TITRE : Les non-dits
NOTE : Fringe ne m'appartient pas.
CONTEXTE : Se situe après l'épisode « grey matters » saison 2 épisode 10.
RESUME : Peter est enlevé.
NdA : Si vous n'avez pas vu la saison 2, je vous déconseille de lire cette histoire. J'avais cette histoire en tête depuis mon histoire « enlèvement », qui ne me convenait pas. Ceci est un peu une V2, mais il n'est pas nécessaire d'avoir lu « enlèvement » pour comprendre. Certains passages peuvent rappeler certains épisodes de la saison 2, mais j'avais ces idées avant de les voir. J'espère que ça vous plaira.
« J'étais pourtant sûre que ca marcherait », déclara Claire, dépitée.
« Et maintenant ? », demanda Andrew, exaspéré.
« On passe à la suivante, en espérant que j'aie le temps de la finir », répondit-elle en haussant les épaules.
« Le temps joue contre nous, Claire »
« Tu te répètes, Andrew. De toute façon, même si j'en ai le temps, cette troisième simulation sera sans doute la dernière. Je ne suis pas sûre qu'il pourra en supporter plus »
« Et s'il ne le supporte pas ? », demanda Andrew.
« Ca le tuera », se contenta-t-elle de répondre, avant de se remettre à la conception de sa nouvelle simulation.
CHAPITRE 6
Olivia Dunham bouillonnait de colère et sa frustration augmentait de minute en minute, à mesure qu'elle regardait l'interrogatoire d'Anthony Esperanza depuis la salle d'observation. Downey se chargeait de l'interroger mais il n'avait pas dit un mot, se contentant de sourire effrontément.
Elle-même avait tenté sa chance, usant des diverses techniques qu'elle connaissait. Intimidation, négociation, culpabilisation. En vain. Il l'avait regardée de la tête au pied, comme si elle avait été nue devant lui, un petit sourire moqueur sur les lèvres. Quand elle avait perdu son sang froid et l'avait agrippé par le col, l'agent Downey était entré et lui avait demandé d'attendre à côté, prenant le relais.
De l'autre côté de la vitre, elle se sentait tellement impuissante à aider Peter. Ils n'avaient rien. Aucune piste, aucun indice qui menaient à l'endroit où il avait été conduit. Ils ne savaient même pas pourquoi il avait été enlevé. Voie sans issue. L'impasse totale. Elle grogna de frustration.
Une pensée traversa son esprit. Si Peter avait été là, il lui aurait certainement apporté un café et lui aurait dit quelques mots d'encouragement. Peter. Il était toujours son phare dans ce genre d'enquête. Elle avait appris à se fier à son jugement et sa présence était un atout inestimable pour son équipe. Walter était certes un scientifique hors-pair mais son comportement excentrique le rendait très instable, pour ne pas dire ingérable. Mais Peter, avec une patience admirable, le canalisait autant que possible et le remettait dans le droit chemin.
Olivia était consciente que sans lui, la section Fringe n'aurait jamais survécu, ni sans doute résolu autant d'affaires. Au cours du temps qu'elle l'avait côtoyé, elle l'avait vu changer d'attitude envers son père, jusqu'à devenir très protecteur. Lui, le solitaire, le nomade, était maintenant devenu consultant au FBI, avait renoué les liens avec son père et s'était fixé à un endroit. Tout ça, parce qu'elle avait été le déloger et l'avait ramené de force. Si elle n'était pas fière des moyens employés pour le convaincre, elle ne regrettait pas sa présence. Il avait un côté rassurant et était toujours prêt à rendre service.
Elle n'avait jamais vraiment eu de partenaire attitré, juste des collègues avec lesquels elle entretenait des rapports plus ou moins réguliers. Bien sûr, les plus réguliers étaient John et Charlie. Et tous les deux étaient morts, à présent. Etait-ce ce qui attendait Peter ? Etait-ce le prix qu'il devrait payer pour avoir travaillé avec elle ? Elle serra les poings. Elle s'y refusait. Peter ne subirait pas le même sort.
Etait-ce pour cette raison qu'elle gardait ses distances avec lui ? Car oui, elle l'admettait, elle ne le laissait pas s'approcher trop près. A quelques occasions, elle s'était confiée à lui et elle ne pouvait nier qu'ils étaient devenus amis. Mais il était loin de tout savoir sur elle. Et surtout, elle avait pris soin de filtrer ce qu'elle lui avait confié, en tentant de bloquer ses émotions. Paraître impassible était une habitude qui était devenue une seconde nature, à force. Si au début, elle avait espéré que cela le maintiendrait à distance, c'était mal connaître Peter. Elle ne savait pas comment il parvenait désormais à lire en elle comme une livre ouvert. Si cela l'exaspérait, elle devait aussi reconnaître qu'il y a avait des avantages à cela. Peter arrivait ainsi à anticiper sa façon de mener les enquêtes et à comprendre ses réactions. Leur travail en tandem s'en révélait plus efficace.
Olivia savait qu'il était conscient qu'elle le maintenait à distance de sa vie privée. Quand elle sentait qu'il franchissait délibérément la limite qu'elle avait tracée, elle se fermait comme une huître. S'il abordait un sujet trop sensible, elle changeait de sujet et évitait son regard, persuadée qu'il lisait ses pensées à travers ses yeux. Elle se sentait infiniment frustrée qu'il la devine si facilement, mais était tout autant soulagée qu'il soit le seul qui y parvienne. Il la connaissait comme personne. Il avait une façon de se mêler de sa vie qui ne pouvait que l'inciter à l'y laisser entrer. Si elle ne l'y encourageait pas, Peter savait doser la subtilité et le tact nécessaires, pour l'amener à s'ouvrir à lui. Personne d'autre n'avait ce pouvoir sur elle. Pas même John, ni Charlie.
John avait été son amant et son confident. Elle lui avait tout dit de son passé, mais elle s'était confiée par choix. Elle le lui avait raconté sans émotions, comme si les évènements avaient été vécus par une autre.
Charlie avait été ce qui se rapprochait le plus d'un meilleur ami. Il connaissait lui aussi des aspects de son passé. Etant amenée à travailler avec lui, elle s'était confiée à lui afin qu'il sache avec qui il travaillait. Pour qu'il comprenne mieux ses réactions et sa façon d'agir dans les enquêtes. Elle avait alors froidement partagé des moments de sa vie, sans trahir ce qu'elle ressentait.
Mais avec Peter, chaque confidence était plus profonde. Il avait le pouvoir de faire resurgir les émotions liées aux souvenirs. Celles qu'elle tâchait de maintenir enfouies. Chaque évènement partagé était alors devenu une épreuve. Elle avait dû lutter pour garder le contrôle d'elle-même et ne rien laisser paraître. Pour ne pas se montrer faible devant lui. Surtout devant lui. Mais elle savait qu'elle n'y était pas toujours parvenue. Et bien qu'elle ne le lui ait jamais demandé, elle avait apprécié qu'il lui apporte son soutien sans condition, dans les moments difficiles. Elle ne l'en avait d'ailleurs jamais remercié non plus.
Elle, la solitaire endurcie, avait alors permis à Peter d'accéder à tout ce qu'elle refusait aux autres, excepté sa sœur et sa nièce. Elle, qui pourtant évitait tout contact, émotionnel comme physique, ne l'avait pas empêché de la toucher. Combien de fois avait-il posé ses mains sur elle ou l'avait prise dans ses bras pour la rassurer et l'aider à se calmer ? Elle n'avait autorisé nul autre à agir ainsi. Elle aurait même repoussé quiconque aurait tenté de le faire. Excepté Peter.
Elle se sentit troublée par le fil que prenaient ses pensées. Elle s'était toujours efforcée de ne pas analyser sa relation avec lui, choisissant la solution de facilité. Plusieurs fois au cours de l'année précédente, elle avait senti qu'il avait essayé de nouer des liens plus que professionnels entre eux. Elle ne pouvait pas vraiment dire qu'il avait flirté avec elle, mais elle savait qu'il avait tenté de briser sa carapace 'd'agent du FBI'. Ca avait commencé comme ça avec John. Des regards, des sourires, de l'humour et des moments complices. Mais elle ne voulait pas voir l'histoire se répéter. Et puis, les responsabilités aussi bien professionnelles avec la section Fringe, que personnelles avec sa sœur et sa nièce chez elle, ne lui laissaient guère le loisir de penser à autre chose. Pratique comme excuse…
Elle soupira quand elle se rendit compte qu'elle avait laissé son esprit s'égarer autant. Elle devait se concentrer sur le présent. Elle se ressaisit rapidement quand elle vit Downey quitter la salle d'interrogatoire sans avoir obtenu de réponse. Elle sortit de la salle d'observation et vint à sa rencontre.
« Vous arrêtez l'interrogatoire ? », demanda Olivia, tentant de rester calme.
« Il n'y a rien d'autre à faire pour l'instant. Je le laisse mariner un peu et j'y retourne », répondit-il.
« Et c'est tout ? », dit-elle, avec colère, cette fois.
« Agent Dunham. Ce type n'en est pas à son premier interrogatoire. Il est idiot mais il sait comment ça marche. Il ne dira rien »
« Il faut continuer, il est le seul qui puisse nous conduire à Peter », insista-t-elle.
Elle fit mine d'entrer dans la salle d'interrogatoire, mais Downey lui barra le passage.
« Je comprends votre colère, Agent Dunham. Votre collègue est en danger et ça vous met sur les nerfs. Mais vous n'arriverez à rien dans cet état. Faites une pause et revenez plus zen. Alors, peut-être, vous autoriserais-je à l'interroger de nouveau », dit-il.
« De quel droit… », commença-t-elle, furieuse.
« Il est sous ma responsabilité. Je décide. Et puis vous êtes trop personnellement impliquée dans cette affaire. Estimez-vous heureuse de pouvoir seulement y participer », dit-il sèchement.
Ils s'affrontèrent du regard durant de longues secondes. Comprenant qu'elle n'obtiendrait rien ainsi, elle décida de retourner au labo. Avant de partir, elle ne put s'empêcher d'adresser un regard plein de mépris à Downey.
En chemin, elle s'efforça de retrouver son calme. Si elle voulait être efficace, elle devait garder la tête froide. Quand enfin, elle se gara devant le labo, sa colère ne s'était pas totalement dissipée. Elle posa son front sur le volant et ferma les yeux. Quand elle travaillait sur une enquête, elle s'impliquait toujours émotionnellement par rapport aux victimes. Elle avait dit à Broyles qu'elle estimait que cela faisait d'elle un meilleur agent. Et elle le pensait. Mais aujourd'hui, cela concernait Peter.
Elle soupira. Downey avait peut-être raison. Elle était peut-être trop impliquée cette fois. Prenant une grande inspiration, elle finit par sortir de la voiture. Quand elle entra dans le labo, Astrid était à l'ordinateur.
« Alors, Astrid, du nouveau ? », demanda Olivia, ayant retrouvé son calme apparent.
« Ah, Agent Dunham. Je me suis finalement souvenue où j'avais vu cette femme », dit Astrid.
« Où ça ? », demanda Olivia, d'un ton intéressé, tout en ôtant son manteau.
« Sur un article de journal. Mais ce ne nous fait pas avancer »
« Faites voir », dit Olivia en mettant ses lunettes.
Astrid afficha la page en question. Il s'agissait d'un article sur une manifestation étudiante, daté de 1998. Elle cliqua sur la photo pour zoomer et posa son doigt dessus. On y voyait des étudiants portant des pancartes. Au premier plan, on apercevait une jeune femme.
Olivia contempla la photo de l'article et la compara à celle de la sortie de la faculté de la ravisseuse. Aucune erreur n'était possible, il s'agissait bien de la même personne.
« Comment avez-vous trouvé ça ? », demanda Olivia, étonnée.
Astrid sourit et s'expliqua.
« Je n'ai pas vraiment de mérite. J'étais étudiante à l'époque, en 1998. Et il y a eu une manifestation étudiante. Elle n'est pas très connue, car elle n'a pas déclenché d'importants mouvements de foules mais elle m'a marquée car j'y étais. Elle a malgré tout rassemblé plusieurs campus dans plusieurs états de la côte Est. Et la presse n'en pas beaucoup parlé et l'a même tournée en dérision. Mais j'ai conservé cet article de journal, en souvenir »
Olivia la regarda, légèrement amusée. Astrid haussa les épaules.
« C'était ma période rebelle », ajouta Astrid.
Olivia reporta son attention sur la photo. Elle fronça les sourcils.
« Quoi, vous avez vu quelque chose ? », demanda Astrid.
« Vous pouvez agrandir la photo ? », demanda Olivia.
Astrid s'exécuta.
« Encore, en cadrant sur la pancarte qu'elle tient », précisa Olivia.
D'un même geste, les deux jeunes femmes se rapprochèrent de l'écran pour lire l'inscription.
« Ils sont déjà là. Ils nous détruiront pour voler notre monde », lut Olivia.
« Je comprends pourquoi la presse s'est moquée de nous », plaisanta Astrid.
Mais quand elle vit l'air concentré d'Olivia, elle demanda : « Quoi ? ».
« L'homme à ses côtés. Vous le reconnaissez ? », dit Olivia.
Sans attendre sa réponse, elle prit un dossier et l'ouvrit. Astrid compara les photos.
« Le mari de Claire Beaumont ? », constata Astrid, étonnée.
Olivia hocha la tête. Quelque chose la tracassait. Elle fronça de nouveau les sourcils. Elle avait l'impression qu'un détail lui échappait. Un lien entre les choses.
« Je vous avais dit que ça ne nous aidait pas. Tout ce que nous savons de plus, à présent, c'est que Claire Beaumont militait contre les extra-terrestres et qu'Andrew Nicholls l'accompagnait », dit Astrid, dépitée.
Olivia la regarda soudain. Les paroles qu'elle venait de prononcer provoquèrent le déclic.
« Astrid, sortez-moi les dossiers des travaux de Walter sur les expériences effectuées pour reconnaître les métamorphes », demanda Olivia.
« Ceux des expériences auxquelles Rebecca Kibner a participé ? », demanda Astrid.
Olivia hocha la tête pour confirmer. Tout en suivant Astrid vers l'armoire contenant les archives, elle s'expliqua.
« Rebecca Kibner n'a pas été le seul cobaye de ces expériences, mais elle est celle sur laquelle cela a le mieux fonctionné »
« Voilà », dit Astrid en lui tendant le dossier. Olivia le feuilleta rapidement.
« Daniel Nicholls », dit Olivia en pointant son doigt sur le nom. « L'expérience montre qu'il n'a pas vu les choses aussi clairement que Rebecca mais le résultat est positif pour lui »
Elle parcourut de dossier et s'arrêta à une page. Elle hocha la tête.
« Voilà le lien. Daniel Nicholls a eu un fils », ajouta Olivia.
« Laissez-moi deviner, il s'appelle Andrew ? », demanda Astrid.
Olivia hocha la tête.
« Ce n'est pas une coïncidence et la pancarte désigne les métamorphes », dit Olivia.
« Je suis d'accord mais pourquoi enlever Peter ? Après tout, c'est Walter, l'expert en univers parallèles », fit remarquer Astrid.
« Walter n'est pas en possession de tous ses moyens. Ils en savent long sur nous. Ils doivent penser que Peter sait suffisamment de choses sur les dimensions alternatives », dit Olivia.
« Et le neuro-stimulateur leur sert pour lui soutirer des informations. Walter avait dit vrai », ajouta Astrid.
« Bon, on a le lien, on a le mobile de l'enlèvement, mais on ne sait toujours rien sur l'endroit où est retenu Peter », dit Olivia, sentant la frustration revenir au galop.
« Et l'interrogatoire d'Esperanza, ça a donné quoi ? », demanda Astrid.
Quand elle vit l'expression irritée du visage d'Olivia, elle eut sa réponse.
« Où est son dossier ? Tout ce qu'on a tenté jusqu'à présent pour le faire parler n'a pas marché. Je dois trouver quelque chose sur lui pour faire pression. Il est notre seul lien avec les ravisseurs », dit Olivia.
Astrid lui tendit le dossier. Olivia le feuilleta quelques instants avant de tapoter un passage de l'index. Otant ses lunettes, elle prit son manteau et se dirigea rapidement vers la sortie. Avant de passer la porte, elle prévint Astrid.
« Je vais à la prison d'Arlington », dit-elle simplement sans d'autres explications.
Astrid la regarda partir sans comprendre, médusée. A l'autre bout de la pièce, Walter, toujours endormi, émit un ronflement sonore et se tourna sur le côté. Astrid rit et secoua la tête.
En chemin, elle appela Downey.
« Downey »
« Dunham », se présenta-t-elle simplement. « Du nouveau avec Esperanza ? », demanda-t-elle.
« Non, toujours rien »
« J'ai peut-être trouvé un moyen de pression. Je vous recontacte dans 20 minutes », dit-elle en raccrochant sans même attendre sa réponse.
Arrivée à la prison, elle présenta son badge et demanda à voir un détenu, nommé Archibald Crawford. Un gardien la précéda pour l'emmener devant la bonne cellule.
Quand elle passa devant les cellules, les détenus vinrent se poster aux grilles. Elle entendit alors des sifflements et des commentaires vulgaires. Faisant abstraction des prisonniers qui s'en donnaient à cœur joie, elle avança la tête haute en regardant droit devant elle.
Le gardien fit mine de s'excuser.
« Ils n'ont pas beaucoup de distractions et il ne voit pas beaucoup de femmes non plus », expliqua-t-il.
Il lui sourit, mais quand il vit l'air renfrogné de la jeune femme, il n'insista pas. Finalement, il s'arrêta devant une cellule.
« Nous y sommes », dit-il, avant de s'éloigner de quelques mètres.
Il n'y avait qu'un homme. Il était allongé sur le lit et regardait le plafond. Les détenus n'avaient pas arrêté de commenter la scène et l'un d'eux s'adressa à Archibald.
« Hé, Archie, matte un peu la gonzesse. T'en as de la chance, vieux »
« Regarde comment elle est sapée, Eddie, c'est un glaçon, cette fille », dit un autre.
« Les glaçons ça fond, mais faut savoir s'y prendre, si tu vois ce que je veux dire », répondit Eddie.
Le commentaire déclencha les rires des prisonniers aux alentours. Le gardien les intima vainement au calme.
Olivia se concentra sur l'homme allongé en face d'elle. Le dénommé Archibald tourna enfin la tête pour regarder sa visiteuse. Un sourire naquit sur ses lèvres et il se leva.
« Vous êtes Archibald Crawford ? », demanda Olivia.
L'homme avança dans sa direction, passa ses bras à travers les barreaux et s'y appuya.
« Ouais, mon cœur. C'est pour quoi ? Une visite conjugale ? », demanda-t-il avec un sourire moqueur.
Nouveau rire parmi les prisonniers.
« Votre mère vous a eu par erreur pour vous appeler Archibald ? », répondit Olivia, du tac au tac.
Les détenus rigolèrent à nouveau, mais cette fois, aux dépens de Crawford. Olivia savait que ce n'était pas la meilleure technique pour qu'il coopère mais elle eut la satisfaction de voir disparaître son sourire ironique.
« Qu'est-ce que vous voulez ? », demanda-t-il, sur la défensive.
Maintenant qu'elle avait capté son attention, elle enchaîna sur le but de sa visite.
« Anthony Esperanza. Un ami à vous ? », dit-elle.
Quand elle vit l'expression haineuse sur le visage de l'homme, elle sut qu'elle avait vu juste.
« Qu'est-ce qu'il vous a fait ? », demanda-t-elle.
« En quoi ça vous intéresse ? »
« Disons que ça pourrait m'aider dans mon enquête », répondit-elle.
« Et pourquoi je ferais ça ? », questionna-t-il.
« Je pourrais peut-être vous négocier une réduction de peine »
Il fit la moue et secoua la tête.
« M'intéresse pas », dit-il en regagnant sa couchette.
« Alors que voulez-vous ? », demanda Olivia.
« Une chance de terminer ce que j'ai commencé avec lui la dernière fois que je l'ai vu », répondit-il.
« La dernière fois, vous l'avez envoyé à l'hôpital avec le nez cassé et 3 côtes fracturées »
« C'est ce que je dis », dit-il avec le sourire.
« Alors mettons que je le fasse transférer ici, vous allez me dire ce qu'il vous a fait ? », demanda-t-elle.
« Vous pourriez faire ça ? », demanda-t-il.
« Oui », mentit-elle sans sourciller.
Il la regarda et sembla la jauger. Puis il se leva, souleva son matelas et prit un objet. Il s'avança vers elle.
« Mettons que je vous croie, vous pourriez avoir besoin de ça », dit-il en lui tendant un objet.
Elle le saisit et reconnut un briquet en argent.
« C'est un objet personnel que je lui ai pris pour le remercier de m'avoir envoyé au trou pour sauver ses miches », expliqua-t-il.
Elle lui adressa un regard et fit mine de partir. Il saisit son poignet. Le gardien s'avança pour intervenir.
« Passez-lui le bonjour de ma part », dit-il à Olivia avant de la lâcher et de retourner au fond de sa cellule avant que le gardien ne l'atteigne.
Olivia repartit sous les huées et les sifflements des détenus. Une fois dehors, elle prit une grande inspiration et s'accorda un sourire en regardant le briquet. Elle avait peut-être une chance de faire parler Esperanza, à présent.
En route vers les locaux du FBI, elle appela Downey pour lui demander d'interroger à nouveau Esperanza. Après une hésitation, il accepta à condition d'être présent.
A peine arrivée, Olivia entra dans la salle d'interrogatoire, suivie de Downey. Esperanza afficha de nouveau son petit sourire suffisant sur ses lèvres.
« Alors, Monsieur Esperanza, toujours pas disposé à parler ? », demanda Olivia.
Il ne répondit pas et continua à la fixer effrontément. Elle sortit le briquet et le posa sur la table devant lui.
« Est-ce que vous reconnaissez ceci ? », demanda-t-elle, observant sa réaction.
L'homme posa les yeux sur l'objet, avant de tendre des mains menottées et de le saisir. Quand il le tourna dans ses doigts, Olivia vit qu'il pâlissait à vue d'œil.
« Où avez-vous eu ça ? », demanda-t-il en levant les yeux vers elle.
Il avait l'air beaucoup moins sûr de lui, et ne souriait plus.
« D'un ami à vous. Archie, vous vous souvenez ? », demanda Olivia.
A voir l'expression qu'il affichait, il était évident que oui. Gigotant nerveusement sur sa chaise, il regarda Downey, qui restait impassible. Puis, il se racla la gorge et se reprit.
« Et alors, lui et moi on a eu des différends, mais il est toujours en taule que je sache ? », dit-il, retrouvant un peu contenance.
« Vous êtes accusé d'avoir drogué et enlevé un homme, consultant au FBI. La taule, c'est là que vous allez ensuite », dit Olivia.
« Je dépends de la prison de Cambridge et il est à Arlington », dit-il, sûr de lui.
« Oh, vous n'êtes pas au courant ? La prison de Cambridge est saturée. Les nouveaux arrivants vont directement à Arlington », dit-elle.
« Vous bluffez », dit Esperanza, en regardant les deux agents tour à tour.
Mais son ton avait perdu de son assurance. Olivia s'engouffra dans la brèche.
« Vous croyez ? En tout cas, il était impatient de vous voir », dit-elle pour enfoncer le clou.
Olivia observa la réaction d'Esperanza. Il semblait réfléchir intensément.
« Elle a le droit de faire ça ? », demanda-t-il en s'adressant à Downey. « Elle a le pouvoir de me faire transférer là-bas ? »
« Non », répondit-il.
Olivia déchanta et leva les yeux vers Downey, furieuse. Esperanza réafficha son sourire suffisant. Mais avant que la jeune femme ne dise quoi que ce soit, Downey ajouta : « Mais moi, oui. Et je le ferai », dit-il avec un sourire cynique. Olivia reporta son attention sur Esperanza, retenant difficilement son sourire, tandis que ce dernier les regardait, affolé.
« Ce gars veut ma peau. Si vous m'envoyez là-bas, je suis un homme mort », dit-il, paniqué.
« Ca fera une vermine de moins sur Terre », dit Downey, haussant les épaules.
« Vous n'avez pas le droit. Vous serez complices s'il me tue ! », s'ecria-t-il.
« Entre collègues, on pourra s'arranger entre nous, n'est-ce pas, Agent Dunham ? », dit Downey en s'adressant à la jeune femme.
« Bien sûr », dit-elle en le regardant.
Ils se sourirent, complices. Esperanza s'effondra.
« Ne faites pas ça, je vous en supplie », implora-t-il, piteusement.
« Alors dites-nous où est l'homme que vous avez enlevé », dit Olivia en tapant du poing sur la table.
« OK, OK, si je vous dis ce que je sais, vous ne m'envoyez pas à Arlington… », essaya-t-il de négocier.
« Si ça nous aide à le retrouver », répondit Olivia.
« OK, je sais pas exactement où il est, mais je peux vous dire où je l'ai laissé »
« On vous écoute », dit Olivia.
« J'ai laissé le gars dans le fourgon à Beacon Hill. Mais je vous jure que je ne sais rien d'autre », répondit-il.
Olivia se dirigea vers la sortie. Downey la suivit.
« Je vais pas à Arlington, hein ? », demanda Esperanza.
« J'ai menti », répondit Olivia avec un sourire en coin.
« Vous avez pas le droit, il va me tuer », hurla Esperanza en se levant.
Mais ses chaînes l'empêchèrent de bouger davantage. Downey referma la porte sur un Esperanza, criant et gesticulant. Olivia se tourna vers lui.
« S'il vous plaît, ne lui dites pas tout de suite qu'il ne va pas à Arlington », dit-elle avec un air malicieux.
Il lui sourit.
« Bien joué, Agent Dunham », dit-il, sincère.
« Merci à vous d'avoir joué le jeu et pardon d'avoir douté de vous », dit-elle en lui tendant la main.
Il la saisit et ils se serrèrent rapidement la main.
« C'était un plaisir, Agent Dunham », tandis qu'elle se dirigeait vers la sortie.
Olivia prit ensuite son portable et marcha rapidement vers sa voiture.
« Agent Farnsworth », répondit Astrid en décrochant.
« Astrid, prenez une carte et dites-moi ce qui se trouve près de Beacon Hill. Esperanza y a déposé Peter. Je pense que les ravisseurs ne l'ont pas emmené très loin », dit Olivia.
Elle entendit un bruit de papier avant qu'Astrid ne reprenne la parole.
« Qu'est-ce que vous recherchez ? », demanda Astrid.
« Des zones industrielles ou commerciales, des bâtiments à l'écart », répondit Olivia.
« Il y a la zone commerciale de Cambridge, le parc industriel, le centre St Market, Central Square, la zone industrielle de Maverick... »
« Stop », s'écria Olivia. « Central Square ? »
« Oui, c'est au nord-est de Beacon Hill, de l'autre côté du fleuve »
« Regardez le dossier de Nicholls, je crois y avoir lu ce nom », dit Olivia.
« Oui, effectivement, il y a travaillé », répondit Astrid, après quelques secondes.
« Et qu'est devenu cet endroit ? »
« Il y a eu le feu en 2008. La moitié des locaux a brûlé. La zone entière n'est plus utilisée depuis », expliqua Astrid.
« C'est là qu'ils ont emmené Peter. J'en suis sûre. Visionnez les images satellites de cette zone et rappelez-moi pour me dire si vous y voyez une camionnette de couleur sombre aux alentours de 5h30 ce matin », demanda Olivia.
« Entendu », répondit Astrid en raccrochant.
Olivia démarra et se mit en route. Son instinct lui intimait qu'elle avait raison. Et elle ne se trompait quasiment jamais. En chemin, elle appela Broyles pour lui demander d'envoyer une équipe d'intervention à Central Square. Il se montra d'abord réticent, au vu du peu d'éléments mais Olivia parvint à le convaincre.
Arrivé sur place, Broyles se félicita d'avoir écouté l'Agent Dunham, quand Astrid confirma la présence sur place d'un véhicule correspondant à la description, une demi-heure après l'enlèvement de Peter. Il laissa la parole à Olivia pour briefer l'équipe d'intervention. Elle exposa alors le plan de sauvetage.
