Coucou tout le monde ! Ravie de vous retrouver ! Surtout Cécile dont la review très sympathique m'a redonné envie d'écrire la suite sans plus attendre. Ravie que cette histoire te plaise :) D'autre part, merci à Coralie qui reste toujours fidèle au poste (le Proviseur qui a un truc qui tourne pas rond… bizarre ?). Aller, je vous réserve un peu d'action pour la suite !
Bonne lecture !
- Bien mangé ? souffla-t-il à son oreille, un verre de bordeaux parfumé flottant entre ses doigts.
Kate se mordit la lèvre inférieure sous l'ivresse de cette promiscuité un peu trop sensuelle -ne réalisant pas à quel point le sujet de nourriture faisait acte de présence dans cette histoire sans queue ni tête- puis, faisant volte face vers son grand et svelte mari, ce doux personnage qu'elle n'aurait jamais jugé si attentionné et si affectueux au premier jour de leur rencontre, elle se hissa sur la pointe des pieds avant de déposer sur ses lèvres épicées un baiser vif et joueur.
- Ca peut aller… Pour quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds dans sa propre cuisine, je n'ai pas trop à me plaindre !
- Incroyable ! bougonna l'autre faussement vexé. Après un an de vie commune, tu ne peux toujours pas t'empêcher de te moquer de tout ce que je peux entreprendre !
- Que veux-tu ? sourit-elle mauvaise en le chatouillant du bout de l'index. C'est mon passe-temps favori que de t'embêter !
- Tu ne perds vraiment rien pour attendre…, lui glissa-t-il en l'attrapant un peu brusquement par la taille et en l'attirant vivement à lui, prêt à se venger de toutes les petites misères qu'elle lui occasionnait à longueur de journée…
Ils n'eurent malheureusement pas le loisir de poursuivre cet ébat hostile car le téléphone sonna soudainement, dans un vrombissement assourdissant et suraiguë, le tout accompagné de lumières clignotantes. Les vibrations étaient telles qu'il faillit s'écraser à terre, manquant de peu de passer par-dessus bord du petit plan de travail il où reposait habituellement en paix. La troisième sonnerie retentit et Kate se dégagea vivement de l'étreinte de son mari pour attraper le mobile à la volée.
- Allô ?
- Ici Parker Lewis, ton plus fidèle serviteur !
- Avec tout un lot de corrigés à la clé, tu peux bien être fidèle ! railla-t-elle dans une moue dédaigneuse.
- Certes…, lâcha le jeune homme un peu désappointé que sa séduction n'ait absolument aucun effet sur cette tête de mule froide et parfaitement insensible. Nous sommes prêts pour lui porter le coup de grâce. J'imaginais que tu aurais apprécié être présente à cet instant…
Apprécié ? Vous voulez rire ? Elle en rêvait toutes les nuits !
Kate ne s'attarda sur la question guère plus d'une demie seconde. Remporter le match face à son adversaire de toujours, le si célèbre Docteur inflexible ? Le réduire au rang de fanfaron burlesque et ajouter son grain de sel dans une remarque digne de Michel Audiard ? Aucune chance qu'elle ne manque un tel exploit ! Un sourire carnassier étira longuement son visage à l'éclat doux et trop malicieux tandis qu'elle détaillait son époux des pieds à la tête, puis elle déclara peu avant de raccrocher :
- J'arrive tout de suite.
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Le Proviseur sirotait tranquillement un café dans son bureau lorsque Nathalie Newick débarqua, rouge et essoufflée, inquiète au premier abord, un dossier épais dans les mains. Elle s'approcha à pas lourds, ses talons résonnant sourdement sous le poids de sa masse, et jeta le paquet de feuilles sous le nez de son supérieur, indignée et nerveuse.
- Encore une disparition dans nos rangs, lâcha-t-elle finalement dans un gémissement craintif.
Le Proviseur ne commenta rien, jetant un regard dépité en direction du dossier. Il s'agissait d'une élève brillante, aux notes tout à fait excellentes et à l'ambition démesurée d'enseigner très prochainement à Oxford. Il haussa un sourcil et se racla la gorge, tout à fait décontracté :
- Encore un abandon.
Newick le dévisagea, bouche bée. Voilà des mois que le Proviseur lui lâchait cette banale réplique, cette absurdité sans limite, cette fameuse excuse de « l'abandon » ! Les professeurs de l'établissement n'osaient même plus faire l'appel de peur de signaler un autre cas d'absentéisme prolongé. D'autant plus perturbant que, dans la Cour des Honneurs -ce petit jardin longeant l'arrière de la cantine-, un autre bloc de glace était apparu…
- Non, Monsieur, je suis désolée mais ce n'est pas qu'un abandon.
- Que voulez-vous que ce soit Newick ? pouffa l'autre amusé.
La conseillère se dandinait sur place, n'osant prononcer à voix haute ce qu'elle soupçonnait depuis le début. Bien entendu, la thèse des « abandons » paraissait plus plausible, mais peut-être existait-il parmi eux un personnage mal avisé qui enlevait les jeunes filles et…
- Et quoi ? l'interrompit le Proviseur irrité. Vous voulez épandre la nouvelle ? Vous voulez attirer le regard de la presse à sensation sur notre bel établissement ? s'emporta alors le quinquagénaire en se levant brusquement de son fauteuil. Vous voulez notre perte ? Vous voulez peut-être vous retrouver au chômage ?
Newick se recula d'un pas, à la fois impressionnée et effrayée par ce revirement brusque d'humeur. Elle ouvrit malgré tout la bouche, n'osant trop croiser son regard d'acier, et marmonna d'une voix quasi inaudible, tout comme les élèves qui occupaient cette place en cas d'indiscipline :
- Non… non monsieur !
- Dans ce cas ne débarquez pas dans mon bureau avec de lourds dossiers et des accusations malsaines !
- Mais monsieur je…
- Je ne veux pas le savoir ! Dorénavant, si absentéisme il y a, vous passerez outre ! Est-ce entendu ?
Nathalie Newick hésita l'instant de quelques secondes, encore réticente à l'idée de rester bras croisés, attendant qu'une autre victime de ces enlèvements ne soit encore signalée. Elle se pinça les lèvres et hocha imperceptiblement la tête avant de quitter les lieux, aussi discrète qu'un courant d'air, elle qui de par sa forte corpulence laissait à penser une maladresse de mouvement.
Le jour chutait au dehors. Les couloirs s'assombrirent, la nuit pénétra peu à peu l'établissement, plongeant cette école si vive, si animée, en un désert lugubre et empli de silence, un espace clos soumis . Le Docteur ambulait d'un pas frénétique dans les longues allées obscures, croisant encore ci et là quelques internes qui erraient en silence à la recherche d'une salle tranquille pour étudier.
- Non, impossible, siffla-t-il entre ses dents suite au souvenir de ses précédentes découvertes en compagnie de Newick.
Voilà près de dix minutes qu'il se répétait cent fois par seconde que cette idée totalement dépourvue de sens, cette hypothèse inconcevable, ce doute irréaliste ne pouvait tout simplement pas être… non, pas Kate, pas lui ! Impossible ! Définitivement IMPOSSIBLE !
Il se torturait si bien l'esprit qu'il en vint même à oublier ses propres objectifs. Où allait-il déjà ? Que faisait-il perdu au milieu de cette allée, entre deux salles de cours ? Ah oui, son casier… il devait récupérer ses affaires pour son prochain voyage. Où irait-il ? Aucune idée, il devait fuir ces lieux malsains, de peur de causer un paradoxe spatio-temporel qui aspirerait l'Univers dans une boucle incontrôlable ! Fuir, toujours fuir, pauvre lâche qu'il était…
Il parvint finalement au casier que l'administration avait eu la bonté de lui fournir, un simple placard de rangement dans lequel il avait entreposé son trésor le plus précieux. Dégainant de sa poche intérieure son tournevis sonique –le meilleur système de verrouillage qu'il ait été donné d'imaginer pour éviter les vols et autres mauvaises plaisanteries de ce genre- il tendit l'appareil en direction de l'ouverture, actionnant alors le mécanisme lorsque…
-AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
…
un cri strident retentit dans les ténèbres de l'école endormie. Un cri d'horreur, un cri de désespoir, un hurlement à vous glacer le sang, dans vos rêves les plus noirs…
Le Docteur se figea d'effroi et déglutit, les cœurs en proie à un serrement douloureux au dur refrain de cet appel à l'aide. Il n'était pas particulièrement couard, mais à l'écoute d'une terreur si cinglante, il hésita quelques dixièmes de secondes à s'aventurer en aveugle, tête baissée vers cet épouvantable coupe-gorge.
Bon… après tout, ce n'était que quelques dixièmes de secondes ! Personne ne pouvait trop lui reprocher d'avoir un tant soi peu peur du noir et des serial killers opérant dans des Universités démesurées et peuplées d'extraterrestres ! Il s'élança brusquement en avant, détalant à vive allure vers cette obscurité étouffante, brandissant devant lui la faible lumière bleutée qui émanait de son tournevis sonique, son plus fidèle compagnon…
Le hurlement s'amenuisait, la victime se mourrait…
Vite ! Vite ! Vite ! Le Docteur errait en aveugle, s'engouffra dans les escaliers, détala les marches quatre à quatre, s'aidant des rambardes et des angles de mur en tout genre. Puis, une idée horrible lui vint à l'esprit, une crainte infondée, un doute poignant. Il s'effraya soudainement à croire que cette voix de femme appartenait à Kate… Non impossible. Il l'avait espionnée alors qu'elle rentrait docilement chez elle, dans les bras de son cher et tendre dont il n'avait distingué qu'une ombre fuyante. Pourquoi serait-elle revenue à la fac la veille d'un week-end ? Inconcevable ! Improbable ! Illogique ! Toutefois, il devait bien admettre que Kate Wilson fonctionnait selon un état d'esprit illogique, ce qui signifiait que… non ! Il craignait le pire -surtout de sa part-.
Il se surprit à accélérer l'allure, plus vite ! plus vite ! PLUS VITE ! Pourquoi se hâtait-il davantage tout à coup ? Que ce soit cette peste de Wilson ou une autre, il n'avait pas à être plus ou moins rapide ! Il se devait d'être impartial, en bon sauveur de l'Univers et de l'Humanité qu'il incarnait ! Tssssst ! –comme si cela existait l'impartialité chez un homme tel que lui !-
Il déboucha finalement dans le réfectoire, les jambes flageolantes, haletant de tout son être suite à cette course folle. Un halo bleuté et aveuglant s'échappait de l'extérieur, de cette « Cour des Honneurs » à l'ombre des arbres que chacun des professeurs et autres employés se bornait chaque jour à fuir du regard…
- STOP ! hurla-t-il impuissant devant le crime qui avait lieu sous ses yeux.
Sans plus se poser de question, il escalada une chaise et sauta de pied ferme sur une table, avant de bondir sur autre voisine, et enfin une troisième à proximité. Il franchit la vaste cantine ainsi, cabriolant de table en table –ce qui s'avérait bien plus rapide que de slalomer entre chaises et autres supports désordonnés posé négligemment sur son passage-, jusqu'à parvenir à l'autre extrémité du self. Il se faufila dans les cuisines et accéda finalement à ces Jardins Interdits par le biais d'une fenêtre étroite qu'il déverrouilla en un éclair sous l'assaut de son tournevis sonique.
Malheureusement, le Gallifréen débarqua bien trop tard. L'Iceman avait achevé son œuvre et une jolie statue de glace, toute fraîche toute neuve, représentant une femme d'apparence corpulente, décorait à présent cette Cour des Honneurs -où avait lieu à l'habituelle toutes les photos de classe du début d'année-.
- Toi ! s'écria-t-il en reconnaissant alors l'individu sous les traits de cette vile créature.
L'homme de ses souvenirs s'exposait alors sous sa véritable nature : un reptile aux yeux blancs et luminescents, les écailles scintillantes à l'éclat de saphir, prédateur aux griffes acérées, aux crocs baignées de venin, maître chasseur qui paralysait ses victimes avant d'aspirer avec une lenteur délectable leur énergie vitale, les transformant par un procédé chimique et complexe en banales statues de glace.
- Voilà longtemps que je vous attendais…, siffla la créature en se pourléchant ses canines aiguisées.
Le Docteur plissa les yeux, craignant de devoir affronter le pire, se préparant d'ores et déjà à un combat épique, ses muscles se raidissant sous l'attente du premier coup, sous le signal du top départ.
Finalement, après plus de cinq minutes à se dévisager des pieds à la tête, à se juger l'un et l'autre dans un silence insoutenable, se défiant du regard –un regard puissant et meurtrier- dans une atmosphère chargée électriquement de rage et de tragédie, ils passèrent tous deux à l'action.
L'Iceman fut toutefois le premier à réagir, plus rapide et plus spontané, plus animal... Sa gorge s'irritant davantage sous cette soif de force et d'énergie refoulée qui hantait son adversaire, son palais salivant de plus belle devant un tel met raffiné, devant ce pouvoir quasi-divin qui rayonnait de son âme tourmentée de mille maux, la créature n'hésita pas une seule seconde et se jeta d'un bond vif et puissant sur le dernier Seigneur du Temps…
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