TITRE : Les non-dits
NOTE : Fringe ne m'appartient pas.
CONTEXTE : Se situe après l'épisode « grey matters » saison 2 épisode 10.
RESUME : Peter est enlevé.
NdA : Si vous n'avez pas vu la saison 2, je vous déconseille de lire cette histoire. J'avais cette histoire en tête depuis mon histoire « enlèvement », qui ne me convenait pas. Ceci est un peu une V2, mais il n'est pas nécessaire d'avoir lu « enlèvement » pour comprendre. Certains passages peuvent rappeler certains épisodes de la saison 2, mais j'avais ces idées avant de les voir. J'espère que ça vous plaira.
« Tu n'es pas elle », dit Peter, en reculant encore.
S'entendant prononcer ces mots, l'évidence s'imposa à lui. Il n'avait pas été secouru. Ce n'était pas la réalité, c'était une autre simulation. Autour de lui, le décor s'effaça. L'image d'Olivia s'évanouit et il ouvrit les yeux pour la énième fois sur la salle aux murs blancs. Il eut juste le temps sentir la colère monter en lui avant d'être pris de violentes convulsions.
La femme se précipita pour lui injecter une dose de tranquillisant. A peine avait-elle terminé qu'une équipe d'intervention du FBI entra en trombe dans la pièce et la maîtrisa, ainsi que son partenaire. Si près du but, pensa-t-elle amèrement, tandis qu'on l'emmenait, ainsi qu'Andrew.
CHAPITRE 8
Dès qu'elle entra dans la pièce, Olivia se précipita sur Peter. Il convulsait toujours, le tranquillisant n'ayant pas l'effet escompté. Le choc, la colère, l'épuisement, l'avaient poussé à bout.
« Peter. Peter, calme-toi », dit Olivia, paniquée, ne sachant que faire.
Elle lui ôta le casque et libéra ses poignets. Mais Peter convulsait toujours.
« Une équipe médicale, vite », demanda-t-elle par radio.
Elle se tourna de nouveau vers le jeune homme. Prise d'une impulsion, elle prit sa main dans la sienne et la serra contre elle. Elle posa sa main libre sur la joue de Peter. C'était contre ses principes mais elle se remémora comment il avait réussi à la calmer quand elle était entrée dans la tête de Nick Lane. Juste en tenant sa main. Juste parce qu'il s'agissait de lui.
« Chhhhh, Peter, calme-toi. C'est Olivia. Détends-toi. Je suis là », murmura-t-elle, espérant avoir le même effet apaisant sur lui.
Elle sentit alors un petit changement. Peter tremblait moins fort. Elle ne sut dire si elle en était la cause mais elle continua à lui parler jusqu'à ce qu'il s'arrête de convulser.
Quand les ambulanciers l'emmenèrent à l'extérieur, il était inconscient mais vivant. Walter et Astrid arrivèrent à cet instant. Walter accourut et suivit le brancard. Olivia s'effaça alors pour lui laisser la place. Broyles vint se placer à côté d'elle.
« Bon travail, Dunham »
Olivia lui adressa un sourire bref et hocha la tête.
« Merci, monsieur »
Elle reporta son regard sur les ambulanciers qui emmenaient Peter.
« Allez-y, Dunham »
Olivia se tourna vers lui, sans comprendre.
« Monsieur ? », dit-elle en se tournant vers lui.
« Accompagnez les Bishop. Peter aura besoin de visages amicaux à son réveil. Et puis vous êtes épuisée, vous avez besoin d'une pause », dit-il.
« Mais monsieur, les ravisseurs, je comptais les interroger », protesta-t-elle.
« Ils seront toujours là, Agent Dunham. Vous avez effectué un excellent travail pour aujourd'hui. Escortez les Bishop à l'hôpital », insista Broyles.
Ils se fixèrent quelques secondes. Olivia était partagée entre son envie d'obéir et celle de savoir ce que les ravisseurs voulaient obtenir de Peter.
« C'est un ordre, Agent Dunham »
Elle sourit imperceptiblement et hocha la tête.
« Bien, monsieur »
Sur ce, elle se dirigea vers l'ambulance. Elle y entra au moment où les ambulanciers allaient refermer les portes. Walter tenait la main de son fils, toujours inconscient. Astrid démarra sa voiture pour suivre l'ambulance.
Sur le trajet, Peter remua la tête. Il tentait de reprendre conscience mais les drogues dans son corps et le traumatisme des simulations l'en empêchaient. Il marmonna des mots. Olivia se rapprocha.
« Que dit-il ? », demanda-t-elle.
Walter se pencha pour tenter de comprendre.
« Je crois qu'il dit : 'Tout est faux, tout est faux' »
« Vous comprenez ce que ça veut dire ? », questionna la jeune femme.
« Je crois que cela confirme ma théorie. Ses ravisseurs ont dû utiliser mon neuro-stimulateur pour lui envoyer des images et le faire dire ce qu'ils voulaient savoir. Mais je pense que Peter a compris que ce qu'il voyait, n'était pas réel. Les convulsions sont une défense naturelle. Il lutte contre l'imaginaire, il tente de trouver la sortie vers le réel », expliqua Walter.
A cet instant, Peter ouvrit les yeux. Il reconnut l'intérieur d'une ambulance. Quand il tourna la tête et vit Walter et Olivia, il crut à une nouvelle simulation. Il essaya de se débattre.
« Tout est faux, tout est faux », cria-t-il.
Les ambulanciers écartèrent Walter pour tenter de maintenir Peter. L'un d'eux s'apprêtait à lui injecter un tranquillisant mais Walter l'en empêcha.
« Walter ? », questionna Olivia.
« Non, on ne sait pas combien de drogues ils lui ont inoculé, et qui sait combien de doses de tranquillisant ? Ca pourrait aggraver les choses », expliqua Walter.
Olivia acquiesça et demanda aux ambulanciers d'écouter le Docteur Bishop. Peter se débattit encore mais l'épuisement le fit sombrer à nouveau dans l'inconscience.
Arrivés à l'hôpital, Peter subit toute une batterie d'examens et de tests sanguins. Il n'avait toujours pas repris connaissance quand les heures de visite furent terminées. Olivia convainquit Walter de rentrer avec Astrid. Il ne fut pas facile à persuader, mais Olivia lui jura qu'elle veillerait sur lui. Elle les raccompagna à la voiture avant de se rendre à nouveau dans la chambre.
Peter émergeait doucement. Il se sentait cotonneux. Il entrouvrit les paupières avec difficulté mais sa vision était trop floue qu'il distingue quoi que ce soit. Il essaya de se concentrer pour se souvenir de l'endroit où il était mais il avait l'impression qu'on l'avait assommé de drogues. Il lutta pour ouvrir à nouveau les yeux. Il vit une forme indistincte et lumineuse au-dessus de lui. Il tenta de recentrer sa vue pour ne plus voir trouble. Au bout de quelques secondes, il parvint enfin à distinguer les contours des plafonniers. Il regarda alors autour de lui pour voir où il était. D'un coup d'œil, il comprit qu'il s'agissait d'une chambre d'hôpital. Bizarre, il ne se rappelait plus comment il était arrivé là, ni pourquoi. Puis, il entendit des pas. Un claquement de talons empressé qu'il aurait reconnu entre mille. Olivia. Il sourit. Olivia était là. Quand elle entra et qu'elle vit qu'il avait les yeux ouverts, elle se précipita vers lui.
« Hey », dit-elle avec un sourire.
« Hey », répondit-il, faiblement.
Sa gorge le grattait, elle était sèche.
« Je vais appeler un docteur », lui dit-elle.
« Non », murmura-t-il.
Elle fronça les sourcils et se rapprocha de lui.
« Quoi ? », demanda-t-elle.
Voir son visage si près du sien lui apporta du réconfort mais aussi une sensation de déjà-vu. Ils avaient déjà connu ça. Non. Non, c'était lui qui avait connu ça, pas Olivia. Ses pensées étaient confuses, il ne comprenait pas ce qui se passait.
« Que s'est-il passé ? », demanda-t-il d'une voix rauque.
Il déglutit mais sa gorge était douloureuse. Il avait soif, il avait l'impression de ne pas voir bu depuis des jours. Il tourna la tête et vit un verre d'eau. Il essaya de se relever et de saisir le gobelet. Voyant qu'il peinait, Olivia l'y aida. Une fois assis, elle lui tendit le liquide. Il but en plusieurs fois, manquant de s'étouffer. Quand il eut fini, Olivia lui prit le verre et le reposa sur la table de chevet.
« Tu ne te souviens plus ? », demanda Olivia.
Peter secoua la tête. Elle était lourde et il n'arrivait pas à se concentrer pour se rappeler.
« Tu as été enlevé, Peter », lui dit-elle.
Ces mots provoquèrent le déclic. Un flot de souvenirs lui parvint. L'étudiante, les ravisseurs, la pièce aux murs blancs, les simulations. Des flashes envahirent sa tête. Trop forts. Trop vite. Trop douloureux. Sa tête allait exploser. Fermant les yeux, il se prit la tête entre les mains. Il remonta les genoux vers sa poitrine et commença à se balancer d'avant en arrière. Est-ce qu'il rêvait encore ? Il ne savait pas. Il ne savait plus. Tout était si confus.
« Peter, qu'est-ce qu'il y a ? », demanda Olivia.
L'inquiétude perçait dans le ton de la jeune femme. Elle se rapprocha et se pencha vers lui. Pour la deuxième fois en quelques heures, elle posa les mains sur lui. Elle saisit ses poignets pour tenter de voir son visage.
Ce contact fit réagir Peter. La dernière simulation concernait Olivia. Ses sentiments pour elle. L'évidence s'imposa à lui. Il l'aimait. Oui, il en était sûr, à présent. Il était tombé amoureux d'elle. Petit à petit, sans s'en rendre compte. Et ils avaient utilisé ça contre lui. Mais il avait su que ce n'était pas elle. Quand elle l'avait embrassé. S'il était maintenant persuadé qu'il l'aimait, il savait aussi que ce n'était pas réciproque. La vraie Olivia ne le voyait pas autrement qu'un co-équipier. Juste un ami. Jamais elle ne l'aurait embrassé. Essayaient-ils encore de le berner ? Instinctivement, il saisit les poignets d'Olivia et la regarda dans les yeux. Fiction ou réalité ? Comment savoir ?
Olivia fut surprise par la réaction de Peter. Quand il saisit ses poignets, elle ne chercha même pas à l'en empêcher, trop ahurie. Les yeux du jeune homme la scrutaient intensément comme s'il essayait de lire en elle. Mais ils avaient une lueur inquiétante. Dangereuse même. Jamais elle n'aurait pensé qu'il puisse se montrer aussi menaçant. Cette pensée la paralysa sur place et elle comprit qu'il n'était pas lui-même. Il la regardait comme une ennemie. Persuadée qu'il allait la frapper, elle se prépara au choc et ferma les yeux. Mais la réaction de Peter ne fut pas celle qu'elle attendait.
Peter débattait dans sa tête. Vrai ou faux ? Il regardait toujours le visage d'Olivia. Il y lut l'inquiétude, l'incompréhension et soudain la peur. Il reporta son attention sur ses yeux. Ils semblaient si réels. Incapables de mentir. C'est ainsi qu'il lisait en elle. Ils étaient le reflet de ses émotions. Quand elle les ferma, elle lui coupa tout moyen de pouvoir faire la différence. Vrai ou faux ? Comment savoir ? Une idée, fugitive, le traversa. Un test. Pour distinguer l'imaginaire de la réalité. Un baiser. Si elle y répondait, ce n'était pas elle. Sans réfléchir, il lâcha ses poignets et prit son visage dans ses mains. D'un geste vif, il plaqua ses lèvres sur celles d'Olivia et attendit sa réaction.
Olivia avaient toujours les yeux fermés quand elle sentit les mains de Peter saisir son visage et l'approcher du sien. Au moment où elle sentit qu'il l'embrassait, la surprise lui fit ouvrir les yeux. Totalement abasourdie par cette réaction inattendue, elle ne pensa même pas à réagir. Pétrifiée, elle essayait de comprendre ce qui se passait, les poignets toujours en l'air.
Aucune réaction. Comment pouvait-il savoir si elle ne réagissait pas ? D'un geste impatient, il passa une main dans ses cheveux et les agrippa. Son autre main glissa jusque dans le creux de son dos et l'approcha de lui. Il força la barrière de ses lèvres et essaya d'approfondir le baiser, testant toujours ses réactions.
Toujours immobile, Olivia eut enfin un sursaut quand elle sentit les mains de Peter quitter son visage. Elle crut d'abord qu'il la lâchait. Mais au lieu de ça, il s'empara de ses cheveux et l'attrapa à la taille pour la rapprocher de lui. Ses jambes buttèrent contre le côté du lit. Quand elle sentit la bouche insistante de Peter sur la sienne, elle reprit enfin ses esprits. Retrouvant l'usage de ses bras et ne pouvant écarter son visage prisonnier de la main du jeune homme, elle esquissa un geste pour le repousser. Mais son corps la trahit. Plutôt que d'écarter Peter, ses mains s'agrippèrent à sa chemise d'hôpital. Ses yeux se fermèrent sans qu'elle ne leur en donne l'ordre. Ses lèvres s'abandonnèrent contre celles de Peter.
Sentant qu'Olivia répondait à son baiser, Peter serra les poings. Il avait sa réponse. Encore une simulation. Ils jouaient avec lui. Un sentiment de rage l'envahit. Malgré tout, il dut lutter pour s'arracher au plaisir d'embrasser la jeune femme. Cette simulation était sans doute la meilleure de toutes. Il rit amèrement à cette pensée. Quand il posa les yeux sur Olivia, sa colère monta d'un cran. Il attrapa à nouveau ses poignets. « Tu n'es pas elle », s'entendit-il prononcer. Le contact de sa peau troubla Peter. Le souvenir de ses lèvres réclamant les siennes le hantait. Tout semblait si vrai. Il secoua la tête et ferma les yeux, essayant de faire la part des choses. Mais tout était si confus. Les sensations étaient si réelles. Ils avaient frappé fort cette fois. Furieux à cette idée, il relâcha sa fureur sur le seul exutoire à proximité. Le coup partit sans qu'il ne le cherche vraiment. Sa main atteignit Olivia sur le côté du visage.
Cela n'avait duré qu'une seconde. Maudissant sa faiblesse passagère, Olivia lutta pour reprendre le contrôle de son corps. Elle ne devait pas laisser ce genre de choses arriver. Pas avec Peter. Surtout pas avec Peter. Mais au moment où elle allait s'écarter de lui, elle se sentit violemment repoussée. Avant qu'elle ne comprenne ce qui se passait, il saisissait ses poignets. Quand elle vit ses yeux, elle fut effarée. Son regard était torturé mais haineux. Il murmura des mots qu'elle ne comprit pas. Avant qu'elle ne puisse esquisser un geste, il la lâcha. Mais elle ne vit pas son bras se lever rapidement vers elle. Une douleur à la tempe la prit par surprise et elle fut projetée en arrière. Privée du soutien des mains de Peter, elle tomba à terre, emportant au passage tout ce qui se trouvait sur la table de chevet.
« Tu n'es pas elle », répéta-t-il plus fort.
Alors, elle comprit. Peter se croyait dans une autre simulation et ne réalisait pas qu'il s'agissait de la réalité. Reprenant ses esprits et luttant contre sa douleur à la tête et celle qui grandissant dans le bas de son dos, elle rampa pour s'adosser au mur proche d'elle. Elle grimaça quand elle sentit un liquide chaud couler le long de sa joue. Mais elle reporta son attention sur Peter. Toujours aussi furieux, il arracha les perfusions et tenta de se lever. Son équilibre n'était pas très stable mais il parvint à rester debout. Avec horreur, elle le vit s'approcher d'elle en titubant.
Charlie, pensa-t-elle aussitôt. Horrifiée que l'histoire se répète, elle se sentit glacée. Comme dans un mauvais rêve, elle se vit sortir son arme et la pointer sur Peter. Mais elle comprit que ce geste était inutile, car elle se sentait incapable de tirer sur lui. Même pour assurer sa propre sécurité.
Peter continuait d'avancer, aux prises avec ses pensées et ses doutes. Il voulait que ça s'arrête. Il ne le supportait plus. Le geste d'Olivia attira son attention. Il se focalisa vers l'arme, braquée vers lui. Que ça s'arrête ! Les mains qui la tenaient tremblaient légèrement. Assez ! Sans vraiment savoir ce qu'il faisait, il avança encore. Il n'était plus qu'à quelques centimètres de l'arme, à présent.
Olivia restait pétrifiée, incapable de faire quoi que ce soit. Elle ne pouvait se résoudre à tirer à cette distance. Ça le tuerait sur le coup. Ses mains trahirent son désarroi en tremblant plus fort.
Dans un état second, Peter saisit l'arme, sans rencontrer de résistance. Tout en parlant, il contempla l'arme dans sa main, en la tournant plusieurs fois sur elle-même. Puis, il tendit le bras et la braqua vers elle. Que ça cesse !
« Peter, ne fais pas ça », dit Olivia, paniquée.
La voix d'Olivia eut le mérite de le sortir de sa transe. Il leva les yeux vers son visage. Pour la première fois depuis qu'il l'avait repoussée, il la regarda vraiment. Droit dans les yeux. Le livre ouvert sur ses émotions. Ils semblaient si vrais, si sincères. Mais il ne voulait plus être manipulé. Il était fatigué de lutter pour distinguer le faux du vrai. Il ferma les yeux et secoua la tête. Assez !
Sentant le trouble de Peter, Olivia insista.
« Peter, tu ne rêves pas, je t'en prie, regarde-moi »
Spontanément, il obéit. Il fut ébranlé par le regard de terreur qu'elle lui renvoyait. Un filet de sang commençait à sécher sur sa joue et il réalisa avec horreur qu'il en était le responsable. Simulation ou pas, il ressentit un intense sentiment de culpabilité. Il se sentait si démuni, si perdu. Sa main trembla violemment, et il finit par la baisser. L'arme tomba au sol. Peter ne savait plus que penser. Et si elle disait vrai ? Et si c'était fini cette fois-ci ? Il voulait tellement y croire mais redoutait d'être trompé une fois de plus. Il sentit ses jambes se dérober et tomba à genoux. Olivia profita du moment de doute de Peter pour repousser l'arme du pied, à l'autre côté de la pièce. Comprenant que son partenaire s'était calmé mais qu'il ne savait plus que croire, Olivia tenta de le rassurer. Elle se mit également à genoux, face à lui. Il secouait la tête, les mains sur son visage. Saisissant ses poignets, elle l'incita à relever les yeux vers elle. Elle capta son regard désemparé.
« Peter, calme-toi, ça va aller », dit-elle, doucement.
« Je sais pas, je sais plus », dit-il, désespéré.
Il y avait tant de détresse dans ses yeux, qu'elle en eut mal au cœur. A cet instant, elle vit que des larmes coulaient de ses yeux. Lui, qu'elle n'avait jamais vu pleurer, lui qui semblait être un roc, pleurait comme un enfant. Dérogeant une fois de plus à sa propre règle, elle posa sa main sur sa joue et dessina des cercles avec son pouce.
« Chhhh, Peter, tout ira bien. C'est fini, maintenant », le rassura Olivia.
Peter se laissa bercer par les paroles d'apaisement. Complètement perdu, il se rapprocha d'elle, recherchant la chaleur et le réconfort de son corps. Elle le laissa l'enlacer. Dans son mouvement, il entraîna Olivia en arrière. Elle s'adossa à nouveau au mur et Peter posa sa tête contre son ventre. Tout en le berçant comme un enfant, elle lui caressa les cheveux.
Une infirmière, faisant sa ronde, entra dans la chambre. Quand elle vit l'état de la chambre et le lit vide, elle appela immédiatement le médecin de garde.
Il arriva quelques instants plus tard. Il tenta d'abord de séparer Peter d'Olivia. Mais voyant qu'il ne voulait pas lâcher prise, il lui administra un calmant. Quand enfin, il desserra les bras, ils se mirent à trois pour reposer le jeune homme sur le lit. Le médecin attacha les poignets et les chevilles de Peter aux bords du lit. Olivia se leva, grimaçant de douleur et se rapprocha du lit.
« Est-ce vraiment nécessaire ? », demanda-t-elle.
« Si j'en juge par l'état de la pièce et de votre visage, alors oui, c'est nécessaire », répondit-il.
Olivia passa ses doigts sur le côté de son visage et sentit le sang coagulé. Elle en avait oublié sa blessure.
« L'infirmière va s'occuper de vous », dit-il en saisissant son geste.
Elle fronça les sourcils. Le médecin crut bon d'ajouter : « Vous pourrez revenir auprès de lui ensuite »
Un quart d'heure plus tard, Olivia entrait dans la chambre, le visage nettoyé et sa plaie pansée. S'approchant du lit, elle regarda Peter dormir paisiblement. Elle se retint de lever sa main et de toucher sa joue. Elle avait eu son compte pour les dix prochaines années. Avant de changer d'avis, elle alla s'asseoir dans le fauteuil et tenta de trouver une position confortable pour son dos douloureux.
Ce qui s'était passé tout à l'heure, était allé trop loin. Elle avait laissé Peter l'embrasser et elle ne s'en remettait pas. Elle s'était pourtant jurée de ne plus laisser une telle erreur se produire. Après John, non seulement elle n'était pas prête à laisser un autre homme entrer dans sa vie, mais elle avait également convenu de ne plus mêler travail et plaisir. Et pourtant, elle l'avait embrassé aussi, même si cela n'avait été qu'une seconde. Elle s'en voulait terriblement d'avoir eu cette faiblesse et se jura de ne pas s'y laisser reprendre. Peter était et devait rester uniquement son partenaire. Elle ne pouvait pas se laisser distraire de sa mission, quels que soient ses sentiments pour lui. Car oui, à présent, elle le reconnaissait. Elle aimait Peter. Tendrement. Profondément. Indéniablement.
Ce sentiment s'était développé à son insu. Bien à l'abri dans une partie de son cœur, qu'elle croyait brisée. Elle s'était voilée la face et s'en mordait les doigts, à présent. Mais elle ne laisserait plus cela arriver. Elle devait laisser au placard ses émotions et ses faiblesses. C'est sur cette résolution, qu'elle finit par s'endormir.
Il se passa plusieurs heures, avant que Peter ne se réveille de son sommeil sans rêves. Quand il ouvrit les yeux, il vit tout de suite qu'il était dans un hôpital. Il se sentait déboussolé et groggy. Il eut une impression de déjà-vu. Comme Bill Murray dans « un jour sans fin ». C'était comme s'il avait vécu ce moment des dizaines de fois.
Il tourna la tête et il reconnut la silhouette d'Olivia, endormie dans le fauteuil, malgré les lumières tamisées. Un mal de crâne lancinant l'empêchait de se souvenir des évènements. Il tenta de lever la main pour se masser la tempe mais il sentit une résistance. Quand il entendit un bruit métallique, il comprit qu'il était attaché.
Le bruit réveilla instantanément Olivia. Elle leva la tête vers Peter et dès qu'elle vit qu'il était réveillé, elle se leva et approcha. Peter s'apprêtait à lui demander ce qu'il s'était passé quand il vit les pansements sur le côté de son visage. Alors, les souvenirs affluèrent dans sa tête. Tout lui revint. Le choc fut violent. Il serra les dents. Mais le coup de grâce fut l'image de sa main braquant l'arme sur Olivia.
La jeune femme observa le visage de Peter. Quand elle le vit crisper les mâchoires, elle comprit qu'il revivait les derniers évènements. Et quand il leva des yeux incrédules et consternés vers elle, elle anticipa ce qu'il allait dire.
« Olivia, je suis si désolé », dit-il, piteusement.
Olivia secoua la tête et sourit, heureuse qu'il soit de nouveau lui-même. Mais elle savait qu'il s'en voulait et que tout ce qu'elle pourrait dire n'y changerait rien. Elle tenta l'humour.
« Pour quoi ? Le baiser volé ou le coup sur la tête ? », demanda-t-elle, d'un ton espiègle.
Bien qu'accablé de culpabilité, il ne put résister à l'envie de sourire. Ce n'était pas tous les jours qu'elle plaisantait.
« Hey, 'volé', n'est pas le terme que j'emploierais, au vu de ta réaction… », répondit-il sur le même ton.
« 'Volé' », dit-elle en appuyant sur le mot, « est tout à fait le mot qui convient et pour répondre à ta question, je ne t'en veux pas. Walter m'a expliqué. Tu ne me croyais pas réelle. Après ce que tu as subi, ça peut se comprendre », dit-elle en retrouvant son sérieux.
« Je t'ai blessée », dit-il sur un ton d'excuse.
Ses yeux exprimaient tant de culpabilité, qu'elle en eut mal au cœur. Comme il la fixait intensément, elle entreprit de le délivrer de ses harnais pour couper le contact visuel.
« Qu'est-ce que tu fais ? », demanda-t-il, étonné.
« Je te détache », répondit-elle comme s'il s'agissait d'une évidence.
« Et si je t'attaque encore ? », dit-il.
« Tu ne le feras pas », dit-elle avec assurance.
« Pourquoi ? », demanda-t-il, perplexe.
« Pourquoi quoi ? », demanda-t-elle, tandis qu'elle le libérait du dernier harnais.
« Pourquoi es-tu si sûre que je ne le ferais pas ? »
« Tes yeux. Ils ne mentent pas, Peter. Comme quand tu te sentais coupable de ne pas avoir été voir Walter à Saint-Claire. Tu as le même regard », dit-elle avec sincérité.
Ils se fixèrent durant quelques secondes. Sentant qu'elle en avait trop dit, elle baissa les yeux et fit mine de remettre la couverture sur les jambes de Peter.
« Comment te sens-tu ? », demanda-t-elle pour mieux détourner son attention.
« Comme si un bus m'avait renversé », répondit-il.
Elle sourit.
« Alors, c'est que tu vas mieux. Au vu de mes nombreux séjours à l'hôpital, je parle par expérience. Tu peux me croire », expliqua-t-elle.
« Je te crois », répondit-il avec sincérité.
Il la regarda et ses yeux s'attardèrent sur les pansements.
« Est-ce ça fait mal ? », dit-il avec un mouvement du menton.
« Non, ce n'est rien du tout. J'ai connu pire »
« Mais cette fois, c'est moi », dit-il, la culpabilité revenant au galop.
Olivia évita un instant ces yeux.
Jamais elle n'avouerait à Peter que le plus dur n'avait pas été la douleur.
Jamais elle ne lui dirait que le pire avait été de revivre une variante plus douloureuse de l'épisode 'Charlie'. Parce que c'était lui.
Jamais elle ne lui dirait qu'elle s'était sentie incapable de se résoudre à tirer sur lui. Parce que c'était lui.
Jamais elle ne lui dirait qu'elle n'aurait jamais supporté l'idée d'être à l'origine de sa perte. Parce que c'était lui.
Jamais elle ne le lui dirait parce qu'elle se préservait avec les non-dits.
Elle se reprit et le regarda. Elle lui répondit en choisissant soigneusement ses mots.
« Peter, je crois que dans le cadre particulier de notre travail, ce genre de choses est inévitable »
Il émit un petit rire sarcastique.
« Inévitable ? Rien n'est inévitable, Olivia. J'aurais pu éviter cela », répondit-il, amer.
« Tu aurais pu faire bien pire, Peter »
Peter serra les poings, sentant une vague de culpabilité le traverser et lui donner la nausée. Elle avait raison. Il avait pointé son arme sur elle, il aurait pu la tuer. Il serra les dents et un tic nerveux se dessina sur sa joue.
Quand elle lut son expression et qu'elle comprit le double sens de sa phrase, elle s'empressa d'ajouter avec conviction : « Mais tu as su te maîtriser malgré la situation »
Elle vint près de lui et s'assit sur le bord du lit.
« Ce qui m'amène à cette question : pourquoi n'as-tu pas tiré ? Qu'est-ce qui t'a retenu ? Je veux dire, je comprends l'état d'esprit dans lequel tu étais, tu croyais que tu hallucinais, que je n'étais pas réelle. Alors pourquoi ? »
Comment pouvait-elle lui demander cela ? Il secoua la tête, essayant de trouver les mots justes.
« Olivia. Hallucination ou pas, rien ne justifie le fait que je t'ai frappée. Je ne me le pardonne déjà pas. Alors quant à penser que je puisse te tirer dessus, c'est intolérable. Je suis incapable de te faire du mal », dit-il avec sincérité et douceur.
Olivia baissa les yeux, gênée par la franchise de Peter. Elle se mordit l'intérieur de la joue pour avoir posé la question. Mais cela n'empêcha pas Peter de continuer.
« Quand j'ai levé les yeux vers ton visage et vu que tu saignais et que c'était ma faute, je me suis senti si méprisable… et quand j'ai vu tes yeux, j'ai compris que je ne rêvais pas. Tes yeux ne mentent pas non plus, tu sais. Et d'ailleurs, si tu me les caches en ce moment, c'est que tu ne veux pas que je voie que tu regrettes d'avoir posé cette question »
Elle releva la tête et croisa son regard, surprise qu'il la devine si bien. Elle cligna des yeux plusieurs fois, troublée, avant de les baisser à nouveau. Elle était à court de mots. Peter avait le chic pour la percer à jour avec une aisance déconcertante. Voilà pourquoi son instinct de préservation était si acéré en sa présence. En vain, apparemment.
Alors qu'elle se demandait comment se sortir de cette situation embarrassante, son téléphone sonna. Infiniment soulagée, elle se leva pour aller le récupérer dans la poche de sa veste. Elle décrocha rapidement.
Peter savait qu'en parlant aussi franchement, il l'avait repoussée dans ses retranchements et que d'une façon ou d'une autre, elle aurait pris la fuite. S'il ne regrettait pas ses paroles, il ne s'était pas attendu à une quelconque réponse d'Olivia. Que le téléphone ait sonné à cet instant, était finalement une bonne chose.
Il l'observa tandis qu'elle écoutait son interlocuteur. En voyant sa réaction, Peter comprit qu'on ne lui annonçait pas de bonnes nouvelles. Elle raccrocha et passa une main dans ses cheveux. Son visage exprimait la colère.
« Quoi ? », demanda Peter, inquiet.
« Ils se sont enfuis. Tes ravisseurs. Envolés », dit-elle avec rage.
« Comment ? »
« Des complices. On pensait qu'ils n'étaient que deux. On s'est trompés. En clair, à part qu'ils s'intéressent aux univers parallèles, on ne sait rien d'eux », lâcha-t-elle en secouant la tête nerveusement.
Prenant une grande inspiration pour se calmer, elle se tourna vers Peter.
« Je crois que je ferais mieux de partir et de te laisser te reposer », dit-elle, en se forçant à sourire.
Peter acquiesça sans mot dire.
Elle prit sa veste et se dirigea vers la porte, mais elle s'arrêta avant de la franchir. Prise d'une impulsion, elle se tourna vers lui.
« Je suis contente que tu ailles bien », dit-elle, sincèrement.
Etonné par ses paroles, il haussa les sourcils. Etait-ce bien Olivia Dunham qui venait de dire ces mots ? Se sermonnant d'avoir ce genre de pensées, il se contenta d'apprécier cet aveu spontané de la part de la jeune femme. Il poussa même son avantage.
« Olivia, une question à mon tour », dit-il.
Elle le regarda et attendit.
« Pourquoi n'as-tu pas tiré quand tu en avais l'occasion ? »
Elle ne pouvait pas répondre à cette question directement sans dévoiler des choses trop personnelles. Elle prit une seconde pour choisir ses mots.
« Je crois que tu ne poses pas la bonne question. Celle que tu devrais poser est 'sur qui est-ce que j'ai tiré ?' », répondit-elle.
Peter fronça les sourcils, ne comprenant pas où elle voulait en venir.
« J'ai tiré sur John et j'ai tiré sur Charlie », ajouta-t-elle.
Sans lui laisser le temps d'analyser ce qu'elle venait de dire, elle enchaîna.
« Pour John, c'était dans la cuve. Tu penses peut-être que ça ne compte pas, parce que ce n'était qu'un souvenir. Mais pour moi, il était aussi vivant que tu l'étais, face à moi. Je l'aimais, et pourtant, quand il s'est approché, j'ai tiré », expliqua en secouant légèrement la tête sous le coup de l'émotion.
Il lui était pénible d'en parler, mais moins que d'avouer la véritable raison à Peter. Maîtrisant avec difficulté ses émotions, elle continua.
« Quant à Charlie, oui, il s'agissait d'un métamorphe. Je sais que ce n'était pas lui. Et pourtant, c'était son visage qui exprimait la haine, c'étaient ses yeux qui montraient qu'il allait me tuer, c'étaient ses mains qui serraient mon cou. Mais j'ai tiré sur lui, 3 balles dans la poitrine, 1 dans la tête », dit-elle en clignant des yeux pour chasser les larmes qui menaçaient de couler.
L'un d'elles s'échappa et glissa doucement sur sa joue. Peter aurait donné cher pour l'essayer du bout des doigts et effacer la douleur de ses traits.
« John, l'homme que j'aimais et Charlie qui m'avait soutenue et épaulée depuis mon entrée au FBI. Et je me sens responsable de leurs morts, même si physiquement ce n'est pas moi qui aie mis fin à leurs vies. Mais c'est pour avoir été proches de moi qu'ils ne sont plus là, aujourd'hui. Je garderais ça sur ma conscience toute ma vie »
Peter voulait intervenir mais Olivia ne lui en laissa pas le temps. Elle se tourna vers la porte et fit mine de la franchir, coupant tout contact visuel. Mais elle s'arrêta dans l'encadrement et inclina légèrement la tête sur le côté. Seule une petite partie de son visage était visible. Placée ainsi, il ne pouvait pas lire les émotions que ses traits trahissaient si facilement.
« Mais sur toi… », dit-elle, doucement.
Avait-il rêvé l'accent de tendresse dans sa voix au moment où elle avait prononcé ces mots ?
« …je n'ai pas tiré », finit-elle avant de partir pour de bon, sans un regard en arrière.
Peter cligna des yeux, sous l'effet de surprise. Il ne s'était certainement pas attendu à cette réponse. Elle n'avait d'ailleurs pas vraiment répondu à sa question. Et pourtant ce qu'elle venait de dire avait sans doute bien plus de signification.
S'il essayait de lire entre les lignes, ne venait-elle pas d'avouer qu'elle avait été incapable de tirer sur lui ? Alors même qu'elle l'avait fait sur les deux hommes qu'elle avait aimés dans sa vie. Par extension, pouvait-il en conclure qu'elle tenait plus à lui, désormais, qu'à aucun autre ? N'était-ce d'ailleurs pas pour cette même raison, qu'elle le gardait à distance ? Parce qu'elle souffrait de leur absence et qu'elle ne voulait plus revivre cette souffrance si elle le perdait, lui ? Si ce qu'il supposait était vrai, alors il y avait un espoir.
Il reposa sa tête sur l'oreiller et fixa le plafond sans le voir. Il savait que dès demain, Olivia revêtirait de nouveau sa carapace 'd'agent du FBI', que tout redeviendrait comme avant. Et pourtant, tout serait différent. Car désormais, il savait que, par ce qu'elle n'avait pas dit, elle avait révélé bien plus qu'une longue tirade. Un non-dit valait parfois bien plus qu'une déclaration. Fermant les yeux paisiblement, il se laissa gagner par le sommeil. Un sourire se dessina sur ses lèvres quand celle qui occupait ses pensées, vint peupler ses rêves et ses espérances.
