Vous avez aimé les moments sentimentaux ? Ouaip, bon c'est vrai que pour les trois derniers chapitres (et oui c'est déjà fini) je me suis laissée un peu emballée. C'est la faute à Nadège ça, je deviens « guimauve », je n'ai plus envie de tuer, cette soif de méchanceté, de souffrance corporelle… s'est envolée, snif. J'aimais bien pourtant confronter les protagonistes au stress poignant face à la mort… pffff. Mais je garde quand même l'humour, donc tout n'est pas perdu !

Quand ces deux-là vont-ils arrêter de se tuer l'un pour l'autre ?

Si tu savais… Bref, pas de spolier, d'autant que le jour où j'écrirais cette fic –la dernière de cette saison 4 bis qui vient à peine de commencer- est très loin d'être arrivé, surtout vu la vitesse à laquelle je bosse… lol

Que dire d'autre ? Un grand merci à vous tous, pour toujours être aussi sympas et aussi fidèles, je vous adore !

Bonne lecture !

Kate actionna le tournevis, espérant de tout son cœur que cette manœuvre n'allait pas briser l'alien en mille éclats d'oxyde de dihydrogène –marre de répéter le mot « glace »-… Un son suraiguë s'ensuivit, suivit d'une micro vibration à peine notable, et elle put discerner avec une crainte grandissante que la glace composant le Docteur se fissurait petit à petit sous l'effet de ce mécanisme dangereux, sa haute statue menaçant de céder à tout moment, de s'effriter pour ne redevenir que poussière…

Ne t'arrête pas !

Elle fronça les sourcils, le cœur battant à tout rompre, ne sachant trop d'où sortait cette voix, si elle devait la suivre et lui obéir aveuglément, ou bien battre en retraite de peur de commettre l'irréparable. Que devait-elle écouter ? Son cœur ou sa raison… ? Une faille bien plus conséquente fit son apparition, sur le torse du Gallifréen givré, et un rayon lumineux s'échappa soudainement de cette entaille, un éclair doré qui cuisit à petit feu la peau pourtant dure de l'ex DJ.

Elle n'en fit rien et resta en position, maintenant aussi longuement que possible la sonde sonique sur le corps en décomposition de notre Gallifréen déjanté. La fissure centrale se propagea dans les membres principaux : bras, jambes et cou se recouvrirent bientôt de lézardes profondes, desquelles émanait une aveuglante lumière ionisée, incandescente et radioactive, qui menaçait d'incendier Kate à tout instant. Ses yeux de glace et vides de toute énergie acquirent bientôt la teinte dorée caractéristique des Seigneurs du Temps, ses cheveux recouvrèrent leur couleur marron et leur position indisciplinée, puis après un dernier effort de la part de la jeune femme qui voyait ses avant-bras brûler sous le feu divin qui composait le dernier des Time Lords, ce Soleil Eclipsé, elle laissa retomber le tournevis sonique, se préparant d'ores et déjà à subir le bouquet final de cette réaction en chaîne…

Les entailles se creusèrent davantage, les rayons énergétiques se firent plus intenses et, après quelques dixièmes de seconde de cruel suspens et d'attente insoutenable, la grande et si fière statue de glace du Docteur vola en l'éclat sous l'onde de choc d'une explosion phénoménale qui balaya tout sur son passage, que ce soit portes d'aluminium, casseroles et autres bac gastronomiques –quand ce n'était pas bien sûr un étudiant mal avisé trouvé là par hasard, encore…


Réveille-toi…

Kate fronça les sourcils, grimaçant sous l'effet des signes avant coureur d'une migraine qui ne tarderait pas bientôt à ravager sa pauvre tête écervelée. Un sifflement persistant assaillait ses oreilles, si bien qu'elle ne discernait absolument rien d'autre dans ce silence tumultueux. Incapable de soulever ses paupières -probablement encore trop faible, ou trop inconsciente-, elle tenta d'inspirer profondément, mais se ce faisant, elle ingurgita une trop grosse quantité de particules et de poussières, ce qui irrita sa gorge et lui occasionna une violente toux.

Parfait ! Elle était sourde, aveugle et quasi incapable de respirer. Elle avait connu des matins de meilleur augure.

Le Docteur…

Kate tressaillit, soumise à une longue suite ininterrompue de flash qui lui rappelèrent alors la situation présente et le pétrin dans lequel ils s'étaient tous fourrée, elle, la compagnie « Lewis et Associés », ainsi que le Docteur… Bon sang le Docteur !!!

Elle ouvrit brusquement les yeux, s'obligeant à ne pas sombrer à nouveau dans l'inconscience, tâchant de maîtriser sa vision et de stopper tout strabisme dû au choc de l'explosion et à ce léger coma. Quelques secondes s'écoulèrent ainsi, le temps qu'elle recouvre une vue correcte, puis elle tenta de se redresser, incommodée par une irrépressible envie de vomir. Elle tangua mollement de gauche à droite, désorientée, ne distinguant autour d'elle que chaos et dévastation… Comment avait-elle survécu ?

- Docteur ! s'écria-t-elle en décelant non loin de là une main aux doigts allongés qui s'échappait de dessous une lourde porte d'aluminium.

Elle se jeta à terre et rampa dans sa direction, ses jambes refusant de la porter, trop épuisée sans doute par l'effort qu'elle venait d'endurer, trop affaiblie et déboussolée par ses brûlures et l'onde de choc qu'elle avait subit.

- Tenez bon ! geignit-elle sans s'entendre elle-même.

Elle attrapa la lourde porte d'aluminium et tenta de la déplacer, toutefois, l'objet s'avéra bien plus lourd qu'il n'y paraissait au départ, couvert par des débris tout aussi lourds et conséquents. Kate s'acharna sur cet obstacle autant qu'il est humainement possible pour une femme en si piteux état, malheureusement, tous ses efforts restèrent vains : le Docteur demeurait inaccessible, coincé sous les décombres… Non ! Elle devait réussir ! Hors de question qu'il en soit autrement ! Ciel que c'était dur, trop dur, même pour elle… Ses avant bras cramoisis dégageaient une forte odeur de chair brûlée et elle se mordit la langue jusqu'au sang pour ne pas ressentir la douleur poignante qui s'emparait de ses membres à chacun de ses faits et gestes.

- S'il vous plaît, mettez-y un peu du vôtre, grogna-t-elle en tirant de toutes ses forces sur le battant de l'ancienne chambre froide…

Les débris remuèrent quelque peu, sans pour autant se dégager. Kate serra les dents, ne cessant de tout tenter, à bout de force peut-être, mais pas à court de volonté. Elle ne l'avait jamais abandonné, ce n'était pas un jour comme aujourd'hui qui ferait exception, non certainement pas ! Sa peau calcinée se déchira sous les crampes musculaires de ses avant-bras, lui occasionnant des rejets douloureux de sang et de pus. Elle hurla de rage, et cogna sourdement contre la porte, dans l'incapacité totale de mouvoir les débris, désespérant de pouvoir le sortir de là un jour…

- Ecarte-toi ! s'empressa alors Parker en apparaissant soudainement à ses côtés.

L'adolescent couvert de bleus et de poussières attrapa un angle de l'épaisse porte, prêt à passer à l'action. Jerry son bras droit, -qui semblait s'être coiffé à l'aide d'un pétard à mèche- vint l'assister dans son travail et saisit un autre bout du battant. Julianne boita à son tour dans leur direction et, jetant ses talons aiguilles qui ne faisaient que la ralentir et la déstabiliser, ses cheveux dressés sur son crâne selon une coupe à la Jackson Five, elle s'abaissa vers l'épaisse porte et la saisit de ses mains noires de saletés et de poussières.

- On y va à trois…, commanda Parker catégorique.

Sur un commun accord, les quatre étudiants joignirent leurs efforts, tous stimulés par le besoin et l'obligation de venir en aide à cet inconnu extraordinaire, cet homme d'honneur qui n'avait pas craint de se dresser seul face à l'Iceman, cet étranger qui sauvait si souvent leur insignifiante planète, cet être solitaire qui n'hésitait jamais à risquer sa propre vie pour une cause bien plus grande, et en particulier pour l'espèce humaine… Oui, il était de leur devoir de lui rendre la pareille, là, dans cette cuisine ravagée, alors que tout portait à croire qu'il n'y avait plus d'espoir…

Ils soulevèrent difficilement l'épaisse porte de la chambre froide –cette même chambre réduite à néant par l'énergie libérée lors de l'explosion- et, tâchant de pas lâcher prise, ils écartèrent les débris sur la gauche, révélant alors au grand jour la dépouille du Docteur inanimé.

- Comment est-ce possible ? s'écria Jerry qui n'en croyait pas ses yeux.

- Quoi ? demanda Julianne un peu perdue.

- Il n'est plus de glace !!! s'enthousiasma le jeune Lewis victorieux.

- Ca ne veut pour autant dire qu'il est en vie, nota sombrement Kate. Laissez-nous s'il vous plaît.

- Tu as entendu la Dame, Jerry ? consentit Parker. On dégage… Cela vaut pour toi aussi Julianne ! Venez, on doit retrouver Newick et expliquer ensuite à toute la mafia administrative qu'une fuite de gaz à fait sauter le self et que par conséquent, on risque de ne rien manger pendant une semaine… le temps qu'ils refassent la peinture.

Les trois étudiants s'éclipsèrent, délaissant alors Kate en compagnie de l'extraterrestre. Elle lâcha un faible soupir, prise de nausées atroces, de vertiges incessants et pire encore : ses brûlures aux avant-bras la démangeaient de plus belle, lui suscitant une souffrance peu commune et une liberté de mouvement très limitée.

Elle caressa du bout des doigts le visage si paisible de son compagnon d'autrefois, essuya quelques tâches de crasse déposées ça et là par les gravats, passa une main dans ses cheveux, un sourire tendre aux lèvres.

Comme il semblait doux dans son sommeil… attendrissant et séraphique dans cet état d'inconscience qui faisait de lui l'être le plus vulnérable de la Création. Elle le fixa sans mot dire, subjuguée par un tel spectacle de candeur et de pureté, puis après lui avoir refait une beauté, dans une coquetterie tout à fait innocente, elle déclara, la voix encore un peu fébrile mais pas moins cynique :

- Arrêtez donc de jouer les malades imaginaires Casanova, je ne vous ferais pas du bouche-à-bouche pour le fun !

Il n'y eut d'abord aucune réaction, tout portant à croire qu'elle s'adressait à un cadavre. Toutefois, après quelques secondes d'inactivité, un demi sourire d'adolescent espiègle se dessina sur le visage si angélique du Time Lord, de cet énergumène inégalable qui regrettait dès lors que sa ruse n'ait pas fonctionné… Eh quoi ? Après tout, il était un homme –presque- ordinaire, et il estimait qu'un baiser pour le tirer de son long sommeil de Belle au Bois Dormant ne pouvait lui être que bénéfique.

Il haussa un sourcil, coupable, et ouvrit les yeux, charmeur et joueur comme à son habitude, heureux en somme de retrouver sa compagne d'autrefois et de pouvoir lui jouer de mauvais tours…

- Comment avez-vous su ?

- Votre poitrine se soulevait à un rythme régulier et en vous astiquant la façade, j'ai sentit un pouls au niveau des tempes.

- Non, je veux dire : comment avez-vous su que votre tentative avec le tournevis sonique n'allait pas me tuer ? Comment saviez-vous ça marcherait ?

- Je n'en savais rien…, avoua-t-elle dans un haussement d'épaules. Je me suis dit : il est immortel à condition qu'on ne le découpe pas en sept morceaux et que l'on ne l'éparpille pas façon puzzle d'un bout à l'autre du Nil. Pour moi, la meilleure solution c'était d'utiliser le tournevis sonique pour tout faire voler en éclat d'un seul coup, dans une énergie ultra-concentrée à la limite de la régénération.

- Vous avez pensé à ça toute seule ? demanda-t-il méfiant.

- A qui vouliez-vous que je demande de l'aide ? Au SAMU ? Je me vois bien leur dire au téléphone que j'ai sous les bras un extraterrestre en forme de statue de glace coincé dans une chambre froide, ç'aurait été très certainement comique !

- Je ne sais pas moi, vous auriez pu le demander à votre mari ? tenta-t-il alors un peu audacieux.

- A mon mari ? répéta Kate totalement stoïque.

- Je disais juste ça comme ça…, ajouta-t-il d'un ton qui se voulait indifférent, baissant les yeux pour éviter de croiser son regard perçant et tellement attentif.

- Docteur, vous êtes en vie, vous ne croyez pas que c'est le principal ? soupira-t-elle lasse et fatiguée.

- Si, si bien sûr ! La joie de vivre c'est génial ! s'exclama-t-il d'une voix plus forte et plus enthousiaste. C'est juste que je n'ai pas l'habitude de vous voir aussi brillante…, ajouta-t-il d'un ton plus mesquin.

- Hey ! s'offusqua-t-elle en lui donnant une tape dans l'épaule.

- Quoi ? la provoqua-t-il malicieux. Vous n'êtes pas contente de me voir ?

Elle grimaça, dans une mimique taquine et capricieuse qui ne visait qu'à lui donner raison malgré le fait qu'elle se refusait catégoriquement de l'exprimer à haute et intelligible voix. Le Docteur sourit, ravi de son effet et, sans prévenir, d'un bon vif et spontané, il l'attrapa de ses grands bras et l'attira contre son torse, la serrant contre lui avec tendresse et compassion.

- Kate Wilson…, murmura-t-il avec un sourire conquis. Ô Kate Wilson…

Il affermit son étreinte, comme s'il craignait lui-même qu'elle ne disparaisse sans prévenir, sans raison, comme s'il redoutait de se réveiller à nouveau sans personne, errant dans les méandres de l'Univers, bravant seul les dangers incommensurables que lui réservait cette aventure dénuée de sens qu'était sa vie… Non. Il ne la laisserait pas partir, pas cette fois-ci.

- Merci…, souffla-t-il à son oreille dans un soupir de soulagement et empli de gratitude.

- Ne me remerciez pas tout de suite, je suis déjà en train de faire une liste de ce que je vais pouvoir vous demander ! réfuta-t-elle alors, craignant que de s'abaisser à trop d'émotions finirait par réduire en poussière toutes les frontières qu'elle s'était fixée en décidant de le suivre à nouveau.

Le Docteur ne réagit pas à cette réplique mordante, sachant pertinemment qu'elle n'en pensait mot. Ils restèrent ainsi de longues minutes l'un contre l'autre, leurs cœurs battant en cadence, au milieu de cette cuisine dévastée, carbonisée sous tous les angles, seuls devant le chaos et la désolation, unis face au Destin et à l'adversité, prêts à repartir de zéro pour de nouveaux voyages, de nouvelles aventures, et peut-être plus encore…

- Excusez-moi de vous poser une question pareille mais… est-ce vous qui empestez de la sorte ? demanda finalement le Docteur sans pour autant s'écarter.

La jeune femme voulut se reculer, mais il ne la laissa pas faire, du moins pas consciemment. On eut dit un gamin qui s'accrochait désespérément à son ourse en peluche –un ourse aux cheveux roses bonbon, mais bon-. Elle réalisa alors combien il avait dû se sentir seul et désemparé après le départ de Rose en Norvège, après la « mort » de Donna Noble et l'abandon de tous ses Enfants du Temps…

- Huile de sardine…, avoua Kate un tantinet gênée de l'odeur qu'elle dégageait.

- Vous vous parfumez à l'huile de sardine ? pouffa-t-il devant une telle étrangeté.

- Longue histoire…, grommela-t-elle en se remémorant cette course folle où elle avait dégustée de son propre chef tous les pièges qu'elle lui avait préalablement tendus.