C'est encore moi ! Et oui, pauvre Docteur… arf, le plus dur maintenant est de le faire revenir (si vous avez une idée, ne vous priver pas, parce moi… bof, bof, je cherche encore). Cruelle ? Non, du tout. Bref, j'ai quand même élaboré une suite, qui je pense est un peu mieux écrite que les précédents chapitres. Voilà, voilou, un peu de romantisme, d'humour –pas d'action, je me réserve ça pour la prochaine fois-, bref.

Bonne lecture !

- Qu'est-ce qu'on va faire ? Qu'est-ce qu'on va faire ? QU'EST-CE QU'ON VA FAIRE ??? s'agita soudainement Jerry en revenant à lui, crispé de tout son être, en proie à une crise d'angoisse comme il lui en arrive si souvent, incapable de donner un sens logique à ce qui avait lieu sous ses yeux : à savoir la transformation d'un homme tout ce qui semble de plus normal en un iceberg froid et inerte.

- Il ne faut pas traîner ici, enchaîna Julianne guère plus courageuse. Le monstre…

- L'Iceman…, rectifia Kate dans un murmure, toujours agenouillée dans l'herbe, les yeux rivés vers le Gallifréen « givré ».

- Cette créature va nous retrouver et nous avaler tous crus !!! s'affola le Bizu toujours plus hystérique. Monsieur Lewis !!!!

- Je suis d'accord, renchérit Parker d'un ton plus posé qui se voulait valeureux, mieux vaut plier les voiles et déguerpir de l'endroit !

- Et le Docteur ? s'écria sombrement Kate qui refusait catégoriquement de fuir sans même se retourner.

Elle se releva d'un bond, se planta devant l'extraterrestre déjanté et leur fit volte-face, les poings sur les hanches, les toisant sévèrement des ses yeux bleu outremer, cet océan de tempête où se mêlait chagrin, rancœur et rage.

- Alors quoi ? argua-t-elle sous cet air satyrique et moraliste qui lui était devenu célèbre. On va gentiment lui dire bonne nuit, lui laisser la garde de l'établissement et revenir demain matin en espérant qu'il soit toujours en un seul morceau ? Ha ! La température s'élève à dix degrés Celsius ce soir !

- Et donc ? s'interloqua Julianne qui ne réalisait pas vraiment le problème.

La jeune Wilson leva les yeux au ciel devant le manque d'imagination de cette allumeuse –et dire qu'elle avait décroché un A !-, puis, obliquant vers la statue du Docteur, elle pointa l'index en direction d'un pan gelé de sa chemise, où une goutte d'eau froide prenait peu à peu forme et qui, après quelques secondes d'attente dans un silence des plus angoissant, sous l'accumulation d'un poids et d'un volume toujours plus pesant, perla de la statue pour finalement s'écraser sur un brin d'herbe verte.

- Il fond…, s'alarma alors Parker un tant soit plus soucieux du devenir de ce professeur qui avait eu l'audace de courir pour tenter de sauver Nathalie Newick, elle aussi paralysée de cette étreinte polaire.

- Exactement, convint Kate qui ne voulait en rien trahir le chagrin qui l'accablait à la vue de son compagnon probablement mort. C'est bien la première fois qu'il ne reste pas de glace devant un phénomène aussi insolite.

- Très drôle ! pouffa Julianne.

- Qu'est-ce qu'on va faire ? répéta Jerry en sortant de dessous sa veste intérieure une calculatrice dernier cri. S'il continue de liquéfier de la sorte, ses principaux organes auront disparu d'ici deux heures.

- Par principaux organes, tu sous-entends la tête ? s'interloqua Parker Lewis.

- La tête, le cerveau, les yeux, le nez…, énuméra l'intellectuel selon un premier diagnostique pour le moins pessimiste.

- Un Seigneur du Temps sans cervelle, voilà qui est original marmonna Kate les dents serrées.

- Que baragouines-tu ? l'interrogea Julianne suspicieuse.

Kate Wilson se sentait particulièrement seule en cet instant, incapable de détacher son regard des yeux vides et dépourvus d'énergie du prétendu John Smith, ce professeur de philosophie qu'elle avait gentiment haï, ce Gallifréen déjanté qu'elle ne cessait d'admirer. Elle aimerait tant prendre sa place… Elle n'aurait pas peur, bien sûr que non ! Le Docteur avait remède à tout, sauvait des civilisations entières, soignait tout les maux du cœur et de l'âme de ses belles paroles, de son air théâtrale et moraliste qui vous enflamme de plus belle, de ses courses effrénées et pittoresques d'un bout à l'autre de la Galaxie… Que ferait-il ? Oui, là était toute la question en réalité… Que ferait-il pour la sauver si elle se métamorphosait du jour au lendemain en Reine des Glaces ?

- On a besoin de temps ! décréta-t-elle déterminée. Aidez-moi !

- Quel est ton plan ? s'étonna le jeune Lewis en se rapprochant.

- Ma foi, commença-t-elle en plein songe, je finirais bien mes études, je partirais en voyage d'un bout à l'autre de l'Univers avec cette grande perche, j'essaierai de résister autant que possible à son charisme naturel en lui rendant la vie impossible, puis je sauverais la planète une bonne dizaine de fois avant de…

- Non, l'interrompit l'adolescent dans une moue exaspérée. Quel est ton plan pour le sauver ?

- Pour l'instant, je n'en ai pas ! avoua Kate dans un haussement d'épaule. Mais je sais comment gagner du temps.

- Comment ?

- Les frigos ! clama-t-elle dans un éclat d'ingéniosité. Ils conservent la nourriture à une température proche de zéro ! C'est tout ce qu'il nous faut pour le maintenir dans un état quasi stable ! Coup de chance –merci l'auteur-, nous sommes à proximité de la cantine ! Il nous suffit juste de forcer une ou deux portes, de vider les chambres froides et de placer ces deux statues à l'intérieur, ni vu, ni connu.

- Bien… et ensuite ?

- Ensuite on pourra se permettre de perdre du temps en réflexion sur la question du « comment les sauver ? ».

L'idée était simple. La mise en œuvre ne s'avérait pas si ardue. Les quatre étudiants se jetèrent plusieurs coups d'œil en biais, sachant pertinemment qu'un combat contre la montre s'enclenchait dès à présent et que le compte à rebours ne cessait de s'amenuiser au fil des secondes, les perles d'eau tombant abondamment des deux personnages frigorifiés.

D'un commun accord, Parker Lewis et Kate Wilson s'occupèrent de déplacer le Docteur, le renversant d'abord à l'horizontale –manquant de peu de le casser en deux, pauvre de lui !- puis le soulevant par les épaules et ses chaussures –interdiction formelle de poser des doigts à 37,5 ° sur sa tignasse ébouriffée congelée ! C'était friser l'incident diplomatique !

Julianne –légèrement jalouse de ne pouvoir poser les mains sur le bel homme- s'approcha de l'Adjointe du Proviseur, accompagnée bien entendu du petit Jerry maladroit. Ils la soulevèrent difficilement du sol, tanguèrent mollement de droite à gauche sous l'effet d'un déséquilibre constant, puis se mirent finalement en marche, prenant garde toutefois à ne pas lâcher prise.

- On n'est peut-être pas obligé de s'occuper de Newick, grommela Parker déçu à l'idée qu'il allait peut-être bel et bien sauver son ennemi numéro un de Londres.

- Je pensais que tu y aurais trouvé un bon mobile de chantage…, nota Kate malicieuse.

Le jeune homme fronça les sourcils, calculant dès lors toutes les possibilités, les plans machiavéliques et autres entourloupes dignes de son imagination débordante.

- Il y a de l'idée ! sourit soudainement le bad boy en vue des perspectives qui s'offraient à lui si cette histoire se finissait bien.

Ils déambulèrent dans les couloirs, tâchant de se montrer discrets –facile quand on transporte deux blocs de glace de taille humaine-, et pénétrèrent finalement dans les cuisines composées de meubles d'inox luisant et carrelées jusqu'au plafond.

Kate serrait les dents, son cœur manquant un battement à chaque goutte d'eau qui cascadait du corps gelé de son extraterrestre favori. Non pas que l'idée de perdre le Gallifréen lui était douloureuse –du moins ce fut là ce qu'elle se forçait à croire-, mais elle ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'il avait le don pour donner un semblant de piquant à son existence très banale…

Qui plus est, ils avaient déjà vécu quelques aventures un tant soit peu burlesques et fantastiques, où il avait toujours fait preuve d'une bravoure peu commune et d'un sens de la dignité inégalable, sauvant populations, martyrs et autres victimes du Destin intransigeant. Elle accepterait difficilement l'idée qu'il soit décimé par un simple coup de chaud…

- Qu'est-ce qui cloche chez toi ? intervint alors Parker sans perdre son sérieux.

- Comment cela ? se troubla la jeune femme en s'évadant de ses pensées noires.

- Un certain Mister Freeze rôde dans les couloirs du lycée, ton prof de philo –que tu appelles affectueusement Docteur- s'est magiquement métamorphosé en statue de glace et toi ça ne semble te faire ni chaud ni froid !

- D'autant plus qu'il est probablement mort ! renchérit Jerry derrière eux.

Une ombre passa sur le visage de Kate à l'écoute de cette triste vérité, mais s'envola tout aussi futilement, la jeune femme arborant alors un air assuré et maître de la situation :

- Ca me fait moins froid qu'à lui, visiblement. Dépêchons ! Il fait près de vingt degré ici !

Ils déposèrent avec une extrême délicatesse le Docteur congelé à terre –non sans noter que les endroits par où ils l'avaient maintenu n'avaient cessé de maigrir durant leur court trajet-, s'approchèrent en vitesse de l'épaisse chambre froide, tirèrent d'un geste vif les lourds battants composés d'un alliage d'aluminium et d'inox, puis vidèrent progressivement les étagèrent de toute salades, viande ou autre potage infecte, avant de retirer prestement les clavettes soutenant tout cet attirail de nourriture.

- Tout doux, souffla-t-elle en attrapant de nouveau le Docteur par les épaules et en le déposant à la verticale avec une douceur infinie dans ce frigidaire frisant le zéro.

- Qu'est-ce qu'il fait froid ici, grelotta Julianne en ajustant son bikini.

- Ca s'appelle une chambre froide, railla Kate dans une moue dédaigneuse.

- Ca ne leur coûte pas cher en chauffage, c'est sûr ! s'exclama la bimbo en se reculant vers les fourneaux éteints.

Après avoir correctement positionné les deux victimes, ils refermèrent sans plus attendre les portes de la chambre, les yeux rivés sur le thermomètre électronique qui affichait 6 degrés. Le ventilateur de la chambre s'actionna et, après plus d'une –trop- longue minute d'attente dans un mutisme étouffant, la température chuta à 5 degré, puis à quatre… pour finalement atteindre le zéro près d'un quart heure plus tard.

Kate lâcha un soupir de soulagement, vérifiant à travers la vitre couverte de condensation que le Docteur n'avait pas trop « maigri ». Il était là, le regard fixe droit devant lui, grave dans son immobilité glacée, cette éternité de silence, à la fois sérieux et rêveur, révélant au travers de cette coquille transparente la douleur de sa longue existence -à croire qu'il avait adopté la pose « spéciale Time Lord » lors de la transformation.

La jeune femme ne put s'empêcher de le trouver admirablement magnifique, dans son mutisme tragique, sous cet air de martyr qui témoignait de la grandeur de son âme… Non, elle ne devait pas s'attarder sur ses jolis yeux ! D'un : elle était mariée, et bien qu'elle ne soit pas à cheval sur les principes de l'Eglise et de l'Etat, elle se devait quand même de tenir un minimum ses engagements, ne serait-ce que pour avoir la conscience tranquille. Deux : ce n'était pas en reluquant son apparence tout à fait aguichante et son sourire fondant –à prendre au sens figuré cette fois-ci- qu'elle allait le sauver…

D'ailleurs pouvait-elle réellement espérer le tirer de ce mauvais pas ? Pouvait-elle envisager de lui redonner l'éclat, la chaleur et l'énergie qui faisait de lui un être tout à fait hors du commun ?

- Hum…hum…, intervint alors Parker Lewis qui n'aimait guère se tourner les pouces sans manigancer un stratagème digne des plus grands généraux de ce vieux continent.

- Une idée pour coincer Mister Freeze ? réagit alors Kate en se retournant à contre cœur dans sa direction.

- J'ai l'ébauche d'un plan en tête, avoua-t-il toujours armé de son succulent sourire d'escroc bon marché. Mais, pour le mettre en œuvre, j'ai besoin d'un appât…

- Entendu. Julianne adore affrioler les gros poissons, n'est-ce pas ? déclara l'ex-compagne du Gallifréen toujours d'humeur aussi rancunière.

- Gné ? s'interloqua l'autre qui n'avait visiblement pas suivi le cours de la conversation.