Chapitre 3
Note : Merci à toutes pour vos reviews :)
Un chapitre un peu court, pour la simple et terriblement bonne raison que le troisième sera insupportablement long.
*** Vous remarquerez que j'ai changé de temps... Je suppose que cela peut être déroutant, navrée pour celle que cela gênera.
Ce n'est donc pas du présent, mais le temps du récit. Ce n'est pas un flash back, mais bien la continuité du chapitre 2.
Bonne lecture!
Sam s'éveilla en sursaut dans une obscurité totale, le souffle court, la gorge cotonneuse, trempé de sueur. Son cœur cognait à tout rompre et il se sentait complètement perdu – tellement perdu qu'il crut un instant qu'il tombait et se retint à son lit.
Il ferma les yeux quelques secondes, essayant de retrouver ses esprits, de rassembler ses pensées.
(Tu es là).
Il rouvrit les yeux et découvrit une fenêtre, une table de nuit et une lampe.
(Au Red Night Motel, à Mannathan).
Il se détendit. Le point de référence donné, tout se remit en place avec un petit déclic rassurant, et Sam se demanda comment il avait pu se sentir si désemparé, ne fût-ce qu'un instant.
Question à laquelle il su répondre à la seconde où il se la posa…A cause du cauchemar.
Bon sang, il était atroce. Sam ne se rappelait pas en avoir fait d'aussi terribles depuis…pas si longtemps. Des rêves sanglants qui empoisonnaient une trop grande partie de ses nuits depuis son adolescence, et s'étaient multipliés, maintenant qu'Azazel envahissait sa vie.
Il prit à deux mains le radio réveil de voyage posé sur la table de nuit et l'approcha tout près de son visage. Trois heures et quart du matin.
A côté de lui, Dean dormait profondément, et maintenant que ses yeux s'étaient accoutumés à l'obscurité, Sam distinguait son corps allongé bien droit sur le dos.
Dean avait rejeté le drap au pied du lit – à moins que e ne soit lui…il ne se rappelait pas – et poussa un faible gémissement lorsqu'il effleura son omoplate du bout des doigts, le couvrant d'un regard où perçait nettement l'inquiétude.
Sam avait pénétré dans une clairière et avait vu…Mais déjà, l'image s'effilochait alors que le jeune homme essayait de se remémorer son rêve.
A l'autre bout de la clairière se dressait à pic un mur gris de peut-être trois cent mètres de haut. A environ six mètres du sol apparaissait une caverne – non, ce ne semblait pas même assez profond pour être une caverne. Il ne s'agissait que d'une niche, une sorte de dépression dans la roche, un renfoncement dont le bras formait un palier.
Dean se tenait tapis à l'intérieur, le corps lacéré de toute part, ruisselant de sang. Il essayait d'échapper à une espèce de monstre qui tentait d'atteindre la cavité, de l'atteindre et puis d'y entrer. De l'attraper. De le dévorer. On eût dit la scène du premier King Kong, où, après avoir projeté tous ceux qui sont venus secourir Fay Wray, le grand singe tente de s'emparer de l'unique survivant.
Mais le rescapé s'est réfugié dans un trou et King Kong n'arrive pas à l'en faire sortir.
Dans son rêve, le monstre n'avait rien d'un grand singe, pourtant.
Il s'agissait d'un…d'un quoi ? Un dragon ? Non, pas du tout. Ce n'était ni un dragon, ni une créature qu'il avait déjà affronté, ni un dinosaure, et encore moins un troll.
Sam ne parvenait pas à se le représenter. Quel qu'il fût, le monstre n'arrivait pas à atteindre la cavité et à attraper sa victime ; il attendait donc devant son refuge, tel un chat guettant la souris avec une patience infinie.
Sam se mettait à courir, mais accélérait-il le pas qu'il ne se rapprochait pas le moins du monde du mur.
Il entendait son frère l'appeler, crier son nom d'une voix désespérée et brisée par la douleur. Mais ses propres paroles, quand il voulait lui répondre, mourraient à moins d'un mètre de ses lèvres.
Il voyait le sang. Une marre pourpre, toute en longueur, qui serpentait entre les pierres dispersées dans la clairière et éclaboussait ses vêtements à chacune de ses foulées.
Sam courrait plus vite encore, les battements de son cœur lui martelant les oreilles, mais il se faisait l'impression d'être un écureuil dans sa roue. En regardant au pied de cette haute muraille grisâtre, il avait vu un tas de vieux ossements et de crânes grimaçants, dont certains tapissés de mousse verte.
Ce fut à ce moment-là qu'il s'éveilla.
Qu'était ce monstre, en fin de compte ?
Il ne pouvait s'en souvenir. Le cauchemar lui apparaissait déjà comme une scène observée depuis le mauvais bout d'un télescope.
Il laissa échapper un soupir tremblant, détacha comme à regret les yeux du visage paisible de son frère, lança ses jambes hors du lit, se dirigea sans bruit vers la salle de bain et referma la porte derrière lui.
Ses mains cherchèrent l'interrupteur une quinzaine de secondes avant de le trouver. Lorsque la lumière inonda la pièce, l'éblouissant un peu trop violemment à son goût, Sam s'avança jusqu'au lavabo, s'aspergea le visage d'eau tiède, en recueilli dans ses mains recourbées et la porta à ses lèvres. Lorsqu'il se souvint que la température n'était pas adéquate, il était trop tard. Une petite grimace traversa son visage alors que son estomac lui témoignait un court instant son désaccord.
Il leva le menton vers le miroir suspendu au-dessus du robinet.
Des cernes soulignaient ses yeux et sa joue droite était marquée d'une zébrure rosâtre, là où l'extrémité de l'oreiller avait été pressé.
Sam était épuisé, et savait par expérience qu'il ne parviendrait plus à dormir.
D'un pas traînant il regagna la chambre. Il allait rejoindre Dean et attendre son réveil lorsque son regard croisa les dossiers posés sur la table de nuit.
Il hésita une seconde. Si ses réflexes n'étaient pas assez rapides et que Dean le surprenait avant qu'il n'ait le temps de se précipiter sous les couvertures, son frère ne manquerait pas au devoir qui devait être inscrit dans ses gênes et le sermonnerait.
Finalement, il s'en empara. Il avait en haute estime l'opinion de Dean quant à son sommeil mais se laissait guider surtout par la sienne.
Une serviette éponge enroulée à ses hanches (partir à la recherche de vêtements risquait de réveiller son frère), il s'assit à côté du lit. A la lumière d'une petite lampe torche qu'il dénicha dans le sac de son frère – au prix de deux longues minutes où il fut presque en apnée, le plus léger froissement de feuille lui faisant l'effet d'un bruit à assommer un éléphant – il entreprit d'étudier minutieusement les dossiers ainsi que des notes gribouillées par son frère.
Il découvrit une part non négligeable de précisions macabres, et supposa que Dean avait volontairement préféré les lui taire.
La feuille froissée que son frère avait noirci révélait des informations troublantes :
Ça, il le savait déjà, mais les couples Cartson et Monoley confiaient exactement le même détail, à deux où trois mots près : Quelques jours avant qu'il ne soit assassiné, leur enfant paraissait plus détendu, plus heureux…amoureux, en somme.
Sam se rappela l'âge des enfants, et n'eut pas trop de difficultés à saisir l'importance que ce comportement avait aux yeux des parents : leur progéniture était en crise d'adolescence plus ou moins aigue. Des jeunes rebelles qui, la plupart du temps, ne trouvaient satisfaction qu'en contredisant systématiquement ceux qui les avaient mis au monde.
Il se trompait peut-être (heureusement pour les tous les Cartson et Monoley du monde entier, il existait des ados comme celui que Dean – et lui, pas tout le temps mais beaucoup trop à son avis – avaient été : obéissants, respectueux, et que l'idée de se pendre parce que Trucbidule refusait de les aimer n'avaient jamais traversé).
Mais si les ados Monoley et Cartson représentaient l'opposé de cette élite, pas étonnant qu'une soudaine montée de bonne humeur ait marqué l'esprit des deux couples.
Ce qu'il ignorait, c'est que les parents des quatre victimes avaient reçu, soit par courrier soit par l'intermédiaire d'une messagerie sur ordinateur, une photo de leur progéniture.
Sans un mot d'explication, juste une photo. Ils ne s'en étaient pas formalisés dans l'instant, attendant d'en parler à leur enfant respectif. Sauf qu'ils ne les revirent jamais.
Les techniciens ne décelèrent aucune emprunte sur les photos envoyées par enveloppe, et les experts en informatique eurent beau remonter la piste de l'expéditeur le plus loin possible, ils furent incapables de trouver le moindre indice sur son identité.
Des envois anonymes fait depuis une bibliothèque, et des cybercafé.
Puis Sam appris qu'Alex Monoley, du haut de ses dix huit ans, avait vidé la totalité de l'argent que contenait son compte bancaire, le jour de sa mort. Soit mille cinq cent dollars en liquide. Il prévoyait visiblement de mettre les voiles : Sa mère avait déniché un sac de voyage remplit de la majeure partie de son linge, sous son lit.
Sam se frotta l'arrête du nez entre le pouce et l'index, ferma puis rouvrit ses yeux douloureux plusieurs fois – lesquels fatiguaient devant l'effort que leur demandait une lecture avec le faible trait de lumière de la lampe torche.
Puis il parcouru le reste des notes rapidement, su au passage que les amis de Kevin Gleen étaient certains de l'avoir vu « rouler une pelle » à un homme, « planqué derrière un bar de pédales ». Ce qui traumatisaient ces innocents jeune hommes, pourtant convaincu que Kevin haïssait les homosexuels autant qu'eux sinon plus.
- Débiles, murmura Sam, ramenant la feuille un peu plus près de ses yeux.
Juste en dessous de ce témoignage - que Dean avait écris en appuyant si fort le stylo sur le bout de papier qu'il en était presque déchiré, nota Sam - il était écrit : « Gleen tabasse un couple homo 2 jours avant sa mort . D'après débiles, arrive souvent ».
L'ombre d'un sourire glissa sur les lèvres de Sam lorsqu'il lu le mot qu'il venait de prononcer ; il passa au dossier Cartson.
Son frère lui avait livré une grande partie de son contenu, mais les odieuses circonstances de la mort de l'adolescente le prirent à la gorge aussi vivement que la première fois.
Lorsqu'il le referma, les traits crispés dans un mélange de concentration et de dégoût, il fut absolument certain de son hypothèse.
C'était un Hyred.
Une créature proprement infecte. Un être mis au monde par un vampire et une sirène – sirène prenant au préalable l'apparence d'une femme, et ainsi capable d'enfanter, cela va de soi.
Croisement que Sam n'aurait jamais cru possible si Bobby ne lui avait pas certifié le contraire.
L'Hyred se complait dans les tortures les plus abjectes, les plus insoutenables. Notamment la crucifixion, qui reste sa préférée.
Il séduit ses victimes avec une extrême facilité, le physique aidant, les conduits dans un endroit reculé, en règle générale, et l'enfer des malheureux qu'il envoûte commence.
Ce qui, si on donnait raison aux fédéraux sur le fait que l'assassin est un être humain, serait assez déroutant : Kevin Gleen, homophobe et fier de le crier sur tous les toits, retournerait sa veste du jour au lendemain pour se jeter dans les bras d'un homme ? Un vrai homme ?
Peu probable…L'Hyred a l'apparence d'un homme. Homme au sens précis du terme : Jamais un Hyred n'a ressemblé à une femme.
Et lui pourrait donner à Gleen une furieuse envie de le coucher sur un lit, d'un claquement de doigt.
L'une des particularités de la créature est son goût prononcé pour le sang. A l'inverse du vampire, elle ne le boit pas par besoin, mais par plaisir.
Le dossier Cartson mentionne la présence de salive sur l'une des blessures de la jeune fille, et de sang de type A sous les ongles de sa main gauche.
Groupe sanguin identique à celui de l'Hyred…cela faisait beaucoup de coïncidences.
**
Une heure passa, puis deux. Il était presque six heures et les rayons du soleil perçaient à travers les volets. Le léger son que produit Dean en se redressant dans son lit ne sembla pas atteindre les oreilles de son frère.
Dos au mur, son ordinateur posé sur les genoux, Sam était absorbé par l'écran.
Dean poussa un soupir qu'il n'entendit pas davantage.
Dean s'éclaircit ostensiblement la gorge. Ce qui eut enfin l'effet escompté…
Sam tourna brusquement la tête vers lui, l'air plutôt embarrassé. Ses lèvres entrouvertes firent penser qu'il allait dire quelque chose. Ce que Sam failli faire. Au lieu de quoi, il afficha son sourire le plus désarmant, plus charmeur que Di Caprio, Brad Pitt et Tom Cruise réunis.
Dean fronça légèrement les sourcils, prit appui sur son coude.
- Sam ? Puis-je savoir ce que tu fais ? demanda t-il d'un ton très école privée.
La question, tout aussi prévisible qu'elle était, prit pourtant le jeune Winchester au dépourvu.
Il ouvrit la bouche, la referma, déposa l'ordinateur sur le sol et reporta son regard sur l'aîné.
- Je…
Il porta les mains à son front, pressa et ferma les yeux. Il avait l'air d'un étudiant en mathématiques se débattant avec une équation particulièrement compliquée.
- Sam ?
Quand il le regarda à nouveau, Sam affichait son sourire de petit-chiot-impuissant, celui qui faisait craquer les mémés. Il se mit sur ses jambes, et dit doucement :
- Je viens de me lever, désolé si je t'ai réveillé.
Dean le fixa d'un œil torve.
- Essaie encore.
Sam leva les yeux au ciel, posa les yeux sur le lit, mais ne s'assit pas. Sa propre voix sonna bizarrement à ses oreilles, comme si quelqu'un d'autre parlait à sa place, lorsqu'il avoua :
- Je n'arrivais plus à dormir, j'ai lu les dossiers, tes notes… voilà.
Un muscle tressaillit sur sa mâchoire.
Il vit son grand frère fixer son visage comme si c'était une peinture abstraite qu'il cherchait à décrypter ;
Ce qui l'irrita d'un coup.
- Quoi ?! C'est quoi le problème ?! Je ne t'ai pas réveillé, et il fait jour j'te signale. J'ai le droit de travailler.
Le ton de sa voix était monté avant de retomber brusquement. Ses épaules s'affaissèrent.
D'a-ccord… songea Dean. Ca n'allait pas du tout. C'était l'enquête qui troublait son frère comme ça ?
- Qu'est-ce que tu as ? fit t-il du ton de celui qui marche sur des œufs. Qu'est ce que tu as vraiment ?
- Mais rien je…
Sam baissa les yeux, déglutit difficilement, la gorge sèche.
Lorsqu'il eut le courage de rencontrer à nouveau le regard de son frère, ce dernier s'alarma définitivement : La peur était presque palpable sur le visage de Sam. Si la pièce avait été plus éclairée, sa pâleur l'aurait frappé.
- Il faut que je te montre quelque chose.
En trois secondes, Sam ramassa l'ordinateur et s'assit à côté de Dean – qui regarda aussitôt l'écran et ne vit rien d'autre que le fond d'écran qu'il avait toujours détesté. Une plage de sable blanc, un palmier, et la mer à perte de vue. Depuis le temps qu'elle le narguait, cette foutue photo…
- Oui ? Alors ? demanda t-il au bout d'une dizaine de secondes, Sam n'esquissant pas le moindre geste.
L'intéressé mordillait sa lèvre inférieure et semblait se demander s'il ne valait mieux pas pour eux deux qu'il balance l'ordinateur par la fenêtre.
Finalement, il hocha la tête, et posa son index sur une des fenêtres réduites. Il tourna l'écran de façon à ce que Dean puisse bien voir.
- Qu'est ce que…
La voix de Dean mourut sur ses lèvres.
Une photo. De lui et Sam, allongés sur le même lit que celui dans lequel ils étaient actuellement. Une lumière dorée emplissait la pièce, les volets n'étaient pas fermés, et ils semblaient dormir. Sam avait un bras passé autour de sa poitrine, offrait son dos nus à l'appareil photo. On pouvait voir la naissance de ses fesses. Détail qui accentua encore un peu la perte de sang froid de l'aîné.
Il se voyait, allongé sur le dos, pas foutu d'entendre le salaud qui était rentré dans la chambre - soit en crochetant la serrure, soit à l'aide d'un passe partout, soit...bon sang il n'en avait pas la moindre idée - son appareil photo en bandoulière.
Se maudissant lui-même, il s'humecta les lèvres. Elle pouvait avoir été prise les sept jours précédents, mais certainement pas aujourd'hui.
Juste en dessous de la grande image, quelques mots en lettres minuscules :
« Vous n'auriez pas dû vous mêler de ce qui ne vous concerne en rien.
Maintenant, les instants comme celui-là vous sont comptés ».
