Acide Sulfurique Chapitre 4 : Fiançailles ?

Trois semaines avait passé. Trois longues semaines de disputes, de cris, de colères, de punitions et de vengeances. Séverus Snape n'était toujours pas tout à fait remis de la crise d'allergie qu'avait causé la dernière revanche de Rébecca. Il lui avait imposé de se maquiller chaque jour (ce qui n'était qu'un détail dans la longue liste des choses qu'il lui avait donné l'ordre de prendre l'habitude d'accomplir). La jeune fille avait refusé et Snape l'y avait obligée. Pour se venger, elle avait badigeonné ses cheveux de shampooing durant la nuit. Le professeur de potion n'était pas encore totalement certain de croire Dumbledore quand celui-ci lui disait que Rébecca n'avait aucun moyen de savoir qu'il était allergique au produit. Il était convaincu que c'était tout à fait le genre de chose qu'aurait fait Potter s'il avait appris son allergie. Il s'était réveillé deux heures plus tard, le visage si gonflé qu'il avait de la peine à ouvrir les yeux et à respirer. L'esprit embrumé, il avait mis de longues secondes à comprendre ce qui lui arrivait. Se levant péniblement, il avait traversé sa chambre, la respiration sifflante, titubant et presque aveuglé. Arrivé dans le salon, ce qui devait arriver arriva : il heurta une pile de livre laissée là (intentionnellement, il en était persuadé) par Rébecca et chuta, renversant au passage un fauteuil et une table basse. Près de 24 heures plus tard, il s'était réveillé dans l'infirmerie et Pomfresh, qui avait été rappelée d'urgence, était penchée sur lui, lançant divers sort pour contrôler son état. Cela s'était passé neuf jours plutôt et il devait toujours prendre des potions trois fois par jour.

Depuis, il n'avait pas décoléré. En fait, la vraie interrogation était de savoir s'il avait décoléré un seul instant depuis que Dumbledore lui avait imposé la charge de Pot… Réb… l'ignominie. C'était le mot qu'il utilisait à présent pour désigner mentalement l'ancien gryffondor. Car, après tout, il n'était rien de plus qu'une erreur qui n'aurait jamais du avoir lieu, une abomination de la nature, une farce stupide du destin. Et plus il y réfléchissait, moins Snape pensait que son irritation s'était, durant les dernières semaines, un tant soit peu apaisée. Seuls les moment où il parvenait à humilier l'ignominie lui procuraient un peu de satisfaction. Et il avait tout mit en œuvre pour pouvoir énerver la chose le plus souvent possible, ce qui n'était pas difficile, vu leur caractère respectif.

Rébecca Snape ne pouvait porter que des jupes ou des robes (vive les séances d'épilations !), jamais de pantalons. C'était lui qui choisissait ses vêtements, et il prenait soin de sélectionner des vêtements qui se trouvaient dans la plus pure tradition des sang-purs (et qui, par la même occasion, étaient peu confortables et tout à fait dépassés.) Les chaussures à haut talons étaient bien entendu une obligation (la démarche de l'ignominie avait été totalement ridicule pendant plusieurs jours et elle s'était tordu un nombre incalculable de fois les chevilles.) Séverus Snape ne s'était bien entendu pas arrêté en si bon chemin. Fouillant dans sa bibliothèque, il était parvenu à trouver un « code de bonne conduite pour jeunes filles de la bonne société » qu'avait utilisé sa grand-mère et qui était déjà à son époque tombé en désuétude. Rébecca devait le suivre. Non seulement le manuel indiquait-il des règles de conduites en société (comment s'adresser à une personne plus âgée ? Aux domestiques ? Aux elfes de maisons (auxquels il fallait, tout simplement, donner des ordres !) ? Au ministre de la magie ? Comment manger à table ? …) mais aussi tout un code de coiffure, de maquillage,… Réb…L'ignominie avait du apprendre à arranger ses cheveux d'une bonne vingtaine de façon, selon l'endroit où elle allait, qui elle rencontrait et son propre statut (célibataire ? Fiancée ? Mariée ?) Il y avait aussi tout un code dans l'usage des couleurs et des fleurs, que même Snape avait du mal à retenir. Et puis, bien évidemment, il y avait la manipulation et le langage des éventails…

A cette simple pensée, la colère de Snape se ralluma (pour autant qu'elle ait été un tant soit peu éteinte). Comment avait-elle osé ? Ses doigts se resserrèrent nerveusement sur le verre de whisky pur-feu qu'il tenait en main. Jamais il ne s'était senti aussi humilié de toute sa vie !

Loin de se montrer furieux d'apprendre que Snape avait une fille, Voldemort avait semblé déstabilisé puis intéressé. Séverus s'en était tiré avec deux doloris, bien moins que ce à quoi il s'était attendu. Tout le monde n'avait pas eu sa chance, apparemment, car, en quittant la salle du trône de Voldemort, il avait entendu un sifflement furieux puis des cris de douleur interminable. Amusé, il s'était fait la remarque que Pettigrow avait, une fois de plus, réussi à mettre le Seigneur des Ténèbres en colère. Il se demanda vaguement quelle mission il avait pu faire échouer puis transplana jusqu'à Poudlard. Non, Voldemort n'avait pas été en colère, du moins si la lettre que Lucius lui venait de lui envoyer en témoignait.

Séverus,

Après cet agréable soirée passée en votre compagnie et en celle de votre délicieuse fille,

Snape avait ricané en lisant cette phrase. Rébecca avait tout été, ce soir, sauf délicieuse !

Je me permets de mieux vous expliquer les raisons de cette rencontre. Notre maître a exprimé le désir de voir une alliance se conclure entre nos deux familles, et plus précisément entre nos enfants. Au nom de mon fils, je vous demande donc la main de Rébecca.

Lucius

La nouvelle l'avait d'abord laissé abasourdi. Puis il avait senti une peur insensée s'insinuer en lui. Pourquoi Voldemort énonçait-il un tel désir ? Quel était son but ? Se doutait-il de quoi que ce soit ? Puis la raison avait repris le dessus. Même si cet ordre était étonnant de la part du Seigneur des Ténèbres, elle s'insérait pleinement dans son programme d' « élevage » de sang-purs : contrôle des mariages, des naissances et de la fertilité de toute la population. Rien de bien étonnant, en somme. Mais malgré lui, Snape gardait un profond malaise face à cette idée. Il avait cherché un moyen d'y échapper, sans en trouver et il refusait catégoriquemnt d'aller trouver Dumbledore, ce vieux fou manipulateur. Il allait donc falloir fiancer Draco Malfoy et celle qui avait été son ennemi juré, Harry Potter. En y regardant bien, la situation était amusante, se dit-il, en buvant une autre gorgée d'alcool (et cette seule pensée confirmait le fait que le whisky commençait à agir sur ses idées). Et l'ignominie serait furieuse ! De toute façon, il n'avait aucun moyen de refuser un ordre du Seigneur des Ténèbres… Restait à prier pour que ni les Malfoy ni Voldemort ne découvrent la vérité à propos de Rébecca. Il vida son verre et le remplit à nouveau avant de saisir une plume et un morceau de parchemin pour répondre à Lucius Malfoy.

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Draco Malfoy était d'une humeur massacrante. Cela faisait à peu près une demi-heure qu'ils étaient rentrés de leur dîner chez Snape et sa colère ne s'était pas le moins du monde apaisée. Comment osait-elle ? Son père, assis à son bureau, l'observait d'un œil goguenard.

-Et si tu m'expliquais ce qui te mets dans un tel état ? demanda-t-il, d'un ton amusé… Et cesse de tourner un rond, tu vas trouer le plancher !

Draco se laissa tomber sur un siège.

-Je ne comprends pas comment vous pouvez rester calme après ce qu'elle a osé faire, père ! Je ne me suis jamais senti aussi humilié de ma vie !

-Elle ? Tu veux parler de Rébecca Snape ? Je le trouve charmante !

L'adolescent faillit s'étouffer.

-Charmante ? Elle n'a pas cessé de nous insulter !

Lucius Malfoy éclata de rire.

-Serais-tu donc incapable de faire la différence entre un trait d'esprit et une insulte, fils ? Cette enfant a de l'esprit et n'hésite pas à s'en servir, c'est tout ! Elle est très amusante.

-Vous ne croyez tout de même pas que…

-Je t'accorde que certaines de ses réflexions étaient un peu osées, mais elles n'en était que plus rafraîchissantes ! Cesse donc de voir des insultes partout, elle n'a rien dit d'inconvenant.

Draco avait quitté son siège et s'était remis à tourner en rond dans la pièce, rouge de colère.

-Vous ne comprenez pas, père. Elle se moquait ouvertement de nous ! Son éventail, par exemple !

-Son… Eventail ? répéta son père, incrédule.

-Vous avez sûrement remarqué ! Dès que son père avait le dos tourné, elle cessait de l'utiliser de façon 'ce que vous dites est passionnant' et se mettait en mode 'je m'ennuie royalement' ou 'vous êtes un personnage totalement insipide' ! Vous ne pouvez pas ne pas avoir remarqué ! s'exclama le blond.

-Draco ! Cela fait bien 50 ans que le langage des éventails est tombé en totale désuétude. Plus personne ne l'utilise plus… Cette pauvre fille ne savait probablement même pas qu'elle t'insultait !

-Elle le savait ! Je l'ai vu dans ses yeux ! Elle se moquait de moi !

Lucius Malfoy laissa sa tête tomber entre ses mains et se frotta les tempes avec lassitude. Pourquoi avait-il fallu que son fils soit si susceptible ? Non, la vraie question était de savoir pourquoi son fils faisait une vraie fixation sur les anciens usage, tels que le langage des éventails, ou celui des couleurs. Plus personne n'attachait d'importance à ce genre de détails à présent… Pendant ce temps, Draco continuait à délirer à propos d'insultes mortelles, d'honneur et d'éventail.

-Si j'avais pu, je lui aurais arraché son éventail et je l'aurais déchiqueté en morceau avec mes dents ! s'énervait celui-ci, ce qui eut le don de faire se redresser la tête de son père.

-Merlin tout-puissant! En plus d'être susceptible, c'est un fétichiste, marmonna-t-il avec accablement.

Draco, qui avait entendu cette dernière phase, se retournait pour protester avec véhémence lorsqu'un hibou pénétra dans la pièce par la fenêtre et atterrit devant son père. Celui-ci ouvrit la lettre que lui tendait l'oiseau, la parcourut et sourit.

-J'ai une excellente nouvelle pour toi, fils. Tu es fiancé !

Le serpentard en resta quelques secondes bouche bée, puis demanda :

-Vous plaisantez, père ?

-Je ne plaisante pas sur ce genre de sujet. Séverus a accepté les fiançailles.

Draco se laissa glisser dans un siège. C'était impossibleimpossibleimpossibleimpossibleimposs…

-Vous aviez promis de ne pas me marier contre mon gré, père… Je refuse d'épouser cette fille !

-Pourquoi ?

-Je… Elle n'a pas cessé de se moquer de moi !

-Illusion !

-Elle … Elle ressemble à une Weasley ! Je ne peux pas décemment épouser quelqu'un qui ressemble à ces merdeux !

-Ce n'est pas une Weasley, elle est de sang-pur, riche, jolie, intelligente et bien éduquée. Je ne vois pas ce que tu peux lui reprocher.

-Mais père, je ne veux pas me fiancer…

-Je suis désolé, Draco, mais je n'ai pas le choix, expliqua patiemment son père. Je sais que je t'avais promis de ne jamais t'obliger à te marier contre ton gré, mais je ne peux décemment pas refuser d'obéir à un ordre du Seigneur des Ténèbres. J'aurais peut-être plaidé ta cause auprès de lui si elle avait été totalement stupide ou laide à faire peur, mais ce n'est pas le cas, et je ne PEUX pas refuser cela au Seigneur des Ténèbres.

-C'est Lui qui… demanda Draco, abasourdi.

-Oui, notre Maître t'a fait l'honneur de te choisir entre tous pour commencer à rendre à notre société sa grandeur d'autrefois, Draco ! C'est un choix dont tu peux te glorifier.

Le jeune homme resta un moment immobile, sans dire le moindre mot, tiraillé entre sa joie d'avoir été ainsi choisi entre tous par le Seigneur des Ténèbres et la répulsion qu'il éprouvait à lier sa vie à une presque inconnue qu'il n'avait vue qu'une seule fois et pour qui il n'éprouvait pas le moindre attrait. D'un côté, la gloire, le pouvoir et le respect et la fin de l'un de ses rêves ; de l'autre la liberté, une liberté qui lui glissait entre les doigts. Il ferma un instant les yeux et refoula les larmes qui menaçaient de couler. Il eut un petit rire sec. Ce choix, il l'avait fait il y a longtemps et il s'était simplement complu en des rêves inaccessibles, pauvres mirages qui lui étaient à présent retirés. Il avait toujours voulu suivre le Seigneur des Ténèbres, mais il avait pensé conserver une certaine liberté d'action et de pensée en le faisant. Mensonges ! Il jeta un coup d'œil à son avant-bras. Sous sa chemise, il le savait encore immaculé, épargné par la marque des ténèbres. Et il savait qu'il désirait plus que tout la voir un jour y apparaître. Plongeant ses yeux dans le regard pâle de son père, il dit :

« Quand auront lieux les fiançailles ? »

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Rébecca sentit les larmes glisser le long de ses joues et se haït pour cela. Elle s'était juré de ne jamais pleurer devant Snape. Jamais. Et il avait suffi d'une gifle un peu plus forte que les précédentes. Elle ouvrit les yeux et le monde, tout autour d'elle, tournait. Malgré la sensation de vertige, elle se remit debout et fit face à son « père ». Il avait bu, à nouveau. Comme chaque soir. Il avait bu de trop. Beaucoup trop…. Puis il était venu dans sa chambre et lui avait annoncé ses fiançailles avec Malfoy. Et bien qu'elle ait vu l'état dans lequel il était, elle avait eu la stupidité de protester. Quand il était saoul, le professeur avait tendance à être violent. Cela se traduisait en général par des mouvements plus brusques que d'habitude, et, de temps à autres, une gifle. Ce n'était rien en comparaison de ce que lui avait fait oncle Vernon, bien entendu, mais elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur de Snape lorsqu'il était dans cet état.

-Alors ? On fait moins la f…. fière, maintenant, n'est-ce pas ?

Rébecca, qui, trois semaines auparavant était toujours connue sous le nom de Harry Potter, sentit son sang ne faire qu'un tour. Oubliant toute prudence, elle siffla :

-Il n'est pas question que j'épouse Malfoy ! Jamais de la vie !

Elle avait reculé vers sa table de nuit et saisi sa baguette, mais, sans qu'elle ait vraiment le temps de comprendre ce qui s'était passé, celle-ci se retrouva entre les mains du directeur des serpentards qui l'agrippa sans ménagement par les cheveux.

-Tu vas obéir !

-Nooon ! se révolta Rébécca, en se débattant.

Une nouvelle gifle la frappa et elle sentit les vaisseaux sanguins de son nez se rompre.

-J'ai dit non ! répéta-t-elle, tandis qu'une partie de son esprit la suppliait de se taire.

-Tu n'as p.. pas encore compris, je crois, saleté ! Tu v… vas être fiancée à Draco Malfoy, que tu le f… veuilles ou non ! s'énerva Snape, avec une élocution étonnamment claire pour quelqu'un dans son état d'ébriété.

-Je… Je ne veux pas, sanglota la jeune fille, tout en se maudissant de se montrer si faible.

°oO Quand j'étais un garçon, je ne pleurais pas ainsi, pour un rien ! Je donnerais n'importe quoi pour redevenir Harry Potter ! Oo°

Snape lâcha ses cheveux et elle glissa sans force sur le sol, où des sanglots continuèrent à la secouer.

-S'il… S'il vous plaît…

Snape l'observait avec une satisfaction malsaine d'ivrogne, elle en était consciente, mais elle ne voulait plus qu'une chose : qu'il s'en aille. Peu importe qu'elle doive le supplier pour cela !

-T… Tu crois qu.. que je sais pas pourquoi tu veux pas éfouser… épouser Draco, hein ? Tu crois ça ?

Et le professeur éclata de rire tandis que son pied atterrissait dans les côtes de l'adolescente.

-Je suis sur qu'avec t.. ton ptepi… petit cœur de gryffondor tu veux faire un m.. mariage d'amour !

Un nouveau coup de pied atteignit Rébecca.

-J… Je vais te dire un se… secret, ignomo… imogni… chose ! Ca n'arriv… arrivera jamais, pa… parche que personne p.. peut t'aimer !

Roulée en boule , Rébecca ne tentait plus d'échapper aux coups. Seules ses épaules secouées de sanglots bougeaient.

-Regarde, moi, par ex… exemple ! Je suis ton p… père et je te hais. V… Voldemort te hait. Draco aussi. Ja… James Potter, s'il avait su la vérité, t… tu crois qu'il t'au… t'aurait acceptée ? Et ton ch.. cher parrain ? J.. Jamais ! Même ta mère ne t'aimait pas !

L'adolescente secoue la tête en gémissant et Snape rit.

-Tu ne me c… crois pas ? Elle l'a écr… écrit dans la lettre qu'elle a env… envoyé à Dumdlobo… Doblombo… Machin-chose ! C'est p… pour ça qu'il a p… pas voulu que t… tu la lises, qu… quand tu lui as demandé ! «Je le hais, Je les hais, lui et Harry. Voilà… Je l'ai enfin avoué… J'ai essayé, Albus, vraiment essayé d'aimer Harry comme il le mérite. Après tout, il n'a pas à payer mes erreurs, mais c'est au-dessus de mes forces. Chaque fois que je le revois, je vois Snape. »

Snape avait réussi à prononcer la phrase sans trébucher sur les mots, un exploit dans son état. Puis il minauda :

« P… Pauvre Ha… Harry ! Personne ne l'ai.. l'aimeuh ! Per… Personne ne peut l'ai… aimer, parche qu'il … qu'il est un m… monstre et qu'… qu'il tue t.. tout ceux qui essaient ! »

Puis il éclata de rire, et, après un dernier coup de pied, s'en alla.