25 mai 1916, Ruines de Montauban-de-Picardie, Tranchées

Cela faisait déjà 1 mois et demi que Naruto avait retrouvé Sasuke, et il ne l'avait plus revu depuis. C'était pas faute d'avoir essayé, pourtant. Mais chaque fois qu'il pouvait retourner à l'arrière et qu'il allait voir à l'infirmerie, la réponse de l'aide-soignante à sa demande était toujours la même :

" Monsieur Uchiwa s'occupe déjà d'un patient, et il y a d'autres médecins si vous êtes souffrant."

Naruto avait finit par renoncer après 6 visites. Jamais l'enfer des tranchées ne lui avait paru aussi repoussant. Savoir que la personne qui vous donnait la force d'avancer était près de vous et devoir retourner à la mort sans avoir pu la voir, c'était usant. Naruto avait plus d'une fois voulu se blesser volontairement pour retourner à l'infirmerie avec un bon motif, mais il savait que si on le choppait, c'était l'exécution. On était sévère avec les blessures volontaires et les désertions dans l'armée. Même si certaines condamnation vous donnaient envie de vomir. Le jeune poilu n'oublierai jamais ce jour noir du 30 avril 1916 : Il avait vu passer devant lui un peloton constitué de deux lieutenants à l'avant et à l'arrière, et entre eux, 10 jeunes de 19 ans. Enfin, 19 ans ... c'était l'âge légal pour s'engager, mais Naruto ainsi que tous les autres poilus savaient : quand on à plus rien à manger chez soi, et qu'on a une certaine carrure, la seule solution à laquelle on pense pour renflouer les caisses c'était l'armée. Alors à 16, 17 ou 18 ans, les jeunes y allaient en espérant que ce soit pas si terrible que ça. Ils déchantaient très vite. Mais c'était trop tard : l'armée, t'y entres, t'y restes. Et Naruto regardait ce peloton passer devant lui en étant sûr d'une chose : ces jeunes n'avait pas 19 ans. 17 max. Et encore. Il en repéra un, celui du milieu. Il tremblait de partout et marchait tête baissé, en marmonnant des paroles incompréhensible, mais qui ressemblait vaguement à une prière. Le blond lui donna 16 ans, voir 15 s'il était de la fin d'année. Bref, que des jeunes adolescent dirigés vers la forêt voisine. Le peloton aurait pû être normal, si ce n'était que les jeunes avaient les mains ligotés et les yeux bandés. Naruto demanda alors à un "vieux" à ses côtés :

" Hey, y vont où ?

- Fusillés.

- Mais, mais pourquoi ?

- Refus d'obéir.

Le blond ramena fissa ses yeux sur le groupe. Les jeunes tremblaient pour la plupart, et on pouvait sentir leur peur d'ici. Ils s'enfonçaient dans la boue, et leurs vêtements étaient tellement trempés qu'ils leur collaient au corps comme une seconde peau. Naruto redemanda au même poilu :

- Qu'es'qui ont fait ?

- Y'avait un type chez les boches, c'était l'type y t'voit, y t'bute ! V'la qu'le commandant, y siffle, et les jeunes, bah y sont pas fou, ils sortent pas. Té, bah après, tu d'vines : court martial, exécution. Té, on sait b'en nous : y s'en foute de s' jeunots. C'est que d'la gueule, pour l'exemple.

Pas besoin d'en dire plus.

- Guerre de merde.

- Comme tu dis. "

Alors qu'ils croyaient que c'était fini une fois le peloton disparut, les poilus de la tranchées eurent la mauvaise surprise d'entendre des hurlements venant du bois :

" NOOOOON, JE VEUX PAS MOURIR !!

- VOUS AVEZ PAS LE DROIT !!!

- JE VEUX PAS MOURIR !!!

- ASSASSINS !!!

- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!

- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!

- PITIEEEEEEEE !!

- JE VEUX PAS MOURIR !!!!

- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!! "

C'était inhumain. Heureusement cela se stoppa vite : à peine quelques secondes plus tard, un salve de coup de feu retentit, puis le silence devint maître. Un silence mortel, angoissant. Naruto mit bien cinq minutes à se ressaisir, quand une évidence le frappa : Va falloir un médecin avec eux pour s'assurer qu'ils sont morts. Non, il ne vont pas osé l'envoyer ... C'est pas humain !

Le soldat frémit, tandis qu'un mauvais pressentiment le prenait aux trippes. Heureusement, le soir il achevait sa semaine au front. Il pourrait retourner à l'arrière, et il verrait Sasuke ! Sauf que malheureusement, il n'avait toujours pas pu lui parler, et depuis, il avait vraiment peur pour son ami. Il savait pertinament à quel point la tâche des infirmiers était dure, et tout ce qu'il pouvait espérer c'était que le noiraud tienne le coup, au moins jusqu'à ce qu'ils puissent se voir. Un mois s'était écoulé, amenant son lot de combats, de morts, d'horreurs...

Naruto était en train de manger un pain plus rempli de gravier que de mie, quand un de ses camarades, un certain Kiba, vint le voir :

" Pfou, paraît qu'on va l'avoir, not'e permission !! Enfin !

- Hé, t'y crois encore ?

- Pour sûr ! On crève là depuis 1 mois et demi ! Sont bien obligé de nous laisser rentrer !

- Arrête de rêver. On va crever ici. Même les rats nous bouffent plus, tellement on est pourri.

- Tu nous quoi là ? Une dépression ?

- Tu vois pas qu'on s'enterre vivant là ? Bientôt les Boches n'auront qu'à marcher sur nos cadavres en décomposition. Vie de merde.

- Justement Naruto, tant qu'on l'a, c'te vie, faut en profiter. La mienne vaut cher, j'la défendrai !

- Si tu l'dit ! Tu veux du pain ?

- Il m'en reste d'hier, c'est bon. "

A ce moment le lieutenant sortit de son abri et clama simplement, l'air aussi usé que les soldats :

" Attaque dans 10 min. En rang. Prenez vos masques. "

Naruto se redressa lentement et dit à Kiba, d'une voix lasse :

" Ils vont une donner une permission, hein ? Ben qu'ils se dépêchent alors, parce que les morts, t'as beau leur donner des permissions, ça ira jamais les prendrent.

- Allons, camarades ! On va tuez des Boches ! Pour ...

- Arrêtez, M'sieur.

Naruto venait de stopper le lieutenant dans son discours. Il y eut un silence stupéfait dans les rangs. Le lieutenant lui lança un regard surpris et Naruto continua :

- Dîtes pas qu'on le fait pour la France. La France n'en à rien à foutre de nous. Si je doit crever des Boches, c'est pour ceux que j'aime. Je m'en branle total que la France soit envahie. C'est pas pour elle que j'y vais. Alors dîtes pas de conneries.

- ...

Les soldats étaient assez interloqués qu'on ose dire ça, mais ils devaient reconnaître que c'était vrai. Quand vous tuez comme ça, c'est pas pour la Mère Patrie, c'est pour la sécurité de vos proches. Le lieutenant se reprit, et il déclara donc :

- Bien, alors tuez des Boches pour vos femmes et vos gosses. Je m'en fout du motif, tuez des Boches, c'est tout ce que veut le gouvernement. "

Le sifflet retentit. Un immense soupir franchit les lèvres de Naruto avant qu'il ne sorte de la tranchée. Et un assaut de plus.

********

Sasuke vida sa bouteille de whisky cul sec. La trace de l'alcool dans sa gorge se fit sentir pendant à peine quelques secondes. Merde.

" Hep patron ?

- Ouais ?

- Y a rien de plus fort ?

- Désolé, mon gars. Plus fort, tu craches tes boyaux. "

Sasuke n'aurait pas été contre. Il n'en pouvait plus. Pourquoi il désertait pas au fait ? Ah oui, moins d'infirmier, plus de mort... Logique de merde. L'infirmier était au bout du rouleau : jamais il ne s'était senti aussi envahi par le désespoir et l'amertume. 1 mois et demi. 1 mois et demi qu'il avait vécu comme la pire des souffrances. Déjà l'absence de Naruto, qu'il n'avait plus revu. L'aide-soignante lui avait bien dit que le blond était passé, mais à chaque fois il était occupé, et quand il sortait, le soldat n'était plus là. Mais Naruto n'était qu'un détail sur ses problèmes. Fin avril, peu après ses retrouvailles avec son ami, il avait reçu un courrier de son tuteur. Étonné que cette crapule puisse encore s'intéresser à lui, il lu rapidement la lettre de Orochimaru, et s'effondra sur une chaise.

Saï et Neji étaient morts.

Saï et Neji. Ses "frères". Ils s'étaient rencontrés chez Orochimaru, qui les avaient adoptés aussi. Si leur relation était au début assez houleuse, très vite les trois garçons apprirent à ce connaître, à se faire confiance, et à s'apprécier, pour finir par devenir une vrai fratrie. Les (rares) instants qu'ils passaient ensemble étaient les seuls moments de paix et de loisirs qu'ils pouvaient avoir, étant loin de tout. Ils s'aimaient réellement, comme des frères. Quand ils avaient pu quitter la prison qu'était la demeure d'Orochimaru, ils s'étaient jurer de se retrouver dès que possible.

Et là Sasuke apprenait que ses frères étaient mort au front. Il n'y croyait pas. C'était impossible... Ses frères, la seule "famille" qui lui restait, venaient de périr... Les yeux vides, complètement anéanti, Sasuke reporta lentement son regard vers la lettre de son tuteur, cherchant à comprendre pourquoi... Tout ce qu'il analysa fut :" Morts au front...Surpris par un obus...Verdun... 23 avril... Enterrés à ... "

Ce fut trop pour lui. Il balança la lettre et resta inerte pendant 2 jours, sur son lit. Les infirmière avaient beau lui parler, il n'entendait pas. Il se rappelait inlassablement les souvenirs qu'il s'étaient forgé ensemble, et plusieurs fois des larmes lui échappèrent... Mais il fallait être fort. Il se rappela aussi une parole de Neji un jour où il n'avait pas pu sauver un cobaye d'Orochimaru. Il broyait du noir, refusait de sortir de sa chambre, et finalement Neji s'était accroupi devant lui et lui avait dit :

" Cet homme est mort, tu es vivant. Et grâce à toi, d'autres hommes pourront vivre. Ne t'arrête pas à un échec, sois fort, et continue.

- Et si d'autres meurt par ma faute ?

- Continue à relever la tête, et sauve d'autres vies. Nous avons le pouvoir de retarder la mort des gens. C'est notre destin. Mais nous auront aussi des échecs. C'est inéluctable. Ne te laisse pas abattre, respire un bon coup, et va charcuter d'autres hommes. C'est pas sûr qu'ils te remercient, mais au moins t'auras la conscience tranquille. "

Sasuke eut un micro sourire en se souvenant de la fin de la phrase. C'est vrai que sur le coup, quand il les "charcutaient", peu d'hommes le remerciait. Après, quand ils comprenaient qu'il leur avaient sauvé la vie, ces mêmes hommes lui serraient la main en lui donnant une gratitude éternelle. Neji avait eu raison, comme sur beaucoup de choses. Et comme lui avait dit Neji, il fallait qu'il soit fort, et qu'il continue. En souvenir d'eux... et pour son blond. Il continuerait. Sasuke se remit donc au travail, mais il le regretta très vite. Le 30 avril, on l'envoya escorter un peloton de condamnés pour s'assurer de la mort des fusillés. Il n'avait pas pu refuser. Il attendait dans le bois, et il vit arriver le peloton.

Oh non. Oh non. PAS ÇA !

Sasuke avait entendu parler de ses "rebelles" qui avaient défier l'autorité de leur régiment pour sauver leur vie. Pour sa part il leur aurait décerner la médaille de l'intelligence et de la bravoure avant de les renvoyer chez eux, mais malheureusement ce n'était pas lui qui décidait. Et voilà qu'il devait assister à leur exécution. Pendant que le peloton se rapprochait de lui, l'infirmier se demanda ce qu'il avait fait à Dieu pour que celui-ci le punisse à ce point. Ne voyant vraiment pas, il renonça à chercher une explication pour se concentrer sur l'instant présent. Il aurait pas dû.

Dès l'instant où les mains des jeunes mutins furent détachés, ce fut comme une illumination dans leurs têtes. Ils se rendirent enfin compte de ce qu'on allait leur faire, et dès lors, ils refusèrent ce destin, commençant à se débattre, et essayant d'empêcher qu'on leur lient les mains sur le poteau. Tout cela dans des cris de souffrances et de d'accusation :

" NOOOOON, JE VEUX PAS MOURIR !!

- VOUS AVEZ PAS LE DROIT !!!

- JE VEUX PAS MOURIR !!!

- ASSASSINS !!!

- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!

- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!

- PITIEEEEEEEE !!

- JE VEUX PAS MOURIR !!!!

- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!! "

C'était insupportable. Sasuke était pétrifié, voyant ses jeunes se débattre avec l'énergie du désespoir pour vivre, pour ne pas se laisser assassiner pour une chose complétement absurde...

Arrêtez... Arrêtez, s'il-vous-plaît... Ils ne méritent pas ça, ils n'ont rien fait... Pitié, arrêtez-ça !

Dieu l'entendit. Pas de la bonne façon, mais il l'entendit.

" EN JOUE !

ARRÊTEZ !!!

- FEU !!! "

Les coups partirent, et Sasuke put voir les corps s'affaisser, et le silence régna sur le bois. Sasuke sentit quelque chose de froid et d'horrible le prendre aux tripes, et avant que quelqu'un ait pu le retenir, le noiraud s'accrocha à un arbre et vomit, vomit jusqu'à ce que la nausée emporte son souffle et qu'il s'évanouisse.

Il se réveilla à l'infirmerie, et il put voir son médecin-chef le fixer, un sourire narquois au visage :

" - Et bien, monsieur Uchiwa ? On est trop fragile ? On ne supporte pas la vue de cadavres ?

Ta gueule, connard...

- Allons, allons, ce n'était que des mutins, des traîtres ... Ils méritaient leurs sorts ...

Ferme ta gueule, avant que je fasse une connerie que je ne regretterait même pas ...

- J'ai appris pour vos frères... Tragique, vraiment...

Je vais te ...

- Enfin, au moins consolez-vous en vous disant qu'ils n'ont pas souffert, après tout de pauvres infirmiers, ils ont du à peine sentir l'obu leur tombant dess...

Il ne finit jamais sa phrase, Sasuke lui ayant agrippé violemment le cou, le serrant jusqu'à ce qu'il étouffe...

- Crève, connard, CRÈVE !!!!

Heureusement, alarmé par son cri, des infirmières arrivèrent à temps pour le faire lâcher le médecin-chef. Celui-ci, à peine remis de cette tentative de meurtre, demanda à ce que Sasuke soit renvoyé à l'arrière, à Peronne, en attendant qu'il se reprenne, ou du moins, qu'il se calme. Le jeune infirmier ne protesta pas, et se laissa faire. Depuis qu'il était arrivé en ville, il n'avait fait que boire et dormir, en espérant que l'alcool chasse ses problèmes. C'était illusoire, il le savait bien, mais dans l'état où il était ...

Une fois de plus il se retrouvait affalé sur un comptoir, devant son verre, complètement amorphe. Il voulait... Il ne savait pas très bien ce qu'il voulait, mais il savait une chose : comme toujours dans ses moments là, un seul visage apparaissait devant ses yeux, et il appelait ce visage, de toutes ses forces...

Naruto ... J'ai besoin de toi ...

Mais Naruto ne pouvait pas venir, et Sasuke sentait ses forces mentale comme physique l'abandonner, progressivement ... Il se sentait tomber, et personne ne pourrait l'aider, parce que la seule personne qui se souciait qu'il puisse vivre ou mourir était précisément en train d'affronter la mort, en ce moment-même...

Sasuke s'écroula sur le comptoir. Encore une nuit où il ferait des cauchemars.


Vos impressions ? Trop dur ? J'suis méchante ? Désolé. Mais il me fallait un chapitre qui résume un peu les malheurs de Sasuke et un exemple de sal***** qui arrivait aux soldats quand ceux-ci ne respectait pas les règles. Après il y a encore un ou deux chapitres du genre, mais grosso modo, ce sera pas vraiment pire.

A la semaine prochaine !