Un loup-garou ?! décrétai-je avec des accents hystériques.
Je n'aurais jamais pensé, ni tenter imaginer, qu'en rejoignant Charlie dans la minuscule ville insignifiante et humide de Forks, j'allais devoir découvrir des choses aussi... étranges. Mais où vivais-je ? Là où les légendes deviennent réalité ?!
Quand j'avais rencontré Edward, il m'était parut évident qu'il n'était point humain, qu'il ne faisait pas partie de « notre espèce ». Mais Sam ? Je me remémorais l'allure la bête gigantesque qui avait défié mes traqueurs, et elle ne ressemblait pas à une créature poilue mi-homme mi-loup que je qualifierais de loup-garou. Je serrai la tête entre mes mains pour éviter qu'elle n'explose.
Je me répétais les paroles de Sam, qui –je venais de m'en apercevoir- avait employé un « nous » pour m'exposer cet ultime fait.
─ Vous êtes plusieurs ? le questionnai-je en rehaussant ma figure.
Son visage se ferma.
─ Oui. Quatre, ou plutôt cinq... presque, grogna-t-il. Paul, Jared, Embry, et moi.
Je les méconnaissait tous. Sauf le dernier m'évoqua vaguement quelqu'un. J'encaissai sans broncher, même si je ne comprenais pas son reflux envers ce sujet. Il commença à avancer en direction du chemin tortueux à grands pas, et je dus trottiner péniblement pour rester à sa hauteur. Brusquement, il me dépassa et pivota pour me faire face, se plantant au milieu du sentier et m'obligeant à m'arrêter. Il pointa un doigt d'avertissement sur mon torce et la grâce de ses mouvements me troubla ; les grands gaillards comme lui étaient habituellement assez maladroits, méditai-je. La similitude avec Jacob s'imposa, inévitable, et un flot de remords me submergea. Cependant, Sam ne me laissa pas le « loisir » de m'y accabler.
─ Rappelle-toi, tu ne dis rien à personne, signala-t-il, en insistant bien su le dernier mot, son regard emplis de préjugés.
Je ne saisissais pas son emportement. D'accord, ce secret Quileute ne devait être absolument pas dévoilé, mais de toute manière, qui croirait à ces histoires à dormir debout à part moi ?! En outre, je n'avais aucune envie que les rumeurs comme quoi j'étais cinglée se confirment.
─ Même pas à Jacob, siffla-t-il en levant son index avec plus de vélocité.
Je me recroquevillai sous son geste, sa puissance m'intimidant et m'impressionnant quelque peu. Ses yeux sombres pétillaient de sagesse, transperçaient les miens, et j'eu la sensation d'être examinée sous rayon X.
─ Mais..., protestai-je médiocrement.
─ Tout en son temps, tranchât-il.
Je soupirai de mécontentement, mais ne je ne contestais pas. Même si l'idée de cacher quoi que ce soit à Jake ne me plaisait guère.
─ Ai-je ta parole ? persista-t-il ardemment.
─ Oui.
De toute façon, je connaissais l'opinion de Jacob concernant ces superstitions. « C'est des vieilles blagues qu'on raconte aux enfants pour leurs faire peur », m'avait-il dit le jour de nos « retrouvailles » à la grève de la Push. Il m'avait fait part des mythes Quileute, et, une m'intéressant particulièrement, je l'avais charmé idiotement, ce qui avait suivit ma découverte certaine que les Cullen étaient une famille de « sang-froid ».
Le souvenir émargea à la surface de mon subconscient, et inéluctablement, le trou béant de mon cœur se rouvrit à la mémoire de ces derniers. Les larmes me vinrent aux yeux en revoyant leurs visages beaux et bons –surtout l'idéal d'Edward-, et mes bras se resserrèrent inconsciemment sur ma poitrine, combattant la douleur qui y régnait. Je me ressaisis pourtant, car je refusais que Sam –ou qu'une quelconque personne-, doivent assister à ce déplorable spectacle.
Nous recommençâmes à marcher le long du chemin, subsistant un brin distant, et je devinai que Sam avait son regard aigu plaqué sur moi ; je percevais une tension infime piqueter mon dos. Il avait forcément du s'apercevoir ma conduite bizarre, mais n'avoir pas compris le sens, ce qui le laissait incompris.
─ Tout l'état de Washington est à ta recherche, et ça depuis deux mois. (Comment ?!!) Je peux savoir ce que ces sangsues te voulaient ? me demanda-t-il fermement, en rompant le calme qui s'était installé autour de nous.
Je stoppais net, ses paroles me coupant le souffle tellement j'étais médusée. Deux mois d'absence ?! Charlie devait être mort d'inquiétude, sans parler de Renée. Ni de mes amis. Mais comment aurais-je pu rester si longtemps dans le cottage de Laurent ? J'avais eu pourtant l'impression de m'être réveillée après une longue nuit, et non pas huit semaines de sommeil ! La seule hypothèse qui me paraissait rationnelle, était que j'avais résidé dans le coma. Mais la manière dont j'avais survécu sans alimentation m'échappais, surtout que je n'avais pas maigris ou eu de conséquence négative sur mon physique.
─ Quoi ?! ânonnai-je enfin, ahurie.
Il acquiesça d'un coup sec.
─ Pourquoi ces suceurs de sang t'ont capturés ? m'obstina-t-il.
─ Je ne sais pas... éludai-je, interdit par l'expression qu'il utilisait pour désigner les vampires.
─ Hm. Rentrons, déclara-t-il en me lançant un coup d'œil soupçonneux.
─ Oui.
J'eu juste les temps de faire une foulée, qu'on me héla, et que je me retournais vigoureusement dans la provenance du son, s'avisant qu'il ne s'agissait pas de Sam, mais d'une voix que j'aurais reconnu entre mille, celle qui résonna dans mon crâne pour aller épanouir d'une joie intense mon âme meurtrie par une souffrance désormais inexistante.
C'est alors que mes pupilles affolées captèrent l'image de l'énorme silhouette se cadrant dans l'ombre des arbres, celle qui appartenait à cet être devenu si indispensable à ma survie, me chargeant de la force nécessaire pour faire battre mon cœur ravagé.
Ne daignant pas à penser aux risques auxquels je m'exposais en mettant mes jambes en mouvement accéléré, ma maladresse ne faisant qu'office décor dans mon cerveau foncièrement branché sur le galbe qui se matérialisait peu à peu devant moi. Qu'une personne m'importait. Jacob Black.
Quand je revis ses traits, mon allégresse était telle que je n'eu pas la place d'éprouver de l'étonnement. Je n'avais même pas trébuché, même pas tombé en courant. Effectivement, ma malhabileté m'avait quitté pour ce notable moment. Mes émotions surplombaient tout, et j'aurais été capable d'affronter n'importe quoi avec ce bouclier affectif qui s'était façonné à mon instinct.
Je déboulais sur Jacob d'une vitesse invraisemblable, et rebondis contre son torce en basculant violemment en arrière. De reflex, il me rattrapa habilement par la taille, puis m'attira avec douceur vers lui en poussant un soupir de consolation. J'achevais avidement le mouvement, toute aussi impatience de le toucher, de s'assurer qu'il était authentiquement là.
Nous nous accolâmes chèrement, chacun étant au contact de l'autre. Il enfouit sa tête dans ma chevelure, et une vague de contentement absolu se rependit dans mon corps, inondant mon esprit en l'illuminant de rayons purs de mon soleil de nouveau luisant. J'irradiai intérieurement, si bien que je ne pus me contenir, mon émoi devenant trop intense, et j'éclatai en pleurs. Ce n'était pas des larmes de chagrin, ni d'affliction. Mais des larmes de bonheur, pleurer étant la seule issue disponible pour évacuer mes émotions débordantes.
Naturellement, dans les bras réconfortants de Jake, mon angoisse comme mes craintes avaient disparues, j'étais rassurée d'avoir regagnée mon port où m'encrer.
Jacob resserra notre étreinte à m'en rompre les côtes, et je dus me repousser de sa chaleur à contre cœur pour ne pas m'étrangler. Il me lâcha, et je vérifiais, alarmée, sa réaction. Avec apaisement, je vis qu'il n'était pas vexé par mon recul, ayant certainement compris les raisons. Mais aussitôt, il prit mon visage qu'il calla délicatement entre ses paumes brûlantes, plongeant profondément ses iris bruns dans les miens. Il essuya affectueusement de ses doigts lisses les perles humides qui suintaient à fond de train sur mes joues gonflés.
─ Ne pleures pas, Bella, murmura-t-il tendrement dans mon oreille.
─ Je, je n'y arrive pas...
Ma voix se brisa, une boule s'étant intercalée dans ma gorge, ce qui m'empêcha de parler. Il me berça maladroitement dans son torce, me caressant les épaules d'un geste consolatoire.
─ Je ne veux pas que tu te chagrine, me souffla-t-il.
─ Je ne suis pas triste, sanglotai-je. Juste heureuse. Tu m'as terriblement manqué.
─ Toi aussi, marmotta-t-il, l'air faussement exaspéré.
Je levai abruptement ma bouille, perplexe de son contrecoup.
─ Mais pas la peine de se déshydrater pour autant, plaisanta-t-il en balayant son T-shirt trempé d'un mouvement de main.
J'acquiesçai un petit sourire, contente qu'il n'est pas changé pendant mon absence ; il était toujours là pour montrer son humour durant les conditions les plus critiques !
Soudain, mes jambes fléchirent, et je me dérobais sur le sol. Jacob eu néanmoins le bon sens d'attraper mon coude pour le nouer ensuite entour de son cou.
─ Bella ! Ça va ?! s'inquiéta-t-il.
─ Je me sens abattue...maugréai-je inconsciemment.
Avant même d'avoir finit ma phrase, je me trouvais déjà suspendue sur ces solides et puissantes poignes. Impulsivement, je voulus contester, mais un engourdissement s'emparait de mes muscles et paralysa ma cervelle, m'abandonnant dans un état de mollesse. Je cessais de combattre mes syndromes de déficience, rendant les armes à ma faiblesse.

POINT DE VUE DE JACOB.

Je toisai bienveillamment le petit corps frêle reposant sur mes mains comparables à des palmes. Je fus troublé par la teinte blanchâtre de Bella qui contrastait outrageusement avec la mienne, cuivrée. Je ne pus m'empêcher de la collationner avec une poupée de porcelaine ; si froide, si cassante, si fragile et légère... Formellement, je n'endurais aucun effort à la porter de la sorte, sa cinquantaine de kilos de signifiant rien pour mes nouveaux muscles surdéveloppés en conséquence de ma croissance bizarrement accélérée. Au village, tout le monde me conseillait que je m'entretienne avec un médecin spécialisé, assurant qu'il me serait de secours si mon agrandissement inopiné perdurerait, car il pourrait causer des effets secondaires, sur mes os notamment. Je ne leur prêtais qu'une miette d'attention jusqu'à ce que je sois involontairement mesuré au lycée, et je fus alarmé par ma dizaine de centimètres prise en seulement deux semaines. Je décidais d'en parler à mon père, mais celui-ci s'en fichait royalement, ne tirant point de réflexion préoccupante de ma santé. Il niait le fait que je pourrais en souffrir, certifiant d'un ton toujours aussi assommé qu'il n'en fallait pas faire un drame, que c'était uniquement les signes de ma naissante maturité physique. « Tiens, regarde Sam. Il était dans les mêmes circonstances que toi. Pourtant, il se porte comme un charme maintenant. » m'avait-il riposté à l'une de mes médiocres attaques portant à ce sujet. J'avais opiné, mais son dévouement envers cet Uley m'irritait, de plus que celui-ci m'avait « volé » -de bien de façons- la compagnie de mon meilleur ami, Embry. Mon, désormais, ex-ami me donnait l'impression de vivre que pour lui, un vrai toutou voué à son maître, un de ses disciples. Car oui, il n'était pas le seul à se la jouer dur. Uley possédait un véritable gang, qui ne ratait pas de frimer à la Push quand le temps leur permettait, du genre sauter des Hautes Falaises. Ils voulaient se faire appeler « Les Protecteurs », ou un truc de cet acabit. Gros ringards, quoi ! Bref, ces scouts manqués n'arrêtaient pas de se la ramener chez moi, le plus souvent pour converser avec Billy à des propos m'étant mystérieux. Je n'étais pas dupe, je savais qu'ils me cachaient des choses. En guise de réponse à mes interrogations, mon père me répétait inlassablement que Sam Uley était quelqu'un de bon, sage, et il me l'expliquait –non sans argument piteux- avec des airs de messie. Sam par-ci, Sam par-là ! Oh, Dieu Sam ! Contrairement à mon géniteur, je le soupçonnais de trafiquer des actions pas très catholiques, ce qui fut la cause de nos maintes disputes d'ailleurs.
Je replaçai vaguement mon regard sur le visage que je chérissais tant depuis le début. Sa forme parfaitement ovale, ses pommettes couleur pêche, son petit nez fin, ses lèvres rosies, ses mèches de cheveux bruns rebelles, ses yeux marrons chocolats dorénavant clos ; je les aimais.
Puis je l'épiai plus attentivement, et je la concevis vraiment.
Je revis le masque de chagrin et d'affliction qui s'imprégnait dans ses traits, et je fus tourmenté par sa puissance, comme toujours quand je contemplais sa face torturée -même si celle-ci laissait place à un aspect plus joyeux lorsque je me trouvais à ses abords. Huit longs mois que son cœur avait été ravagé, huit longs mois de tourments douloureux si bien pour elle que pour moi. Je m'étais promis de la rendre heureuse, d'apaiser les blessures de son cœur, de les guérir même. Je savais cependant que cela allait être un travail ardu, puisque Bella avait été profondément atteinte par la tristesse.
L'acte de ce Cullen me dépassais. Comment avait-il pu quitter Bella alors qu'elle lui était totalement « fervente » ?! Comment avait-il pu détruire une si gentille personne ? Elle lui avait pourtant offert son amour, sa raison – et peut-être même son corps -, mais il l'avait rejeté, si mauvais fut-il. Il avait eu cette opportunité d'être aimé par Bella Swan, mais il l'avait écarté, contrairement à moi, qui l'aurais accepté à bras ouverts. Pour moi, c'était clair. Quelque soit les raisons de son départ, il était évident qu'il s'était servit d'elle, qu'il ne méritait en rien Bella. Si peu que je le connaisse, je le damnais et détestais déjà pour la torture qu'il lui affligeait. Edward Cullen était un être cruel, sans pitié, et inhumain. Oui, c'était un monstre.