Chapitre 9 : Is it the wind?
Roux, les cheveux tournoyaient, flamboyaient, s'enflammaient, dansaient au gré du vent. Et c'est toute la silhouette qui se déroulaitt, qui prenait feu, qui menaçait de se transformer en cendres. Il sentait en lui la peur, l'inquiétude… Ces flammes qui allaient la dévorer… allaient-elles aussi le toucher ? Il aurait voulu courir vers Rébecca, éteindre les flammes, mais il restait là, sans bouger. Et soudain ses yeux croisaient les siens et elle éclatait d'un rire hystérique. Figé, il la regardait brûler, priant pour qu'elle se taise enfin. Et enfin elle disparaissait, dans un soudain flamboiement, ne laissant qu'un peu de cendres que des poussins venaient picorer. L'un d'eux, vêtu d'un tablier, se tournait vers lui avec un sourire et l'interpellait :
« Viens, c'est délicieux ! »
Le rouge des pupilles de l'oiseau l'engloba, dans un rugissement, et Draco Malfoy se réveilla, en sursaut. Haletant, il se laissa retomber sur le matelas, repoussant les couvertures qui le recouvraient, à la recherche d'un peu de fraîcheur, tandis que ses pensées suivaient les broderies du baldaquin qui le surplombait, s'emmêlant, pour dessiner un motif qu'il ne parvenait pas à distinguer. Les couleurs se mélangeaient, il se perdait dans une tapisserie plus grande que ce qu'il pouvait jamais espérer créer.
Son souffle, lourd, précipité, déchirait le silence du dortoir qu'il partageait avec Goyle, Crabbe et Zabini. Le temps s'écoulait, avec la lenteur caractéristique des questionnements, la lassitude des insomnies. Cinq heure du matin lui indiquait le sortilège de tempus, deux longues heures encore avant que ne sonne son réveil, cent vingt minutes qu'il allait voler à Morphée. Avec un soupir qui en disait long sur la joie qu'il tirait de cette décision, il se leva, sachant pertinemment qu'il ne parviendrait pas à trouver le repos, seul, avec trop d'interrogations et de colère en lui. Autant déjà se préparer, réviser pour cette deuxième journée de cours. La veille s'était révélée éprouvante pour ses nerfs, entre les gryffondors, plus agressifs que jamais et sa fiancée, méprisante, dédaigneuse, assez pour qu'il ait eu à plusieurs reprises l'envie d'engager un duel avec elle, de la réduire au silence… Ou justement, de l'obliger à exprimer à voix haute et clairement ce qu'elle ne faisait que sous-entendre…
Se levant, il passa une main dans les mèches blondes de sa chevelure, pour éclaircir ses pensées, avant d'enfiler un T-shirt pour dissimuler son torse nu. Décidé à attendre l'aube dans la salle commune, un livre à la main, il sursauta en sentant une paume chaude se poser sur son épaule, puis se détendit. A quoi bon se retourner ? Il savait qui se trouvait ainsi dans son dos, qui pouvait percevoir ses états d'âme… qui était capable d'une telle proposition, simple, comme naturelle. Le jeune homme se laissa aller contre le corps sombre de son ami, laissant ses bras noueux l'entourer, l'emporter, loin, très loin, vers un lit, vers l'oubli momentané.
°oOo°
Elle avait le sentiment d'être une harpe, un instrument aux cordes trop tendues, dont on ne pouvait tirer que des sons discordants : et elle vibrait d'inquiétude, la peur au ventre, alliée à la colère, sous la maîtrise du musicien qui la manipulait. Premier cours de potion. Snape jouait à perfection son rôle : froid, sévère, maître de lui et de sa classe, indifférent à la présence d'une jeune fille partageant son nom, laissant les autres participants au cours se perdre en conjonctures, soufflant le chaud et le froid, lui accordant de temps à autres un regard insistant, l'ignorant ensuite de longues minutes.
Ni Héra ni Emily ne participaient au cours. De son dortoir, seule Daphné Greengrass avait eu les notes nécessaires pour y être acceptée, et c'est sa table qu'elle partageait, maudissant le professeur et ses manigances : elle n'avait pas le niveau requis, pourtant elle se retrouvait à suivre ce cours, concentrée sur son corps, sur sa leçon. Couper les racines, sans trembler. Echanger quelques mots avec la blonde à ses côtés, d'un ton naturel. Vérifier qu'elle n'oubliait aucune étape de la préparation de la potion, et, surtout, ignorer la silhouette sombre de son géniteur qui parcourait la salle, jetant regards et remarques acides aux élèves.
Ignorer aussi son fiancé qui ne semblait plus ni la voir ni supporter sa présence… Non pas qu'elle ait envie ou besoin qu'il le fasse, qu'il la rejette ainsi la réjouissait ! mais entremêlée à la menace qu'il représentait il y avait cette étrange constatation qu'il avait tenté de la protéger contre son père, alors que jamais elle n'aurait pu lui prêter la moindre considération pour les autres. Il devait avoir un but caché, évidemment, elle n'était pas dupe une seconde de sa comédie. Et elle avait bien entendu refusé ce mensonge, l'avait repoussé.. qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Mais seule, face au regard neutre du professeur, elle ne savait que trop bien ce qu'il dissimulait.
« Il vous reste 15 minutes pour terminer cette potion. »
Lèvres pincées, Daphné lui jeta un regard lourd de reproches : il leur restait trois étapes, dont l'une comprenant 8 minutes de pause. Détournant les yeux, la rousse haussa les épaules sous la critique. Elle avait ralenti leur groupe, elle en était consciente Sa seule satisfaction, à ce point, était la couleur de la mixture bouillonnante : vert tendre, peut-être un peu trop laiteux, mais proche de ce qui était attendu à ce moment de la préparation.
D'un geste fluide, sa compagne déversa les rondelles de tige d'aconit dans la potion, alors qu'elle mélangeait le liquide selon un schéma pré établi : deux tours vers la gauche, un à droite, un à gauche, un demi tour vers la droite. Lorsqu'elle le faisait, tout semblait si naturel… Rébecca, elle en était certaine, aurait été incapable de ne pas à un moment ou un autre, se tromper. Cessant de fixer les mains élégantes de Daphné, elle poursuivit sa tâche actuelle : écraser une queue de lézard de feu, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que poussière, avant de la verser, pincée par pincée, tandis que Daphné continuait à mélanger la potion, sans relâche, la nuque tendue, concentrée sur sa tâche.
« BRAOUUUUUUUM »
Par réflexe, Rébecca se jeta sous son banc, imitée par le reste de la classe, alors qu'un magma bleu explosait et retapissant les murs les plus proches. Le silence régna quelques secondes, avant que le professeur ne réagisse :
« une faute digne de Longdubas ! Comment avez-vous pu faire une telle erreur ! Malfoy ! Nott ! »
Peu à peu les élèves osaient quitter leur abri, se redressant et jetant aux deux coupables des regards qui allaient de la moquerie à l'empathie face à ce qu'ils affrontaient en silence. Ils se remirent tous au travail, en silence, plus concentrés encore qu'auparavant, jetant discrètement un œil sur les deux élèves qui nettoyaient leurs dégâts, avec des gestes nerveux, tendus, qui dissimulaient mal leur colère mutuelle. D!s que la leçon se termina, Malfoy sortit, à grandes foulées, laissant tout le loisir à son partenaire de se plaindre de l'humeur insupportable du blond.
°oOo°
D'un geste précis, Rébecca obligeait une mèche rétive à rejoindre le chignon qui emprisonnait ses cheveux, l'épinglant, tout en contemplant son reflet peu amène. La tension de la journée s'inscrivait sur ses traits, assombrissant ses paupières et ses tempes, pinçant ses traits… Après le cours de potion, il y avait eu une heure de pause où elle s'était réfugiée à la bibliothèque, heureuse de se retrouver seule, dans une atmosphère calme, presque douillette. Puis à la fin de cette heure, elle avait participé au cours de défense contre les forces du mal, avec quelques serpentards et un bon nombre de gryffondors. Héra et Emily avaient contribué à alléger l'atmosphère, mais malgré leurs conseils, elle n'avait pu détourner son attention de l'agressivité qui régnait entre les deux maisons. En sous nombre, les vert et argent étaient tendus, prêt à répondre à la plus légère provocation. Comment ignorer l'antagonisme si présent dans la pièce ?
Leur nouveau professeur, Madame Nails une femme d'une cinquantaine d'année à la chevelure clairsemée et aux yeux porcins y semblait, elle, totalement indifférente, alors qu'elle leur détaillait ce qu'elle attendait d'eux. Rebecca pouvait presque entendre la voix d'Hermione lui conseillant d'écouter avec attention cette partie de la leçon, lui soufflant qu'il était crucial de connaître les attentes de leur enseignant. Elle pouvait imaginer la façon dont Ron hausserait les yeux au ciel, le coup de coude qu'il recevrait de la brune. Il lui suffisait de fermer les yeux pour que la scène se déroule devant elle… Et la morsure dans son cœur ne diminuait pas.
Elle n'écoutait pas le professeur, les yeux perdus dans ses rêveries, mais personne ne lui en faisait la remarque. Puis le professeur avait organisé une série de duels pour juger du niveau de ses étudiants. Un simple petrificus avait réussi à battre Héra, qui lui avait tiré la langue avec bonne humeur, puis elle avait du faire face à Neville. Leur combat avait duré un peu plus longtemps, sous le regard aiguisé de Nails qui prenait des notes à toute allure. Neville parvint à le toucher avec un impemidenta, au moment où il lançait un sort qui sembla sans effet… Jusqu'à ce que le gryffondor ne tombe sur le sol, les lacets de ses deux chaussures noués ensemble. Le professeur avait annoncé la fin du cours alors que Neville se redressait, lui jetant un regard ombrageux et que Ron, lui, s'approchait à grands pas, visiblement furieux. Un sort discret le réduisit au silence et Emily l'attrapa par le coude pour la pousser hors de la salle de cours, avant de lui murmurer d'être prudente face à Weasley.
« Il n'a pas besoin de grand chose pour s'estimer dans le droit de nous attaquer, nous, les serpentards. Reste éloignée de lui si tu veux éviter les ennuis. »
Puis Ron, en la voyant lui échapper, s'en était pris aux serpentards en général, à leurs ruses, à leur perfidie, faisant plus que sous-entendre qu'ils étaient tous de futurs mangemorts. Elle était trop loin pour saisir l'échange, mais elle reconnut la voix de Malfoy qui lui ré à présent, face au miroir des toilettes, elle se remémorait le visage haineux, malveillant de son ami, et celui d'Hermione, qui le regardait, visiblement perdue, hésitant à voix de Héra la ramena brusquement à la réalité :
« Comment parviens-tu à toujours avoir une coiffure impeccable ? »
La jeune fille lui jetait un regard envieux, et poursuivit :
« Bon, le chignon, c'est un peu formel et démodé, mais malgré tout… Comment fais-tu ? »
Rebecca eut un mince sourire, tout en se détournant du miroir.
« C'est le but de la coiffure, sembler ridiculement surannée… Pour le reste… je mélange les moyens moldus et sorciers pour être certaine du résultat. Je te montrerai un ou deux trucs si tu veux. »
Irréelle, cette situation dépassait totalement l'entendement. Comment était-il possible qu'elle se retrouve à partager des conseils esthétiques avec une serpentarde alors qu'à peine un mois auparavant elle était Harry Potter ? Comment pouvait-elle réussir à dissimuler son passé, son identité, alors qu'elle habitait ce corps étranger? ET comment pouvaient-ils tous se laisser prendre à cette duperie? Une ombre passa sur ses traits, qu'elle s'efforça de chasser d'un sourire.
« Mon père ne me laisse pas le choix, il faut qu'à tout moment je sois … la parfaite jeune fille de sang-pur. »
« Alors c'est vrai ? Le professeur Snape est ton père ? »
« Il paraît. »
Cette réponse neutre avait arrondit les yeux de l'interrogatrice qui la dévisageait comme si elle sortait d'une autre dimension.
« J'avais parié que tu étais sa nièce… J'aurais mis ma main à couper que jamais il ne se serait marié ! »
Les yeux noirs de Rébecca se plantèrent dans son regard insouciant, alors que la réponse fusait.
« Il ne s'est jamais marié. Je suis une bâtarde, c'est bien le mot, non? »
°oOo°
La nuit était tombée sur Poudlard et la salle commune des serpentards. Assise dans un fauteuil de velours vert feuille, Héra tapotait le bout de sa plume contre ses lèvres, avant d'écrire quelques mots, puis de s'arrêter aussitôt. Elle avait évoqué la rentrée mouvementée, l'hostilité décuplée des gryffondors, née de l'absence de leur petit héros, de leur cher Harry Potter. Elle donnait quelques nouvelles d'autres élèves de sa maison, se plaignant de l'humeur détestable de Théodore Nott et du silence renfrogné de Draco Malfoy qui parvenaient à jeter sur toute leur maison une ambiance lugubre.
Entre deux anecdotes de cette rentrée, elle aborda l'arrivée inattendue de la fille de Snape, notant avec amusement que la jeune fille était par moments aussi lugubre que son fiancé et semblait encore trop intimidée pour se mêler aux autres élèves. Bien entendu, elle l'aiderait à s'intégrer, comme toujours. Elle n'était pas le clown de serpentard pour rien, après tout !
Fermant les yeux, elle réfléchit : qu'ajouter d'autre ? Elle n'avait encore que peu de chose sà raconter. Terminant sa lettre sur un « j'espère que vous allez tous bien, j'attends de vos nouvelles. » elle ferma le parchemin, y imposa un cachet de cire et la rangea, pour l'envoyer le lendemain à l'aube. Puis son regard se promena sur les quelques élèves qui n'étaient pas encore couchés et s'occupaient, lisant, partageant un jeu d'échec ou une discussion amicale.
Les premières semaines de la rentrée, la salle commune se vidait toujours tôt, les élèves ayant souvent du mal à s'adapter à l'horaire strict imposé par l'école. Finies les grasse matinées, les heures passées à paresser, sans but précis. Avec un bâillement étouffé, elle se releva et se dirigea vers son dortoir où elle rejoignit les trois autres silhouettes endormies. Jetant un regard pensif sur le lit de Rébecca, elle la contempla en silence un moment, avant de se changer et de se blottir sous sa couette, se laissant glisser dans les bras de Morphée.
°oOo°
Il arrivait à Draco Malfoy de laisser son regard se poser sur sa fiancée, alors que personne ne le remarquait. Il la détaillait : toujours une coiffure stricte, à outrance, avec une épingle, un élastique, une fleur, discrète, du côté droit, signalant l'emprise de la raison sur son ceur. Il était le seul à comprendre le message qu'elle lui transmettait. Oh bien entendu, il savait très bien que l'austérité même de ses coiffures, dont pas un seul cheveux ne s'échappait, était une pointe ironique qui lui était destiné : « Regarde comme tu m'emprisonnes. Regarde comme tu n'as de moi que cette façade lisse. Regarde comme seule la raison me pousse à accepter le carcan que tu m'imposes. » Moquerie à peine voilée dans toute son attitude, dédain, que tous percevaient, même les gryffondors, puisque jamais elle ne lui adressait la parole, ou même un simple regard qui ne soit teinté de mépris, de dégoût.
Les jours passaient, sans qu'ils échangent le moindre mot et les moqueries ne se privaient pas de s'installer dans l'école, au sujet de ces deux fiancés qui ne se supportaient pas. Tous les deux faisaient semblant de les ignorer, mais il avait pu percevoir de temps à autre l'ombre d'un rictus satisfait sur les lèvres de la rousse, comme si la situation méritait qu'elle s'en réjouisse. Et il ne doutait pas une seconde qu'elle ne tire une profonde satisfaction de la situation. Il la découvrait ainsi, mesquine, sans surprise. Son père appartenait à la même race, a ces gens dont le bonheur réside dans le mal qu'ils peuvent infliger aux autres.
Tous les membres de la maison semblaient avoir compris partiellement ce qui se tramait entre eux, la réticence qu'il avait eue à se fiancer et la distance moqueuse, glaciale, qu'elle imposait. Les murmures amusés, étonnés, sur son passage, les regards en coin, tout cela ne lui avait pas échappé. Comment pouvait-il accepter son attitude? Combien de temps mettrait-il avait de l'obliger à rentrer dans le rang, avant de lui arracher sa prétention, de lui apprendre son nouveau rôle de fiancée du plus riche héritier d'Angleterre? Personne ne lui adressait à voix haute de pareilles demandes, évidemment, mais il connaissait trop bien ses condisciples pour ne pas les deviner. Il quitta le cours de sortilèges sous le regard amusé de Daphné Greengrass, d'un pas pressé, décidé à oublier ses soucis sur le terrain de Quidditch de l'école : rien de tel qu'un vol sur un balai pour éclaircir des idées trop moroses.
« Alors, on fait moins la fière, hein ? »
Avec un haussement d'épaule, il s'apprêtait à poursuivre son chemin lorsque uen voix retint son attention :
« Dégagez, tous les quatre, si vous tenez à votre peau. »
Un rire connu lui répondit, titillant un peu plus sa curiosité. Crabbe. Crabbe allié à Weasley contre la fille de Snape ? Et qui encore ? Faisant demi-tour, il jeta un œil dans un couloir sombre. Adossée à un mur, sa future épouse défiait du regard le groupe de ses assaillants. Elle pointait sa baguette sur une fille de gryffondor, une pauvre écervelée dont jamais il ne s'était soucié de retenir le prénom. Une troisième silhouette était à moitié dissimulée par la silhouette grotesque de Weasley. Devait-il intervenir ? Non. Non, bien entendu. Mâchoire serrée, il pivota et s'éloigna. Il voulait voler, sentir le vent contre son visage, l'air piquant de cette journée brumeuse lui fouetter le corps et détruire l'arrangement si ordonné de sa chevelure.
