TITRE : Les non-dits
NOTE : Fringe ne m'appartient pas.
CONTEXTE : Se situe après l'épisode « grey matters » saison 2 épisode 10.
RESUME : Peter est enlevé.
NdA : Si vous n'avez pas vu la saison 2, je vous déconseille de lire cette histoire. J'avais cette histoire en tête depuis mon histoire « enlèvement », qui ne me convenait pas. Ceci est un peu une V2, mais il n'est pas nécessaire d'avoir lu « enlèvement » pour comprendre. Certains passages peuvent rappeler certains épisodes de la saison 2, mais j'avais ces idées avant de les voir. J'espère que ça vous plaira.
« Downey a trouvé Esperanza. Il s'est fait coincer en essayant de voler de la bière. Downey l'a fait conduire aux locaux du FBI ». Tout en parlant, elle saisit son manteau et se dirigea vers la porte. « J'y vais tout de suite pour l'interroger », ajouta-t-elle.
« Effectivement, c'est pas un génie, ce gars-là », confirma Astrid.
« Si vous vous rappelez de quoi que ce soit, appelez-moi », dit Olivia en partant.
« OK », se contenta-t-elle de répondre avant de reposer les yeux sur la photo de Claire Beaumont. « Je l'ai déjà vue mais où ? », murmura-t-elle pour elle-même.
CHAPITRE 5
Claire pianotait énergiquement sur son clavier. Son plan B était presque achevé. Elle prit son portable et appela Andrew.
« J'ai bientôt fini », dit-elle.
« J'arrive », se contenta-t-il de répondre.
Elle reposa le téléphone et continua à peaufiner son programme. L'homme arriva quelques instants plus tard et vint se poster à ses côtés.
« Alors ? » demanda l'homme.
« Cette simulation est beaucoup plus complexe. J'ai analysé les données de la précédente et j'ai pu noter les incohérentes qui l'ont fait rejeter les images. Le changement de jour et de décor, l'attitude un peu trop insistante de son père. Je me suis trompée en pensant que le lien affectif avec lui suffirait. Ma nouvelle simulation va le remettre au cœur d'une enquête. Dans cette vie qu'il aime tant à présent. Je suis certaine qu'il sera plus coopératif, dans le feu de l'action », dit-elle avec conviction.
« J'espère que cette fois sera la bonne », dit Andrew.
Elle lança la simulation et ils observèrent l'écran avec intérêt.
Peter se sentait bizarre. Il faisait noir, il n'y voyait rien. Tout son corps était engourdi et semblait peser une tonne. Il parvint tout de même à bouger la main et la passa sur son visage. Il comprit alors que s'il n'y voyait rien, c'est qu'il avait les yeux fermés. Il dut se concentrer pour donner l'ordre à ses paupières de se soulever. Tout ce qu'il aperçut d'abord était flou, comme s'il y avait du brouillard. Il tenta de rétablir sa vision en clignant des yeux. Sa tête était lourde et douloureuse.
A cet instant, il sentit une main sur son bras, ainsi qu'une voix qui l'appelait. Alors, tous les évènements lui revinrent. La fille, le café, l'enlèvement, les hallucinations. Il devait s'agir de ses ravisseurs. Une poussée d'adrénaline parcourut son corps engourdi et le réveilla complètement. Plus vif que l'éclair, il se leva, fit un demi-tour et saisit le poignet posé sur son bras. Il immobilisa son agresseur en lui maintenant le bras dans le dos. Quand il entendit un gémissement de douleur, il comprit que la voix appartenait à une femme. Une seconde plus tard, il reconnaissait le visage d'Olivia, tordu par la douleur. Il la lâcha aussitôt.
« Olivia ? », dit Peter, abasourdi.
Puis, il regarda autour de lui. Il vit qu'il était au labo. Clignant des yeux sous l'effet de surprise, il finit par poser à nouveau les yeux sur la jeune femme. Il se sentait complètement perdu. Olivia se frottait l'épaule en le regardant maintenant d'un air ahuri.
« Peter, qu'est-ce qui te prend ? », demanda Olivia, mi-fâchée, mi-inquiète.
Peter observait toujours la jeune femme, tentant de comprendre ce qui se passait.
« Peter ? », appela Olivia, maintenant plus alarmée que contrariée.
La pointe d'inquiétude qu'il perçut dans la voix de sa partenaire eut le mérite de le faire réagir.
« Je ne sais pas, je t'ai pris pour cette femme », dit-il, toujours désorienté.
« Quelle femme ? », demanda Olivia, sans comprendre.
« Celle qui m'a enlevé »
« Peter, de quoi tu parles ? Personne ne t'a enlevé. Je crois que tu délires »
Elle lui toucha le front. Ce geste lui arracha une grimace. Peter le remarqua.
« Oh, pardon, Olivia, je t'ai fait mal ? », s'inquiéta Peter.
La jeune femme avait toujours la main sur son front.
« Non, ça va. Par contre, toi, tu es brûlant de fièvre », dit-elle en baissant la main. « Tu ferais mieux de t'asseoir avant de tomber dans les vapes », ajouta-t-elle en posant ses mains sur ses épaules pour l'inciter à obtempérer.
Il se laissa faire. Il ne comprenait plus rien.
« Ecoute, quand je suis arrivée, tu étais affalé sur le bureau, inconscient », expliqua-t-elle.
Il se tourna vers l'écran d'ordinateur. Les articles qu'il avait jugés intéressants, avant de perdre connaissance, étaient là, sous ses yeux. Etait-il possible qu'il ait rêvé tout ça ? Il secoua la tête. D'un point de vue rationnel, cela semblait plus plausible que le scénario de son « enlèvement ». Et pourtant, les images de cette pièce aux murs blancs lui paraissaient bien plus vraies qu'un simple rêve.
« Quel jour sommes-nous ? », demanda-t-il.
« Mercredi », répondit-elle en fronçant les sourcils.
Logique. Rationnel. Et pourtant, il doutait. Et cette impression que ça n'allait pas.
« Que fais-tu là, au fait ? », demanda-t-il, méfiant. « Tu ne viens plus depuis 10 jours et en plus il est à peine l'aube ! »
« Peter, c'est toi qui m'as appelée ! », répondit-elle, en le regardant bizarrement. « Tu ne te souviens plus ? Tu m'as juste dit : 'Aide-moi' »
Peter cligna des yeux, désarçonné. Effectivement, elle avait raison. Il se tourna et saisit son portable. Le dernier appel sortant était le numéro du portable d'Olivia.
« Comment m'as-tu trouvé ? », la questionna-t-il encore.
« J'ai fait localiser ton portable. Peter, j'ai cru qu'on t'avait enlevé. Je suis venue aussi vite que j'ai pu et je t'ai trouvé inconscient », expliqua Olivia.
Comme Peter ne disait rien, elle ajouta : « Tu as dû faire un malaise, Peter »
« Un malaise ? », dit-il enfin.
« Peter, tu es brûlant de fièvre, tu dis des choses incohérentes et tu as perdu connaissance. Tu devrais voir un médecin », lui conseilla-t-elle.
Peter la regarda dans les yeux pendant quelques secondes. Ils trahissaient l'inquiétude grandissante de la jeune femme. Il prit une grande inspiration et finit par se ranger à ses arguments.
« Oui, tu as peut-être raison. Sans doute, le manque de sommeil. Je ne dors pas beaucoup en ce moment », dit-il.
« Tu travailles trop », répondit Olivia, ironique.
« Dis ça à ma patronne », répondit-il sur le même ton.
Elle lui sourit, ce qui l'apaisa et fit taire ses derniers doutes. Ce simple sourire qu'il n'avait pas vu depuis longtemps, suffisait à le calmer. Alors il réalisa à quel point la jeune femme lui avait manqué. Il soupira et lui rendit un sourire avec un regard plein de tendresse. Comme toujours, quand le moment devenait trop intime, la jeune femme se défila. Elle baissa les yeux et sembla gênée par son regard appuyé. Elle prit la parole pour dissiper le moment de complicité.
« Peter, j'étais sérieuse tout à l'heure, tu devrais voir un médecin », lui conseilla-t-elle, le plus sérieusement du monde.
Sérieuse et fuyante, comme toujours, telle est Olivia Dunham, songea-t-il, un peu amer. Mais il chassa bien vite cette pensée. Il ne devait ni ne voulait s'engager sur cette voie, pour le moment. Il valait finalement mieux qu'elle mette des limites entre eux. Mais il voulait simplement profiter un peu de sa présence après 10 jours d'absence. Et une part de lui était frustrée de sentir qu'elle ne baissait jamais sa garde, même avec lui. Surtout avec lui, pensa-t-il.
Claire sourit quand elle vit que le tracé des ondes cérébrales de Peter se modifiait.
« Intéressant », murmura-t-elle pour elle-même.
« Quoi ? » demanda Andrew.
« Cette fille, il a une réaction très différente quand il est avec elle »
« Et alors ? »
Elle se tourna vers lui.
« Alors ? Ca pourrait être mon plan C, si cette simulation ne fonctionne pas », répondit-elle en souriant.
Il eut un petit rire narquois. Pauvre garçon, pensa-t-il, sans pour autant éprouver de la compassion. Claire ne reculerait devant rien pour avoir ses réponses. Mais il n'en attendait pas moins de sa part. Il savait que tout comme lui, elle considérait leur mission comme fondamentale. Ils ne devaient pas échouer.
Sur l'écran, Peter discutait toujours avec la jeune femme issue de son imagination.
« Olivia, je vais bien », dit-il avec conviction.
« Alors rentre au moins chez toi et essaye de dormir. Je peux te déposer si tu veux », proposa-t-elle.
« Non, ça va aller, et puis je ne pourrai pas dormir »
« Tu es sûr ? » insista Olivia.
« Oui »
« Bien, alors je t'appelle tout à l'heure pour savoir si ça va », dit-elle, inquiète.
Elle sembla hésiter, comme réticente à l'idée de le laisser seul. Finalement, après un dernier regard, elle hocha la tête et se dirigea vers la porte. Peter soupira, dépité de la voir s'éloigner de lui à nouveau.
« Olivia, reste », s'entendit-il prononcer.
Elle se retourna, surprise.
« Peter, j'ai une tonne de dossiers en attente au bureau… », dit-elle.
« Tu travailles trop », lui dit-il, avec un sourire ironique.
Elle détourna les yeux mais lui rendit son sourire.
« Dis ça à mon patron... Peter, je suis désolée, je dois retourner travailler », répondit-elle en reprenant son sérieux.
« Et si je te demande de rester… », dit Peter, sérieux à son tour.
Elle le regarda d'un air gêné, ne sachant que répondre. Il savait pourtant que ses soudains accès de franchise avaient le don de la mettre mal à l'aise
Idiot, pensa-t-il. C'était sans doute le meilleur moyen de la faire fuir. Il tenta une autre approche.
« Allez Olivia, ça fait 10 jours que tu n'es pas passée. Reste ici aujourd'hui, ne serait-ce que pour voir tout le monde »
Il n'y croyait pas trop. Pourtant, la jeune femme se rapprocha de lui et afficha soudain, un air mutin.
« D'accord mais à une condition »
Peter cligna des yeux, surpris.
« D'accord, tout ce que tu veux », dit-il.
« Je t'emmène voir un médecin », dit-elle, très fière de sa manœuvre.
Elle sourit, contente de sa victoire et lui fit un geste de la tête pour l'inciter à la suivre.
Il eut un rire bref et secoua la tête en affichant ce regard qui signifiait « tu m'as bien eu ». Sans un mot, il prit son manteau et la rejoignit. A l'entrée du labo, il la précéda pour lui ouvrir la porte.
« Les dames d'abord », dit-il.
Elle passa devant lui.
« Je ne comprends toujours pas pourquoi on dit des femmes qu'elles sont le sexe faible », plaisanta-t-il.
Olivia rit sincèrement, avant de hausser les épaules avec une mimique.
Peter se laissa conduire, heureux de partager ce moment de détente avec la jeune femme.
Une heure plus tard, un médecin des urgences, l'examinait.
« Bien, je ne vois rien de grave », dit-il quand il eût fini.
Il se dirigea vers la porte, l'ouvrit et interpella une infirmière.
« Ashley, tu veux bien faire entrer la petite amie de ce monsieur ? Merci », demanda le médecin à l'infirmière.
« Oh, ce n'est pas ma petite amie », crut bon de préciser Peter.
Mais Olivia entrait déjà dans la pièce et il ne sut dire si le médecin l'avait entendu.
« Tout va bien. Monsieur Bishop, vous êtes en parfaite santé. Il ne s'agissait sans doute que d'un malaise passager. Le manque de sommeil, le ventre vide et une petite poussée de fièvre. Mais à présent, tout est normal. Madame Bishop, je vous demanderai de signer ceci. C'est le formulaire de sortie », dit-il en se tournant vers Olivia.
Visiblement, le médecin l'avait entendu mais avait mal interprété ses paroles. Il ne put s'empêcher de sourire devant l'air mi-étonné, mi-embarrassé de la jeune femme. Mais il baissa la tête pour qu'elle ne puisse pas voir sa réaction.
« Oh, mais je ne suis pas sa femme. Juste une amie », s'empressa de dire Olivia.
« C'est vrai ? Et bien pour un couple qui n'en est pas un, vous vous en défendez beaucoup », dit le médecin.
Alors qu'Olivia se tournait vers Peter d'un air ahuri, celui-ci lui tourna le dos, faisant mine de prendre son manteau. Sans rien ajouter, elle saisit enfin le document et le signa. Le médecin reprit le document et sortit.
« Peter ? Pourquoi pensait-il qu'on était mariés ? », entendit le jeune homme dans son dos.
Reprenant un air sérieux pour ne pas trahir son amusement, il se tourna vers Olivia.
« Aucune idée. Je n'ai pourtant rien dit qui le faisait penser », répondit-il en haussant les épaules.
Olivia jaugea sa réponse et son air impassible. Il détourna son attention en se dirigeant vers la sortie.
« Allez, viens, Dunham, tu sais que je déteste les hôpitaux tout autant que toi »
A court de mots, elle le suivit silencieusement. Etonné qu'elle ne dise rien, il se tourna vers elle. Dans son mouvement, il eut l'impression fugitive que le décor avait bougé. Il s'arrêta et cligna les yeux à plusieurs reprises. Olivia, qui le suivait, faillit le percuter. Elle s'arrêta de justesse.
« Peter, ça ne va pas ? », demanda-t-elle, fronçant les sourcils.
Il connaissait cette impression, comme si quelque chose n'était pas à sa place. Mais quand il posa les yeux sur Olivia et qu'il vit son air inquiet, il se reprit. Il lui sourit et secoua la tête.
« Ca va, ce n'est rien », dit-il avec un sourire pour la rassurer.
« Tu es sûr ? On est encore à l'hôpital… », commença-t-elle.
« Olivia, je vais bien », dit-il en appuyant sur chaque mot.
Cela sembla lui suffire.
« OK. Et maintenant, on fait quoi ? », demanda-t-elle.
« On va chercher Walter. Astrid doit être arrivée maintenant. On prendra le petit-déjeuner, c'est moi qui invite », dit-il avec humour.
Elle ne résista pas l'envie de sourire.
« Bonne idée », accepta-t-elle. « J'ai été tirée du lit sans ménagement à une heure indécente ce matin, et je n'ai même pas eu le temps de manger quoi que ce soit. Et surtout, je meurs de faim »
« Tu travailles trop »
« Tu me l'as déjà dit » répondit Olivia.
« C'est que ça doit être vrai alors », dit-il simplement.
Ils se sourirent et reprirent leur chemin jusqu'à la voiture.
Andrew et Claire observaient toujours l'écran.
« Bien, il accepte la simulation. Je lance la phase d'attaque », dit-elle.
« Tu penses que ça va marcher cette fois ? », demanda son compagnon.
« Je le crois. Au pire, j'ai déjà commencé à préparer la simulation suivante », répondit-elle.
« Le temps nous est compté, Claire, on ne pourra pas le garder ad vitam aeternam », fit remarquer Andrew, peu satisfait de sa réponse.
« A ce propos, où est ton larbin ? Il ne devait pas nous tenir au courant des mouvements du FBI ? », demanda Claire, d'un ton dédaigneux.
Elle ne comprenait pas pourquoi Andrew faisait appel à ce bon à rien d'Esperanza. Son incompétence n'avait d'égale que sa stupidité.
« A qui d'autre, pourrais-je confier les tâches que ni toi ni moi ne voulons faire ? », répondit-il.
« A quelqu'un d'autre dans notre organisation »
« Hors de question. Anthony ne sait rien de ce que nous faisons, il est parfait pour ce que j'attends de lui. Et même s'il se fait prendre, il ne pourra rien révéler de notre mission. Et tu sais bien comment nous fonctionnons. Seules des petites cellules individuelles sont efficaces. Moins nous impliquons de personnes, moins nous mettons en danger notre groupe », expliqua-t-il.
Elle soupira. Elle savait, bien sûr, qu'il avait raison mais elle n'aimait pas ce petit crétin. Elle n'avait pas confiance.
Andrew prit son portable. Même si l'aversion de Claire l'exaspérait, il devait admettre qu'elle avait raison. Anthony n'avait pas donné de nouvelles depuis un certain temps. Il tomba directement sur le répondeur. Il fronça les sourcils. Anthony avait pour consigne de rester toujours joignable. Par contre, s'il se faisait prendre, il devait détruire son portable. Il raccrocha, soucieux. Soit Anthony s'était montré négligent et n'avait pas rechargé son téléphone, soit il avait été pris.
« Espérons que cette fois-ci soit la bonne, Claire, je ne sais pas si on aura le temps pour un troisième essai », dit-il à la femme.
Elle lui lança un regard éloquent.
« Oui, d'accord, tu avais raison, tu es contente ? », concéda-t-il de mauvais gré.
Le couple reporta son attention sur l'écran.
L'équipe Fringe était au complet au labo et profitait de ce moment de détente à l'initiative de Peter. Ils venaient de terminer leur petit-déjeuner quand le téléphone d'Olivia se mit à sonner. C'était Broyles. Olivia leur expliqua qu'ils avaient une nouvelle affaire. Une femme qui avait été repérée à deux endroits au même moment.
« Nancy Hannigan. Apparemment, elle s'est rendue aux locaux d'une société de location de voitures. Elle s'est présentée en disant être la secrétaire mais le directeur jure ne pas la connaître et a déjà une secrétaire. Croyant qu'elle avait été renvoyée, elle a fait un scandale, avant de s'écrouler, prise de convulsions. D'après nos fichiers, Nancy Hannigan ne travaille plus depuis qu'elle a accouché de jumeaux, il y a 3 ans. D'ailleurs, à l'heure où la première était emmenée à l'hôpital, la seconde Nancy Hannigan déposait ses enfants à l'école », expliqua Olivia.
« Des jumelles, peut-être ? », demanda Peter, à tout hasard.
« On a vérifié mais non. En fait, ce qui a alerté Broyles est qu'avant de s'évanouir, elle n'arrêtait pas de répéter : 'je ne suis pas là où je devrais' »
« Tu penses à quoi ? »
« Je pense que je vais aller l'interroger », répondit-elle.
« Je te suis », dit-il sans hésitation.
« Tu es sûr que ça va aller ? »
« Oh oui. Je ne me suis d'ailleurs pas senti mieux depuis 10 jours », répondit Peter le sourire aux lèvres.
Elle inclina légèrement la tête et fronça les sourcils.
« Ca a l'air de te faire plaisir ? » fit remarquer Olivia.
« J'avoue que je m'ennuyais ferme depuis la dernière affaire », admit Peter
Elle eut un rire bref et secoua la tête.
« Walter, j'aimerais que vous veniez aussi », dit Olivia en se tournant vers l'intéressé.
« Moi ? Oh, volontiers, agent Dunham », répondit Walter.
Une demi-heure plus tard, ils interrogeaient la femme.
« D'accord, Madame Hannigan. Si je comprends bien, vous dites que vous vous êtes soudain retrouvée dans le parc en face de la concession où vous dites travailler ? », demanda Olivia.
« Mais j'y travaille ! », protesta-t-elle. « Après avoir accouché de mes jumeaux, j'ai longtemps hésité à reprendre le travail mais la situation financière de mon mari m'a finalement convaincue. Je vous jure que je travaille là-bas depuis 2 ans. Je peux vous citer les noms de tous ceux qui y travaillent. Mais malgré tout, il y a des changements. Les locaux sont inversés et il y a une employée que je ne connais pas. Tout est pareil en étant différent », ajouta-t-elle.
La femme semblait sur le point de fondre en larmes.
« Hum, je vois », dit Walter.
Olivia et Peter se tournèrent vers Walter.
« Je crois savoir pourquoi cette femme se trouvait à deux endroits en même temps. Ce n'est pas Madame Hannigan », ajouta-t-il, énigmatique.
La femme en question le regarda d'un air effaré, sans comprendre. Olivia entraîna Walter un peu plus loin. Peter adressa quelques paroles rassurantes à Nancy Hannigan et rejoignit les deux autres.
« Walter, vous dites que ce n'est pas Nancy Hannigan ? », demanda Olivia, perplexe.
« Si, c'est elle, mais ce n'est pas elle », répondit-il.
« Merci Walter, c'est beaucoup plus clair, maintenant », répondit Peter, ironique.
Olivia le regarda en secouant la tête, découragée. Les deux jeunes gens attendaient qu'il poursuive.
« Euh, tu nous expliques ? », demanda le jeune homme.
« Je pense que cette femme est la Nancy Cannigan d'une autre réalité », expliqua-t-il enfin.
« Hannigan », corrigea Peter machinalement, avant de froncer les sourcils en comprenant ce que son père venait de dire.
« D'une autre réalité ? », répéta Olivia, sceptique.
« Agent Dunham, il existe une multitude de réalités qui sont créées à chaque fois que nous faisons un choix… », commença Walter.
« Walter, je sais ça, vous me l'avez déjà expliqué. Ce que je veux dire, c'est… pourquoi et comment est-elle arrivée ici ? », demanda Olivia.
« Une anomalie dans l'espace-temps, un désordre climatique, la volonté de Dieu, que sais-je ? », répondit le scientifique.
Olivia ouvrit la bouche sous l'effet de la surprise et se tourna vers Peter. Celui-ci haussa les épaules et secoua la tête, impuissant.
« C'est lui l'expert des réalités alternatives », répondit-il en désignant Walter.
Olivia se tourna vers Walter.
« Et maintenant ? »
« On va voir la vraie Madame Cannigan pour confirmer ma théorie », dit-il, sûr de lui.
« Hannigan », rectifia Peter.
Vingt minutes plus tard, ils frappaient à la porte du domicile des Hannigan. La « véritable » Nancy vint leur ouvrir. La ressemblance était frappante, si on mettait de côté la coupe de cheveux et la façon de s'habiller. Olivia et Peter se lancèrent un regard éloquent.
« Madame Hannigan, nous sommes du FBI. Pouvons-nous vous parler quelques minutes ? », demanda Olivia.
« Oui, bien sûr, entrez », répondit-elle en s'effaçant.
Ils entrèrent dans le salon et s'assirent.
« Madame Hannigan, connaissez-vous la société de location de voitures, à deux pâtés de maisons d'ici ? », interrogea Olivia.
« Oui, enfin vaguement. Je passe devant quand je vais conduire mes enfants à l'école mais je n'y suis jamais allée »
« Que faites-vous dans la vie ? », questionna la jeune femme.
« Je suis mère au foyer »
« Et que faisiez-vous avant ? »
« J'étais secrétaire. Mais j'ai arrêté de travailler après mes jumeaux », expliqua Nancy Hannigan.
« Est-ce que je peux vous demander pourquoi ? », demanda Olivia.
« Oui, bien sûr. J'ai beaucoup hésité. A vrai dire, si j'avais été raisonnable, j'aurais repris le travail, car mon mari n'avait pas un gros salaire. Mais je n'ai pu ma résoudre à laisser mes enfants. Alors on a connu des moments difficiles mais peu de temps après, mon mari a eu une promotion. Je n'ai jamais regretté ma décision d'arrêter »
« C'est ça ! L'autre Madame Cannigan a fait le choix de reprendre le travail ! », s'exclama Walter.
« Hannigan », rectifia machinalement Peter.
Olivia se tourna vers la mère de famille qui les regardait d'un air ahuri. Elle se montra rassurante.
« Merci d'avoir répondu à nos question, Madame Hannigan. Nous allons vous laisser »
Ils se levèrent et retournèrent à la voiture avant de rentrer au labo. Ils discutèrent de la théorie de Walter durant le trajet. Si Peter était sceptique en arrivant au labo, Olivia semblait convaincue. Peter fronça les sourcils en réalisant qu'elle y croyait aussi facilement.
En arrivant, Broyles était là et terminait une conversation téléphonique.
« Notre deuxième Nancy Hannigan vient de faire une autre crise de convulsions, mais plus violente cette fois. Ils ont cru la perdre. Agent Dunham, où en est-on ? », demanda-t-il.
« Walter pense qu'elle vient d'une réalité alternative. D'après sa théorie, notre Madame Hannigan hospitalisée viendrait de la réalité où elle a décidé de reprendre le travail après ses enfants alors que dans notre monde, son alter-ego est restée mère au foyer », répondit Olivia.
Peter soupira et un tic nerveux le prit à la mâchoire.
« Comment est-elle arrivée ici ? », questionna Broyles.
« C'est la question à 100 dollars », répondit Peter, d'un ton ironique.
« Vous semblez sceptique », fit remarquer Broyles.
« Il y a de quoi, non ? Pourquoi cette femme serait-elle envoyée ici ? Pourquoi maintenant et comment ? Ce n'est pas comme si ça arrivait tous les jours… surtout qu'elle n'a rien de spécial, à première vue », dit Peter.
« L'agent Dunham en a déjà fait l'expérience », fit-il remarquer. « Les visions et la rencontre avec William Bell »
« Olivia a eu ses visions pour une bonne raison. Elles l'ont aidée à résoudre l'affaire. Quant à la rencontre avec William Bell, c'est lui qui l'y a fait venir pour l'avertir. Et n'oublions pas qu'Olivia a été traitée au Cortexiphan étant enfant. Elle est donc plus encline à ce genre d'expérience. Voyager entre deux univers parallèles n'a rien de la ballade de santé. Olivia peut en témoigner. Cela a failli lui coûter la vie. Cette Nancy Hannigan n'a pas le profil pour ça », déclara-t-il.
« Et vous voyez une autre hypothèse ? », demanda Broyles.
« J'avoue que non », admit-il de mauvais gré.
« Et pour son état de santé, une idée ? », demanda Broyles, en s'adressant au groupe.
Walter se rapprocha et leva le doigt comme un écolier.
« Dr Bishop ? », dit Broyles.
« Malgré le scepticisme de mon fils et si on part de l'hypothèse que Madame Hannigan vient d'une réalité alternative, alors il n'est pas étonnant qu'elle en ressente des effets négatifs », dit Walter.
« C'est bien, Walter, tu l'as prononcé correctement, cette fois », se moqua Peter, agacé que son père persiste dans ses délires. « Mais dis-nous plutôt comment elle est arrivée là et j'accorderais peut-être du crédit à ce que tu dis »
A peine eût-il prononcé ces mots, Peter se sentit coupable d'avoir perdu son sang froid. Il savait qu'il ne devait pas s'énerver mais cette histoire commençait à prendre des proportions qui le dépassaient. Et l'obsession de son père n'arrangeait rien. Quelque chose clochait. Toujours cette impression qui le hantait. Elle grandissait, s'imposant dans son esprit.
« Je ne sais pas, fils. En revanche, je sais que si on ne la renvoie pas bientôt, ça finira par la tuer », dit Walter.
Voyant que le jeune homme commençait à résister à cette simulation, Claire tapa quelques commandes pour réajuster son programme.
Peter cligna des yeux sous l'effet de surprise. L'idée que son père puisse avoir raison lui traversa l'esprit. Et si son obstination à tenir tête à son père coûtait la vie à cette femme ?
« Pourquoi ça pourrait la tuer, Dr Bishop ? », demanda Broyles.
« Si j'ai raison, alors sa vie est danger car deux mêmes entités, provenant de deux univers différents, ne peuvent co-exister dans le même espace-temps. C'est une règle élémentaire de la physique », expliqua Walter.
« Il dit vrai », admit Peter, à contrecœur, pour la première fois d'accord avec son père.
« Dr Bishop, êtes-vous en train de suggérer, qu'il faut ouvrir un passage vers la réalité de cette femme et l'y renvoyer ? », demanda Broyles.
« C'est exactement ce que je dis, Agent Broyles. Merci de me suivre », dit poliment Walter.
Toujours cette obsession d'ouvrir un portail entre deux univers. L'exaspération de Peter revint au galop. Walter et ses théories fumeuses ! Quelque chose clochait. On en revenait toujours au même point. Peter secoua la tête, agacé.
« C'est du délire, Walter », ne put s'empêcher de dire Peter.
A l'instant où il prononçait ses mots, son impression s'intensifia. Il se rappela les avoir déjà prononcés. Mais c'était dans ce qu'il avait fini par prendre pour un cauchemar. Ses pensées étaient confuses. Où étaient le vrai et le faux ? Mais soudain pris d'une impulsion, il soupira et reprit : « Walter, quand bien même c'était vrai, comment ferais-tu pour l'y renvoyer ? Et surtout dans la bonne réalité, celle d'où elle vient ? »
« J'ai besoin de toi pour ça, fils. Quant à être sûr de la renvoyer dans le bon univers, il suffit de se replacer à l'endroit exact où elle est arrivée », répondit son père.
Peter secoua la tête à nouveau et se passa la main dans les cheveux. Quelque chose clochait. Ce sentiment l'obsédait. Comme un code, un avertissement.
« Peter, pensez-vous pouvoir aider votre père ? », demanda Broyles.
« Je rêve ou vous y croyez vous aussi ? Olivia, aide-moi », s'exaspéra Peter.
« Désolée Peter, mais à moins que tu ne nous proposes autre chose, je ne vois pas quoi faire d'autre », répondit-elle.
« C'est Walter, l'expert. Voyez-ça avec lui », répondit-il, lâchant prise.
« Peter, je ne pourrai pas le faire sans toi. Tu sais bien que mes souvenirs ne sont pas intacts. Tu ne l'as peut-être jamais fait mais tu as le potentiel pour le réaliser. A nous deux, nous pourrions y parvenir. S'il te plaît, fils, aide-moi », dit Walter.
Peter regarda son père, Olivia et Broyles, tour à tour. Il était déchiré. Et si son père avait raison ? Il ne voulait pas être responsable de la mort de cette femme, parce ce qu'il n'avait pas voulu aider son père. Walter avait d'ailleurs raison sur un point. Peter savait qu'en travaillant de concert avec lui, ils seraient capables d'ouvrir un portail entre deux mondes.
Mais d'un autre côté, ça ne collait pas. Il lutta pour distinguer le faux du vrai. Quelque chose clochait. Alors comme un souvenir enfoui, surgissant du fond de sa mémoire, il comprit. Tout était faux, tout était faux. Il regarda autour de lui, essayant de voir au travers des choses. Sa vision se brouilla quelques secondes.
Olivia s'approcha de lui et posa sa main sur son bras. Il l'entendit vaguement lui demander s'il allait bien. Mais ce n'était pas elle. Tout était faux. Il s'accrocha à cette pensée. Et le bras d'Olivia s'effaça, le décor s'évanouit. Quand il ouvrit les yeux, il vit qu'il était en fait, toujours attaché à ce même fauteuil dans cette pièce aux murs blancs. La seconde suivante, il était pris de convulsions violentes, résultant de son rejet de la simulation. Il n'eut même pas le temps de sentir la piqûre avant de sombrer dans l'inconscience.
« J'étais pourtant sûre que ca marcherait », déclara Claire, dépitée.
« Et maintenant ? », demanda Andrew, exaspéré.
« On passe à la suivante, en espérant que j'aie le temps de la finir », répondit-elle en haussant les épaules.
« Le temps joue contre nous, Claire »
« Tu te répètes, Andrew. De toute façon, même si j'en ai le temps, cette troisième simulation sera sans doute la dernière. Je ne suis pas sûre qu'il pourra en supporter plus »
« Et s'il ne le supporte pas ? », demanda Andrew.
« Ca le tuera », se contenta-t-elle de répondre, avant de se remettre à la conception de sa nouvelle simulation.
