NdA : un chapitre principalement tourné vers Draco et Rébecca. Bonne lecture.
Chapitre 10 : Where will you go
Tout d'abord, il y avait le vent, dans ses cheveux, sur son visage. Les bourrasques qui s'engouffraient dans ses vêtements, les gonflaient, les plaquaient à lui. Puis il y avait la pluie, fouettant son corps solitaire, qui volait sur le terrain de Quidditch… Les larmes du ciel ne suffisaient pas à l'aveugler, à lui camoufler le vif d'or… Et encore moins à effacer les images qui dansaient, derrière ses paupières, au-delà de ses iris, et qui se moquaient de lui, refusant d'obéir à sa volonté, de s'en aller : Rébecca, enveloppée par les flammes. Rébecca, seule, face à ses assaillants. Rébecca roulée en boule, sur le sol, en larmes. Rébecca blessée… nappée de rouge. Aux images que créaient son imagination se superposait le souvenir de son état lorsqu'il l'avait retrouvée chez Snape, menaçant de lui retourner l'estomac. Et il priait…
Vents… Emportez les images.
Pluie… lave mes yeux.
Bourrasques, arrachez ma conscience.
Frissons… pénétrez en moi…
Froid… congèle-moi… que je ne sente rien.
Ses doigts se refermaient sur la balle dorée qui battait frénétiquement des ailes… et presque aussitôt ils s'ouvraient, libéraient le vif… Draco Malfoy, trempé, se lançait à sa poursuite, tentant d'abandonner dans sa course trop de soucis, d'inquiétudes et de blessures.
°oOo°
La lourde silhouette de Crabbe. Ron, grand, efflanqué…Lavande et son sourire figé, cruel. Et là, dans l'ombre, la silhouette imprécise. Etait-il anormal, étrange, qu'elle ait envie de sourire en les voyant unis contre elle ? Oh un sourire amer, bien entendu, la joie était trop loin, enfouie en elle, trop bien cachée, pour qu'elle puisse la trouver, la saisir et la laisser grandir en elle. Et puis, il n'y avait pas de raison. Son meilleur ami, et deux connaissances se retournaient contre elle : il avait suffit d'une autre apparence, d'un autre nom.
Le sourire naquit, sur ses lèvres, en les écoutant, avant qu'elle ne leur conseille de s'en aller. Elle n'avait aucune envie de confrontation : se battre contre Ron ? Ou Lavande ? La rousse n'en avait pas la force, ni l'envie de rassembler l'énergie nécessaire. Avec un soupir, elle fit quelques pas de côté et se remit en marche, pour se trouver face à Crabbe qui la regardait d'un œil mauvais. Que faisait-il là, lui ? D'où était née cette alliance inattendue contre elle ?
« Laissez-moi passer. »
Sa voix était froide, inexpressive, tandis que dans sa poche ses doigts se resserraient sur sa baguette magique. Silencieuse, elle formulait le vœu qu'ils lui cèdent le passage, souhait qui partit en éclat au moment où des étoiles de douleurs explosèrent dans son épaule gauche. Se retournant, baguette magique levée, elle se retrouva face au sourire glacé de Lavande.
« Oups… Je crois que j'ai blessé Mini Snape… »
Le rire de Ron retentit, dépourvu de la moindre chaleur, comme si le surnom que venait de lui attribuer la blonde était amusant, drôle, comme si la situation valait des rires. Et Rébecca ferma les yeux un instant, avant d'envoyer son coude dans l'estomac de Crabbe qui s'était approché dans son dos, se croyant sans doute silencieux. Se retournant, elle lui saisit le poignet et lui arracha sa baguette magique, la jetant au loin.
Une incantation retentit dans son dos. Elle n'eut que le temps de faire un pas de côté avant de la voir passer devant elle et frapper le serpentard qui se figea aussitôt. Pivotant sur ses talons, Rébecca jeta un regard à Ron et Lavande, puis à la silhouette sombre, dans un coin du couloir, qui observait la scène depuis le début, sans qu'elle soit parvenue à distinguer ses traits. Les menaçant de sa baguette magique, elle s'écarta d'eux de quelques pas, quelques mètres, avant de s'engouffrer dans un autre couloir et de courir, ne s'arrêtant que pour élever un bouclier contre le sortilège que lui lançait Ron.
Les couloirs se succédaient sous ses pieds, alors qu'elle courait, mettant autant de distance entre Ron et elle que possible. Pouvait-elle abandonner cette scène derrière elle, l'oublier, si elle allait assez vite ? Y parviendrait-elle ? Si elle était assez rapide, les images resteraient-elle derrière ? Oublierait-elle ? Quittant la lourdeur caverneuse de l'école, la jeune sorcière poussa les portes de l'école, et continua à courir, suivant la pente douce qui menait au lac. Elle ne sentait plus ses jambes, qui ne courraient plus que par habitude, parce qu'elle ne leur demandait pas d'arrêter, et son souffle rauque se pressait contre ses lèvres, tandis qu'une main calleuse semblait enserrer sa gorge. Plus loin, encore plus loin… jusque cette ligne, là, où pluie et brume faisaient se confondre ciel et terre. Là où son cœur exploserait, dispersant sa vie et sa noirceur: Snape… son père. Et les coups. Malfoy… son fiancé. Et le mépris. Serpentard. Et la méfiance. Ron… la haine. Hermione… l'absence. Le vide, là, au creux du ventre, qui rongeait tout son être.
Courir.
°oOo°
Encore un ournant, une épingle à cheveux… Puis une course contre lui même : Draco Malfoy en était capable… n'est-ce pas ? Malgré le froid, l'épuisement.
Il fallait avouer. Abandonner. Il avait déjà accepté trop longtemps la douleur qui s'était logée dans ses muscles crispés. Mieux, il s'y était lové avec un bonheur effrayant, avec cette sensation de justice, d'accomplissement : enfin! Mais il avait commencé à trembler, la fatigue l'assaillant, le froid rampant en lui, pour atteindre ses os. Alors il avait su que le combat tirait à sa fin, et qu'il avait perdu : comme tous les autres affrontements qu'il avait connu. Et la boule, là, dans la gorge, s'épaississait. Alors il avait cessé de hurler en silence. Il avait fermé les yeux, suspendu dans les airs… il avait attendu que le vent apaise la tempête en lui. Il était passé maître de cet art : un Malfoy se contrôle, toujours.
Et le silence l'avait gagné. Draco avait alors ouvert les yeux, fixant de l'argent de ses iris la grisaille alentour. Il ne se sentait pas calme, non, ni apaisé… Juste vidé. Indifférent. Ni heureux, ni joyeux… Vide. Creux. Avec, au fond du gouffre, quelque chose qui s'agitait, se débattait… faiblement. Sans bruit. Sans remous. Il ne savait même plus pourquoi il avait eu ce besoin, cette nécessité de fuir son existence pour quelques minutes…
Son regard se posa sur une silhouette qui courait, courait… sans sembler vouloir s'arrêter, sans sembler se fatiguer. La pluie malmenait la jeune fille, qui ne semblait ne pas s'en soucier. Quelques mèches sombres échappaient à une coiffure qui avait du être stricte, et, brusquement, il sut qu'il s'agissait de sa fiancée : comme prévu, la jeune fille s'était sortie sans mal de la confrontation avec les autres élèves. Oh, bien sûr, il ne s'était pas inquiété ; elle aurait pu être blessée, cela ne lui importait guère. Il n'avait pour elle aucun attachement, d'aucune sorte, si ce n'étaient des fiançailles forcées.
Ses pensées s'orientèrent alors vers celui qui était à la source de cette situation : le Seigneur des Ténèbres, qui lui avait fait l'honneur de le distinguer entre tous… de le choisir pour créer un nouvel ordre, un nouveau monde, en le liant à une jeune fille de sang-pur, fille de l'un de ses serviteurs. Pourquoi ? Comment ? Et cet honneur… parviendrait-il un jour à s'en réjouir ? Il avait eu d'autres plans, d'autres projets… des rêves différents. Mais c'était à son maître qu'il se devait de les sacrifier. Parce que le Seigneur des Ténèbres passait avant tout, avant même son idéalisme personnel. Peut-être était-ce le meilleur moyen de servir ? Etouffer ses rêves, ne pas faire de projets pour, à chaque instant, être disponible. En était-il capable ? Logique, maîtresse apparente des décisions… était-il capable de toujours vivre sous son joug unique ?
Les yeux gris se posèrent à nouveau sur la silhouette solitaire qui, se moquant du temps, courait encore, suivant les rives du lac, à une allure réduite. Il hésita un moment, puis, avec la lenteur de l'ennui, il dirigea son balai vers elle. Elle marchait à présent, d'un pas rapide, pressé… furieux, qui contrastait avec le calme qui l'habitait, lui. Il ne savait si la situation était assez amusante pour expliquer son comportement, mais il la suivait, à quelques mètres de distance, observant comment la pluie assombrissait sa chevelure dont quelques mèches échappaient à l'ordre strict qu'elle leur imposait. Elle n'avait pas ressenti sa présence, il se contentait de la suivre, quelques mètres au dessus d'elle, silencieux, comme une ombre, et de l'observer. Elle portait régulièrement la main à l'épaule gauche, comme pour apaiser une douleur. Ainsi donc elle n'était pas ressortie indemne de sa rencontre ? Qu'importait… Elle avait l'habitude des coups, non ? Elle se moquait d'en recevoir, ou de se placer dans une situation dangereuse, elle l'avait prouvé. Il n'y avait qu'à elle-même qu'elle pouvait s'en prendre, si elle souffrait. Il ne s'en voulait pas.
°oOo°
Agenouillé sur le froid dallage du manoir des Riddle, Lucius Malfoy, tête baissée, attendait la permission de son maître pour se relever. Son regard se perdait dans les minces irrégularités de la pierre noire du sol, une mèche blonde échappait à la trop stricte ordonnance de sa coiffure pour pointer vers le sol. A sa droite, Severus était dans la même position, alors que le regard reptilien les écrasait de déplaisir. Le silence se prolongeait, s'approfondissait. Maître de l'art de la manipulation, Voldemort attendait, laissait la nervosité s'installer et monter peu à peu, se nicher en eux. Le blond jeta un regard de côté, observant à la dérobée son ancien ami : impassible, celui-ci attendait. L'aristocrate se demanda si leurs pensées en cet instant suivaient le même cours.
S'ils étaient réunis aujourd'hui, cela ne pouvait avoir trait qu'à une seule raison : Rébecca Snape, dont Lucius était devenu le gardien légal récemment. Il avait agi sans en référer au Seigneur des Ténèbres et savait quelle en serait la conséquence : inévitable, la punition les attendait, épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes à tous deux. Enfin, brisant la tension ambiante, la voix glaciale s'éleva. Rester impassible. Ne manifester ni crainte, ni inquiétude.
« J'ai appris une nouvelle inattendue, mes fidèles mangemorts, une information vous concernant tous deux, qu'aucun de vous n'a jugé bon de vous transmettre. »
A nouveau, le silence étouffant. Ils ont acquis assez de sagesse, d'expérience pour savoir quand se taire.
« Mademoiselle Snape serait à présent non plus sous la garde de son père, mais sous celle d'un presque inconnu, le géniteur de son fiancé. Pourrais-tu m'expliquer cet étrange phénomène, Lucius ? »
Ne pas lever les yeux, et expliquer, calmement :
« Je ne peux permettre que ma future belle-fille soit maltraitée, ou qu'elle meure avant son mariage parce que son père a poussé trop loin l'une de ses corrections. Je m'excuse, Maître, j'aurais dû vous prévenir avant d'entreprendre une action légale.»
La réaction ne se fit pas attendre : la douleur embrasa le corps de l'aristocrate, cruelle et flamboyante. Entre deux brasiers de souffrance, Lucius s'attacha à écouter ce qui se disait entre le Seigneur des Ténèbres et son autre serviteur.
« … enfant… sang purs précieux… Mes plans… »
Puis le corps de Severus se tordit sur le sol, et Lucius ne sut dire si les gémissements qu'il entendait lui appartenaient ou non.
°oOo°
Le parc de Poudlard semblait infini à Rébecca. La pluie martelait le sol, ses épaules, une partie de son dos, ruisselait le long de ses cheveux, de son front, glissait le long de son nez. Ses jambes ne courraient plus et son esprit, confiné dans son corps, s'était lui aussi épuisé. Le tambour de l'eau sur le sol en venait même par sa violence à assourdir ses pensées et lorsqu'elle trouva sur son chemin un arbre touffu, elle s'y réfugia, le souffle court avant de se laisser glisser au pied de son tronc, là où le feuillage était assez épais et le sol sec.
Elle passa une main dans sa chevelure détrempée, en tira une mèche rousse humide, qu'elle fit tourner entre ses doigts. De son regard sombre, elle fixait avec une fascination passive qui tenait de la transe le jeu de ses doigts mêlés aux fils roux de sa tignasse. Le monde se limitait à ces mouvements et aux lambeaux de pensées qui naissaient en elle, pour aussitôt s'évaporer. La présence qui s'avançait derrière elle… elle la ressentait, oui, mais ne s'en préoccupait pas. Il y avait quelque chose de connu en elle. De familier. La menace lui indifférait.
Malfoy s'installa derrière elle, en silence. Le dos de la jeune fille se raidit, mais elle ne fit aucun mouvement pour reconnaître la compagnie du jeune homme. Pas la moindre torsion du cou, pour le regarder, pas plus que de mouvement de recul lorsque les mains élégantes effleurèrent sa nuque pour aller retirer de sa chevelure les épingles qui tentaient d'en retenir la débâcle. Mèche par mèche, elle sentait l'épave qui avait été son chignon céder devant l'habilité curieuse des doigts manucurés. Muette, lèvres serrées, elle le laissait faire.
°oOo°
Que faisait-il là, à côté de cette fille qu'il abhorrait ? A démêler de ses mains frigorifiées les ruines d'une coiffure trop sophistiquée, sans un mot, alors qu'il n'avait qu'une envie : refermer ses doigts sur la tige blanche du cou et serrer ? L'auburn de la chevelure ruisselante tranchait sur la pâleur de la gorge que chaque nouvelle mèche libérée venait camoufler un peu plus. Briser l'arrogant port de tête qui tentait de nier sa présence alors même qu'il la touchait.
Pour chasser cette fantaisie, il s'appliquait à retirer une à une les épingles dissimulées dans le roux, puis à dérouler le cuivre emprisonné, à le désemmêler. Avec lenteur, application, avant de le laisser retomber et dissimuler l'ivoire. Ne penser à rien d'autre, comme, lorsque, enfant, il se plongeait dans un puzzle ou la construction d'un château de cartes. La pluie continuait à tomber, en cascade, tout autour d'eux qui profitaient de la protection du feuillage : une grosse goutte tombait bien paresseusement sur eux, de temps à autre, après avoir glissé de feuille en feuille, de branche en branche, mais ils l'ignoraient. Ne pas étrangler l'insolente, la libre, la froide. Même si elle restait glacée impassible… si elle n'était qu'une statue de marbre indifférente, glacée sous ses doigts.
°oOo°
Pincer les lèvres. Contrôler sa respiration. Rester immobile, ne pas se retourner et le frapper, l'étrangler, le battre. Le tuer. Résister à l'envie qui lui chatouillait la gorge et voulait éclater en un rire moqueur. Draco Malfoy, agenouillé derrière Harry Potter, en train de dénouer ses cheveux, en silence, au milieu d'une averse. Aurait-il un jour pu imaginer pareille scène ? Qui l'aurait pu ? Qui n'aurait pas cédé à l'hilarité en tentant de se représenter un tel événement ? Qui ne serait pas devenu fou ? Se retrouver un jour fille ? Enfant bâtarde, non désirée, battue ? Ilaurait traité d'aliéné quiconque lui aurait prédit cette situation. Et Ron aurait éclaté de rire. Ron…
Etait-elle en colère ? Glacée ? désespérée ?… amusée ? Ce mélange diffus de sentiment méritait-il le nom d'indifférence, simplement parce qu'elle préférait le refouler, l'ignorer ?
Ne pas réfléchir, se contenter de ne pas bouger, alors que sur sa peau se posait l'effleurement discret des mains du blond. Tenter d'oublier qui était derrière elle. Ne se concentrer que sur la douceur des sensations, leur tromperie et l'étrange quiétude de cet instant surréel. Le poids de sa coiffure peu à peu se répandait sur ses épaules, jusqu'à ce qu'elle sache qu'il n'y avait plus aucune épingle qui retienne ses cheveux et que la dernière torsade se libère avec l'aide de Malfoy.
« Ils m'avaient promis que je choisirais mon épouse. »
La voix du blond était neutre, calme… appliquée, peut-être. Scolaire. Dénuée d'émotions. C'était un fait qu'il exposait, sans laisser sa voix trahir quoi que ce soit. Mais le seul besoin qu'il avait eu d'énoncer cette phrase le trahissait et Rébecca eut un sourire moqueur, teinté d'amertume. On ne lui avait pas demandé son avis ? Lui avait-on demandé le sien, avant de faire d'elle une fille ? Avant de faire d'elle l'enfant bâtarde de Snape ? Avant de la fiancer ? Ou de faire d'elle la pupille d'un mangemort ? Pauvre petit blond, sa vie était si difficile, on le fiançait de force !
« J'ai l'habitude de voir les décisions être prises pour moi. »
Quoi de plus vrai ?
°oOo°
Sa fiancée avait à présent la cape de ses cheveux sur le dos, encore humide, avec ici et là quelques reflets plus clairs, quelques boucles se formant. Il passait encore le bout des doigts le long de certaines d'entre elles : ces cheveux, un jour, et leur propriétaire, seraient siens, sans qu'il en ait jamais désiré faire l'acquisition. Paupières closes, il sentit, entendit les mots qu'il prononçait alors :
« Ils m'avaient promis que je choisirais mon épouse. »
Il retira la main qui frôlait une boucle rousse. Sa voix n'avait trahit aucun sentiment : ni joie, ni peine… Mais que pouvait-elle comprendre d'autre que son amertume ? De la rancœur, peut-être ? De la colère… Et la certitude qu'il n'aurait pas voulu d'elle sans cette obligation. C'était vrai, bien entendu… Il n'éprouvait aucune attirance pour elle, pour sa rousseur outrageante, pour son insolence. Mais il connaissait la susceptibilité féminine et ne tenait pas à compliquer les relations déjà si tendues qu'il avait avec Rebecca.
Il lui fallait trouver rapidement une phrase, mielleuse à souhait, pour contrebalancer l'influence désastreuse de ses derniers mots… sans être un mensonge trop éhonté, au risque de ne faire qu'empirer son cas…Mais comment ne pas paraître malhonnête, alors que les mots qu'il allait prononcer ne naissaient que de la nécessité d'apaiser sa fiancée ? Rébecca lui évita cette peine :
« J'ai l'habitude de voir les décisions être prises pour moi. »
Avait-il inventé la note d'humour mordant qu'il avait saisie dans ses paroles ? La moquerie, voilée derrière une insouciance feinte ? Il ne parvenait pas à lui en vouloir, pas vraiment, pas au delà de cette rancœur aigre qu'il avait déjà pour elle, de la voir si différente de ce qu'il aurait choisi lui-même, et de la voir refuser de se plier à ce qu'il aurait désiré. Ils auraient pu s'unir, se révolter, refuser ce destin qu'on leur traçait : il ne le faisait pas, parce que l'on ne dédaignait pas les demandes du Seigneur des Ténèbres. Mais elle ? Se taisait-elle par peur de son père ? Par résignation ? Elle en semblait avoir aucuen dévotion pour son Seigneur. Etait-ce parce qu'elle avait osé protester qu'il l'avait retrouvée couverte de sang, en ce jour qui ne quittait pas ses cauchemars ? Elle avait semblé s'ouvrir un peu face à Narcissa, mais avait regagné sa tour de verre, loin des passions mortelles. Et à présent… Elle n'affichait ses sentiments que par ses tenues, ses coiffures, que personne, si ce n'était Snape et lui, ne semblait capable de déchiffrer. Etait-ce là moquerie ou ne trouvait-elle que cet espace pour s'exprimer ?
« Je ne pense pas que nous ayons le choix. »
Ces mots qu'il avait prononcés flottèrent dans le silence, sans recevoir de réponse. Le blond s'adossa à l'érable qui leur offrait sa couverture et ferma les yeux. Le silence et sa chape de plomb les recouvrirent jusqu'à ce que la pluie diminue et que tous deux se lèvent. Sur son balai, Draco, gentilhomme, proposa à sa fiancée de la ramener à l'école. Sa proposition essuya un refus poli… tous deux se séparèrent.
°oOo°
Le cri effrayé d'Héra lorsqu'elle rejoignit leur dortoir faillit percer les tympans de Rébecca. Sous le regard hautain de Daphné, la rousse laissa sa condisciple la pousser sous la douche, tout en l'admonestant : était-elle folle pour sortir par un temps pareil ? Et pour qui se prenait-elle ? Une moldue ? Ou bien n'avait-elle simplement pas de cerveau pour ne pas songer à lancer un impervius sur ses vêtements ? Lorsqu'elle ressortit de la douche, enroulée dans une serviette moelleuse, un chocolat chaud l'attendait dans leurs dortoirs, tirant à la jeune fille un léger sourire et un remerciement. Les yeux clos, sirotant la boissant fumante, elle laissa les voix des deux jeunes filles présentes l'envelopper, la bercer.
