Et voici le chapitre 1 qui marque le début de cette histoire ! Bonne lecture !

- C'était génial ! Tout simplement génial ! Voilà des décennies que je n'avais pas assisté à une pièce de Shakespeare ! Enfin… peut-être moins, mais c'est toujours un régal, un pur régal ! s'enthousiasma le Docteur en sautant de joie sur le bord du trottoir.

Malheureusement pour lui, il ne prit pas garde à la neige, ni au givre qui recouvrait insidieusement le sol de béton, et glissa, perdit l'équilibre, pour atterrir en catastrophe sur son séant, le souffle coupé de surprise.

- Ouch !

- Ah oui, j'oubliais, nota Kate sans même se retourner, il y a eu du gel cette nuit… Bizarre non ?

- Merci de me prévenir…, grommela-t-il mauvais.

- Je vous en prie !

Le Docteur grimaça, massant son postérieur douloureux, puis se releva difficilement, non sans sentir de sourds craquements dans son dos… Arthrose, supposa-t-il dans un grognement. L'âge, quelle plaie ! Il s'empressa de revenir à sa hauteur et leva le nez en l'air, les sourcils froncés :

- Dérèglement climatique dus aux récents évènements, diagnostiqua-t-il alors dans un haussement d'épaules. La fin du monde, le voyage intergalactique, les daleks, tout ça…

- Oui, ça… ou bien le fait qu'on est début décembre.

- Oui peut-être…, admit-il non sans rechigne d'être ainsi contredit avec efficacité. Mais je préfère ma théorie. Il ne neige jamais naturellement à Londres, de toute évidence !

- Qu'avez-vous prévu pour la suite ? l'interrogea-t-elle alors avec un sourire complice.

- Quoi ? Quelle suite ?

- Vous savez : la suite. Vos voyages à l'autre bout de l'Univers, vos missions suicides, votre quête « peace and love » et vos amours inavoués !

- Oh…, réalisa-t-il le regard dans le vide –il n'avait jamais trop osé envisager l'avenir, ce dernier lui réservant trop de craintes…-. Je ne sais pas, j'imagine, que je vais continuer, comme toujours !

- Bah voyons ! soupira Kate dans une moue dédaigneuse.

Elle accéléra l'allure, comme vexée par l'idée qu'il ne l'abandonne déjà. Elle se souvenait sans ce mal de ce matin ensoleillé, où elle avait reprit connaissance, seule dans son canapé, destinée à mener une vie d'humaine bien rangée sur Terre. Le Docteur l'avait délaissée, jetée aux oubliettes, s'était éclipser sans se retourner, l'avait finalement oubliée. Bien sûr, après l'avoir insulté de tous les noms pendant trois jours, elle avait finit par comprendre son geste et s'était résolue à vivre la vie qu'il lui avait choisi. Du moins, jusqu'à aujourd'hui…

- Quoi ? s'interloqua-t-il au vu de son humeur soudainement assombrie.

- Non rien…

- Si ! Vous me cachez quelque chose !

- Je vous cache des tas de choses ! s'exclama-t-elle en faisant vivement volte-face.

- Ah bon ? s'étonna-t-il en manquant de peu de la percuter.

- Oui… enfin non, se ressaisit-elle gênée par sa frustration. C'est juste qu'il se passe des choses étranges à l'université.

- Quoi donc ?

- Eh bien les effectifs diminuent.

- N'est-ce pas normal que certains abandonnent ? Il s'agit d'une fac de lettres après tout, c'est loin d'être facile !

- Oui, mais… au début j'étais comme vous, je ne m'en inquiétais pas. Jusqu'à ce qu'une de mes amies, Catherine Granger, ne disparaisse elle aussi, du jour au lendemain, sans plus donner de nouvelles…

Le Docteur resta muet quelques secondes, reprit sa marche, laissant libre cours à sa réflexion, puis il se stoppa et se retourna vers elle, les mains dans les poches.

- En effet, c'est très étrange mon cher Watson… euh Wilson pardon –elle leva les yeux au ciel devant son piètre humour-. Toutefois j'admets qu'il y a quelque chose d'encore plus bizarre dans cette sombre affaire !

- Ah oui ?

- Vous vous êtes mariée ? s'exclama-t-il visiblement choqué.

- Oui, et alors ?

- Non, rien… je me demandais juste quel genre imbécile sur Terre pourrait vous épouser ? C'est comme vouloir boire de l'alcool à quatre-vingt-dix degrés : c'est humainement possible, mais on ne s'en remet pas !

- Hey ! s'offusqua-t-elle en lui donnant un coude rageur dans les côtes.

- Ouch !

Il sourit de toutes ses dents, ravi que cette petite pique eut l'effet escompté. Après avoir enduré toutes ses blagues de mauvais goûts, ses remarques désobligeantes, ses propos déplacés, ses remises en cause souvent justifiées, il prenait plaisir à lui renvoyer de temps à autres l'ascendeur. Oui, effectivement, il se sentait d'humeur taquine, et l'heure de l'amère vengeance venait tout juste de sonner.

- Comment s'appelle-t-il déjà ? demanda-t-il plus sérieusement.

- Votre nom ? reprit-elle alors tout aussi joueuse.

- Le Docteur.

- Nan ! Votre véritable nom !

- Ah non ! l'interrompit-il en levant un index capricieux. Ne recommencez pas ce jeu-là ! Je ne suis pas prêt à supporter tous les stupides noms d'oiseaux que vous pouvez me donner !

- Que voulez-vous ? Je suis une infatigable curieuse ! Et je finis toujours par savoir ce que je veux !

- Oui, et bien ce n'est pas la meilleure qualité au monde !

Kate piqua un fou rire, tandis qu'il la dévisageait, sceptique, avant de jeter un coup d'œil à sa tenue. S'était-il bavé dessus ? Avait-il dit quelque chose de fondamentalement stupide ?

- C'est vous qui osez dire cela ? se moqua-t-elle en ralentissant sa marche.

Il haussa les épaules et leva les yeux au ciel. Non, définitivement, il ne pourrait pas rivaliser avec son caractère fougueux et provocateur, elle avait bien trop d'entraînement ! Tante Jackie lui avait très –trop- bien enseigné les ficelles du métier !

Elle cessa de rire puis, se rapprochant lentement de sa personne, elle leva les bras et l'enlaça amicalement, avant de lui murmurer un timide, mais pas moins tendre :

- Bonne nuit Docteur.

Le Docteur se laissa faire, légèrement pris de cours par cette affection spontanée, puis la contempla alors qu'elle s'éloignait d'un pas pressé en direction de son immeuble, muet de surprise et déçu de ne pas avoir eu le cran de la retenir un peu plus longuement.

Elle disparut derrière la porte d'entrée, non sans lui adresser un dernier signe de la main. Il reconnut sans mal le bâtiment, ce bloc gris à proximité du centre ville où elle avait menacée de se défenestrer pour lui permettre de rester en compagnie de Rose. Tout lui revint en mémoire et il leva les yeux vers son étage, remarquant alors qu'une douce lumière émanait de son appartement.

Qui était donc là-haut ? Etait-ce son mari ? Cet inconnu dont il ne connaissait absolument rien et qui attendait le retour de sa femme, comme chaque soir ? Le Docteur se surprit à se poser de trop nombreuses questions à son sujet. Qui était-il ? A quoi ressemblait-il ? Etait-il jeune ? vieux ? Etait-il blond ? roux ? brun ? Avait-il du caractère ? Comment avait-il rencontré Kate ? Depuis quand l'avait-elle épousé ? Etait-ce par désespoir ? Ou après y avoir longuement réfléchi ? Homme de science ? Homme de lettre ? Raahhh ! Il détestait ne pas savoir ! Quoi de pire pour lui que d'errer en parfait inconnu ? D'être plongé dans le doute et l'ignorance !

- Tsssssst ! siffla-t-il entre ses dents en s'éloignant d'un pas grognon. Vous ne perdez rien pour attendre. Mais ne vous y méprenez pas Kate Wilson. Je saurais. Tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, j'aurais mes réponses.