Et voili voilou le second chapitre. Très en retard je sais, mais bon. Je m'en excuse. J'ai été très occupée et voilà. Alors, attention, âmes sensibles, abstenez-vous d'aller plus loin ! Il y a en effet des scènes de torture dans ce chapitre. C'est bien pour cela que j'ai mis ma fic en rating M. Et un nouveau personnage apparaît. Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse découvrir par vous-mêmes. Bonne lecture !
Chapitre 2 : Rencontres, tortures et…sentiments ?
Aiko se réveilla prise d'un énorme malaise. Sa tête lui faisait atrocement mal et son corps la lançait avec un peu trop d'insistance à son goût. Elle tenta de rassembler ses esprits et de se rappeler ce qu'il s'était passé avant qu'elle ne soit enfermée. Car à n'en pas douter elle se trouvait en prison. Une pièce exiguë agrémentée de barreaux en tant que porte n'est rien d'autre qu'une cellule de prison. Un flash lui traversa alors la tête. Une épée qui transperçait son épaule gauche, un cri de Kane et ensuite, le noir. Pour son plus grand malheur, elle comprit :
-Oh mon dieu. Je suis sur le bateau des marines.
Cette phrase, prononcée à mi-voix, déclencha un éclat de rire de l'autre côté de sa cellule. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas entendu et encore moins vu cet homme aux cheveux blonds arriver. Ses yeux, bleus cobalt, l'hypnotisaient presque. Cet homme lui rappelait vaguement quelqu'un, sans qu'elle sache qui exactement. Il arborait une légère barbe, elle aussi blonde. Il était toujours séduisant malgré son âge avancé.
-Alors, réveillée miss ?
-Vous le voyez bien non ?
Elle n'allait tout de même pas se montrer agréable avec celui qui avait ordonné son arrestation. Son uniforme faisait de lui le plus haut gradé du bateau. Elle sut de suite pourquoi elle se trouvait ici : ce commodore n'aimait pas le suspense.
-Je vous remercie bien mademoiselle. Grâce à vous, nous allons pouvoir capturer l'équipage de Monkey D. Luffy. Mais surtout, je vais avoir l'occasion de revoir mon fils.
-Hein ? Votre…fils ?
Elle se souvint alors où elle avait déjà vu cette couleur de yeux. Kane possédait la même. Et puis, les mêmes cheveux blonds. Une idée s'imposa à son esprit : et si en fait, Zoro et Sanji n'étaient pas leurs véritables parents ? N'est-il pas impossible pour deux hommes d'avoir des enfants après tout ? Et donc Kane était le fils de ce marine. Mais alors…pourquoi donc n'était-ce pas lui qu'il avait capturé ? Et il l'aurait également reconnue. Ça n'avait aucun sens. Elle repoussa ces effrayantes pensées et se dit qu'il fallait en avoir le cœur net :
-Comment s'appelle votre fils ?
-Kiiro Sanji.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Son propre père, le fils d'un marine ? Comment avait-il choisi la voie opposée ? Elle ne devait pas lui révéler que c'est Sanji qui l'a engendrée. Ainsi, cet homme était son grand-père. Elle ne ressentit pourtant aucune bouffée d'amitié pour lui. Il semblait préférer son job à sa propre famille.
-Que comptez-vous faire de moi ?
-Tu comprends vite miss. Je souhaiterais connaître les faiblesses de tous tes nakamas. Bien que j'en aie déjà une sous la main, il vaut mieux assurer ses arrières ne crois-tu pas ?
Elle éclata de rire, se moquant ouvertement de lui. Que croyait-il donc ? Elle, la faiblesse de l'équipage de Monkey D. Luffy, le prochain seigneur des pirates ?
-Vous croyez à ce que vous dites ? Je serais l'une de leurs faiblesses ?
-Tout à fait, il me suffit de t'utiliser comme otage et alors je les aurai tous à mes pieds.
-Vous vous trompez. Cet enlèvement ne les affaiblira pas, il les rendra plus forts. En ce moment-même, ils se préparent à vous affronter.
Le Commodore Kiiro se renfrogna : cet insolence de l'adolescente allait à l'encontre de ses plans. Il tenta de l'amadouer :
-Allons, ne sois pas stupide. Je te promets de ne pas leur faire de mal si tu m'avoues leurs faiblesses.
-Et maintenant vous pensez que je me laisserai prendre à ce petit jeu ? Allez, laissez tomber, je ne suis pas de ces jeunes filles-là.
-Dans ce cas tu ne me laisses pas le choix. Demain tu ressentiras la pire des souffrances.
-Elle est déjà dans mon cœur. Me séparer de ma famille me fait bien plus mal que vous ne le croyez.
Et reprenant l'expression favorite de son bretteur de père lorsqu'il parle de son amant, elle acheva son grand-père :
-Baaaka !
Le commodore lui jeta un regard noir avant de battre en retraite. Elle observa alors plus en détail sa cellule. Il n'y avait qu'une couverture mitée pour la protéger du froid et même pas de hublot pour lui apporter un peu de soleil. Elle soupira et alla difficilement jusqu'au fond de la cellule. Elle tira à elle la couverture et tenta de se reposer. Elle ne parvint à dormir que quelques heures. Et le lendemain matin le commodore revint, toujours avec la même requête, qu'elle refusa une fois de plus de lui accorder. Elle fut alors tirée de la cellule et emmenée dans une pièce encore plus bas dans le navire. Elle fut brutalement attachée au mur par des chaînes en acier. Kiiro la caressa d'un doigt de la joue au menton, puis prit ce dernier dans sa main avant de lui parler d'un ton doucereux :
-Voyons mademoiselle, vous ne voudriez pas perdre la vie. Ce serait ruiner les efforts de tous vos…nakamas. Soyez raisonnable.
Le regard dur, elle lui répondit lentement :
-Je ne les trahirais pour rien au monde. Les regards qu'ils me jetteraient seraient bien trop douloureux. Et je préfère encore subir votre pathétique torture plutôt que de les faire souffrir.
Le commodore baissa la tête.
-Je vois.
Il la releva, un sourire aux lèvres.
-C'est dommage. Un si joli corps abîmé par une torture. Et vous savez, une collaboration aurait pu nous être profitable. Vous auriez acquis de meilleurs quartiers, auriez été soignée et nourrie. Quant à moi, j'aurais pu m'occuper de dangereux criminels.
-Dangereux criminels ? Vous vous trompez.
-Que savez-vous d'eux après tout ? Vous êtes bien trop jeune pour savoir qu'ils ont détruit une île entière, tué l'un des shichibukais, semé la zizanie dans une base marine, trompé plusieurs fois l'un des plus grands officiers de la marine et refusé bien des fois leur sort de recherchés.
-Je sais tout cela. Je suis née sur ce navire. Tout ce que vous venez de dire, ils l'ont transformé en conte pour enfants.
Elle ricana :
-Ils tiennent beaucoup à moi. Chaque parcelle de mon corps que vous torturerez sera autant de douleurs amplifiées que vous subirez. Sanji surtout, ne vous pardonnera pas. Vous ne voudriez pas vous mettre à dos votre propre fils ?
Ce fut au tour du marine de se moquer :
-C'est déjà fait. Le jour où je l'ai laissé sur un bateau en tant que mousse.
Elle pâlit. Son père aurait pu en faire autant avec elle et Kane. C'était là toute la différence entre les deux générations.
-Vous l'avez…abandonné ?
-Il suffit miss. J'en ai marre de cette discussion inutile. Me diras-tu comment battre ces pirates ou devrai-je user de la force ?
Il sortit un poignard effilé de son manteau et le posa juste en dessous du menton de la jeune fille. Il appuya légèrement, ce qui fit couler une goutte de sang. Il était passé au tutoiement, signe qu'il s'impatientait. Aiko ne voyait pas venir le danger, elle pensait bien trop à la façon dont elle pourrait faire tourner en bourrique son grand-père.
-Comme tu le vois ce poignard est bien affûté. Te risqueras-tu à aller plus loin ?
Elle ne répondit pas, le bravant du regard. Il comprit et en sourit. Malgré sa nature calme, il avait un côté sadique, se plaisant à torturer les criminels que ses hommes capturaient. Il allait rarement à l'extérieur de son bateau, préférant le calme aux combats. Pourtant, ce n'était pas la force qui lui manquait. Sanji avait hérité de sa forte résistance aux coups malgré leur évidente différence de constitution. Le cuisinier, frêle, arrivait à peine aux épaules de son père et possédait une taille svelte. Quant au commodore, il était robuste et musclé, ne se laissant ainsi pas facilement bousculer. Tout ce qui rappelait le marine chez le pirate étaient la couleur des yeux et des cheveux ainsi que la force du regard, bien qu'ils ne représentent pas du tout la même chose. La liberté se lisait dans les yeux de Sanji, le sentiment du devoir se lisait dans ceux du commodore. Mais en ce moment on ne pouvait y discerner que de l'avidité. L'avidité de lacérer un corps et de le voir rejeter son sang. Aiko prit peur : jusqu'où pouvait-il donc aller ? Irait-il jusqu'à la tuer ? Elle se raisonna. Il avait besoin d'elle. Il voulait s'en servir en tant qu'otage. Mais à peine l'aurait-il présentée que Luffy aurait lancé son poing et l'aurait libérée. Elle devait subir tout cela sans rechigner, en évitant de trop le provoquer. Elle ne savait cependant si elle pourrait se retenir de se moquer de lui. Elle espéra que ses nakamas soient déjà partis à la poursuite de ses ravisseurs. Combien de temps tiendrait-elle ? La lame s'enfonça dans son bras droit. Aiko serra les dents, ne souhaitant pas montrer une seule once de faiblesse à son grand-père. Il prit plaisir à la laisser quelques instants, attendant que la douleur se dissipe légèrement afin de la raviver en continuant l'entaille le long du bras. Cette fois, elle ne put se retenir de montrer sa souffrance. Si elle ne l'exprimait pas, on la lisait dans ses yeux. Le commodore souriait, les yeux fous de plaisir. Enfin, il retira l'arme du bras tremblant.
-Vous êtes…taré.
Son sourire s'agrandit.
-Et ce n'est qu'un début miss. Le jeu est loin d'être terminé. Alors profite-en maintenant, révèle-moi tout ce que je te demande. Je suis certain que nous nous entendrons bien.
-En d'autres circonstances, nous aurions pu. Mais je ne vais tout de même pas faire amie-ami avec mon ravisseur.
-Si c'est ce que tu penses…
Il s'attaqua à son chemisier, se plaisant à défaire les boutons un par un, révélant un corps déjà blessé par le précédent combat.
-Oooh, mes soldats ne t'ont pas ratée n'est-ce pas ? Qu'est-ce que tu ressens si j'appuie là ?
Ce disant, il amena le poignard sur une blessure qui n'avait pas eu le temps de cicatriser complètement et l'enfonça d'un centimètre. Aiko étouffa un cri de douleur. Le sang commença à couler faiblement. Puis il retira le poignard et enfonça cette fois-ci ses doigts dans l'entaille. Non pas superficiellement, mais profondément. La jeune fille ne put retenir un hurlement. Il avait frappé fort. Ses jambes aussi tremblaient maintenant. Une larme coula sur sa joue tandis que l'officier riait et posait la main qui venait de la blesser sur l'une de ses joues. Il lui souffla quelques mots :
-Voilà ce que cela fait si l'on s'oppose au Commodore Kiiro. Apprends, miss, qu'il ne faut pas refuser l'une de mes propositions. Remarque, je te comprends. Après tout, Sanji est bien mignon si on s'y laisse prendre. Mais ne crois pas qu'il n'a jamais commis de fautes en dehors de sa vie de pirate. Au contraire. Connais-tu son aventure avec Zeff ? Et celle où il a tué des marines qui tentaient de prendre le Baratie ?
-Comment savez-vous cela si vous l'avez abandonné ?
Il ricana, promenant ses mains sur le corps de la jeune fille. Elle se raidit.
-Crois-tu donc que je n'ai pas pris la peine de me renseigner sur ses activités ? Je ne voulais pas qu'il tourne mal. J'ai échoué on dirait.
-Au contraire. C'est quelqu'un de formidable. Il vit pour ses amis et les protège de toutes ses forces. Il défend chèrement sa liberté et la nôtre. N'est-ce point justement être une personne respectable ?
-Pas à mon sens. Pirate. Tsss. Quelle honte pour notre famille. Les Kiiro étaient reconnus comme de grands marines depuis des générations.
-Et alors ? N'est-ce pas mieux de faire ce que l'on souhaite plutôt que ce que souhaite notre père pour nous ? Il faut parfois savoir briser les traditions. Moi, je l'aime ainsi.
Il lança son poing dans le ventre de la jeune fille. Aussitôt, elle cracha du sang.
-En…foiré.
Il rit de plus belle.
-Tu supportes mal les coups on dirait. Tu ferais mieux de capituler.
-Jamais.
Il réitéra son geste. Elle cracha encore plus de sang. Elle était dans un sale état. Elle se demanda si elle tiendrait jusqu'à ce qu'ils viennent. Soudain, Aiko se sentit décrochée du mur. Le commodore avait ordonné qu'on la ramène dans sa cellule. Il la ménageait afin de mieux frapper le lendemain. Il ne souhaitait pas sa mort. Du moins, pas immédiatement. Une fois là-bas, elle remarqua que le garde chargé de la surveiller avait changé. Le nouveau devait être de son âge, les cheveux bruns, un corps musclé masqué par son uniforme. Son regard ne traduisait rien, dénué de toute expression. Mais sans savoir pourquoi, elle eut immédiatement confiance en lui. Elle voulut l'interroger, cependant son regard se troubla, elle le vit bouger comme pris dans une tempête, puis les ténèbres l'emportèrent.
Elle ne se réveilla que le lendemain, dans une pièce qu'elle ne connaissait pas, les pieds et poings liés. Le soldat qu'elle avait vu la veille était là lui aussi. Aiko essaya d'ouvrir la bouche pour lui parler mais n'y parvint pas. Sa bouche était trop pâteuse. Elle tenta de se redresser. Tout ce qu'elle eut pour résultat fut sa chute sur le sol en bois. Le garde se retourna et la remit sur le canapé. Elle croisa son regard, et tenta une deuxième fois de lui adresser la parole. Le son qu'elle produisit ne fut qu'un borborygme fort étonnant :
-Pyiêtbou ?
Il la regarda un long moment avec des yeux grands comme des soucoupes avant de comprendre enfin le véritable sens de sa question. Il ne lui répondit pas comme elle l'aurait souhaité :
-Je ne dois pas vous adresser la parole, les marines ne font pas ami-ami avec les pirates. Je serais accusé de trahison. Et même, les pirates n'ont aucun sens de l'honneur.
Cette dernière phrase fit violemment réagir la jeune fille. Elle ordonna à sa main de frapper le visage de l'impudent, mais lorsque celle-ci refusa de bouger, elle se rappela être attachée. Elle chercha alors à répliquer verbalement. Toutefois, le résultat ne fut guère plus encourageant que le précédent, et même pire. À peine avait-elle produit deux sons qu'une douleur la tirailla violemment au ventre, lui arrachant des larmes de douleur. Le marine s'inquiéta, croyant être la source de ces larmes. Il était bien plus humain que la plupart de ses congénères et ne se vantait pas de faire du mal à des pirates ou des criminels.
-Je suis désolé mademoiselle. Je…Je ne voulais pas vous blesser.
Aiko cracha du sang deux ou trois fois sous le regard horrifié du jeune homme et recouvra soudain sa faculté de parler. Elle lui répondit :
-Ce n'est pas à cause de vous que je pleure, mais à cause de votre commodore. Savez-vous ce qu'il fait à ses prisonniers ?
Assurée face au silence du soldat, elle continua :
-Il les torture. Voilà ce que j'ai subi hier. Il est complètement fou. Et quoi que vous disiez, jamais aucun pirate de notre bateau ne torturera qui que ce soit. La souffrance gratuite ne nous intéresse pas. Vous l'ignoriez donc ?
Il ne répliqua toujours pas.
-Intéressez-vous plutôt au colonel Smoker. Il est bien plus humain que ce putain de commodore. Excusez-moi du gros mot.
-Pas d'offense.
Un silence gêné s'installa. Le marine ne savait plus quoi dire. Quant à la pirate, elle avait peur d'avoir révélé sa trop grande sensibilité aux coups que lui portait Kiiro. Son propre grand-père. Une autre larme s'arracha à ses yeux. Cette fois de tristesse. Sanji était si…différent de cet homme. Penser qu'il existait un lien entre eux trois la rendait malade. Sans savoir pourquoi, le jeune homme essuya l'eau salée qui coulait sur la joue de la jeune pirate. Elle le regarda, étonnée.
Soudain, la porte s'ouvrit et sur le seuil se tenait le commodore. À la lumière, on discernait sa vieillesse. Certains de ses traits trahissaient la fatigue de son corps malgré sa force toujours énorme et quelques cheveux blancs apparaissaient parmi les cheveux blonds. Elle le toisa du regard. Il en sourit mais ne s'intéressa pas immédiatement à elle. Il tendit un papier au jeune homme.
-Merci beaucoup Shinyu Heitai-kun, vous pouvez partir. Allez mener cela à l'administration, il s'agit de votre promotion.
La joie s'empara du marine :
-C'est vrai ? Ma promotion ? Je vais devenir sergent-chef ?
-Ne vous emballez pas. Vous garderez toujours cette jeune pirate effrontée. C'est d'ailleurs un honneur de garder un otage. J'espère que vous vous en rendez compte.
-Bien évidemment mon Commodore. Je prends congé mon Commodore.
Shinyu jeta un dernier regard à Aiko. Regard qui lui laissa comprendre que le jeune homme ne croyait pas un seul mot de ce qu'il venait de dire et qu'il s'intéressait à elle bien plus qu'il ne le devrait. Elle reprit espoir. Peut-être pourrait-elle s'en faire un ami. Et à défaut de cela, au moins il l'écouterait, elle le savait. Si elle ne voulait pas devenir folle, elle devait se confier à quelqu'un. Garder ses sentiments dans une telle situation ne mène jamais à rien qui que ce soit. Aiko reporta son attention sur son grand-père. Il s'était approchée d'elle et l'observait en silence. Elle attaqua la première :
-Que me voulez-vous aujourd'hui ? Toujours ma trahison ? Je vous l'ai pourtant dit, je ne céderai pas, peu importe votre torture. D'ailleurs, qu'avez-vous en tête pour aujourd'hui ?
Il éclata de rire. Décidément, cette petite ne manquait pas de culot. Il l'avait massacrée la veille et ce matin, elle lui répondait comme si elle était supérieure à lui. Tout comme son fils. Plus il la regardait, plus il trouvait de ressemblance.
-Auriez-vous emprunté certaines attitudes de mon criminel de fils ?
Elle ouvrit les yeux de surprise.
-Euh…non. Je…Je lui ressemble ?
-Oui. Même regard effronté, mêmes paroles insolentes. Dans la même situation, il aurait réagi quasiment pareil.
-Merci du compliment.
-Vous tenez donc à lui ressembler ?
-Non, je désire avoir ma propre personnalité. Mais je vous l'ai dit, Sanji est formidable. Je l'aime tel qu'il est.
-Oh miss. Vous ne seriez pas tombée amoureuse de lui tout de même ?
Une fois de plus, la colère fit place à l'étonnement. Puis une vague d'hilarité l'emporta avant qu'elle ne puisse lui rétorquer quoi que ce soit.
-Moi et…Sanji ? C'est la chose la plus stupide que j'aie jamais entendu. Hormis la proposition que vous m'avez faite bien entendu. Il est peut-être temps que vous sachiez la vérité. Quoique…ce serait plus drôle que vous vous en rendiez compte par vous-même. Oui, c'est mieux de découvrir par soi-même. C'est plus formateur. Et pour moi, ce sera assez drôle.
Fort mécontent, le Commodore Kiiro sentit la colère monter :
-Ça suffit ! Je ne permettrai plus que vous vous moquiez ainsi de moi. J'ai fait exprès de vous emmener dans cette pièce afin que vous soyez à l'aise et voilà ce que je récolte.
-Oh, je vous en prie, ne jouez pas la victime. Ce n'est pas vous que l'on a torturé hier, c'est bien moi. Et si vous vouliez que je sois à l'aise, vous auriez pu me retirer ces liens.
-Pour que vous vous échappiez ? Je ne suis pas tout à fait stupide miss.
-Et que voudriez-vous que je fasse, seule sur un énorme bateau comme celui-ci ? Même si je le voulais, je ne pourrais pas m'échapper. Du moins, pas seule. Si vous m'enlevez ces liens, je vous promets de ne pas tenter de m'échapper tant que je n'aurai pas revu l'un des miens.
-L'un des vôtres ? Vous les considérez réellement comme votre famille ?
-Mais j'ai une famille sur le Thousand commodore. Il y a mes parents et mon frère. Libre à vous d'imaginer qui ils sont.
-Sanji et cette rousse ?
Aiko éclata de rire et ne prit même pas la peine de répondre.
-Pourtant j'aurais juré qu'il était…
-Homo ? C'est toujours le cas.
-Mais ce garçon…Kane. Il lui ressemble bien trop pour que ce ne soit qu'une coïncidence. Avec qui s'est-il acoquiné miss ?
-Qui vous dit que Kane est son fils ? Et qui vous dit que je parle de Sanji ? Vous ne savez absolument rien en fait. Et vous ne voulez pas l'avouer.
Elle le toisa une fois de plus du regard.
-Je n'en dirai pas plus. Je ne commettrai pas d'imprudence. Torturez-moi si vous le souhaitez, mais je ne dirai plus rien concernant mon équipage.
Furieux, il lança sa main contre sa joue. Cela donna une gifle dont la force la mit à terre aussi facilement qu'elle aurait pu déchirer une feuille de papier. La seule fois où elle avait été ainsi giflée était la fois où elle s'était éclipsée avec Kane sans prévenir personne. L'équipage avait pris tellement peur que le cuisinier était rentré dans une colère folle. Par chance, elle lui était passée rapidement et il les avait serrés fort contre lui en leur demandant de ne plus jamais partir ainsi. Il avait ajouté que si les marines les avait capturés il ignorait ce qu'il serait devenu. En se souvenant de ces paroles, elle se demanda comment se sentaient ses pères et Kane, si la tristesse ne leur rongeait pas trop le cœur. C'était certes flatteur mais elle ne voulait pas qu'à cause d'elle ils soient démoralisés. Elle se releva péniblement et fit face au marine avec détermination, bien qu'elle soit instable sur ses appuis.
-Je ne céderai pas. Vous pouvez détruire mon corps, mon esprit restera ferme. C'est là la force de l'amour. Ce qu'apparemment vous n'avez jamais su comprendre.
Le marine se leva à son tour et s'apprêtait à la frapper de nouveau lorsque l'on toqua à la porte. Le commodore stoppa son geste et siffla simplement quelques mots à l'adresse de la jeune femme :
-Tu ne perds rien pour attendre, petite garce.
-Sans doute oui. Vous n'allez pas tarder à me torturer encore, pas vrai ?
Kiiro ne répondit pas, se contentant d'aller ouvrir la porte. Sur le seuil se tenait Shinyu. Le cœur de la jeune femme fit à nouveau un bond dans sa poitrine. Mais les yeux noirs étaient redevenus de glace. Ils n'exprimaient plus rien. Aiko tenta de rester éveillée. Car cette scène l'avait épuisée. Affronter son grand-père n'était pas facile, surtout qu'il était têtu et colérique, et elle blessée. Elle vit le jeune homme bouger les lèvres en direction du Commodore Kiiro mais n'entendait plus rien. Elle paniqua, sans toutefois le montrer à son adversaire. Celui-ci se tourna vers elle, un sourire aux lèvres. Instantanément, son regard se durcit. Quand enfin il partit, elle en fut tellement soulagée qu'elle faillit trébucher et s'effondrer sur le sol. Mais elle se rattrapa à temps. En se relevant, elle s'aperçut que son ouïe était revenue et que le soldat, maintenant sergent-chef, s'était approché d'elle.
-Je vous ramène à votre cellule. Vous pouvez marcher ?
-Je ne sais pas. Sans doute.
Il lui tendit son bras.
-On essaie ?
Elle acquiesça et s'appuya sur son bras. Tant bien que mal, ils regagnèrent la cellule de la jeune fille. Elle tenta de mémoriser le chemin. On ne sait jamais ce qu'il peut se passer. Le jeune homme la déposa délicatement sur le sol. On aurait dit qu'il s'occupait d'une poupée fragile. Il ne comprenait pas lui-même son comportement. Peut-être la croyait-il lorsqu'elle affirmait faire partie d'un équipage dépourvu de toute cruauté. Trop faible pour parler, elle le remercia d'un regard et s'allongea. Il retourna monter la garde devant la cellule qu'il ferma à clef. Lorsque Aiko se sentit mieux, elle voulut engager la conversation :
-Tu t'appelles Shinyu, c'est ça ?
Un grognement lui répondit. Elle se demanda s'il était véritablement sociable comme elle l'avait cru quelques instants auparavant.
-Mon prénom est…Aiko.
Un silence lui répondit. Ce n'était guère encourageant. Mais même s'il devait la prendre pour une cruche, elle avait besoin de parler. Elle continua.
-Je sais que vous n'aimez pas les pirates. Mais nous sommes différents des autres, croyez-moi. Si certains ont un goût du sang bien ancré, il n'en est rien pour nous. Ce qui nous motive, c'est la liberté, l'aventure qui nous attend au loin, dans la mer. J'ai de la chance. Tout le monde n'a pas une telle famille.
Elle se surprit alors à lui raconter son passé :
-Je me souviens d'une fois où il a neigé. Sanji et Zoro nous avaient habillés chaudement, Kane et moi. Puis on était sortis. Ça a commencé par une plaisanterie et fini en bataille de boules de neige entre lui et moi. Sanji et Zoro s'y sont joints, chacun d'un côté, et peu à peu les autres sont venus s'amuser. Vous voyez, nous pouvons être comme les personnes que vous qualifiez de normales. Et même, la première fois qu'on a vu de la neige, mon frère et moi. On avait cinq ans. On était encore naïfs. On ignorait tout de cette rivalité entre pirates et marines. La neige tombait sur nous. Je me souviens de son regard surpris. Moi je tendais la main pour récupérer cette chose blanche qui tombait du ciel.
Aiko pouffa.
-Naïfs, c'est bien le mot. Et même, niais. Et cette image, je m'en souviendrai toujours. Une île qui apparaissait devant nous. Une île dont pas un seul millimètre de sol n'était recouvert de blanc. C'était magnifique. Nous tentions d'avancer dans la neige, mais comme nous étions trop maladroits, Zoro et Sanji nous ont portés.
Elle ferma les yeux, ramenant ses genoux contre sa poitrine et posant son menton dessus.
-Tellement de chouettes souvenirs. Comment peut-on avoir ne serait-ce qu'envie de briser cela ?
Un silence paisible s'ensuivit. Aiko avait peur de le briser. Mais elle devait lui expliquer.
-Merci Shinyu. Vous savez, si je ne veux pas devenir folle, j'ai besoin de parler à quelqu'un. Vous êtes cette personne. Parce que je sais que vous ne me ferez jamais de mal volontairement. Vous êtes quelqu'un de bien.
Il s'obstinait à ne pas lui répondre. Sans doute cela l'amusait. Une pirate qui se prenait d'amitié pour un marine. Et puis quoi encore ? Il devait se moquer d'elle intérieurement.
-Si vous vous moquez dites-le moi. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est que de se sentir seule. Abandonnée par sa propre famille.
-Je ne me moque pas. Mais ne disiez-vous pas que votre famille viendrait vous chercher ?
-Hein ? Comment le… ? Bah, peu importe. Bien sûr que ma famille viendra me chercher. Je ne parle pas des pirates. Je parle d'un certain commodore pervers et sadique.
-Quoi ? Le commodore fait partie de votre famille ?
Il s'était retourné. Ses yeux froids exprimaient à présent la plus grande des surprises. Aiko plongea sa tête dans ses mains.
-Je vous en dis trop. Tant pis, j'ai commencé. Et puis j'ai confiance en vous. Je peux bien vous révéler quelques mystères familiaux.
Elle regarda le plafond puis reporta son attention sur le jeune homme qui s'était maintenant assis devant la cellule.
-Dès le début je me démarquais des autres enfants. Mon frère et moi n'avons pas un père et une mère, mais deux pères.
-C'est impossible.
-Je sais. Nous n'avons toujours pas résolu ce mystère. Bref. L'un de mes pères est Sanji. Ce qui fait du commodore mon grand-père. Simple en vérité.
-Mais plutôt obscur. Pourquoi ne pas lui dire ?
-Parce que cela ferait de moi une otage encore plus importante et rendrait encore plus vulnérable ma famille. Je ne souhaite pas leur nuire.
-Mais peut-être cesserait-il de vous torturer.
-Je ne crois pas. Il aime bien trop le sang. Ses yeux étaient avides lorsqu'il a planté son poignard dans mon bras. Tout comme lorsqu'il a enfoncé…
Elle frémit, ne pouvant continuer. Évoquer cela ravivait sa douleur.
-Excusez-moi. C'est qu'il fait ça plutôt bien, en vérité.
Elle croisa son regard. Il était devenu chaud. L'appréciait-il ? Ou alors voulait-il la tromper ? Elle repoussa la seconde idée et se plongea dans les yeux noirs. Cela la réconforta. Enfin, il eut un sourire pour elle. Son premier sourire pour une pirate.
-Vous devriez dormir. Il ne va pas tarder à revenir avec ma punition.
-Hein ? Votre punition ?
Il rigola.
-Oui. Afin d'écourter votre petit séjour chez le Commodore, je me suis permis de l'éloigner en inventant une excuse stupide. Je ne sais même pas comment il y a cru. Mais je m'en fiche, j'ai eu ma promotion.
-Alors vous…vous allez partir et…
Elle sentit son cœur se serrer. Le seul jeune homme sensé de ce bateau allait s'en aller ?
-Oh non, plus maintenant.
Elle soupira de soulagement. Cela n'échappa pas à Shinyu qui s'en étonna. Tenait-elle tant que ça à lui ? À sa présence ? Mais il poursuivit :
-Vu que je viens de faire une blague à ce cher Commodore Kiiro, je vais me retrouver consigné sur ce bateau. Vous avez raison, je devrais peut-être mieux me faire muter et aller sur le bateau de Smoker. Mais il y a déjà le sergent-chef Tashigi. Il faut que j'attende qu'elle monte en grade. Ou que moi je monte en grade avant elle. Ça ne sera pas trop dur, on dit qu'elle est très maladroite.
-Mais très gentille.
Le jeune homme ne trouva rien à répondre. Une pirate qui trouvait une marine…gentille ? Vraiment, c'était le monde à l'envers. Il ne voulait plus entendre Aiko qui le déboussolait. Sa voix, faible, lui résonnait pourtant à chaque fois dans les tympans par sa franchise et sa douceur.
-Allez, dormez sale pirate.
-Oui, marine corrompu.
Un dernier sourire aux lèvres, Aiko s'endormit et le garde resta assis. Il avait bien entendu derrière la porte ce « petite garce ». Et il avait bien entendu Aiko répondre à son grand-père. Non, vraiment, le méchant n'était pas celui que l'on croyait. La jeune fille était bien plus douce qu'elle ne le laissait prétendre devant Kiiro, bien entendu. Seulement le résultat était là : il faisait dorénavant plus confiance à une pirate qu'à son supérieur. Comique, en soi. Il en rit un petit instant, puis vit Kiiro arriver calmement sur lui. Il inspira fortement, puis expira lentement. Il était prêt à faire face. Conscient de son insolence, il ne se leva pas. La réprimande claqua, sèche :
-Veuillez vous lever, sergent-chef Heitai ! Ce n'est pas une façon de garder un prisonnier.
-Lorsqu'il dort, je ne vois pas pourquoi je m'embêterais à rester debout Commodore Kiiro.
-De toute façon, vous êtes dans l'obligation de vous lever lorsque vous êtes en présence d'un supérieur, quel qu'il soit. Alors debout, sergent-chef Heitai !
De mauvaise grâce, Shinyu se leva. Il croisa un instant le regard de son supérieur et comprit que malheureusement, il allait passer un mauvais moment. Néanmoins, il ne pâlit pas, il avait commis une faute envers son supérieur, il devait être puni. Et s'il fallait recommencer, il le ferait. Il suivrait la loi de son cœur. C'était la seule raison pour laquelle il était entré dans la marine. Toutefois, il s'était retrouvé affecté à ce crétin de commodore cruel, sadique et paresseux. Il avait pourtant eu à choisir son affectation. On n'en avait simplement pas tenu compte.
-Je peux savoir aussi pourquoi vous m'avez menti tout à l'heure ? Vous ne défendez tout de même pas cette pirate ? C'est la pire enfant pourrie gâtée que j'aie jamais rencontré.
-Non mon Commodore. J'ai vraiment cru que l'on vous demandait à l'administration.
-Et qui donc je vous prie ?
-Je ne sais plus. Une jeune femme brune et plutôt forte je crois.
Il avait bien observé le personnel de l'administration avant de partir et décrivait la directrice.
-La directrice donc ?
-Sans doute.
Le blond sentait la colère monter en lui. Ce jeune homme se moquait de lui.
-Comment cela sans doute ? C'est oui ou non.
Shinyu également se sentait peu à peu énervé. Son ton sec résonna dans les couloirs :
-Je vous ai dit que je ne sais plus. Et puis, peu importe, de toute façon elle ne s'est pas sauvée que je sache. La seule faute que je viens de commettre est de ne pas m'être levé.
-Très bien. Ouvrez cette porte.
Le jeune homme s'exécuta. Il crut savoir ce que lui préparait le commodore. La voix de celui-ci s'était adoucie. Cela empestait le piège à plein nez.
-Maintenant prenez délicatement cette jeune pirate sans la réveiller. Et nous allons prendre la direction de ma salle privée. Vous connaissez son emplacement, n'est-ce pas ?
Shinyu répondit prudemment :
-Non, c'est la seule salle à laquelle nous n'avons pas le droit d'accès. Pourquoi donc mémoriser son emplacement ?
En réalité il l'avait retenu, justement parce qu'il était interdit. Il suivit les ordres de son supérieur, portant précautionneusement Aiko dans ses bras. Il eut mal au cœur lorsqu'il vit du sang goutter au sol. Et encore plus lorsqu'il s'aperçut qu'elle dormait profondément. Il se doutait de ce qui allait lui arriver. À lui de s'en accommoder. Car il sentait que Kiiro souhaitait le piéger. Il ne devrait pas faiblir lorsqu'il le verrait la torturer. Si c'était son plan. On ne pouvait prévoir les actes de ce fou. Arrivés devant la salle privée du commodore, celui-ci sortit une clef et l'enfonça dans la serrure. Ils rentrèrent ensuite dans cette fameuse salle. Sans fenêtres, l'éclairage se faisait par bougies. Normal, cette pièce étant la plus enfoncée de toutes au sein du navire.
-Déposez-là sur cette chaise, mon cher Heitai-kun.
Une fois de plus, Shinyu obéit aux ordres bien qu'il n'en ait pas envie. Amusé, le Commodore Kiiro attacha Aiko à la chaise puis s'assit sur le seul meuble de la pièce. Celui-ci portait les seules bougies éclairant la salle.
-Vous voyez sergent-chef, cette salle est mon défouloir personnel. Quand j'ai un prisonnier particulièrement difficile, une humeur de chien, eh bien je me réfugie ici avec ce prisonnier et je me laisse…disons…agir.
Shinyu se sentait de moins en moins en sécurité avec cet homme. Aiko avait raison, cet homme était fou.
-Allez, réveillez-la. Il est temps qu'elle prenne conscience de la posture dans laquelle elle est.
Le brun avança sa main afin de la réveiller sans trop la brusquer, bien que ce soit une erreur en face de Kiiro. D'ailleurs, celui-ci le stoppa avant même qu'il n'ait touché la peau encore douce de la jeune fille :
-Enfin, que faites-vous sergent-chef Heitai ? Je ne vous ai pas demandé de la réveiller en douceur, je vous ai demandé de la réveiller. Saisissez la nuance, par pitié. Vous devriez me connaître après deux ans passés en ma compagnie, non ?
-Je n'ai pas l'esprit aussi développé que vous pour imaginer des tortures, Commodore Kiiro.
-Dans ce cas, je m'en chargerai pour vous. Vous êtes pathétique, sergent-chef. Fort heureusement, j'ai ma réserve. Prenez de l'eau et du sel, vous voyez ce que je veux que vous fassiez, maintenant ?
Dégoûté, Shinyu se dirigea vers la soi-disant réserve de son supérieur et prit ce qu'il lui avait demandé. Sans un mot, il prépara le mélange dans un seau. Devait-il vraiment obéir ? Que lui arriverait-il s'il se mutinait ? Sans doute le même sort qu'Aiko. Non, s'il voulait la protéger, la soutenir, il devait lui faire du mal. Paradoxal, certes, mais il ne voyait pas d'autre solution dans l'immédiat. Il rassembla tout son courage, versa une partie du seau dans une bouteille et en déversa le contenu sur le bras nu de la jeune fille. L'eau froide, mais surtout la douleur la réveillèrent aussitôt. Le bras choisi était celui qui avait subi la torture de la veille. En voyant son agresseur, la jeune fille sentit les larmes lui monter. Il la trahissait en quelque sorte, bien qu'il soit un marine. Il se recula, souhaitant laisser faire son supérieur pour le reste et ne plus regarder ce regard qui lui broyait le cœur. Mais le commodore ne l'entendait pas de cette oreille :
-Vous êtes en bonne voie, mon petit Heitai-kun, continuez donc.
Ce ne fut alors qu'à ce moment que Aiko sembla remarquer la présence de son grand-père. Elle comprit alors pourquoi elle était retenue sur cette chaise par des liens fortement serrés et pourquoi Shinyu l'avait réveillée brutalement. Le regard qu'elle lui accorda se réchauffa et il se sentit soulagé. Pendant ce temps, le commodore avait sorti son poignard et le lança au jeune brun qui le rattrapa habilement. Il mit quelques secondes avant de comprendre qu'il devait continuer. Il s'apprêtait à refuser sous prétexte de ne pas se sentir prêt lorsque la voix d'Aiko résonna dans la salle :
-Vous ne me laisserez donc jamais en paix commodore ? Et maintenant, vous laissez faire le travail par d'autres.
Elle avait failli dire larbins, mais ce n'était pas charitable envers Shinyu. Elle comprenait sa réaction, elle aurait fait pareil afin de le protéger. Un sourire sadique aux lèvres, Kiiro s'approcha d'elle, se mit à quelques centimètres de son visage et souffla doucement :
-Vous savez ce que je veux miss, et je le veux très vite ou bien vous aurez très mal. Même inexpérimenté, ce jeune homme n'en tient pas moins une arme.
Elle baissa la tête. Cette décision lui faisait mal pour Shinyu. Il se retrouvait obligé d'agir contre ses idéaux, contre sa volonté, et cela lui broyait l'âme.
-Je…Je ne céderai pas.
Attendant cette réponse, le commodore recula, laissant le champ libre à son apprenti.
-Allez, sergent-chef Heitai, j'attends beaucoup de vous pour cette petite séance de distraction.
Ignorant les paroles de son grand-père, Aiko ramena son regard sur son nouvel ami. Ses yeux demandaient au jeune homme de continuer pour sa vie sauve tandis que Kiiro prenait cela pour un défi :
-Décidément, vous êtes une jeune fille bien sauvage, Sanji a dû bien vous élever durant votre enfance.
-Mieux que vous ne le croyez.
La main tremblante, le brun se rapprocha d'Aiko avançant du même coup le poignard vers elle. Elle croisa son regard paniqué, vit ses lèvres trembler également et afin de ne pas le décourager, elle baissa la tête et murmura quelques mots, si doucement que le blond eut du mal à les entendre :
-Eh bien, qu'attendez-vous ? Faites donc votre job.
Il se sentit rassuré et releva la manche déjà en mauvais état de la jeune femme avant de se rendre compte qu'il copiait son supérieur. Il ne savait comment faire. Où devait-il frapper ? Le seul endroit pas trop grave serait la jambe. N'est-ce pas ? Non, il ne savait pas. Il doutait trop de lui. Car ses propres valeurs lui interdisaient de blesser quiconque uniquement pour le plaisir. Fermant les yeux, il enfonça le poignard dans la jambe gauche de la jeune femme. Elle étouffa un cri de douleur : elle ne devait pas laisser Shinyu paniquer ni faire plaisir au commodore. Surpris de ce qu'il avait fait, le jeune homme recula, les yeux exorbités, le poignard toujours planté dans la peau de la pirate. Il faillit perdre l'équilibre tandis que le blond riait aux éclats. Il se leva de son bureau et se dirigea vers sa proie.
-Eh bien Heitai-kun, ça vous a surpris ? Vous n'êtes définitivement pas doué pour torturer. Ou alors vous n'aimez pas faire de mal. C'est dommage, cela défoule. Mais vous vous habituerez bientôt, je vais vous montrer comment on s'y prend.
Il retira violemment le poignard de la jambe, ce qui arracha une fois de plus un cri étouffé à la jeune fille. Par chance, Shinyu n'avait plus à la torturer. Enfin, chance… C'était vite dit vu l'imagination débordante du commodore pour inventer de nouvelles tortures. Et en effet, à nouveau il déboutonna la chemise d'Aiko jusqu'au bout, ne laissant voir que son soutien-gorge. Le jeune brun rougit puis pâlit successivement à la vue du corps nu puis à la pensée de ce que pourrait faire le marine. La pirate perçut cette gêne et cette peur. Elle sourit. Au moins une personne la soutenait sur ce navire. Mais que pouvait-il faire seul contre le commodore ? Il n'avait pas atteint ce barreau de l'échelle pour rien.
-Pourquoi donc souriez-vous miss ? Il n'y a pas de quoi dans votre position.
-Je vous l'ai dit, vous pouvez torturer mon corps, mon esprit ne s'en trouvera pas affecté.
-Vraiment ? Et si jamais… ?
Ce disant, il glissa une main dans le dos de la jeune fille. Elle frissonna, comprenant peu à peu. Mais non, il ne pouvait pas le faire en présence de Shinyu. Il serait un témoin gênant.
-J'imagine que vous êtes vierge, miss.
Elle mentit. Elle avait certes eu des petits amis sur certaines îles où le temps de rechargement du log pose était plus long que d'habitude, mais elle n'avait rien fait de bien méchant.
-C'est là que vous vous trompez commodore. Je ne suis pas une sainte.
Furieux, le blond enfonça la lame dans l'épaule de la jeune femme. Elle ne put s'empêcher de crier, ne s'étant pas attendu à ce coup.
-Tu passeras à la casserole tôt ou tard miss. Mieux vaut tôt que tard, je ne suis pas patient et à long terme, cela finira par te retomber dessus.
Il entailla légèrement l'une des joues d'Aiko puis lécha le sang qui s'écoulait de la plaie. Shinyu assistait à cette scène, mortifié. Comment pouvait-il coucher avec elle ? Enfin, coucher, plutôt la baiser oui. C'était bien le mot, baiser. Sans amour, brutal. Juste tirer du plaisir sans tenir compte de l'autre. Le jeune homme se sentit l'envie de vomir. Il ne pouvait plus rester dans cette pièce. Pâle, il resta cependant. Ce serait avouer sa défaite au Commodore Kiiro et Aiko avait besoin de sa présence. Il avança jusqu'au meuble d'un pas mal assuré et s'y agrippa, remettant de l'ordre dans sa tête. Aiko se faisait torturer, recevait des menaces fort insultantes et lui s'en trouvait chamboulé. Que lui arrivait-il ? Il n'avait pas le droit aux états d'âme en présence d'un supérieur. De plus, il s'était juré de cacher son amitié pour la pirate. Oui, il avait pris la jeune fille en amitié. Elle était simple, n'exigeait pas grand chose, si ce n'est sa famille. Une idée lui traversa l'esprit : donner le chemin aux Mugiwaras. Mais non, ils ne le croiraient même pas. Il évacua cette pensée, ramenant son attention sur Aiko. Le commodore s'attaquait à son cou par des baisers dénués de tendresse. Deux larmes coulèrent sur les joues pâles de la jeune fille. Il sut alors en quoi c'était terrible pour elle. Son propre grand-père qui voulait lui faire l'amour, il s'agissait tout bonnement d'un inceste. Une autre idée lui traversa l'esprit, qu'il rejeta aussitôt. Ce ne serait pas moins pire pour elle. Et lui-même, eh bien il ne savait même pas ce qu'il voulait alors… Il regarda simplement la jeune fille souffrir en silence sous les caresses du marine. Puis soudain, le commodore l'embrassa. Elle écarquilla les yeux, se débattant violemment. Il resserra sa poigne, approfondissant même le baiser. Mais elle n'avait pas dit son dernier mot. Elle mordit férocement sa langue, lui arrachant un cri de douleur. Le résultat ne fut qu'à moitié satisfaisant. Il s'écarta d'elle, point positif, mais la gifla brutalement, point négatif. Il devait la garder en vie. Si elle ne voulait pas se débarrasser de cela dès maintenant, eh bien tant pis pour elle.
-Ramenez-la dans sa cellule, sergent-chef Heitai. Je ne veux plus la voir avant un petit moment.
Shinyu eut du mal à le comprendre à cause de sa blessure, mais une fois qu'il eut assimilé l'ordre, il s'empressa de détacher Aiko et de sortir de la sombre salle avec elle. Il la soutenait, marchant lentement dans les couloirs, et encore plus dans les escaliers. Soudain, il déballa ce qu'il avait sur le cœur :
-Je suis désolé, je ne voulais pas…
Elle le stoppa :
-Je sais.
Elle souriait, d'un sourire chaud. Shinyu fondait comme neige au soleil devant elle. Il retrouvait ce regard qu'il avait perdu il y a maintenant trois ans. Lorsqu'il observait une personne chère à son cœur. Aiko en faisait-elle partie ? Il devait se rendre à l'évidence, elle avait en tout cas su voir sa véritable personnalité, celle qu'il cachait au commodore. Voyant qu'elle peinait trop, il la prit dans ses bras, son rire l'accompagnant. Elle chercha son regard afin de le capturer. Les yeux noirs l'enveloppèrent. Mais le sien se brouillait, ses yeux se fermaient. Elle n'eut que le temps de murmurer « Shinyu » avant que sa tête ne repose contre son torse. Une fois arrivé, il la déposa, reboutonna sa chemise, puis sortit de la cellule qu'il ferma à clef. Il s'assit par terre, hésitant à délaisser son poste afin d'aller chercher de quoi la soigner. Non, il ne pouvait pas. C'était signer son arrêt de mort. Le Commodore Kiiro ne lui pardonnerait pas cette fois-ci. Il observa une fois de plus la jeune fille. Dans son sommeil son ventre se soulevait doucement, ses cheveux verts reposaient au sol et du sang gouttait des endroits blessés. Il soupira, sentant qu'il tombait petit à petit sous le charme d'Aiko. Il pria simplement qu'elle ait dit la vérité quant à sa virginité parce qu'elle ne supporterait pas d'être violée pour sa première fois. Il le savait, le sentait. Mais n'était-il pas également en cause ? Ne souhaitait-il pas également être la première fois de la jeune femme ? Un seul mot résonna dans le couloir :
-Si.
Il devait se détacher d'elle. Si elle ne mourait pas sous les coups de Kiiro, elle partirait avec son équipage, sa famille. Et jamais plus il ne la reverrait. Sans oublier qu'elle ne l'aimait peut-être pas.
-Et merde.
Il frappa du poing le mur juste à côté de lui, ses pleurs résonnant. Il les étouffa, ne souhaitant pas réveiller Aiko et qu'elle le voie ainsi. Elle le rendait vulnérable. Il avait gardé les idéaux de ses parents, mais fermant en partie son cœur à toute amitié. Cela risquait de lui faire trop mal de perdre à nouveau une personne qu'il aime. Il se raisonna : ses parents n'auraient pas souhaité qu'il renie ses sentiments à cause d'eux. Il essuya ses larmes et se fit une promesse. Il la prononça à haute voix, comme s'il voulait qu'Aiko l'entende :
-Je jure de te protéger, Aiko. Parce que je crois que je t'aime. Et je te promets de guider ta famille jusqu'à toi lorsque le moment sera venu et de ne jamais leur faire de mal. Voilà Aiko, tout ce que je peux te promettre. C'est certes peu, mais ce sont des promesses. Et une promesse ne se brise jamais.
Il la regarda à nouveau. Elle dormait paisiblement. Souriant, il s'endormit également.
Dans le bureau du Commodore Kiiro se tenait une conversation animée :
-Eh bien, beau papa, que vous arrive-t-il ?
Le blond siffla :
-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler ainsi, tu n'as jamais été et n'es pas mon gendre.
-Bah, peu importe. Vous parlez bizarrement, qu'est-il arrivé à votre langue ?
Kiiro ne répondit pas. Malicieusement, le jeune homme le nargua :
-Ne serait-ce pas cette nouvelle prisonnière ? Pirate je crois hein ? Sur le bateau de mon cher et tendre Sanji-kun.
-Il n'est pas ton cher et tendre. M'entendre rappeler cette misérable condition m'exaspère. J'aurais dû l'élever moi-même, il n'aurait pas mal tourné.
-Ah mais, c'était votre carrière ou votre fils mon Commodore.
-Tsss. Un fils pirate, et en plus homo. C'est pire que tout.
-Je ne vous le fais pas dire. Mais ne dit-on pas tel père, tel fils ?
-Et comment aurais-je pu l'engendrer, crétin ? Les enfants ne tombent pas du ciel ! En plus, je suis marine, pas pirate.
Un silence passa. Le jeune homme reprit la parole. Il souhaitait aborder un sujet particulier :
-Mon Commodore, vous êtes certain que Sanji viendra ?
-Oui, cette gamine l'a affirmé Uso-san. Elle semble avoir un lien privilégié avec mon fils. Mais je n'ai toujours pas découvert lequel.
-Avez-vous les affiches de l'équipage, Commodore Kiiro ?
-Oui, bien évidemment.
-Alors pourriez-vous me les montrer s'il vous plaît ? Grâce à elles, sans doute pourrons-nous dénouer ce mystère.
Tandis que le blond s'affairait, Haeru prononça sa requête :
-Voudrez-vous bien me laisser m'occuper de Sanji mon Commodore ?
-Tout cela dépend de lui Colonel Haeru. Et Aiko m'a dit qu'il est toujours homo, elle doit donc l'avoir vu embrasser quelqu'un. Enfin, peut-être que je divague, mais en tout cas, il n'avait plus voulu de personne après que tu l'aies délaissé. Cela veut dire qu'il t'a oublié Uso-san.
Un sourire élargit les lèvres de Haeru :
-Tant mieux, je ne pourrai lui en faire que plus mal.
Le soleil filtrait à travers la fenêtre du bureau. C'était une belle journée. Les affiches furent enfin étalées sur la table. Manquaient seulement celles d'Aiko et de Kane. Ils n'avaient pas encore de prime sur leur tête.
-Auriez-vous une photo des adolescents mon Commodore ?
-Oui, les voilà.
Elle furent ajoutées aux affiches. Enfin, Haeru comprit une chose :
-Regardez, Kiiro-san, la jeune fille a les cheveux verts, comme ce bretteur. Et le jeune homme ressemble comme deux gouttes d'eau à Sanji-kun. Cela me paraît tout de même suspect. Je dirais que cette Aiko est la fille du bretteur et que ce Kane est votre petit-enfant. Touchant, non ? Dommage qu'il n'ait pas l'âge pour que vous le fassiez sauter sur vos genoux, j'aurais bien voulu voir ça.
Ignorant la remarque stupide de son collègue, Kiiro continua le raisonnement :
-Elle a dit que ses deux parents sont sur le Thousand. Et son frère aussi. Je ne vois que Kane pour être son frère. Alors cela veut dire que les parents sont…
Les deux hommes se regardèrent et déclarèrent d'une même voix :
-C'est complètement stupide !
-On revient au point mort, Uso-san. Mais le bretteur n'est probablement pas le seul à avoir les cheveux verts. Qui sait s'il n'y a pas une autre femme sur le navire ? Une femme qu'ils auraient caché. Je pense que Sanji est leur père. Aiko a ri aux éclats lorsque j'ai insinué qu'elle pouvait être amoureuse de lui. Je suis donc leur…grand-père ?
Il comprit alors pourquoi Aiko ne supportait absolument pas son toucher. Il avait trouvé le moyen de la faire souffrir plus que jamais. Cela ne le gênait pas de commettre un inceste s'il parvenait à ses fins.
-Oui, c'est bien cela. Sanji est leur père. J'aimerais juste savoir qui est la mère.
-Ainsi donc, mon tendre Sanji-kun m'a oublié. Quelle tristesse.
-Cesse de faire de l'humour, je ne parviens toujours pas à faire fléchir cette peste. Et les Mugiwaras nous poursuivent. On ne sait pas quand ils nous atteindront alors nous devons faire vite. C'est toi qui t'occuperas de ma petite fille demain. Mais pas de torture. Laisse son corps se reposer un peu. Raconte plutôt l'histoire entre Sanji et toi. Cela lui fera assez mal. La torture psychologique. Ça défoule autant que la torture physique et c'est tout aussi efficace, voire plus. Allez, bon courage Colonel Uso.
C'était une façon polie de le congédier. Haeru obéit et sortit de la salle, non sans une dernière politesse. Le protocole l'y obligeait.
-Merci de me confier cette mission mon Commodore. Je tâcherai de me montrer à la hauteur. Au revoir Commodore Kiiro.
Les circonstances promettaient de l'action à venir. Les Mugiwaras avaient lancé leur bateau à pleine vitesse, les marines également. Quand donc aurait lieu la rencontre ? Que donnerait-elle ? Le mystère restait encore emmêlé.
Et voici la fin de ce chapitre euh... mouvementé. J'espère qu'il ne vous a pas trop choqué. Personnellement, j'ai pris un plaisir fou à écrire ma première véritable scène de torture. Mais je suis un peu (beaucoup) sadique alors il ne faut pas s'étonner. Donnez-moi votre avis (s'il reste des lecteurs après ce chapitre -_-'). En tout cas, merci d'avoir lu. Le prochain chapitre arrivera dans un long moment. Je l'ai commencé mais il stagne.
À bientôt, Jindri.
