Bonne lecture !
" Comme vous le savez, la guerre fut officiellement lancé en 1914. A cette époque, tout le monde était persuadé que la guerre se finirait rapidement. Les volontaires se comptait par milliers, peut importe le camp qu'ils avaient choisis. Un nombre incalculable de jeunes gens furent enrôlés, et l'on partait au combat l'esprit tranquille et l'espoir au cœur. Malheureusement, tout allait bientôt changer. La guerre de mouvement ne dura que quelques mois, avant que ne se créer l'enfer : la guerre des tranchées. Avez-vous déjà vécu les tranchées, Obito-san ?
- Non, j'étais trop jeune pour être engagé.
- Alors bénissez le Ciel chaque jour pour ça. Les tranchées, c'est la mort, la folie, la faim, le froid, les rats, les maladies, le sang, les puces, la peur, l'attente, la boue ... C'est la désolation, les cadavres autour de vous, l'odeur de putréfaction, les bouts de corps qui se baladent, c'est l'horreur des obus, la terreur d'être tué à tout moment, l'atrocité de voir tes camarades réduit en charpie devant toi...
- Kakashi-san !! "
Le médecin masqué reprit son souffle et surtout il reprit contact avec la réalité. Pendant quelques secondes, il était parti si loin ... Il toussota légèrement pour cacher sa gène, puis il reprit :
" - Pardon. Bref, vous l'avez compris, les tranchées, c'est l'enfer sur terre, la pire invention de l'homme. Au début, on recrutait en masse, les volontaires se bousculaient. Puis le temps (et les rumeurs) aidant, les gens ont fini par comprendre que la guerre s'éterniserait, et après deux ans de guerre, après Ypres, après Dardanelles, après Lusitania, poilus comme civils, tous sentaient la lassitude, l'anxiété, les envahir, et on commençait réellement à douter. C'est dans ce contexte qu'intervient Uzumaki Naruto. Il venait d'avoir 20 ans en octobre, et pour aider l'orphelinat dans lequel il avait grandi, il décida de s'engager dans les rangs français, en 1916. On l'envoya dans un régiment dans la Somme, un régiment qui gardait le petit village de Montauban-de-Picardie (ou du moins, ce qu'il en restait). Ce fut là qu'il fut initié à l'horreur, et surtout ce fut là aussi ... qu'il rencontra Sasuke Uchiwa. "
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15 avril 1916, Ruines de Montauban-de-Picardie, Tranchée.
Naruto vivait l'enfer.
Il avait vécu son premier assaut la veille, et à présent il retenait à grand peine ses larmes. La guerre... il savait que la guerre était une horreur, mais ça, ça, c'était au-dessus de tout mots. Comment décrire ce qu'il avait ressenti quand on lui avait confié un fusil ? Quand il avait du se mettre en rang devant les échelles, avec les autres ? Quand il avait entendu les mots du capitaine : " Réfléchissez pas ! Allez-y !! Tuez des Boches !! Foncez dans le tas !! Pour la France !! " ? Quand il avait entendu le sifflet, que ses jambes avaient couru toutes seules ? Qu'il s'était brusquement retrouvé entouré par le feu et le sang ? Quand il avait tiré en aveugle et qu'il s'était couché à terre ? Ils avaient remportés cet assaut, progressé de quelques mètres en territoire boche, c'était une victoire !! Il n'y avait que les sergent qui se répétaient cela et qui y croyaient, tous les jeunes poilus comme Naruto mouraient d'envie de hurler à la tête de ses "chefs de guerre" qui croyaient tout savoir :
" La moitié d'entre nous y est passé !! On est tous blessés !! Certains d'entre nous ont des membres en moins !! On a du tuer des jeunes de notre âges, tous ça pour quelques misérables mètres !! Vous appelez ça une victoire ?! C'EST UNE GROSSE CONNERIE, OUI !!! "
Mais malheureusement, à la guerre, les chefs de guerre décident et les soldats la ferment et tuent. C'est ainsi. La guerre est injuste. C'est pas nouveau. Et Naruto retenait ses larmes difficilement, car il avait compris. C'était clair et net, pas besoin de dessin.
Il allait mourir.
Il allait mourir, dans ce no man's land, entre deux corps en charpie, boches ou français, peut importe. Qui aurait sa peau ? Un obus ? Un tir boche ? Au final quelle importance ? Il mourra comme un con, entre deux tranchées, parce qu'il avait cru comme les autres naïfs de son âge que la guerre ne durerait pas et que ce n'était pas si terrible que ça. CRÉTIN !! Ce mot repassait en boucle dans sa tête. Crétin ! Crétin ! Il n'était qu'un crétin d'y avoir cru, et maintenant il allait payer cette naïveté de sa vie. S'il n'était pas sûr d'y passer prochainement il se tirerait une balle. Mais quel con !! Quand tu vas crever comme un couillon pour un putain de pays qui t'as jamais aidé, qui vas s'occuper de l'orphelinat ? Où Iruka va trouver les fonds pour nourrir les enfants ? T'aurais été bien plus utile à Konoha que dans ce trou perdu à attendre la mort !! CRÉTIN !!
Naruto en était là de ses réflexion, quand une voix bourru l'en tira :
" - Ben alors gamin, t'es blessé ?
- Quoi ?
- T'as l'dos en sang, gamin !! Va à l'infirmerie, et v'la que j'te r'voie pas avant qu'tu soit soigné ! Tu seras plus utile vivant qu'mort !
- ... Pour c'que ça change...
- Allez gamin, déprime pas et vas t'faire soigné. "
Le poilu continua sa route, et Naruto passa une main hésitante dans son dos. Elle en ressortit avec le bout des doigts carmin. Et merde. Poussant un soupir las, Naruto se redressa et partit vers l'arrière. On lui indiqua l'infirmerie, et il s'y rendit rapidement. Quand il avait le dos courbé, la douleur était diffuse, mais à présent qu'il avait le dos droit, il réalisait qu'il devait avoir aux moins 4 ou 5 morceaux d'obus dans le haut du corps, dans les omoplates. Pourquoi je le sens que maintenant ? Merde, et dire que c'est là depuis hier ??? MAIS QUEL CON !! D'une humeur massacrante, Naruto entra dans l'infirmerie.
Sasuke vivait l'enfer.
Ça n'arrêtait pas dans l'infirmerie depuis la veille : des à qui ils manquaient des doigts, d'autres qui avaient la gueule en sang, d'autres encore qui s'étaient brisé des membres ... En voyant la cohorte de blessés qui l'attendait, le jeune infirmier avait senti une intense migraine le prendre. Et ça s'était pas arrangé ensuite, quand il avait du subir la "sélection" : qui serait soigné et qui devrait mourir. Dieu qu'il avait ça en horreur. Le visage de ses hommes qui s'étaient battu, qui avait risqué la mort, qui avaient remportés une "victoire", tout ça pour qu'au bout du compte on leur annonce : " désolé, vous allez mourir, blessures trop grave"; oh oui le visage de ses hommes anéanti par le désespoir le hanterait jusqu'à la fin de ses jours il en était sûr. Et la sélection qu'il avait vécu la veille était sans nul doute la pire de toutes.
Que des jeunes.
Des jeunes de son âge, qui avaient entre 19 et 22 ans. Des jeunes qui avaient encore toutes la vie devant eux. Des jeunes à qui il avait du ôter tout espoir de retrouver leurs familles, leurs amis. Des jeunes qu'il avait tuer, par manque de moyens, de temps, d'auxiliaire... Le pire avait été à ce moment :
" Ventre ouvert. Plaie béante à la jambe. Il est foutu.
- Non.
- Attendez !
- Quoi ?
- Il a reçu une lettre hier. Sa femme vient d'accoucher. Il a un fils ! Il est papa !!
Et merde. Je peux pas. Si je le sauve, d'autres vont mourir. L'intérêt général d'abord. Pardon. Bordel, si je pouvais ...
- Il me faudrait 4 heures pour le sauver, et c'est même pas sûr que j'y arrive. Pour lui la-bas, 1 heure. Pour lui, 2 heures. Et enfin pour lui, 1 heure. Pour un même temps je peux sauver 3 hommes au lieu d'un seul. Donc non.
- Thi ... Thierry ...
- ...
- Mon fils ... Thierry...
- ...
- Je veux ... voir ... mon ...fils...
- Je suis désolé. "
Rien qu'à ce souvenir, Sasuke sentit ses entrailles se nouer. Sa profession l'obligeait à faire un nombre incalculable de sacrifices, chaque jours. "Il sauvait des vies, c'était un héros !!". Mon cul ouais ! Il tuait bien plus qu'il ne sauvait. Foutu guerre ! Sasuke n'avait d'autre désirs que de tout foutre en l'air et de se barrer. Mais il songeait quand même que s'il partait, il serait le responsable de plus de morts encore. Peut-être inconsciemment, mais le résultat serait le même. Moins d'infirmier, plus de mort. La logique était implacable.
Sasuke soufflait un peu. Le poilu à qui il venait de retirer une oreille déchiqueté était sorti et à présent il se retrouvait seul. Affalé sur sa chaise, il prenait une petite pause bien mérité, quand une aide soignante vint lui signaler un nouveau cas :
" - Monsieur Uchiwa ? Il y a un nouveau patient. Je le fais entrer ?
Mais bordel, ça finirait jamais !!
- ... Qu'est-ce qu'il a ?
- Des éclats d'obus dans le dos.
- Depuis quand ?
- Hier, monsieur.
Mais de mieux en mieux !! Ça avait dû cicatriser par dessus !! Il allait devoir rouvrir les plaies, sortir les éclats, désinfecter, mettre des compresses et pour finir bander le dos de son ... Non en fait il pourrait pas bander son dos puisqu'il était à court de bandages ! Il allait donc devoir improviser !! Contenant un hurlement de rage, il déclara à l'infirmière d'une voix sourde :
- C'est bon, je le prend.
- Vous êtes sûr monsieur ? Vous allez pas l'air en ...
- Je. Le. Prend.
- ... Bien monsieur. "
Naruto attendait que l'infirmière veuille bien revenir. Il s'était de nouveau courbé pour que la douleur disparaisse un peu. En entendant les claquements des talons de l'infirmière, il redressa un peu le visage.
" - Monsieur Uchiwa va vous examiner. Suivez-moi. "
Se redressant complètement cette fois, et en retenant un gémissement de douleur, Naruto suivit l'aide-soignante. Elle le fit entrer dans une salle, et le fit s'asseoir sur un lit, lui demandant d'attendre ici et de retirer ses affaires. Puis elle sortit. Luttant contre la douleur, Naruto retira sa veste. Mais quand il voulu retirer son sous-pull, il renonça. Son uniforme était assez encombrant, faut le dire. Bleu vif, il se composait de chaussures marrons, de hautes chaussettes de laines, d'un pantalon rentré dans les chaussettes, d'une veste assez large, d'un sous-pull et d'un casque. Tout cela d'un bleu ciel qui était une pure invitation pour l'ennemi : "vas-y tire, une tâche bleu dans la boue marron, c'est forcément un soldat, tu peux pas te tromper ! ". Quand Naruto avait vu son uniforme pour la première fois, il s'était extasié. Maintenant il le haïssait. Mais comme l'avait si bien dit son lieutenant : " C'est ça, ou c'est à poil ! ". Retenant un soupir, Naruto attendit l'infirmier.
Quand Sasuke sortit de la réserve où il s'était lavé les mains, avait enfilé une longue blouse et où il avait cherché (en vain) d'éventuels bandages, et qu'il vit le dos de son patient, il ne put empêcher un cri de rage.
" Bordel, mais c'est quoi votre problème ? Non seulement vous vous rendez compte d'une blessure pareil bien après qu'elle est eu le temps de cicatriser, mais en plus maintenant des morceaux de pull sont rentré dedans ! Vous faîtes chier !! C'est pas possible des cons pareils !! Vous êtes maso ou quoi ? Merde à la fin !! "
Naruto n'en revenait pas. Ce type qu'il connaissait pas débarquait dans son dos, osait l'insulter, et pire que tout lui manquait de respect ? Tandis que Sasuke se plaçait dans son dos et tentait de voir les dégâts, Naruto répliqua d'une voix sèche :
" - Ben désolé d'être un con, mais bon quand on voit le langage de celui qui va soigner le con, on se demande s'il est pas le plus con des deux !!
- Le plus con des deux va s'emmerder à soigner les plaies du maso qui aurait pu s'en apercevoir bien avant !!
- Je suis pas un maso !!
- Ah bon ? Ben pourtant on dirait !
- Espèce de ... "
Naruto se retourna, bien décider à se jeter sur l'infirmier, et dans le mouvement Sasuke fut entraîner vers l'avant, et c'est ainsi que leurs visages se retrouvèrent à moins de 5 cm l'un de l'autre. Les deux hommes se figèrent. Sasuke ne s'attendait pas à tomber dans un ciel sans nuage et Naruto fut aspiré par un abysse noir totalement envoûtant. Ils ne se lâchaient plus des yeux, dévorants la perfection du visage de l'autre. Sasuke avait un visage fin, aux traits assez durs, mais pas bourru. Sa peau était très blanche, mais d'un blanc agréable, et deux mèches noir-de-jais lui retombant sur les tempes, venaient compléter ce tableau angélique. Naruto, de son côté, avait lui aussi un visage fin, mais dans un autre style que Sasuke. Ses traits, pour l'instant, étaient tirés par la fatigue, mais en temps normal, ils devaient être décontractés et agréables. Sa peau était basanée, ses joues étaient parées chacune de 3 traits fin rappelant des moustaches de chats et ses cheveux blonds totalement désordonnés cachaient parfois ses yeux bleus lagon. Tous deux étaient très beaux, même si ce n'était pas le même genre de beauté : on aurait pu appeler ça une beauté de glace pour Sasuke, et une beauté sauvage pour Naruto. L'infirmier et le soldat refusaient de détourner le regard ne serait-ce qu'une seconde, repérant à chaque seconde un détails de plus qui venait leur confirmer qu'ils avaient en face d'eux un ange, un monstre de beauté inaccessible ...
Un même souvenir leur revint soudain en tête (c'est pratique ça hein), un souvenir d'un après-midi à l'orphelinat de Konoha...
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23 août 1904, Parc de l'orphelinat de Konoha
Naruto courrait à perdre haleine dans le parc, essayant de semer la bande de "grands" qui lui courrait après. Du haut de ses 8 ans, le petit blond avait délibérément fait un croche-pattes au chef de la bande qui avait eu l'audace de lui piquer sa glace. Sauf que malheureusement pour lui, il avait légèrement oublier que le grand en question avait 15 ans et que donc s'il décidait de se venger il ferait pas le poids. Et bien sûr le jeune ado se releva totalement furieux contre le petit blond qui fuyait depuis maintenant 10 minutes à travers les buissons. Une chance pour Naruto, il connaissait bien mieux le réseau de buisson qui bordait le forêt voisine que ses poursuivants. Dégottant enfin un buisson assez grand pour s'y dissimuler, le blond y plongea en priant pour s'en sortir indemne. Mais faut croire que Dieu était en grève cette après-midi là ...
" - J'te tiens !
- Lâchez-le.
... Ou peut-être pas en fait.
Naruto ouvrit les yeux pour découvrir un petit brun de son âge, bien planté sur ses deux jambes, qui fixait la bande des "grands" avec froideur. Le chef, après deux secondes de stupeur, se reprit en riant :
- Voyez-vous ça ! Une demi portion qui tente de m'intimider !! Dégage morveux, j'ai pas de temps à perdre !
- Lâchez-le.
L'ordre avait été réitérer d'une voix glaciale, de ses voix dont vous saviez tout de suite que leur obéir était la seule chose à faire. Le regard de l'enfant était tellement tranchant, tellement violent, meurtrier même, que les ados ne demandèrent pas leur reste et, lâchant le blond, ils déguerpirent à toutes jambes. Le petit brun eut un soupir méprisant, puis commença à partir lui aussi.
- Eh, attend !
- ...
Le brun laissa Naruto le rattraper et se placer devant lui.
- Merci beaucoup. Heureusement que t'était là, sinon j'aurais passer un sale quart d'heure !!
- Hn.
- ...T'es pas très causant ! T'es nouveau ?
- ...
- Tu veux bien qu'on soit amis ?
- Non.
- Hé ! Pourquoi non ?
- Lâche-moi.
- Non ! Soyons amis !! Allez !!
- T'es agaçant comme garçon, va embêter quelqu'un d'autre.
- ... Personne ne veut de moi.
- ...
- ...
- Tsss.
L'enfant reprit sa marche vers l'orphelinat, laissant Naruto seul. Le blond sentit les larmes lui monter aux yeux, et voilà, il s'était encore fait rejeter ...
- Ben alors, tu viens ?
Naruto redressa la tête incrédule. Le brun s'était arrêter et lui tendait la main !
- J'vais pas t'attendre 107 ans !
Le blond sentit un immense sourire lui pousser sur le visage, tandis qu'il courait vers son nouvel ami. Attrapant la main tendu, il demanda quand même :
- Tu t'appelles comment ?
- Sasuke Uchiwa.
- Moi c'est Naruto Uzumaki, enchanté !
Ce fut le début d'une belle amitié, quasi fusionnelle. Les deux garçons se quittaient plus, partageant tout. On ne voyait pas l'un sans l'autre. Beaucoup disaient que leurs sentiments et leurs liens étaient indestructibles. Une belle amitié... qui s'acheva 6 mois plus tard quand le brun fut adopté par un sale type appelé Orochimaru. Ce même tuteur lui enseigna la médecine et le força à couper les ponts avec tout le monde... Naruto se sentit trahi de ne plus avoir de nouvelles, et depuis cet instant il avait cessé de parler de Sasuke ... Pour finir par l'oublier...
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Les deux jeunes hommes se fixaient sans oser y croire. Après 12 ans ... Ils se retrouvaient après 12 ans de séparation ... Sasuke fut le premier à demander confirmation de ce qui lui semblait impossible :
" - Na ... Naruto ?
- Sasuke ... "
Ils continuaient de se regarder dans les yeux, croyant à peine ce que ceux-ci leur montrait, leurs visages se rapprochèrent doucement, leurs yeux se fermèrent inexorablement, leurs lèvres se frôlèrent ...
" - Monsieur Uchiwa ? J'ai réussi à trouver des bandages, je peux entrer ? "
Ce fut direct, Sasuke se redressa d'un seul coup, recula d'un ou deux pas et s'appuya sur une étagère en plaquant sa main sur ses lèvres tandis que Naruto eut un brusque mouvement de recul et reprit sa position de départ, dos à l'infirmier et les mains posé sur le lit, à la différence près que son visage était en feu et que ses mains étaient crispées sur le matelas, bien décidées à ne pas le lâcher. Les deux hommes tentaient de calmer leurs rythmes cardiaques alors que l'aide-soignante réitéra son appel :
" - Monsieur Uchiwa ? Il y a un problème ? "
Se reprenant enfin, l'infirmier se dirigea vers la porte, l'entrouvrit, prit les bandages et remercia l'aide-soignante rapidement avant de fermer la porte. L'échange avait du durer à peine 30 secondes, déjà Sasuke revenait vers son patient, et tout en évitant soigneusement de le regarder il se replaça dans son dos et avertit juste :
" - Ça va être douloureux. "
Et cela Sasuke le savait pour la simple et bonne raison qu'il avait utilisé tout ses anesthésiants sur ses précédents patients. Il devrait retirer ses éclats alors que Naruto serait conscient et que son dos subirait la douleur. Il fit une grimace, mais se reprit : plus vite se serait fait, plus vite Naruto serait tranquille. Et lui aussi par la même occasion. Déterminé, Sasuke agrippa ses ciseaux.
Pour commencer il tira un peu sur le pull pour bien déterminé où était les trous parmi le sang qui avait recouvert le dos, puisque le tissu s'était coagulé aux plaies. Il en repéra 6, dont un trop près à son goût du poumons droit. Usant de ses ciseaux, Sasuke découpa le pull autour des trous, puis comprenant qu'il lui serait impossible de retirer le pull par la manière "normale", il le découpa aussi du haut du col au épaules, et de là il le fit simplement glisser jusqu'aux reins du blond. Naruto ne fit pas de commentaire, il attendit simplement la suite avec appréhension. Sasuke lui donna alors un morceaux de tissu, assez épais, et lui dit simplement :
" - Mors ça."
Sachant très bien à quoi ça servirait, Naruto serra les dents autour du tissu et se prépara mentalement à la douleur. Sasuke inspira un bon coup, puis il prit le premier cercle de tissu et tira violemment dessus.
Naruto ne put retenir un hurlement de douleur, peut-être étouffé par son "bâillon" mais quand même assez compréhensible. Sasuke se dépêcha alors d'ouvrir la plaie avec un scalpel, de prendre une pince à épiler, d'aller chercher l'éclat coincé et de le retirer d'un coup sec. Naruto poussa de nouveau un cri de douleur. C'était insupportable. Ses mains étaient crispées comme jamais sur le matelas, ses jointures en étaient devenus blanches. Sasuke prit alors un coton imbibé d'alcool à 90°, il n'avait pas le choix s'il voulait être sûr de tout désinfecter rapidement. Il le passa rapidement sur la blessure, essayant d'ignorer les tremblement de douleur de son patient et son souffle saccadé par les effort qu'il faisait pour ne pas hurler. Une fois la plaie "nette", l'infirmier mit une compresse de gaze dessus et appuya légèrement pour s'assurer qu'elle ne bougerait pas. Ceci fait, il se recula un peu et posa l'éclat toujours coincé dans la pince sur la table d'instrument. Naruto lança un regard embué de larmes vers Sasuke, qui se radoucit un peu devant lui. Il se pencha à son oreille et lui murmura :
" - Il y a encore 5 éclats à retirer.
Naruto fut pris d'un frisson d'horreur. Il allait devoir subir ça encore 5 fois? Putain de bordel de Dieu !!! Sasuke repris, toujours sur le même ton :
- Je n'ai plus d'anesthésiant. Tu veux autre chose pour faire passer la douleur ?
- ... Embrasse-moi. "
C'était sorti tout seul. Mais pourtant Naruto ne pensait pas que c'était mal ou incongrue. Il pensait juste (et avec raison) que si déjà tout à l'heure le simple fait de l'avoir regardé l'avait chamboulé, si Sasuke l'embrassait alors il avait de grandes chances d'oublier (légèrement) la douleur, ne serait-ce qu'un court instant.
Sasuke ne s'attendait pas à une telle requête. Mais après tout il avait demandé et si le blond voulait qu'il l'embrasse pour oublier sa douleur, alors pourquoi pas ? Parce que Sasule devait bien l'admettre, les deux hurlements que le blond avait poussé lui avait fait mal au cœur. Il ne voulait plus en entendre. Il l'avait toujours protégé, aussi loin que remontait sa mémoire. Alors doucement, le brun attrapa le menton de Naruto, retira le bâillon et posa ses lèvres sur les siennes.
C'était doux, et enivrant. Leurs lèvres se mordillaient, se caressaient, cherchant sans cesse le contact. Mais il fallait reprendre l'opération. Sasuke lâcha le blond et profitant que celui-ci soit toujours au septième ciel, il répéta la même opération sur le deuxième trou. Naruto sentait très bien la douleur, mais le simple fait de repenser aux lèvres de Sasuke lui faisait du bien et lui permettait de faire un peu abstraction à ce qui l'entourait.
Le schéma se répéta, encore et encore. Sasuke embrassait Naruto, puis reprenait son travail, tandis que Naruto se concentrait sur la sensation de plénitude qui l'envahissait quand Sasuke l'embrassait plutôt que sur la douleur qui envahissait son dos.
Finalement tous les éclats furent ôtés du dos de Naruto, qui poussa un soupir de soulagement en retirant le tissu de sa bouche. Il se redressa, le dos complètement ankylosé. Il ne voulait pas partir, mais à présent que le jeune brun l'avait libéré des éclats ...
" - Je peux savoir où tu vas ? Ton dos ne vas pas se bander tout seul. "
Naruto se retourna et vit Sasuke, un sourire narquois aux lèvres, tenir un rouleau de bandage dans les mains. Trop heureux de pouvoir rester avec le brun sans avoir à souffrir, le soldat retourna s'asseoir, dos à Sasuke. Celui-ci se rapprocha et commença à enrouler le bandage autour de la poitrine et des omoplates de Naruto. Pendant quelques minutes il n'y eut aucun bruit, Naruto profitant simplement de l'instant et de la douceur que mettait Sasuke dans ses gestes. Mais finalement trop de questions finirent par se bousculer dans sa tête et il dû demander les réponses qu'il avait attendu pendant des années :
" - Pourquoi t'es partis ?
Les mains de Sasuke stoppèrent leur travail pendant quelques secondes, avant de reprendre leur mouvement tandis que leur propriétaire répondit doucement :
- On m'avait adopté.
- Mais t'aurait pu me prévenir !
- J'ai pas pu.
- Et alors ? Même après t'aurait pu me donner de tes nouvelles !!
- J'ai pas pu, j'te dis !
- MAIS POURQUOI ?? "
Naruto s'était retourné, arrêtant de nouveau Sasuke dans son travail.
" - Est-ce que tu as la moindre idée de ce que j'ai pu ressentir quand je me suis levé et que je t'ai trouvé nulle part ? Quand j'ai fouillé tout l'orphelinat pour te mettre la main dessus ? Quand j'ai du m'abaisser à demander aux "grands" s'ils savaient où tu étais et quand ils m'ont répondu que tu étais partit ? EST-CE QUE TU RÉALISES A QUEL POINT J'AI SOUFFERT ?? A QUEL POINT JE ME SUIS SENTI TRAHI ??? TU N'ES QU'UNHUmph ...
Sasuke ne l'avait pas laisser finir et l'avait embrasser, voulant faire taire ses reproches qui lui enfonçait des piques acérés dans le cœur. Il lâcha Naruto à peine quelques secondes plus tard et il déclara rapidement pour que le blond ne le coupe pas :
- J'accepte de répondre à tes questions, si tu me laisses finir de panser ton dos et si tu ne m'interromps pas.
De mauvaise grâce Naruto reprit sa position initiale et écarta de nouveaux les bras pour laisser l'infirmier faire son travail. Celui-ci reprit son travail, et après un petit moment de silence, il commença :
- J'aurais voulu te prévenir, te dire au revoir, mais tout s'est fait si vite ... Mon tuteur, Orochimaru ... Il m'avait vu au détour d'un couloir, et lui et le directeur ont pris la décision de faire de lui mon tuteur, sans même mon accord. Le directeur est venu me chercher au beau milieu de la nuit, m'a dit de prendre toutes mes affaires et de le retrouver dans le hall. Je pensais qu'il voulait juste que je change de chambre, alors j'ai fait ce qu'il m'a dit. J'ai voulu te réveiller, mais il m'a dit de te laisser dormir, et de ne réveiller personne. Et puis dans le hall, j'ai vu Orochimaru ... J'ai voulu partir, mais le directeur m'a retenu et il m'a dit qu'il était mon tuteur à partir de maintenant ... J'ai rien pu faire, il m'a embarqué dans sa voiture et on est partit ... Je te jure que j'ai voulu te joindre, avoir de tes nouvelles ... Mais Orochimaru m'a enfermé dans une chambre, je pouvais pas sortir, et quand je t'écrivais des lettres il ne les postais pas ... Il venait simplement me voir pour m'enseigner les sciences, soigner les gens...
- ...
- Naruto, je te jure sur ma vie que je ne t'ai pas trahi. Et moi aussi j'ai souffert, horriblement. J'étais coupé du monde, les seuls personnes que je voyais était des cadavres sur lesquelles Orochimaru me faisait travailler, ou les cobayes qu'il blessait pour que je les soigne ... J'étais seul, terriblement seul, loin de tout, loin de la civilisation, loin de toi ... "
Sasuke avait détourné le regard à ses derniers mots. Ne plus voir le blond avait été une souffrance permanente, pendant des années, jusqu'à ce qu'il suive les conseils du serpent qui lui servait de prof :
" Oublie-le, tu ne le reverras plus, et de toute façon lui aussi a dû t'oublier..."
Mais une partie de Sasuke n'avait jamais voulu oublier Naruto, et c'est pour ça qu'il avait tenté de revoir Naruto bien des années plus tard ... Sauf que ...
**************
15 mai 1912, Orphelinat de Konoha
Sasuke regardait avec espoir le bâtiment qui se dressait devant lui. Enfin. Après 8 ans. D'un pas décidé, Sasuke pénétra dans l'orphelinat. Le directeur avait été remplacé par un certain Iruka ... Sasuke ne le connaissait pas. Mais de toute façon, il voulait revoir Naruto. Il allait toqué à la porte du directeur, quand il entendit la voix de son blond dans le couloir. Son cœur fit un bond. Courant presque, il déboucha dans le couloir, dos au blond. Naruto discutait avec une ancienne de l'orphelinat, Sakura Haruno. Il allait appeler Naruto, quand Sakura dit au blond :
" - Raaaah, maintenant il n'y a plus de beaux gosses comme Sasuke ici ...
- Sasuke ?
Le ton empli de réel surprise de Naruto stoppa Sasuke dans son élan. Non, il n'avait pas pu ...
- Ben, Naruto t'as oublié ? Sasuke ! Sasuke Uchiwa !!
- Désolé, je vois pas de qui tu parles.
- Mais enfin, vous étiez toujours ensemble !! Comment t'as pu l'oublier ?
- Ben ...
- Pfff, t'as une mémoire de poisson rouge mon pauvre.
- Eh !
Ils avaient tournés à l'angle du couloir, les dérobant à la vue de Sasuke. Mais de toute façon le brun n'entendait plus, ne voyait plus rien. Seules les paroles de Naruto lui revenaient inlassablement en tête, lui donnant une conclusion qui le glaça jusqu'à l'os : il m'a oublié... il m'a oublié...
Sasuke sortit de l'orphelinat, le regard vide et avec la ferme intention de ne plus jamais y remettre les pieds. Lui aussi l'oublierait.
****************
" - ... Tu m'avais oublier. J'avais toujours gardé espoir, j'avais toujours pensé que tu m'attendrais, comme tu me l'avait promis ... MAIS TU M'AS OUBLIE !! "
Sasuke avait crié. Il fallait que ça sorte. Quatre ans s'était peut-être écoulé, mais la plaie était toujours vivace. Naruto de son côté était abasourdi. Il n'aurait jamais cru ... Il n'avait jamais pensé que Sasuke ait pu partir contre son gré et qu'il avait été contraint de ne pas le joindre. Tout à sa conviction d'être la "victime" de l'histoire, il avait oublié de prendre en compte la possibilité que Sasuke puisse être une victime lui aussi. Il se sentit honteux. Il ne s'était préoccupé que de sa petite personne, persuadé que le brun l'avait trahi sans remords. Et au final, s'était lui, sans le vouloir, qui avait trahi Sasuke ... Il osait à peine imaginer ce que l'infirmier avait du ressentir quand il s'était rendu compte qu'il l'avait oublier. Il avait dû souffrir, bien plus que lui en fait ...
" - Pardon...
- ...
- Pardon Sasuke, je savait pas... je... pardon... "
Sasuke avait fini son bandage, et il passa ses bras autour de Naruto, plongea sa tête dans son cou, évitant son dos blessé, et il lui murmura :
" - Je te pardonne, si tu me jures que tu ne m'oublieras plus.
- Plus jamais, c'est promis. Pas même dans la mort !
Un doux sourire illumina le visage de l'infirmier.
- J'en demande pas tant.
- Je le ferai quand même !
- ... Merci. "
Les deux hommes restèrent encore un peu enlacé, jusqu'à ce que l'aide-soignante (mais qu'elle aille au diable !) ne viennent achever ce moment magique en toquant à la porte :
" - Monsieur Uchiwa ? Vous n'avez toujours pas fini ? Il y a un autre patient !
- Pfff, vous aurez ma peau, un jour...
- Haha, t'inquiète vieux, je mourrais avant toi.
- Quoi ?
Sasuke se redressa d'un coup, l'air choqué. Puis il se rappela... La guerre, les blessés, la mort qui était devenue une compagne...
- Non...
- Oh si Sasuke. C'est la guerre, et si toi t'es à l'arrière, moi j'suis au front...
- Mais ... Mais qu'est-ce que tu fous là au juste ?? Tu pouvais pas rester à Konoha bordel ?
- L'orphelinat a besoin d'argent... C'est la seule idée que j'ai eue.
- Crétin !
- Je sais.
Les deux hommes se plongèrent dans un silence désespéré. Ils venaient à peine de se retrouver, et c'était pour être séparé à nouveau ? Et par la pire des séparations, en plus ... la mort. Sasuke serra les points.
- Non ... Je ne l'accepterait pas...
- Sasuke ?
- Je refuse de te perdre à nouveau ...
Naruto retira ce qu'il lui restait de sous-pull, enfila sa veste sur son bandage, se redressa, se plaça devant Sasuke et déclara doucement :
- C'est ça la guerre... "
Et avant que Sasuke puisse répliquer, Naruto l'embrassa doucement, à peine quelques secondes, avant de mettre son casque et de partir. En franchissant la porte, il ne put s'empêcher de jeter un dernier regard à l'infirmier qui le fixait aussi. Ils se dévorèrent une dernières fois des yeux, avant que Naruto ne se retourne et parte, en pensant seulement : Ne t'inquiète pas...Je me battrai Sasuke, je me battrai pour que tu vives, pour que jamais tu ne sois en danger... Quand je tuerais ce sera pour toi, pour que tu vois la fin de cette boucherie ... Et quand je mourrais, je le ferai en sachant que tu vivras ... Adieu Sasuke.
Bien, alors réponse à l'avance aux remarques que je sens venir : Oui ils s'embrassent déjà, profitez bien parce que ils vont plus recommencer avant longtemps ! En fait si je vais si vite, c'est parce que les évènements vont s'enchaîner rapidement, alors je veux poser les bases maintenant. Notez qu'il y a pas eu de "je t'aime" non plus, ils se pensent toujours ami. Très proche, mais amis quand même.
Ensuite, très long chapitre, mais les prochains seront plus court, alors vous y habituez pas !
Certains(es) auront remarqué qu'un des poilus parle un peu bizarrement ... Vous êtes pas sans savoir qu'à la guerre, les poilus avaient leurs jargons ... Je prétend pas le connaître, mais fallait faire ressortir ce côté quand même. Désolé pour ceux(celles) que ça agace, mais c'est ainsi.
Dernier point, j'essayerai de poster tous les vendredi ou samedi, si possible.
Voilà, j'ai tout dit, laissez des reviews please, j'aimerais savoir ce que vous en pensez !
