Et me voilà de retour avec le sixième chapitre de ma chère petite fiction que je n'ai, je vous rassure, pas abandonnée ! J'aime bien trop Aiko et Kane pour ça ^^. J'espère qu'il ne vous paraitra pas trop sombre et qu'il vous apportera du plaisir malgré son retard. Je m'excuse mais j'ai eu beaucoup de choses à faire ces derniers temps. Allez, bonne lecture !
Chapitre 6 : Changement de victime
Shinyu poussa un grognement : les rayons du Soleil qui passaient à travers le hublot venaient de le réveiller. Dans ses bras, Aiko bougea également. Il sourit et caressa tendrement sa chevelure verte. Cela faisait plusieurs jours qu'il avait accepté l'offre du commodore et tout se passait pour le mieux. La jeune femme lâchait d'insignifiantes informations dont Kiiro semblait se contenter. Sans doute essayait-il de les mettre bout à bout pour en tirer le maximum. Et ils pouvaient profiter l'un de l'autre sans avoir peur. Ils avaient partagé leur passé, l'un racontant ses nombreuses bêtises et à quel point ses compagnons, son chat, lui manquaient, l'autre racontant sa vie avec ses parents avant qu'ils meurent. C'était une sorte de bonheur passager dont ils pouvaient se contenter. Ils se juraient en eux-mêmes de se revoir lorsque tout ceci serait fini. Et Aiko voulait absolument que Shinyu rencontre sa famille. Il les aimerait forcément et elle voulait en quelque sorte avoir la bénédiction de ses pères.
Quant au Commodore Kiiro, il avait tenu sa promesse. Aiko avait été soignée et ne subissait à présent que quelques interrogatoires moins musclés auxquels Shinyu n'assistait pas. Elle avait également droit à ses propres quartiers, bien évidemment gérés par le Sergent-chef Heitai. Ainsi, elle pouvait se laver et dormir dans un vrai lit. Malgré tout, son corps était défiguré à vie, tout comme le marine avait fait avec son fils et elle subissait tout de même quelques tortures pour la forme : le Commodore Kiiro aimait bien trop cela pour le laisser tomber. Shinyu la soignait à chaque fois sans broncher. Elle ne mourrait pas et c'était là le plus important. Ils se regardèrent tendrement avant de lâcher un bonjour et de s'embrasser. Aiko était vraiment heureuse à chaque fois qu'elle se blottissait dans les bras de Shinyu. Cela rendait sa capture moins difficile à supporter. Un coup fut soudainement frappé à la porte et Shinyu se leva pour aller ouvrir tandis que la jeune pirate faisait semblant de dormir. Kiiro et Uso se tenaient au seuil et ce dernier, après que son subordonné l'ait salué, alla brutalement réveiller Aiko pour l'emmener. Kiiro fit alors signe au Sergent-chef de les suivre. Le brun dut se faire violence pour ne pas dégainer ses deux pistolets. Il garda cet air indifférent qui le caractérisait aux yeux des marines et obéit. Ils s'engagèrent dans les coursives sombres du navire. Puis Haeru confia la jeune femme à Shinyu, sa tache le lassant. En effet, Aiko ne se laissait pas facilement contrôler par l'officier. Lorsqu'elle fut poussée dans les bras de son amant, elle l'entendit lui murmurer discrètement :
-Laisse-toi faire, tout ira bien.
Il ne sentait en effet qu'un malsain plaisir émaner des deux hommes. Rien d'alarmant pour le moment. Elle se calma alors et le commodore en sourit. Il aimait l'influence qu'avait le jeune homme sur la pirate. Il contrôlait le jeune homme et ainsi il contrôlait la jeune femme. Il ne tarderait pas à obtenir les informations qu'il souhaitait. Enfin ils remontèrent, signe qu'ils se rendaient sur le pont. Une fois à l'extérieur, le Soleil éblouit Aiko. Elle n'avait en effet que la lumière artificielle des torches dans sa chambre et celle, fort maigre, qui provenait des hublots. Les officiers les menèrent à la proue où elle remarqua un point noir au loin.
-Ce point que tu vois petite, c'est l'île d'Élos. La dernière étape avant notre destination finale, Dead Story, qui est l'une des meilleures forteresses des marines. Dans deux jours nous serons à Élos pour y refaire nos provisions et six jours après nous atteindrons Dead Story d'où jamais tu ne pourras sortir. Crois-tu que ta famille arrivera à temps pour te sortir de ce mauvais pas ?
-Bien évidemment qu'elle le sera ! Nous avons la meilleure navigatrice. Non seulement ils me sauveront à temps, mais en plus vous paierez très cher ce crime.
Kiiro éclata de rire :
-Ce crime dis-tu ? Mais tu es la criminelle ici ma chère.
Elle s'était rapprochée du marine et le toisait. Il n'avait plus cet angoissant pouvoir qu'il avait auparavant sur elle. Il ne l'effrayait plus. En retrait, Shinyu et Haeru assistaient à la scène. Elle ne les concernait pas vraiment, c'était un peu comme une réunion de famille.
-On dirait que je n'ai pas réussi à t'ôter tout espoir. C'est dommage, j'ai l'impression de vieillir trop rapidement. Mais nous allons arranger ça. Colonel Uso, amenez-la dans mon bureau.
-À vos ordres Commodore Kiiro.
Il la prit par le bras. Elle tenta de se dégager mais le marine était trop robuste. Shinyu, impuissant, ne put que la voir disparaître dans le ventre du navire. Kiiro s'adressa alors à lui :
-Avez-vous véritablement réussi à obtenir sa confiance Sergent-chef Heitai ? Vos résultats ne sont guère satisfaisants.
-Elle a été capturé par un marine, vous ne pouvez pas lui demander de faire confiance à un marine en quelques jours. Je sais que notre temps est compté mais je fais mon possible mon Commodore.
-Je veux bien vous croire mon petit Shinyu. Mais il va me falloir des résultats un peu plus probants. Vous vous doutez bien que je ne puis me contenter d'une bataille de boules de neige.
-Elle me confie ses souvenirs, pas encore ses secrets. Mais ça viendra, je vous le promets mon Commodore.
-Très bien. Sinon je me verrai contraint de modifier notre contrat.
Shinyu s'offusqua :
-Vous m'aviez promis de ne rien changer Commodore Kiiro !
L'officier sourit de toutes ses dents :
-Si tout se passait bien mon petit Shinyu. Mais avouez que vous avez un peu de mal à soutirer ces informations que je vous ai réclamé. Ayez toujours à l'esprit que j'œuvre pour le bien de Grand et Red Line. Vous pouvez disposer, vous êtes de repos jusqu'à nouvel ordre.
-Merci Commodore Kiiro.
Alors que l'un se rendait dans sa cabine et l'autre dans son bureau, le brun entendit clairement ;
-Il n'y a pas de quoi. Mais il n'y aura pas de deuxième chance. Sachez vous montrer à la hauteur, et je ferai de vous un Sous-lieutenant.
Il ne répondit rien, abasourdi. Que croyait donc Kiiro ? Qu'il était sensible à l'appât du gain ? Il était bien plus sensible à la douceur d'une jeune femme. Elle était dans une mauvaise situation et il ne pouvait la tirer de là. Le Commodore Kiiro et le Colonel Uso faisaient déjà des dégâts seuls, alors ensembles… Il tenta de penser à autre chose, en vain. La vue d'Aiko en sang et en larmes s'imposait sans cesse à son esprit. Et d'un certain côté il n'avait pas tort. Kiiro pénétra dans son bureau et trouva le colonel occupé à asticoter Aiko. Il s'en agaça : ce n'était guère le moment de s'amuser. Ils étaient fortement en retard par rapport à ses prévisions.
-Cesse donc cela Haeru, nous n'avons pas le temps de nous divertir.
-Aaaaah, toujours aussi rabat-joie beau-papa.
-Pour la dernière fois je ne suis et ne serai jamais ton beau-père ! Cesse de raviver ces stupides souvenirs, j'en ai d'autres bien plus intéressants à dévoiler à cette jeune effrontée.
Il s'adressa alors à Aiko :
-Que dirais-tu que je te parle de ta grand-mère ?
-Ce serait en effet intéressant de savoir comment quelqu'un a pu s'acoquiner avec vous pour donner une personne extraordinaire comme Sanji.
Le marine s'approcha d'elle, posant sa main sur sa joue. Attachée à une chaise elle ne put que dégager sa joue.
-Mais tout a un prix miss. Je te parle d'une personne, tu me parles de tes… nakamas. C'est bien ainsi que vous dites, pas vrai ?
Elle ne répondit pas. Elle avait songé un instant à faiblir. L'enfermement la rendait complètement folle. Si véritablement elle voulait savoir qui était sa grand-mère il lui suffisait de demander à Sanji. Mais Kiiro avait gagné : la curiosité la rongeait désormais. En retrait, Haeru sourit : son supérieur avait vraiment le doigté pour torturer les prisonniers. Puis elle se ressaisit :
-Décidément vous ne comprendrez jamais, peu importe le nombre de fois que je le dirai. Je ne trahirai pas mon équipage. Je ne mériterais pas alors de me faire appeler pirate.
Les sourcils de Kiiro se froncèrent tandis qu'Haeru se retenait de rire. S'il y avait une chose qu'il avait aimé chez Sanji, c'était bien son insolence. Cela n'avait toutefois suffi à le faire tomber amoureux. Il en était de même pour la jeune fille : il la trouvait amusante mais cela n'allait pas plus loin. Cependant, l'avis de Kiiro était complètement différent :
-Tu m'ennuies pirate effrontée. Tu étais amusante au début mais maintenant ton insolence, ton inutile résistance et ton futile espoir sont lassants. Résous-toi, personne ne viendra te chercher. Comment pourraient-ils savoir où nous sommes, où nous nous dirigeons ? Ton équipage se disloquera, nous les enfermerons dans des forteresses différentes et il sera définitivement rayé du globe. Quant à ta petite famille…
Il frôla du bout des doigts son menton :
-Je me la réserve.
Elle décida de ne pas réagir à sa provocation. Pourtant, les paroles du commodore sonnaient justes à ses oreilles. Elle refoula courageusement ses larmes. Combien de temps avait-elle été enfermée sur ce navire ? Sans doute Shinyu le savait-il. Cela lui semblait une éternité. Elle soutint le regard de Nowaki, refusant de se laisser aller à la nostalgie, et de se laisser aller tout court. Et elle fit sortir tous ses sentiments, bien que ce soit dangereux :
-Vous me faites chier mon Commodore. Vous essayez de m'inculquer des valeurs qui ne sont pas les miennes. La notion de famille est l'une des plus importantes pour les pirates. Un équipage est une famille. Ses membres se soutiennent comme une famille le ferait. Je ne les trahirai pas car je les aime. Ils ont décidé de me garder et m'ont élevée du mieux qu'ils l'ont pu. Je leur dois la personne que je suis. Ils viendront à temps. Je leur fais confiance pour ça.
Kiiro ne montra pas son trouble : la pirate ne s'était pas laissée avoir par son mensonge. Il réfléchit alors rapidement afin de trouver une autre solution pour la faire fléchir. Ce ne fut pas long :
-Mais jusqu'où irais-tu pour un ami ? Le sacrifierais-tu pour ta famille ?
Aiko fronça les sourcils : où voulait-il en venir ? À Shinyu et elle ? Oserait-il s'en prendre au jeune homme ? Kiiro continua, l'hésitation de la jeune femme étant une excellente opportunité de la faire céder :
-Je sais que vous et le Sergent-chef êtes plus proches que vous ne le montrez. Ou plutôt, ça se voit autant que vous essayez de le cacher. Je n'hésiterai pas et tu le sais petite.
Elle pâlit, ne sachant que faire. Répliquer assurait la perte de Shinyu. Si elle affirmait ses dires cela donnait à l'officier une opportunité de leur faire du chantage. Si elle les infirmait cela lui laissait croire que Shinyu avait échoué dans sa mission et si elle ne se mettait pas en danger grâce à cette solution, Shinyu l'était tout de même. En plus à ces sentiments s'ajoutaient la fatigue, l'enfermement prolongé, le harcèlement des officiers. Tout cela l'avait rendue vulnérable malgré le réconfort que lui apportait Shinyu. Malheureusement, il ne suffisait pas à pallier à la douleur causée par l'absence de sa famille. Le Commodore Kiiro fit signe à Haeru de se reculer pour ne pas se faire remarquer par la pirate. Elle devait rester dans son monde quelques instants. Il savait que la souffrance qu'il lui causait en ce moment était immense. Le choix auquel il la confrontait était douloureux. Elle n'avait pas encore réalisé qu'elle possédait une longueur d'avance sur lui. C'était à elle que Shinyu faisait confiance et non pas à Nowaki Kiiro qui ignorait le double-jeu de son subordonné. Puis elle sut enfin quoi lui répondre :
-Je ne serai la cause de la mort de personne. Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Vous ignorez tout des sentiments qui animent les pirates de la trempe de l'équipage de Mugiwara no Luffy. Et c'est bien pour cela que vous ne parvenez pas à me cerner ou me faire fléchir. Vos jeux psychologiques n'ont aucun effet sur moi.
À ces mots un sourire étira les lèvres de l'officier. Il passa un doigt juste en dessous de l'œil d'Aiko et le lui montra :
-Tu crois ? Dans ce cas pourquoi des larmes courent-elles sur tes joues ?
Abasourdie, Aiko écarquilla les yeux. Elle sentait en effet un liquide lui couler sur les joues. Elle qui croyait que le commodore n'avait plus d'effet sur elle se rendit compte qu'elle se trompait fortement. Elle mourait de peur pour son amant. S'il disparaissait, avec lui mourraient tous ces sentiments à peine nés et qui ne demandaient qu'à s'épanouir. Au fond d'elle elle le savait : personne d'autre ne lui conviendrait autant. Lorsqu'ils discutaient elle contemplait le même cœur ardent qui animait chacun des résidents du Thousand Sunny. Aussitôt elle répliqua :
-C'est votre faute ! Je n'aime pas que l'on évoque la mort de qui que ce soit.
Ce mensonge fit rire le commodore. Il n'y croyait pas une seconde et Aiko s'en rendit compte. Elle se mordit les lèvres, ce qui accentua l'hilarité du marine. Sa gaffe la rendit en colère contre elle-même, ce qui était fort dangereux au cours d'un tel jeu psychologique. Le blond la manipulait à sa guise. Il se rapprocha d'elle, paraissant tout à coup bien affable :
-Alors petite, comptes-tu me dire la vérité ou non ? Es-tu proche de Shinyu Heitai au point de trahir tes nakamas et ta famille ou bien te fiches-tu de sa vie et préfères-tu vivre tranquillement sur ce navire que tu ne reverras jamais ? À toi de décider. Tu t'es trahie, je le lis dans tes yeux. Tu es amoureuse d'un marine. Quelle honte pour une pirate.
Elle ne baissa pas la tête, ne considérant pas cela comme une honte. Shinyu répondait à son amour et en cela il n'avait rien de honteux. Les lèvres tremblantes, elle lui répondit :
-Vous cherchez à m'enlever tout ce que je possède, tous ceux que j'aime. Je ne vous fais pas confiance.
-Pourtant il y a un moyen d'échapper à tout cela. Vis cet amour sans te soucier des autres. Grâce à moi tu le peux. Tu n'aurais même pas à te soucier des sentiments de tes nakamas puisqu'ils seraient enfermés en prison. Je m'assurerais qu'ils soient bien traités. Et engage-toi. Tu serais à ses côtés, pouvant le protéger et l'aimer comme tu le souhaites. Mais pour cela tu dois me raconter certaines choses. Tu le comprends n'est-ce pas ?
-Je ne vous fais pas confiance. Vous avez blessé Sanji. Vous lui avez fait plus de mal que n'importe qui.
-Voyons Aiko. Je suis ton grand-père. Pourquoi donc voudrais-je te faire du mal à ce point ?
Ce fut au tour de la jeune femme d'éclater de rire :
-Vous jouez avec moi comme un chat avec sa proie. Vous ne m'aurez pas, jamais. Je vous hais profondément pour tout ce que vous avez fait à mon père qui ne le méritait pas. Mais il est heureux maintenant. Le seul obstacle qui se dresse en ce moment face à son bonheur c'est vous. Vous lui avez enlevé l'une de ses raisons de vivre. Il m'aime et me sauvera. Et son amant le suivra. Vous vous êtes attiré la fureur de Sanji, et ça ce n'est pas très malin parce qu'il peut faire très mal et a un côté sadique lorsqu'on le heurte personnellement.
-Ah là là petite. Je te conseille de t'arrêter si tu ne veux pas que j'aie certaines informations que tu ne souhaiterais pas me révéler. Qui donc est cet amant dont tu me parles ?
Aiko le regarda fixement, se plongeant dans le bleu profond des yeux du commodore. Celui de son frère et de son père.
-Je ne pense pas au fond que cela soit si gênant que je vous révèle certaines choses. Vous savez déjà que je suis la sœur de Kane et la fille de Sanji. J'ai certes un autre parent aux cheveux verts. Je vous défie de la -ou le- trouver.
-Ou le ? L'enfermement te rend folle petite. On n'a jamais vu qui que ce soit naître de deux hommes. Ou bien Sanji n'est pas ton père.
-Qui sait ?
Aiko détenait désormais la clef du jeu et elle comptait bien s'en servir :
-Ça paraissait peut-être vrai lorsque je vous l'ai malencontreusement révélé, mais il est possible que je l'aie fait exprès afin de vous mener sur une fausse piste. Sanji est-il réellement mon père ? Kane mon frère ? Si je l'ai dit, n'est-ce pas plutôt parce que je les considère comme ma famille ?
Dans l'esprit de Nowaki Kiiro tout se brouillait et Haeru tira la sonnette d'alarme. Il accompagna les mots qu'il cracha d'une monumentale gifle :
-Petite peste !
Elle était également parvenue à faire douter le colonel qui devait se forcer à croire en ce qu'elle lui avait auparavant dit.
-Commodore Kiiro, ne la croyez pas ! Elle vous ment, elle cherche à vous déstabiliser comme vous le faites avec elle ! Ressaisissez-vous !
-Alors commodore ? Qu'est-ce que cela fait d'être manipulé à son tour ? C'est troublant n'est-ce pas ? Mais à force on trouve les techniques et on peut les retourner contre son adversaire.
-Tais-toi donc !
Les yeux bleus exprimaient désormais la panique : jamais il n'avait vu l'une de ses victimes se retourner contre lui et il se jura de ne plus jamais se laisser faire ainsi.
-Ramène-la Haeru, et envoie-moi le Sergent-chef Heitai.
Cette dernière entrevue n'annonçait rien de bon et Aiko frissonna malgré elle lorsque le Colonel Uso la poussa dans le couloir. Le jeune homme arriva devant la porte, se demandant ce qu'il s'était passé dans ce bureau une heure avant. Il pénétra dans le bureau après avoir entendu un « entrez » agacé. Il sut alors que ça ne s'était pas déroulé selon les plans du commodore et s'en vit rasséréné. Il s'assit face à l'officier qui lui jeta un regard noir. Bien malgré lui, Shinyu eut peur.
-Pourriez-vous m'expliquer pourquoi vous m'avez dit que la pirate ne vous fait pas encore confiance alors que l'on voit pertinemment qu'elle vous aime ?
Le Sergent-chef joua la carte de la naïveté :
-Vous êtes sûr ? Pourtant elle ne m'en laisse rien paraître. Je ne savais pas mon Commodore, je vous le promets.
-Je veux bien vous croire. Mais à l'unique condition que vous profitiez de cet atout. Elle vous aime, vous pouvez donc lui soutirer ce que vous souhaitez, que ce soient des mots ou autre chose.
Le brun se renfrogna et n'hésita pas cette fois à montrer son mécontentement :
-Serait-ce du chantage Commodore Kiiro ?
Un grand sourire aux lèvres, la réponse parvint au jeune homme :
-Incontestablement. Je vais l'exprimer plus clairement pour m'assurer que vous me compreniez bien : soit vous profitez d'elle dans les règles de l'art, soit je m'arrange pour que vous vous retrouviez aux cachots voire pire. Vous savez que j'en suis capable.
Shinyu se leva :
-Je ne trahirai pas mon éthique personnelle, c'est une chose que je m'interdis. Mes parents avaient foi en cette éthique, je ne peux la renier ainsi.
-Quelle est donc cette éthique Sergent-chef Heitai ?
La voix doucereuse de l'officier indiquait un danger certain pour le brun. Il n'en avait toutefois cure et répondit courageusement malgré l'approche de Kiiro :
-Ne jamais trahir son cœur. Suivre ce qu'il nous dit en toute circonstance.
Par une simple baffe Shinyu se retrouva à terre, la joue en sang. Il se releva péniblement et affronta son supérieur :
-Voilà ce que m'ont appris mes parents. Jamais je ne renierai cette devise familiale. La famille est ce qui compte le plus pour moi.
-Votre famille est désormais la marine. Ne l'oubliez jamais mon petit Shinyu.
Il laissa un instant passer afin de le laisser digérer puis retourna à l'attaque :
-Votre réponse est-elle définitive ?
-Je crois bien que oui. N'ayez pas peur de me frapper, j'encaisserai sans broncher.
-Cela risque de rendre la partie moins amusante. Ne comptez-vous pas pousser même un seul petit cri ?
-Je crains fort que non. Je resterai ferme.
Le blond soupira :
-Aaaah, les têtes de mule… Finalement vous allez bien avec cette jeune pirate.
-Qu'il soit clair que je ne ressens absolument rien pour elle. Elle est une pirate. Ce sont des pirates qui ont tué mes parents et brûlé notre maison. Je ne pardonnerai jamais à ces personnes. Seulement, je ne veux pas devenir un meurtrier à mon tour. Comprenez cela mon Commodore.
-Excusez-moi Sergent-chef Heitai, je crois que je ne le puis. Je suis également doté de ma propre éthique qui me laisse libre d'un peu de tout sauf de faire preuve d'indulgence envers les criminels. Et également de faire preuve de gentillesse envers qui que ce soit. Vous êtes désormais coupable de désobéissance. Et le châtiment je vous l'inflige dès maintenant. Vous n'avez jamais vu mon fruit du démon à l'œuvre, il est grand temps de vous montrer de quoi je suis capable grâce à lui.
Des mains du marine jaillit une colonne de feu et une d'eau. Puis il lâcha celle d'eau sur le brun. Trempé, celui-ci frissonna : la température de ce bureau n'était jamais très élevée. De l'air vint glacer le tout. Une couche de glace recouvrit le torse du brun abasourdi.
-Auriez-vous froid ? Ne vous inquiétez donc pas la chaleur va très vite rejoindre son opposée.
La colonne de feu atteignit Shinyu en pleine poitrine, lui laissant une douleur trop forte et une marque rouge. Il s'effondra à terre, la respiration coupée. Le temps qu'il la récupère, Kiiro avait déjà préparé sa prochaine attaque. Le plus rageant était que Shinyu ne pouvait répliquer au risque de rendre sa punition pire. Le temps viendrait où il n'aurait plus à subir ces affronts et où il serait libre. Il avait bon espoir de rejoindre le Commodore Smoker. Ses chances étaient fortes s'il devenait plus puissant. Il ressentit soudain une vive douleur au bras droit et s'aperçut que Kiiro avait lancé une attaque tranchante contre lui. Puis le blond le releva et l'acheva à la main. Sa force impressionna Shinyu qui n'en avait jamais été victime ou témoin et le laissa pantelant.
-Très bien. Je pense que cela suffira. Vous avez compris qu'il ne faut pas me contredire je pense. Acquittez-vous de votre mission comme il le faut ou je me verrai contraint de régler définitivement votre compte en faisant passer cela pour un accident. Et je ne voudrais pas avoir à remplir tout un tas de paperasse pour la banale mort d'un ordinaire Sergent-chef.
Ravalant les insultes qui lui venaient à l'esprit, il se retira après le salut réglementaire. Boitillant, il se rendit dans sa cabine et se soigna. Il avait de nombreuses coupures mais les pires blessures étaient celles qui l'avaient atteint à la poitrine et celles dues aux coups de l'officier. Mais cela valait le coup pour la sécurité d'Aiko. Il la protègerait même s'il devait en perdre la vie, il l'avait juré et tiendrait parole. Le temps que les Mugiwaras viennent, il s'assurerait de la sécurité d'Aiko.
C'est donc soulagé que six jours plus tard il aperçut le Thousand Sunny, le drapeau de l'équipage flottant au vent. Durant ce temps il avait œuvré pour la jeune femme, obéissant lorsqu'elle lui ordonnait de révéler certains de ses secrets au Commodore Kiiro. Satisfait, celui-ci l'avait laissée en paix. Mais il considérait qu'il avait subi un affront avec Shinyu et n'avait pas hésité à lui reprocher des choses insignifiantes en le lui faisant payer au centuple. Ainsi il se sentait épuisé lorsque enfin il pouvait se reposer et Aiko s'inquiétait fortement pour lui. Cependant son sourire parvenait à la rassurer et la réconforter. Il obéit aux ordres du commodore qui lui confiait la garde de la jeune pirate et descendit jusqu'à la chambre d'Aiko. Bientôt elle serait en sécurité et cela lui réchauffait et brisait à la fois le cœur. Aiko l'accueillit chaleureusement et il se blottit dans ses bras, heureux. C'était là le seul refuge qu'il souhaitait pour le reste de sa vie.
Et voilà j'espère qu'il ne vous a pas paru trop court, je sais que je les fais plus longs d'habitude mais j'ai préféré le publier rapidement et je pense que ça n'altèrera pas vraiment l'histoire. J'ai décidé de ne plus revenir à Aiko et Shinyu avant que les Mugiwaras n'aient rejoint le navire de Kiiro. J'espère que ça ne vous attristera pas trop. Je ne sais pas du tout quand le prochain chapitre arrivera. Soyez patients. Je vous remercie d'avance pour ça et de continuer à lire ma fic. À bientôt j'espère, Jindri.
