Le sommeil me quitta lentement. J'avais passé une nuit particulière, à me réveiller souvent pour vérifier si tout cela était bien réel. Je n'ouvrais pas les yeux, je n'en avais pas besoin. Je sentais ses bras chauds autour de moi, son corps sous le mien, son manteau rouge qui nous couvrait tous les deux. Et je me rendormais, en sécurité près de lui.
Le jour était à peine entamé, je le voyais entre mes paupières entrouvertes. Je levai la tête pour regarder Inuyasha, mais il ne dormait pas. Ses yeux étaient déjà sur moi. Il y avait une telle tendresse dans son regard. J'en avais le cœur remué et je ne pus empêcher un grand sourire de monter à mon visage. Il me serra fort et je posai mes lèvres dans son cou. Un premier rayon de soleil atteint la branche où nous étions étendus. Le ciel était teinté d'orange et les cheveux d'Inuyasha brillaient comme de l'or. Il me sourit, et je vis un reflet de lumière briller sur ses prunelles. Je lui demandai :
- Tu as bien dormi?
- Non. Pas beaucoup. J'ai préféré te regarder.
- Oh…
- J'avais peur que tu disparaisses. De m'endormir et de me réveiller seul.
Je ne sus pas quoi lui dire, alors je le serrai un peu plus.
- J'en ai souvent rêvé avant. Que tu revenais, puis qu'un malheur détruisait tout.
- Mais non! Tout ira bien voyons!
Inuyasha gardait une mine douteuse. Il y avait quelque chose de plus.
- Allez. Avoue. Qu'est-ce qui te tracasse vraiment?
Il me serra plus fort et, d'un seul bond, il sauta par terre. Il me déposa doucement au sol et je sentis tout de même mes muscles courbaturés.
- Rien voyons. Tout ira bien, comme tu dis.
- Eh! Parle-moi!
Il soupira et me dit, d'un ton résigné :
- Ce soir, c'est la Nouvelle lune.
- Ah… Et tu prendras ta forme humaine.
- Oui! Je n'aurai plus de pouvoirs, je ne pourrai pas te protéger, on pourrait être attaqués, tu pourrais mourir, tu…
- Inuyasha! Calme-toi!
Il s'arrêta de parler tout net.
Pendant toutes ces années, avec tous les ennemis que nous avons eus, le Shikon no Tama, jamais ta période humaine n'a fait mourir personne. Je ne sais plus où vous êtes, mais il doit y avoir moins de menaces maintenant, non?
Mmm.
Il n'était qu'à moitié convaincu.
- Et puis, nous avons des amis sur qui nous pouvons compter. Nous ne sommes pas seuls.
- Mmm.
- Viens, allons les rejoindre.
Je le pris par la main et il se mit à marcher avec moi vers le village. En chemin, j'en profitai pour lui dire :
- De toute façon, j'ai toujours trouvé cela fascinant de te voir humain.
- Hein? Mais qu'est-ce que tu lui trouves à ma forme humaine?
J'avais rougi un peu.
- Eh bien, je ne sais pas moi! Le changement de couleur de tes cheveux, tes ongles, ton regard est plus doux… Quand tu es comme ça, je t'ai trouvé vu plus accessible, plus proche de moi.
- Oh… Plus proche, hein?
Inuyasha s'était approché, il avait glissé sa main le long de mon dos et s'était arrêté sur mes fesses. J'avais maintenant le visage en feu. Il libéra mon oreille avec son autre main et se pencha pour me chuchoter :
- Il faudra que tu me montres jusqu'à quel point tu me voyais « proche »…
Je crois que je n'ai jamais été plus gênée. Je ne sais pas où je trouvai le courage de lui dire, d'une petite voix :
- Mmm. Je t'occuperai assez que tu ne penseras plus à rien d'autre qu'à moi…
J'étais fière de moi. Il semblait tétanisé et il avait rougi lui aussi! Tout à coup, il y eut un déclic dans ses yeux, il se pencha vivement vers moi et il m'embrassa passionnément. Comment résister à un tel baiser? Je le serrai contre moi pendant que je lui répondais, déjà affamée de lui.
- Quel beau paysage, ce matin!
Miroku, les bras croisés et le regard triomphant, était posté un peu plus loin. Les lèvres gonflées, encore mouillées de ce baiser féroce, je me mis à rire.
- Alors Inuyasha, tu t'es finalement décidé à perdre ta virginité.
- Mirrrrroku! Espèce de sale…
- Oh! Oh!
Miroku se mit à courir vers le village, poursuivi par Inuyasha. Il n'avait pas changé ce moine, même s'il était trois fois père!
Je les suivis plus lentement. Quand j'arrivai à la maisonnette, Sango était dans la pièce où je devais dormir. Elle se tourna vers moi, le sourire aux lèvres.
- Je vois que tu n'as pas utilisé ce lit, cette nuit, chère Kagome.
Je rougis encore et je lui répondis, en passant la main dans mes cheveux :
- Euh… non… Aille!
J'avais trouvé un brin d'herbe piquant dans ma chevelure.
- Après toutes ces émotions, tu as besoin d'un bon bain et d'un coup de peigne. Je vais te préparer l'eau chaude.
- Merci Sango.
Elle quitta les lieux avec un grand sourire et je m'approchai du futon. J'avais un peu sommeil. Pourquoi ne pas m'étendre cinq minutes? Dès que j'eus fermé les yeux…
J'ouvris lentement les yeux. J'avais dormi beaucoup plus longtemps que je ne l'avais prévu. Je voyais la lumière se glisser sous la fente de la porte. Les enfants courraient dehors et les gens parlaient. Vraiment, je devais très fatiguée pour avoir dormi si profondément. Je me demandai ce que faisait Inuyasha. Je pris le temps de m'étirer puis je me levai.
Inuyasha était juste à la sortie de la maisonnette et lui aussi fixait la course du soleil. Dans moins d'une heure, ce serait le crépuscule et il prendrait sa forme humaine. Il se tourna vers moi.
- Sango t'a préparé un bain de fin d'après-midi.
- Eh? Elle savait que j'allais me réveiller?
- Non. Mais moi, si. Depuis quelques minutes, tu n'arrêtes pas de bouger.
- Oh! Merci!
Il se tourna vers le ciel bleu et dit:
- Je vais rester dans la chambre ce soir, pour éviter que les gens voient ma forme humaine.
- Mmm. C'est une bonne idée. Je viendrai souper avec toi un peu plus tard.
Il m'embrassa légèrement sur la bouche et entra dans la pièce. De mon côté, j'avais le goût de prendre ce bain, alors je me dirigeais vers la salle d'eau. Sango n'était pas là, mais elle avait laissé une serviette. La vapeur de l'eau envahissait toute la pièce. J'avais apporté mon vieil uniforme dont j'avais laissé un exemplaire ici avant de partir. Il sentait encore bon et semblait avoir été entretenu par une main bienveillante. En entrant dans le bain, je me demandai si Sango se doutait déjà que j'allais revenir.
L'eau chaude calma toutes les irritations de ma peau. Mes muscles relaxèrent enfin. Je n'avais pas pensé à inviter Inuyasha à prendre un bain avec moi. Je me sentis rougir rien que d'y penser. Cette situation était si nouvelle. Pouvions-nous déjà nous afficher ensemble devant tout le village? N'allions-nous pas trop vite? Mais bon, après tout, cela faisait trois ans que les choses trainaient. Nous ne faisions que rattraper le temps perdu. Maintenant que j'étais revenue, je ne supporterais plus que les non-dits entre nous. Je l'aimais, j'avais tant le goût de lui dire et de le montrer à tout le monde. C'était comme si je ne pouvais plus retenir le bonheur qu'on soit ensemble. Les autres devraient s'y faire.
Lorsque je fus de retour devant la porte de la maisonnette, je portais le repas. Inuyasha sentit tout de suite l'odeur de la nourriture et il sortit pour m'aider à installer tout cela à l'intérieur. Une pensée me passa à l'esprit: on aurait dit que nous étions en voyage de noces. Tout le village semblait s'être entendu pour nous laisser seuls, les gens ne pensaient qu'à nous faciliter la tâche. Nous avions déjà une petite maisonnette rien qu'à nous, on nous préparait le souper et les bains, les amis se tenaient un peu à distance et même les moqueries de Miroku semblaient bien douces. Finalement, je n'avais pas à m'inquiéter. Les villageois acceptaient déjà la situation. Tout le monde semblait comprendre si bien.
J'étais chanceuse comme une nouvelle mariée. Inuyasha... mon Inuyasha! Il était si attentif, si gentil avec moi. Je lui souris dans la lumière du soleil couchant. Il rendit mon sourire et s'arrêta pour me voler un baiser-surprise.
Le souper se déroula dans le silence, nous pensions tout les deux à autre chose. Lentement, la lumière baissait, mais nous n'y faisions plus attention. Il y eut de plus en plus de tension dans l'air et je sentais son regard me parcourir. Je devins tout à coup consciente de chacun de mes gestes. Mes mains tenant les baguettes qui pinçaient un peu de riz. Je le portai à ma bouche, j'ouvris les lèvres et je jetai un coup d'oeil à mon amoureux. Il ne mangeait plus et je m'arrêtai moi aussi.
Il s'approcha, me retira le bol des mains et le déposa sur le plateau. Il me dit, en souriant malicieusement:
- Je suis jaloux de ce riz.
- Oh... Alors...
Je fis descendre sa chemise blanche et je déposai de petits baisers sur ses épaules. Il ferma les yeux. Je continuai vers son torse, tout en continuant à le dévêtir. Bientôt, il fut torse nu. Il resta immobile pendant que je glissai mes lèvres sur son ventre. Ma bouche remonta lentement jusqu'à son cou, mais je m'arrêtai avant d'atteindre ses lèvres. Il me regarda intensément, puis il m'appuya contre le mur de la maisonnette en m'embrassant avec passion. J'en eus des frissons. Une de ses mains s'accrochait à mes cheveux, l'autre glissait sur mes jambes, encore sensibles par le bain chaud que je venais de prendre. Doucement, il remonta le long de ma cuisse en appuyant légèrement ses ongles. Il s'arrêta à la courbure de mes fesses. La chair de poule monta jusqu'à mon cuir chevelu. Son souffle de plus en plus rapide caressait mes joues.
Il me souleva sans arrêter son baiser. Le contact de ses bras qui supportait mon poids était si familier. Il me semble qu'il m'avait si souvent transporté contre lui. Que la chaleur de son corps et l'odeur de sa peau me rappelaient des souvenirs où j'étais bien. Où j'étais près de lui. Où je me sentais chez moi. J'entrouvris les yeux. Pendant nos échanges, la nuit était tombée. Inuyasha avait les cheveux sombres, les traits lissés et ses oreilles particulières étaient maintenant bien humaines. Je savais que ses ongles n'étaient plus des griffes et que les crocs de ses dents n'étaient plus aussi aiguisés. Il me déposa sur le futon en se couchant sur moi et j'en profitai pour l'embrasser plus intensément. Je passai les mains dans ses cheveux et je caressai sa nuque. Un son grave vibra dans la gorge d'Inuyasha.
- Alors, tu veux bien faire l'amour à ton pitoyable amoureux humain, Kagome?
- Mmm... Je ne crois pas qu'il soit pitoyable, mais j'adore quand il se décrit comme mon amoureux.
Il me répondit en entrecoupant ses paroles de baisers:
- Ton amoureux... ton hanyou... ton amant... ton mari... le père de nos enfants... Comme tu veux, Kagome. Je veux être tout ça pour toi.
Les larmes m'étaient montées aux yeux et j'avais la gorge serrée. Je n'arrivais plus à parler.
- Je t'aime, ma Kagome.
Je ne dis rien, mais je réagis autrement. Ce soir, je voulais que ce soit une nuit dont on se souviendrait.
