NOTE POUR NADEGE : En fait j'ai quand même osé commettre le crime^^ Bonne lecture !!!
- C'est un type normal ! reconnut le Docteur impressionné.
- Je ne suis pas sûre de savoir si je dois prendre ça comme une insulte ou un compliment ! nota sa compagne en lui jetant un coup d'oeil sceptique.
Les deux complices s'étaient éclipsés de l'appartement, prétendant à des scanners de protocoles, histoire de bien s'assurer que les tissus épidermiques des avant-bras de Kate évoluaient dans le bon sens. Ils se promenaient à présents au bord de la Tamise, un peu moins proches qu'ils ne l'avaient été quelques temps auparavant, s'autorisant un écart physique de cinquante centimètres minimum, sans pour autant se priver de conversation et de rire.
- Non, mais je veux dire…, enchaîna le Docteur toujours aussi perturbé par sa rencontre avec le troisième type -le fameux Docteur Armand-. Il est réellement… normal.
- Bien sûr qu'il est normal ! s'étonna Kate consternée. Qu'est-ce que vous vous étiez imaginé encore ?
Devait-il vraiment le dire ? Pffff… que de temps perdu, que d'angoisses éprouvées pour réaliser au final que Monsieur-le-mari-de-cette-peste-de-Wilson n'était en réalité qu'un humain tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Il lui jeta un coup d'œil dépité et se retint un soupir las, préférant de rien dévoiler.
- Rien.
- Rien ? répéta-t-elle loin d'être dupe.
- Rien, confirma-t-il en détournant le regard, l'air soudainement plus sombre.
- Pourquoi avoir ressorti cette lettre de Venise alors ? s'enquit l'autre d'une voix mesquine à qui rien n'échappait.
Il haussa un sourcil, jetant un coup d'œil à sa poche intérieure où dépassait l'angle d'une enveloppe qu'il n'égarait jamais trop loin -à meilleure raison si le futur lui révélait d'autres absurdités digne de ce qu'il y avait d'écrit là-dedans.
- Pour rien, conclut-il dans un haussement d'épaule.
- Vous n'avez pas beaucoup de vocabulaire pour un prétendu prof de philo, se moqua-t-elle le poussant d'un coup taquin dans le bras.
Il bascula légèrement sur la gauche, non sans lâcher un petit râlement comique et caractéristique de son personnage qui adulait se faire malmener par les femmes qu'il rencontrait aux confins de l'Univers.
- Etes-vous certain que ça va ? l'interrogea-t-elle un peu plus sérieusement.
- Oui, pourquoi ?
- Je ne sais pas… vous avez l'air…
- Quoi ? s'impatienta alors l'extraterrestre désappointé à l'idée qu'elle ne résolve encore les noirs mystères de son coeur.
- Déçu, exposa-t-elle après une brève analyse.
- Ha ! N'importe quoi ! se défendit-il théâtralement en se lançant vers l'avant d'un pas plus animé, histoire de masquer son attitude calimeronienne un peu trop flagrante.
- Qu'est-ce que ne vous plaît pas chez Paul ? poursuivit Kate sans relâche et loin d'être dupe.
Paul ! songea aussitôt le Time Lord. Le nom avait éclaté dans son esprit avec la déflagration d'un obus de la Première Guerre qui s'écrasait sans prévenir dans votre tranchée… Il secoua la tête et leva les yeux au ciel, un peu fautif de penser pareille sottise. Après tout, si Kate l'avait épousé, ce devait probablement être un type bien… probablement.
- Il est trop vieux, bougonna-t-il en chutant dans un petit caillou noir campé sur son chemin. Au moins quinze ans d'écart !
- Ah oui ? réagit-elle un peu lésée par cette remarque désobligeante. Rappelez-moi voir notre différence d'âge à nous deux ?
- Pourquoi, vous voulez vous m'épouser ? s'interloqua le Docteur en s'arrêtant net, un peu choqué lui-même de dette idée.
Kate ouvrit la bouche, mais ne trouva pas grand-chose à dire, tant la question lui parut directe et franche.
- Je… euh…
Elle, secoua la tête, se ressaisit, et il en fit tout autant, reprenant sa marche rapide, oubliant dans la seconde cette scène quelque peu décalée qui avait eu le don toutefois de leurs clouer le bec à tous deux.
- Non, expliqua alors posément Kate aussi menteuse que le meilleur des dentistes sur Terre, je disais ça parce que j'ai le même âge que Rose et que, aux dernières nouvelles vous avez bel et bien finit avec elle !
- Pas moi, mais mon double humain…, nota sombrement le Docteur en se remémorant cette scène à la fois magnifique et tragique où sa bien-aimée avait élu pour compagnon de toujours son reflet génétique. Il n'était âgé que de quelques heures.
- Comme quoi l'amour n'est réellement pas une question d'âge !
- Certes, convint-il dans un hochement de tête un peu réticent.
- Et puis vous savez quoi ? l'enjôla-t-elle d'une voix mielleuse emplie de farce et de malice.
- Quoi ?
- J'aime bien les vieux !
Ils se sourirent mutuellement, le Docteur prenant pour lui ce compliment placé sous forme de plaisanterie, puis, après quelques minutes encore de marche, ils atterrirent devant le Tardis, cette blue box typique des années 50 qui vous faisait voler d'un bout à l'autre de l'Univers, vers de nouveaux mondes toujours plus singuliers et extraordinaires.
- On y va ? s'empressa-t-elle en sautant dans la machine infernale.
- Où ? s'étonna le Gallifréen à sa suite.
- Aucune idée ! Une galaxie lointaine, très lointaine ! Un monde hyper futuriste où les habitant portent de vieilles tuniques dignes du Moyen-Âge ! Une comète composée d'or et d'émeraudes, une nébuleuse en pleine activité ou que sais-je encore ! Ne me dîtes pas que vous voulez arrêter la série ! se renfrogna-t-elle rembrunie.
- Quoi ? Quelle série ?
- Laissez tomber…, soupira-t-elle dans une moue dédaigneuse.
Le Docteur fronça les sourcils, déconcerté. Parfois -et il n'avait pas peur de le reconnaître !- il ne la comprenait vraiment pas. Il s'approcha de la console centrale, un sourire d'enfant gâté fleurissant sur son visage si expressif, ce même visage qui arborait au début de cette longue aventure un désespoir à vous meurtrir de l'intérieur.
- C'est à moi de choisir ?
- J'ai confiance en vous, acquiesça-t-elle avec plus de sincérité qu'elle n'aurait voulu le témoigner.
Ils l'ignoraient tous deux, mais ces mots s'avéreront cruciaux pour la suite de cette saga.
- Mais Paul ? réagit-il avant d'enclencher le mécanisme de départ. Vous l'abandonneriez ?
- Je ne l'abandonne pas, relativisa Kate un peu fautive. Avec votre poubelle volante on peut partir des semaines et revenir pour le dîner de ce soir, ni vu, ni connu !
- Arrêtez de l'appeler « poubelle volante » ! s'emporta alors le Gallifréen mécontent. Ce n'est pourtant pas compliqué de prononcer le mot « TARDIS ». T-A-R-D-I-S !!! Elle va se vexer à force !
- Peut-être, ricana-t-elle en se rapprochant dangereusement sur sa gauche -la limite des cinquante centimètres fondant comme neige au soleil-. Mais j'aime bien vous embêter !
- J'avais remarqué, répondit-il tout aussi enjôleur, sans la quitter de son regard chocolat qui avait la fâcheuse habitude de lui attirer les foudres les plus mortelles des femmes les plus convoiteuses.
Il réalisa soudainement la gêne de la situation et, craignant probablement de voir un certain Parker Lewis armé d'un appareil photo débarquer dans son Tardis, il exécuta plusieurs pas sur la droite, creusant l'écart les séparant. Il noua ses doigts et tendit les mains vers l'avant, tout comme les plus grands pianistes de ce monde qui adulent faire crisser leurs vieux os avant leur symphonie, puis manoeuvrant quelques leviers et autres manivelles extraterrestre, il se crispa brusquement, en proie à une requête pressante :
- Il me manque quelque chose ! Impossible que je parte à l'aventure sans ! L'équivalent de ma Bible ou de mon Graal, à vous de voir.
- C'est ça, encore un peu et vous allez me dire que vous êtes l'auteur de la Bible.
- Non, je ne l'ai pas rédigée en entière…, avoua-t-il dans un haussement d'épaules quelque peu déçu.
- Quoi ? s'éberlua la jeune femme bouche bée.
Il lui adressa un sourire tout ce qu'il y a de plus mystérieux puis tira sur l'un des nombreux leviers rouillés –il devait s'occuper de nettoyer toute cette oxydation-. L'engin fut saisit d'un tremblement sinistre –quoique familier- et s'évapora progressivement de sa cachette dans une mélodie extraterrestre, pour finalement atterrir dans un des plus spacieux locaux d'entretien de la si vaste Université où il avait séjourné quelques temps.
- Je vais récupérer mon imperméable, expliqua-t-il alors pour éluder tout mystère.
Kate changea soudainement de couleur et vira au rouge pivoine, ses membres se raidissant soudainement sous l'effet boomrang de cette nouvelle quelque peu inopinée.
- Votre imperméable ? répéta-t-elle d'une voix cassée.
- Quoi, ne me dîtes pas que vous n'avez pas remarqué je me balade sans mon chaperon !
- Ce long manteau marron qui vous sied à merveille ? Qui élargit vos épaules et vous procure l'apparence d'un demi-dieu lorsque vous vous trouver en plein vent ou lorsque vous détalez les rues sans trop savoir vous-même ce que vous cherchez ? Typiquement doctoresque !
Le Docteur dodelina de la tête suite à cette description pour le moins admirative, tâchant de ne point trop faire preuve d'arrogance, fier bien malgré lui de toujours impressionner ses compagnes de fortune.
- Oui, je l'ai oublié à mon casier, dans les quartiers des professeurs. Je n'en ai pas pour longtemps.
- Ah bon…, marmonna Kate les yeux rivés sur ses chaussures.
- Vous m'attendez dans le Tardis ? Je ne devrais pas en avoir pour longtemps, déclara-t-il.
- Oui je préfère ! réagit-elle alors brusquement.
Le Docteur fronça les sourcils, méfiant devant un comportement si étrange. Barf, que craignait-il après tout ? Sa compagne l'avait finalement rejoint et ne semblait visiblement pas prête à l'abandonner, ni lui ni sa « poubelle volante ». D'un certain côté, il se sentait heureux ainsi, d'un autre, il craignait que cette histoire ne tourne à nouveau au drame, comme c'est toujours le cas…
Il s'aventura dans les couloirs, croisa foule d'élèves et d'enseignants, tous plus ou moins pressés, ambulant en tous sens dans une multitude de classes, tant et si distraits qu'il heurta une vingtaines de passants avant de recouvrer le chemin menant au petit espace de rangement qu'on lui avait attribué, au rez-de-chaussée. Il s'apprêtait à l'ouvrir lorsqu'une voix l'interrompit en pleine action :
- Allons donc Monsieur John Smith, vous nous quittez déjà ?
Le Docteur se retourna et découvrit Newick, habillée élégamment d'un tailleur noir, portant multitude de bagues massives à ses doigts bouffis, maquillée avec soin et coquetterie.
- Nathalie ! s'exclama l'extraterrestre ravi. Je suis comblé de voir que vous vous portez mieux !
- Plaisir partagé Docteur.
- Docteur ? répéta ce dernier confus. Alors depuis le début vous saviez que…
- Sarah Jane est une amie, expliqua-t-elle dans un hochement de tête. Son fils étudie ici. Je lui avais fait part des nombreuses disparitions qui avaient lieu dans notre établissement, mais étant sur une autre affaire, elle n'a fait que m'assister par téléphone. Et puis, vous avez étrangement posé votre candidature en tant que John Smith. Je lui en ai parlé et elle m'a confirmé que vous seriez l'homme idéal pour résoudre le problème.
- John Smith est pourtant un nom courant…, advint le Gallifréen un peu vexé que sa couverture n'est pas sut tromper son entourage.
- Certes, mais reconnaissez que cela contribuait à beaucoup de coïncidences simultanées !
Elle s'approcha et lui tendit la main, à la fois respectueuse et reconnaissante :
- Merci Docteur. Je serais probablement morte à cette heure si vous n'aviez été là… J'ai même été promue Proviseur de cet établissement ! déclara-t-elle fièrement.
- Qu'est-il advenu de l'ancien ?
- On l'a condamné pour faute grave de négligence et d'ingérence. Il n'avait pas à passer outre toutes ses disparitions.
Le Docteur hocha la tête, satisfait en somme qu'il régnât encore un semblant de justice dans cet Univers passablement abusif. Il jeta un coup d'œil d'un bout à l'autre de l'établissement, sillonna les cours, les escaliers et les bancs, puis décréta le plus solennellement du monde :
- Prenez soin de cette école et de ses élèves.
- J'y compte bien. Au revoir Docteur.
Il l'observa partir, un sourire nostalgique étirant soudainement son visage. Peu de gens le savaient, mais lors de la prochaine Guerre Mondiale, tandis que Londres serait bombardée par les forces ennemies, mise à feu et à sang, Nathalie Newick accueillerait et protégerait au sein de son Université tous les jeunes de la cité, bataillant contre l'envahisseur avec la rage d'un bull dog, ne cédant jamais son bâtiment ni ses enfants aux légions étrangères et sauvant ainsi par cette même occasion deux milliers de bambins désespérés.
- Et oui, on ne sait jamais ce que la vie vous réserve, se chuchota-t-il à lui-même.
Il ne croyait pas si bien dire… Dégainant son tournevis sonique, il déverrouilla son casier dans un cliquetis métallique suspect. La porte s'ouvrit, révélant au Gallifréen la chose la plus abominable qu'il lui eut été donné d'assister :
Le casier avait été saccagé, forcé au chalumeau et son imperméable… pouvait-on encore parler d'« imperméable » ? A dire vrai, le manteau avait tout simplement fondu sous l'assaut d'une substance hautement corrosive, révélant lambeaux de tissus, moisissures réactionnelles et poussières corpusculaires. Le Docteur l'observa bouché bée, ses cœurs cessant soudainement de battre. Il tendit un bras fébrile vers ce lots de haillons troués de part et d'autre, cette serpillière tout juste bonne à nettoyer la cuvette des toilettes, encore pendue par on ne sait quel miracle à un cintre métallique lui-même recouvert d'une épaisse rouille. Il pouvait sans mal flairer l'arme du crime : un mélange hautement corrosif à base de fluor et d'acide chlorhydrique.
Son manteau, son si beau manteau. Assassin ! Meurtrier ! Infamie ! Damnation ! Ô rage, ô désespoir ! Qui avait osé s'attaquer à lui de la sorte ? Qui s'était permis de porter atteinte à son image, son identité ? Faire fondre son manteau, s'était comme lui raser la tête ! Lui arracher un bras, une jambe ! Qui ? QUI ?
- KAAAAAAAAAAAAAAAAATE !!! beugla-t-il tel un aliéné à travers tout l'établissement.
FIN
