Bon voilà la suite. Je vous mets les derniers chapitres en une seule fois –faut dire que je n'ai plus le temps de les relire, j'ai accumulé trop de retard dans mon boulot-. Donc voilà. Merci à vous tous d'avoir suivi cette longue histoire, même si elle s'est interrompue entre temps (et oui dsl). Je reviens très prochainement en décembre (enfin j'espère), donc voilà voilà. Biz à tous et encore merci !

Bonne lecture !

- J'ai réfléchi ! s'exclama alors Kate Wilson. Aïe !

- Voilà bien longtemps que je ne vous l'avais pas entendu dire…, sourit-il en enroulant avec une extrême délicatesse les bandages autours de ses avant-bras.

- Ca vient peut-être du fait que vous m'avez abandonnée il y a un an de cela ?

- Peut-être, admit-il un peu bêtement en baissant les yeux, peu désireux d'affronter son regard lourd de reproches.

Escortés jusqu'à l'infirmerie de l'établissement par les secours, Kate et le Docteur avaient été postés sur deux lits séparés –encore heureux !- en attente d'un médecin. Toutefois, le Gallifréen ne supportant pas la vue des brûlures au troisième degré notre ex-DJ, il s'était empressé à son chevet pour la soigner avec les moyens du bord –sans oublier bien sûr sa petite touche de magie perso qui fait que ses malades gardent toujours le sourire !-.

- Bref, reprit Kate sans trop s'attarder sur le sujet et tâchant de ne pas gémir à chaque fois que le tissu rencontrait sa peau, je pense avoir enfin résolu le mystère concernant l'origine de votre nom.

Le Docteur se stoppa net dans son action et lui lança un regard un tant soit peu perplexe, haussa un sourcil suspicieux, redoutant encore le pire : qu'allait-elle inventer cette fois-ci ?

- Avouez-le ! enchaîna-t-elle implacable en tendant un index impérieux sous son nez. C'est plus facile pour un type coincé dans votre genre d'approcher les jolies filles !

- QUOI ? s'écria le Docteur outré.

- Bien sûr ! Elles sont blessées, de corps ou d'esprit, et vous les soigner en bon « Docteur » que vous êtes, vous leur ôter leur vêtements en vous faisant passer pour un médecin prodigieux et passablement cultivé sur toutes les civilisations !

L'extraterrestre leva les yeux au ciel, puis, adoptant alors une autre stratégie, il lui lança un clin d'œil aguichant, le tout accompagné d'un claquement de langue contre ses dents, en bon séducteur habile et rusé qu'il était :

- Arf, félicitations Kate, vous m'avez percé à jour !

- Yes !!! Je le savais ! s'enchanta alors la jeune femme ravie d'avoir enfin ses réponses.

Elle se renfrogna soudainement, jugeant cette abdication un peu trop facile. Le Docteur n'avouait jamais, du moins pas aussi aisément ! D'habitude elle se battait corps et âme pendant des jours pour lui arracher les vers du nez, mais là…

- A moins que vous n'aspiriez à la compagnie des hommes ? présuma-t-elle un peu hésitante.

Il ne lui adressa pour unique réponse qu'un sourire ravageur lourd de sous-entendus, avant de panser à nouveau ses plaies.

- Beurk ! s'écoeura la jeune femme dans une grimace boudeuse.

- Vous n'êtes pas croyable ! s'esclaffa le Docteur devant sa mine déconfite, ravi de l'avoir menée en bateau par le bout du nez.

- On dit incroyable, rappela-t-elle en bonne élève assidue.

- Si ça vous chante…

- Si moi je suis incroyable, alors quel diable d'adjectif peut-on utiliser pour vous qualifier, hein ?

- Ma foi, j'aime encore bien le terme « doctoresque » ! se flatta-t-il en levant le menton avec arrogance.

- Et modeste avec ça ! le réprima Kate d'un ton dédaigneux.

Il baissa les yeux vers les bras cramoisis de sa compagne, un pincement au cœur à l'idée de la douleur qu'elle pouvait endurer.

- Comment vous êtes-vous amochée de la sorte ? l'interrogea-t-il soucieux.

- C'est ce qui arrive quand on joue avec le feu : on se brûle, psalmodia-t-elle dans un haussement d'épaules.

- Tout dépend du feu avec lequel vous jouez…, relativisa-t-il avec sagesse.

Kate pouffa de rire, et secoua la tête, visiblement touchée par son intérêt vis-à-vis de ses blessures.

- Ca me rappelle l'histoire de cette femme qui, aimant Zeus de tout son être, décida de le regarder sous sa véritable nature. Zeus étant alors un Dieu extrêmement puissant, le simple fait de l'observer tel quel la réduisit en cendre…

- Elle s'appelait Sémélée dans la mythologie Grecque. Je ne suis pas sûr de réellement comprendre la métaphore, avoua-t-il perplexe.

- Ces brûlures, c'est vous qui me les avez faites, lors de votre transformation en être de chair et de sang.

- Oh…, saisit-il soudainement.

Ils se fixèrent l'instant de quelques secondes, dans un silence pesant et tendu. Le Docteur ignorait si la symbolique de « la femme passionnée et amoureuse de tout son être » pouvait également s'appliquer à leur histoire, mais il se sentit soudainement confus et honteux d'avoir ainsi mutilée sa propre compagne. Elle ne semblait pourtant pas lui tenir rancœur–probablement était-ce pire ainsi-., l'observant de ses yeux outremer, calmes et profonds. Il préféra lancer la conversation sur un autre sujet, peu désireux d'affronter les remords, le doute et les embarras dû à un tel accident.

- Quand comptez-vous me le dire ?

- Quoi donc ? s'étonna Kate.

- Le nom de votre mari ! tonna alors le Gallifréen consterné. Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous en faîtes toute une histoire ! C'est vraiment très frustrant !!!

- Frustrant pour vous visiblement ! interpréta-t-elle amusée.

- Quoi ? Non je…

- Menteur !!!

Le Docteur se gifla intérieurement et se surprit à rougir. Pourquoi montrait-il une aptitude si particulière à extérioriser ses émotions, lui adulait vivre dans le secret ? Quel imbécile ! En particulier lorsqu'il se retrouvait en compagnie de Kate Wilson, dont le nom rimait à merveille avec « détecteur de mensonges infaillible » !

- Si vous n'avouez pas, je vous ferais encore plus mal…, lança-t-il sous un faux air de menace, adoptant alors l'expression malveillante d'un loup assoiffé de vengeance et de sang…

- Vous aimez bien me torturez, pas vrai ? réalisa-t-elle nullement impressionnée.

- C'est facile pour un Docteur de malmener ses patientes… Un bandage un peu trop serrer par-ci, une goutte d'alcool versée au hasard sur une brûlure à peine cicatrisée…

- Vous êtes sadique ! l'accusa-t-elle non sans un timbre malicieux.

- Pas vous peut-être ? la défia-t-il amusé.

- Non, je suis juste un tout petit peu romantique de temps à autre.

- Alors on n'a qu'à dire que je suis un tout petit peu romantique de temps à autre, répéta-t-il dans un clin d'œil complice.

- Romantique vis-à-vis de qui ? l'interrogea-t-elle aussi sec, sans lui donner le temps de réfléchir.

Le Docteur cessa soudainement de sourire, comprenant qu'il marchait sur le fil rouge. Mieux valait-il éluder la question :

- Et vous ?

- J'ai demandé en première, alors c'est à vous de répondre ! décréta la jeune femme despotique.

- C'est ça, marmonna le Gallifréen dans sa barbe sans trop oser croiser son regard sondeur.

Il attrapa une bassine d'eau posée à proximité, dans laquelle baignait quelques tissus pour rafraîchir les tempes de sa compagne, sauf que cette fois-ci, il y trempa largement ses doigts, puis les tendit brusquement dans sa direction, l'éclaboussant dans un geste vif et inattendu.

Kate –de mauvais caractère- grogna quelques injures et répliqua aussitôt : saisissant son oreiller à deux mains, elle le lui jeta trois fois au visage, tant et si violemment que le Docteur cru l'instant d'une seconde avoir fait la bise à un train.

- Hey ! s'écria-t-il à demi assommé.

- Vous l'avez cherché !!! se justifia-t-elle en levant un index vengeur dans sa direction.

- Vous ne perdez rien pour attendre… -tient, ça sonne familier là, non ?-, marmonna-t-il mauvais.

Il saisit la bassine d'eau et, sans prévenir, lui jeta intégralement à la figure, trempant alors ses vêtements, ses draps, son matelas, bref rien n'échappa à l'attaque de cette eau insipide. Kate poussa un hurlement enragé, prête à l'assaillir à l'aide de son oreiller mais, le Docteur n'étant pas manchot et refusant catégoriquement de perdre à ce jeu stupide, il saisit brusquement le polochon, lui arracha des mains et l'envoya valser au loin, laissant alors Kate démunie de toute arme potentiellement dangereuse.

La jeune femme ne se démonta pas pour autant et lui envoya de légers coups de poings dans l'abdomen, tout juste de quoi le chatouiller. Le Docteur éclata de rire, radieux et victorieux de son avantage sur la jeune femme en péril. Comme il était bon de le voir dans cet état d'euphorie, jugea secrètement Kate qui pour rien au monde ne voudrait prendre le dessus. Il se redressa finalement de toute sa hauteur, la saisit par les coudes –seul endroit peu affecté par les brûlures ioniques-, puis, comme elle ne cessait de se débattre et de répliquer par d'agaçants coups de genoux rebelles, il grimpa à quatre pattes sur le lit, s'installa à la califourchon sur la jeune femme, l'immobilisant tant bien que mal sous son poids plume.

- Rendez-vous ! somma-t-il intransigeant, haletant par cet ébat joueur.

- Sinon quoi Docteur ? le défia Kate non sans un adorable sourire complice, essoufflée elle aussi par ce petit affrontement.

- Sinon je…

Il n'eut pas le temps de poursuivre, un flash aveuglant l'interrompant soudainement dans ses dires. Il fronça les sourcils et secoua la tête, encore ébloui et visiblement confus :

- Qu'est-ce que…

- Parker Lewis ! s'exclama soudainement un jeune lycéen en surgissant d'un placard, un appareil photo en main. Pour vous servir !

Il tendit alors le cliché pré-imprimé à ses deux clients, révélant ainsi l'image du Docteur et de Kate dans une position peu catholique, voire même un peu trop suggestive si l'on possédait un point de vue déplacé.

- Je me demande quelle tête ferait ton mari s'il découvrait que ton prof de philo te monte dessus de la sorte ! s'extasia le jeune homme ravi de les avoir pris la main dans le sac.

- Quoi ? s'écria le Docteur déboussolé dans une grimace de totale incompréhension. Oh ça…, saisit-il finalement en levant les yeux au ciel.

Il sauta immédiatement du lit et creusa davantage l'écart entre Kate et lui, passablement déçu de constater que l'espèce humaine voyait le mal partout et n'était visiblement pas apte à faire une quelconque différence entre un petit jeu innocent –innocent vraiment ?- et un adultère complètement loufoque !

- Tu ne vas pas faire ça tout de même ! s'horrifia Kate d'une voix fluette, rougissant de plus belle sous le regard désolé – désolé, vraiment ? Mieux valait-il être aveugle plutôt que de lire une absurdité pareille- du Docteur qui se passait une main dans les cheveux, un tantinet coupable.

- Je ne le ferais pas si tu me donnes les corrigés que tu m'as promis au début de cette affaire, assura le petit escroc au sourire colgate.

- Sale morveux tricheur ! mugit la jeune femme irritée par une telle audace.

- Moi aussi je t'aime, la provoqua Parker en le tendant le cliché compromettant sous son nez.

Kate ne réfléchit pas une seule seconde et déclara aussi sec :

- Je dois passer chez moi pour les récupérer.

- Je vous accompagne ! intervint aussitôt le Docteur qui voyait là l'occasion rêvée pour mettre enfin un nom et un visage sur l'époux si mystérieux de cette femme au caractère indomptable qui l'avait une fois de plus sauvé de l'étreinte glaciale de la Mort…


Tôt dans la matinée, aux alentours de 7h00, Kate Wilson arriva sur le seuil de sa porte, suivie de très près par le Docteur et Parker Lewis. Elle leva les yeux au ciel, légèrement embarrassée de devoir confronter le Gallifréen à son mari, puis, elle sortit un trousseau de clés et déverrouilla la porte accédant à son appartement –priant secrètement que son époux sommeillait profondément.

- Chérie ! s'écria ce dernier en courant à son encontre et en la serrant dans ses bras. Je t'ai attendue toute la nuit ! J'ai essayée de te joindre, où Diable étais-tu passée ? Qu'est-ce que c'est que ces bandages ?

- Longue histoire, je te la raconterais demain ! soupira la jeune femme dans un bâillement.

Réalisant soudainement que les deux hommes plantés à hauteur de la porte pouvaient davantage créer d'inquiétude et de litige, elle s'empressa aussitôt de les présenter :

- Voici Parker Lewis, un lycéen arrogant tout ce qu'il a de plus escroc dans mon université, avec qui j'ai passé un accord et voici…

- Le Docteur ! se présenta spontanément le Gallifréen en tendant la main, aussi respectueux que possible. A qui ai-je l'honneur ? demanda-t-il alors d'un ton tout à fait condescendant.

- Je suis le Docteur Paul Armand, énonça l'autre en lui rendant chaleureusement sa poigne. Neurologue.

- Oh, intéressant… difficile d'imaginer médecine plus difficile que celle s'appliquant au cerveau humain !

- C'est bien vrai ! sourit ce dernier flatté. Et puis parfois, cela vous permet de rencontrer des femmes extraordinaires ! déclara-t-il en attrapant Kate par les épaules et en l'attirant irrémédiablement contre son torse.

- Je veux bien le croire…, murmura le Docteur dans un souffle à peine audible.

Les deux hommes s'observèrent durant de longues secondes, sans mot dire, se jugeant l'un et l'autre dans un mutisme empli de respect et d'appréhension. Le Gallifréen le détailla des pieds à la tête, sans omettre ne serait-ce un seul détail. Newick avait bel et bien eu raison : homme plus mûr, plus âgé, d'une prestance remarquable, portant chemise propre et coiffure soignée, des boutons de manchettes ornés d'améthyste, un sourire éclatant et travaillé, un goût prononcé pour la luxure et la grande cuisine.

- Il y a eu une fuite de gaz à l'Université, expliqua pressement Kate mal à l'aise. J'ai été brûlée et le Docteur ci-présent m'a soignée. Il voulait me garder à l'hôpital, mais tu me connais : je hais ce genre de bâtiment.

- A se demander comment on s'est rencontré…

- Elle m'a tellement cassé les pieds que j'ai finalement accepté de la laisser partir…, poursuivit le Docteur tout aussi comploteur.

- Il a toutefois insisté pour me raccompagner, de peur que je ne m'évanouisse ou subisse autre stress post-traumatique.

- Il a bien fait ! nota le neurologue en analysant d'un bref coup d'œil les pupilles de sa femme. Merci Docteur.

- Mais tout le plaisir est pour moi… il est important que nos patients ressortent indemnes de notre hôpital.

- A quel hôpital travaillez-vous déjà ? s'empressa Paul un peu confus par la suite des évènements.

- Eh bien je euh…

Parker Lewis, qui jusque là mimait le sourd et muet, trouva judicieux de se mêler de la conversation et de ramener le sujet à sa propre personne :

- Sans vouloir abuser de votre hospitalité, j'aimerais beaucoup que Mademoiselle Wilson…

- Vous voulez probablement dire Madame Armand, rectifia l'homme un tant soit peu jaloux du jeune étudiant.

- Tout à fait ! Suis-je bête…, s'excusa poliment le comédien aux milles et une ressources dans une légère révérence de soumission. Nous avions conclut un petit accord commercial et j'aimerais que cette affaire soit résolue au plus vite.

- Je t'amène les papiers toute de suite, répliqua aussitôt Kate en s'échappant des bras de son mari et en partant d'un pas pressé vers son bureau.

Elle revint une demie minute plus tard, portant une imposante pile de corrigés qu'elle lui déposa un peu brusquement dans les bras.

- Merci…, murmura Parker non sans un clin d'oeil espiègle d'homme qui avait tout compris mais qui garderait à jamais le secret.

- Dégage ! siffla Kate les dents serrées.

- Aucun problème Madame Armand, se moqua le lycéen en s'éloignant vers la porte.

La jeune femme crisa intérieurement, regrettant bien malgré elle de ne point pouvoir courir vers la cuisine, de prendre pour cible cet adolescent insupportable et de s'essayer lancer de poêle –sport qu'elle pratiquait assidûment tous les dimanches matins avec un plaisir rare-…

- Vous prendrez du café Messieurs ? proposa-t-elle en tâchant de masquer sa gêne croissante.

- Avec plaisir ! la réconforta le Docteur.

A dire vrai, le Gallifréen se sentait lui aussi embarrassé. Non pas qu'il jalousait le mari Paul Armand -ce prétendu neurologue- mais tout de même, il y avait quelque chose d'extrêmement bizarre dans cette atmosphère bien commode qu'il jugeait trop « normale ». Il contempla fixement Kate durant de longues secondes sans rien dire, surpris et admiratif de la découvrir en femme au foyer, préparant le café ave une docilité rare, posant calmement la dosette filtrée, vérifiant le niveau de l'eau et la température, s'adressant à lui avec une courtoisie qu'il ne lui aurait jamais soupçonnée… Métamorphosée, oui c'était bien le mot : transformée, convertie, métamorphosée… tant et si bien qu'elle lui sembla vieillir de dix ans en à peine dix minutes.

Ce fut sans aucun doute ce qui le perturba : considérer sa compagne dans le rôle d'une femme effacée aux dépends de son mari, douce et attentionnée à ses moindres désirs, son caractère effacé, sa pensé et son libre arbitre réduit à néant… voilà qui ne collait absolument pas au personnage ! Non, ce n'était pas naturel ! La maltraitait-il durement pour qu'elle se résolve ainsi à vivre dans son ombre ? Que s'était-il passé durant son absence ? Avait-il fait une erreur en l'abandonnant à une vie terrienne tout à fait banale ? Il se sentit soudainement responsable, mais n'en révéla rien, écoutant d'une oreille distraite le curriculum vitae de son « confrère ». Il se retint un soupir d'ennui. La matinée promettait d'être longue.

- Vous déjeunerez avec nous ce midi ? proposa alors Paul tout sourire en lui adressant une tape dans l'épaule.

Rectification : la journée promettait d'être longue…