoutais que d'une oreille distraite. Je regardais par la fenêtre de la chambre d'hôpital. Il faisait nuit noire, tellement sombre que je ne distinguais rien de ce qu'il se trouvait au dehors. Je me demandai...
─ Depuis combien de temps suis-je ici ? les coupai-je.
Les interpellés sursautèrent.
─ Euh, une semaine maintenant, me répondit Jacob, déstabilisé par mon brusque changement de ton.
─ Quoi ?! m'écriai-je, incrédule.
─ Tu t'es sacrément fracassée le cerveau, Bella, m'expliqua-t-il simplement.
Je portais ma main à mon front. Quand j'appuyai légèrement, une douleur inouïe me transperça la tête. Je gémis, j'eus la sensation qu'on m'avait abattu une massue sur le crâne et ma perception devint de nouveau floue en percevant des milliers d'étoiles voltigeant autour de moi.
─ Bella ! tonnèrent-ils en cœurs.
Paniqué, mon père alla s'époumoner dans le couloir pour qu'on lui apporte un médecin, et Jacob se précipita vers moi.
─ Allonge-toi m'ordonna-t-il doucement.
─ Ça va, ça va, ce n'est pas la peine d'en faire un drame, bougonnai-je sans conviction.
─ C'est ça.
La porte de la chambre s'ouvrit à volée, et Charlie entra avec une mine grave, un docteur sur ses talons. Le docteur Gerandy. Flash back. De nouveau de la douleur qui s'ajoutait à celle de ma tête, c'était insoutenable. La dernière fois que j'avais vue cet homme aux cheveux gris était pour des causes différentes mais des raisons pareilles – qu'ils ignoraient tous, heureusement-. Pourquoi fallait-il que dès que je parle, dès que je pense, dès que je dorme, dès que je mange ou dès que je respire simplement, tout se rapporte à lui ? Me faire souffrir inutilement, était-ce vraiment ce qu'il lui importait ? Son plan ? Non. Je refusais d'y penser plus longtemps. De plus, j'avais trop mal à la cervelle pour penser à n'importe quelle autre chose. Tout tournait au ralentit.
Gerandy s'approcha de mon lit, et m'interrogea d'une voix nonchalante en détachant les mots un par un :
─ Eh bien, mademoiselle Swan, qu'est-ce qu'il vous arrive ?
L'agacement que j'éprouvais venant de son ton eu le moyen de secouer mon cerveau déjà ébranlé. Il me prenait pour une attardée, ou quoi ? fulminai-je. Certes, il m'avait déjà vue dans un état second, mais cela ne signifiait pas que je l'étais encore. Et mon accident ne le justifiait pas non plus ! J'entendis Jacob ricaner silencieusement, et je lui lançais un coup d'œil : il regardait le docteur avec raillerie.
Irritée et amusée en même temps, je ne pris pas la peine de parler, et avec l'ombre d'un sourire moqueur se dessinant sur mes lèvres, je levais mon index lentement pour le pointer à la hauteur de mon front telle une dérangée mentale.
Jacob ne put plus se retenir, et il sortit en pouffant de la chambre. Gerandy fronça les sourcil, puis annonça avec froideur :
─ Je pense qu'une aspirine suffira.
Il se retourna vivement de nous en me lançant un regard noir, et claqua la porte au passage.
─ Mais à quoi tu joues, Bella ? gronda Charlie.
─ A rien.
Il n'insista pas, ce que j'appréciais, pas de dispute maintenant. Jacob revint, rieur, avec un verre à la main.
─ Le docteur m'a donné ça, déclara-t-il. Il avait l'air furieux ! ajouta-t-il en me faisant un clin d'œil.
Il me tendit le verre, que je buvais d'une gorgée avant de m'étouffer de dégout.
─ Beûrk ! C'est quoi ce truc dégueulasse ! haletai-je.
─ La vengeance de Gérard surement, plaisanta-t-il en me tapant dans le dos.
─ Mer...ci, bredouillai-je, moitié hilare, moitié fachée. Mais c'est Gerandy qu'il s'appelle, suffoquai-je.
L'aspirine avait peut-être le goût de la morve, mais elle avait fait son effet. Celui d'apaiser la douleur en tout cas, car je me sentais dans un bizarre état de somnolence...
─ Vous êtes sûr qu'il n'a pas mit de somnifères là-dedans ? lança Jacob tout en examinant méticuleusement le verre posé sur le lit. Il me semble bien que oui, t'as vraiment l'air crevé, Bella.
─ C'est parce que je le suis, marmonnai-je.
─ Mouais... De toute manière je vais devoir y aller. Billy doit m'attendre, annonça-t-il.
Je n'avais plus de réaction pour rien, c'était comme si j'étais dépourvue de raison. Mon cerveau c'était tout bonnement arrêté. Mes paupières se fermaient au fur et à mesure que la fatigue et le sommeil me gagnait...
J'étais hideuse aujourd'hui, comme d'habitude. Ma peau était jaunâtre, et des profondes cernes noires se creusaient sous mes yeux gonflés de rouge et fatigués. De vulgaires plaques mauves s'étalaient sur mon pauvre visage déformé, sorte d'hématome qui me restait définitivement pour cause de mes larmes incessantes. Depuis l'accident, je ne dormais plus. Plus la nuit. Mon horloge de sommeil devait s'être inversée ou mon cerveau déraillait (ce qui n'était pas si improbable). En cours, j'éprouvais un tel besoin de dormir, que je m'y laissais prendre parfois, moi, « l'élève modèle ». Charlie soupçonnait Mônsieur Gerandy – c'est ainsi qu'on l'apellait maintenant avec Jacob - d'avoir mit un médicament pas saint dans mon traitement. Eh oui, après ma libération de l'hôpital – et j'avais due y insister avec le soutient de mon père, car les médecins et Renée (qui avait été mise inutilement au courant) s'y étaient opposés fortement-, je devais être encore suivie avec précaution par les docteurs, ce qui m'exaspérais. On m'affirmait que si je ne faisais pas l'effort de prendre ces fichues pilules – il y en avait au moins une vingtaine ! -, mon cas risquait de pouvoir empirer à nouveau. Peut-être. Mais je m'en fichais, dans l'état que j'étais en ce moment, je suis sure que je n'aurais pas remarqué de différence.
Découragée, je reposais ma crème hydratante offerte par Renée sur l'étagère, et abandonnais la mission que je m'imposais tout les jours, pour accomplir la promesse de "soigner mon visage" de ma mère. Que ça aille au diable ! Je détestais ça, elle le savait pourtant !
Il était samedi, je n'allais donc pas me torturer pour m'obliger d'aller en cours. En effet, au lycée, tout le monde me prenait pour une folle dingue, sauf exception (je parle ici d'Angela et Mike, qui sont les seuls à m'adresser la parole). Dégoutée par mon propre reflet, je me détournai du miroir où je m'examinais. Je me vêtis de mon vieux jogging en soupirant et partis à contre cœur au salon, car je ne voulais pas que mon père me fasse encore la morale. Certes, il avait calmé ses ardeurs pour le fait de vouloir me renvoyer à Jacksonville – surement parce qu'il me trouvait trop faible -, mais n'oubliait pas de me motiver pour que je sorte de la maison ou que « je me fasse aider » à chaque occasion. Écœurant ! Je faisais des efforts pourtant ; tout les dimanches, j'allais chez les Black pour être avec Jacob. Je me sentais à l'aise et bien avec lui, loin de toutes mes sombres pensées, problèmes et souffrances. J'aurais aimé que l'on se voit plus souvent, mais ses examens de Seconde l'en empêchait.
Tant pis, mon estomac criait famine. Je descendis les marches d'un pas lourd, puis me dirigeais vers la cuisine en traînant des pieds. Charlie se plaignait du temps qu'il faisait, car il voulait aller pêcher avec ses amis, Harry Clearwater et Billy, le père de Jake. Comme s'il ne s'était pas habitué à ce qu'il pleuve à Forks !
Je m'assis mollement sur ma chaise et m'attaquais à mes céréales.
─ Tu as bien dormis cette nuit ?
Question que je redoutais.
─ Ça peut aller, mentis-je.
Une nouvelle routine c'était peu à peu formée sans que je m'en aperçoive vraiment. La nuit, quand j'étais certaine que Charlie dormait (ce qui n'était pas très difficile à deviner, avec les ronflements qu'il poussait !), je me mettais à mes devoirs. La plupart du temps, j'avais finit toutes les disertes du mois avant tout le monde.
Il me scruta d'un œil soupçonneux, mais ne fit pas de commentaires.
─ Tu comptes faire quoi aujourd'hui ?
─ 'en ai 'cune idée, répondis-je avec la bouche pleine.
─ Mais tu ne veux pas sortir ? renchérit-il.
__Et ça recommence !
─ Tu veux que j'aille où ? m'excédai-je.
─ Ben, chez Billy par exemple. Jacob a appelé ce matin, mais tu dormais encore. Il te demande de le rapeller, apparemment ça serait important, poursuivit-il.
__Je fonçais déjà vers le téléphone, et composais le numéro que je connaissais par cœur en vitesse. On décrocha dès la première tonalité :
─ Allô ?
─ Jake ?
─ Bella ! Ça va ? Quoi d'neuf ?
─ Que du vieux mon pote, que du vieux. Et toi, qu'est-ce qui est si urgent ?
─ Rien, j'ai juste finit mes exam' !
─ Super !! m'écriai-je.
─ Aie, Bella ! Tu m'as hurlé dans l'oreille ! Tu veux que je devienne sourd ? ricanna-t-il.
─ Hum, non, excuse-moi.
─ Alors, on peut se voir aujourd'hui ? m'interrogea-t-il inutilement, sachant pertinemment quelle allait être ma réponse.
Je déclarai avec joie et sans hésitation :
─ Bien sûr ! J'arrive toute de suite !
Il éclata de rire. Je raccrochai.
Quelques minutes après s'être rhabillée convenablement, j'allumai le moteur de ma nouvelle voiture, une Peugeot rouge d'occasion de 1983 que mon père avait acheté à Seattle pour Noël. Je ne l'appréciais pas comme ma vieille Chevrolet, mais je préférais rouler que me faire remarquer avec celle de Chef Swan.
Jacob, qui s'était habitué au nouveau son de mon moteur, m'attendais déjà devant sa maison, un grand parapluie à la main. Quand je le vis, je lui souris machinalement. Il m'accueillit avec son éternelle bonne humeur, puis, une fois rentrés à l'intérieur, nous nous installâmes dans sa minuscule chambre.
─ Alors ça c'est passé comment ces examens ? le questionnai-je en m'asseyant sur son petit canapé.
─ Bien, sauf que j'ai oublié ma feuille d'antisèche sur ma chaise.
─ Grillé ! me moquai-je.
Il s'assit à côté de moi en soupirant.
─ Pousse-toi un peu, tu prends toute la place ! rigola-t-il. Mais moi au moins, je ne passe pas des nuits blanches entières pour avoir des bonnes notes ! ajouta-t-il malicieusement.
Je me renfrognais aussitôt, et croisais mes bras sur ma poitrine en le fusillant du regard.
─ Bah quoi, regarde-toi, on dirait un zombie ! se justifia-t-il.
─ Jake, ce n'est pas de ma faute si je ne dors pas la nuit !
─ Ce qui confirme ma théorie sur les zombies ! me taquina-t-il en me pinçant légèrement les côtes.
Je levais les yeux au ciel.
─ C'est ça.
Nous discutâmes principalement de nos lycées, de nos professeurs, lui se plaignant qu'ils leurs donnaient trop travail, et moi, le contraire. Nous nous remémorâmes aussi la première fois que nous nous sommes rencontrés à la Push, et je rougis un peu, mais je crois qu'il ne le remarqua pas. J'avais honte de comment je m'étais comportée avec lui.
─ Il te cours toujours après ce Newton ? me questionna-t-il, l'air de rien.
─ Oh, non pas vraiment, répondis-je sur le même ton.
Il serra les dents et fit une grimace que je n'étais pas censée voir.
Nous décidâmes ensuite d'aller à la plage, parce qu'il y avait un peu de soleil. Le temps d'être arrivé là-bas, il pleuvait des cordes.
─ Ah ! Cette météo ! râlai-je.
─ On a qu'à rester dans la voiture, proposa-t-il.
─ Ouai, si tu veux.
Je remarquai qu'il me reluquait.
─ Quoi ? demandai-je, à demi-embarrassée.
Il se tortilla nerveusement sur son siège, puis pris une grande inspiration, comme pour se donner du courage :
─ Je... je vois et je sais que tu ne va pas bien, Bella. Que tu souffre à cause de lui, parce qu'il t'a quittée (Hein ?! Il est au courant ?!). Je sais aussi que tu n'aime pas que l'on l'appelle par son prénom, balbutia-t-il. Et j'aimerais t'aider, mais euh... je ne sais pas comment faire.
Touchée par la sincérité de ses paroles, je ne répondis pas tout de suite.
─ Je te remercie, Jake, mais tu m'aide déjà beaucoup.
─ Ah bon ?! s'étonna-t-il.
─ Oui. Par le simple fait de ta présence à mes côtés. Quand tu es là, tout va bien.
Aussitôt paroles prononcées, je regrettais de les avoir sortit de la bouche.
─ Merci, Bella, me souffla-t-il.
Nous repartîmes chez lui. J'avais peur d'en avoir trop dit, même si c'était la vérité. Un long silence gênant, s'interposa entre nous alors que je m'arrêtais dans son jardin. Je le brisai en premier :
─ Je dois renter, murmurai-je.
─ D'accord, à demain alors !
Il réaffichait son sourire éclatant, et, se rapprochant de moi, me déposa un léger baiser sur ma joue qui s'empourpra ensuite comme une pivoine. QUOI ?! Je me figeai sur mon siège, choquée. Jacob descendit furtivement de la voiture en me jetant des coups d'œil amusés. Je fis marche arrière tout en regardant fixement Jacob, hilare de ma réaction, qui me secoua la main. Il était mon ami, et cette nouvelle amitié qui c'était formé entre nous ne signifiait rien pour moi, mais...
Il y avait ce Mais.
Je ne comprenais pas. Je ne comprenais plus rien. C'était une émotion trop forte pour que je puisse dire quoi que ce soit. Lorsque ses lèvres étaient venues en contact avec ma peau, j'avais éprouvé un sentiment indescriptible. Mon cœur jusqu'alors brisé en mille morceaux, c'était de nouveau rassemblé en une part entière.
REVIEWER S'IL VOUS PLAIT ! Je posterais le chapitre 4 Quand Il y en aura au moin 5 ! Merci =)
