Noël 9

25 Décembre 1971

Sirius avait ouvert ses paquets. Cette année, il en avait eu plus que l'an dernier. Ce n'est pas qu'il comptait ses paquets, non. C'est que les paquets qu'il avait reçu de ses amis l'avait touché. Et d'autant touché que ses parents avaient encore choisi un livre qui devait certainement vanté les sorciers sang-purs.

Décidément, cette maison lui était de plus en plus insupportable. Peut-être parce qu'il se sentait vraiment plus comme chez lui à Poudlard qu'ici.

Il s'allongea sur son lit, avec le cadeau que James lui avait envoyé : une boîte de couleur verte, avec, sur le couvercle, des micros-explosions qui se produisaient de temps à autre, laissant sur le carton des traces de couleurs. Sirius sourit, il se doutait du contenu. Effectivement, lorsqu'il ouvrit la boîte, il ne fut pas déçu : il y avait des bambouses, quelques pétards mouillés du Dr. Flibuste, des bonbons à hoquet, une tasse mordeuse (pour ses parents avait précisé James), un kit pour faire pousser des verrues (pour son frère) et enfin un paquet de cartes auto-battantes (pour passer le temps).

Sirius sortit un à un chaque objet en riant. James était réellement un super copain. Si seulement il avait pu être son cousin, ils se seraient vus pour Noël, et Sirius aurait préféré ça mille fois à ses cousines. Excepté Andromeda, bien sûr.

Il soupira. C'était long, deux semaines de vacances... Il rectifia : non, ce n'était pas les vacances qui étaient trop longues, c'était le temps passé sans James, sans ses amis. Il aurait bien voulu rester à Poudlard, mais ça ne se faisait pas chez les Blacks. La réunion de famille de Noël était une sacro-sainte obligation. Et il était donc obligé de passer ces deux semaines à écouter leurs discussions ennuyeuses sur la nécessité de préserver la race des sorciers en privilégiant les sangs-purs.

C'était une aberration, une ignominie qui le mettait hors de lui à chaque fois. Par moment, il arrivait à se contrôler mais de temps en temps ça lui échappait. Il recevait alors un châtiment qui dépendait de l'humeur de ses parents : de la privation de dessert à des coups de fouets en passant par l'isolement... Depuis le début des vacances, il n'avait eu que deux corrections. Preuve de sa sagesse et de sa maturité selon ses parents, preuve de sa maîtrise de lui-même selon Sirius.

A Poudlard, il pouvait dire ce qu'il voulait. Il pouvait être lui. C'était un plaisir. Il avait trouvé en James plus qu'un copain. Ils étaient inséparables. James était drôle, et avec lui, l'imagination de Sirius pouvait s'exprimer. D'accord, c'était souvent pour autre chose que les devoirs et souvent aux détriments des autres, et ça leur avait déjà valu quelques retenues.

Mais aussi quelques fous-rires...

Evidemment, ses parents en avaient eu écho, et les retenues à Poudlard lui avaient valu aussi quelques réprimandes chez lui. Ca ne les empêchait pas de continuer.

Sirius jeta un oeil vers sa malle ouverte. Il y avait ses affaires de Poudlard, dont quelques devoirs à rendre à la rentrée.

Il soupira. Il n'avait pas envie de les faire. Après tout, on était le jour de Noël, non ?

Il préfèrerait s'amuser. Oui, mais à quoi ?

Il fit le tour de sa chambre, désoeuvré.

Il sortit quelques livres, pour les jeter, euh...poser négligemment sur le lit. Il retrouva un vieux ballon-lumineux, reste de l'année précédente. Il le gonfla. Il fonctionnait encore.

En cherchant sous son lit, il retrouva sa boîte à figurines. Il les sortit. C'était son jeu préféré quand il était petit...

Encore maintenant, décida-t-il, renversant la boîte sur le lit. Il y avait près d'une cinquantaine de personnages. Des sorciers avec des robes jaunes et or, vertes et argent, bleu et bronze, jaune et noir, les quatre couleurs des maisons de Poudlard. Sirius les connaissait bien, son père les lui avait expliquées il y a longtemps. « Les plus belles sont quand même les vertes et or, tu ne trouves pas, Sirius ? »

Sirius attrapa un rouge et or et le fit se battre avec un vert et argent. Le premier gagna, bien sûr.

- Et c'est un Gryffondor qui gagne ! Les rouge et or sont les plus forts !

Puis le garçon s'intéressa aux autres. Il y avait vraiment tout un tas de créatures : dragons, fantômes, elfes de maison, licornes, gobelins et géants, et même une représentation de ronflakcornu, ainsi qu'un loup-garou.

Sirius l'attrapa pour l'examiner de tous les côtés. Ce n'était qu'un personnage, mais il semblait y chercher quelque chose.

- C'est un peu ça, se dit-il. Un côté tranquille et un côté loup. Mais tu n'as pas les mêmes cheveux , continua-t-il en souriant. Et toi, tu ne parles pas !

Il pensait à Remus Lupin. Leur camarade de chambre.

A Poudlard, ils étaient 4 à partager la même chambre. James et lui, mais aussi deux autres garçons de leur âge : Peter, assez petit et un peu potelet, et Remus.

Remus les avait longtemps intrigués, James et lui. Régulièrement, il s'absentait. Pour des raisons très diverses : sa mère malade, un de ses oncles s'était blessé, son père avait besoin de lui... Toujours des excuses. Et toujours il revenait, très pâle...

James et lui avaient cherché de longues heures la réponse. Ils avaient fini par noter que ces absences se produisaient tous les 28 jours, et ils avaient examiné beaucoup de livres avant de tomber sur le bon : « Symptômes et traitements des principales affections des sorciers. » Un gros livre très abîmé, trouvé sur une étagère, tout en bas d'un mur, dans le classement « Divers ».

Dans les premières pages, figuraient plusieurs tableaux sensés vous aider à déterminer le genre d'affection dont vous étiez atteint. Cela allait du simple rhume à la pneumonie sur une page, du simple bouton de fièvre à la varicelle sur une autre, etc...

Après avoir consulté pratiquement tous les tableaux, ils étaient arrivés à celui qui déterminait si vous étiez atteint d'une simple infection due à une égratignure au tétanos, en passant par :

Morsure de loup-garou.

Les symptômes étaient évidents, clairs, et très semblables à ce qu'ils pouvaient deviner chez leur camarade de classe. Ils avaient ensuite eu la confirmation la lune suivante. Remus était un loup-garou. Loin de s'en formaliser, les deux garçons avaient trouvé cela « extraordinaire », « génial », « fabuleux », et autres qualificatifs de ce genre.

Sirius eut un sourire sarcastique : si ses parents savaient... nul doute qu'ils le retireraient de l'école.

Pourtant, Remus, avec ce handicap, était encore plus intéressant. Sirius avait été, et restait, fasciné par ce côté obscur de son camarade. Il l'avait vu sous un autre angle. Remus au début, ne lui apparaissait que quelconque, un de ces « premiers de la classe » qui ne pensait qu'à travailler... Toujours le nez dans ses livres. Trop sérieux, avait-il jugé.

Mais la réalité était toute autre. Il se devait de réussir, à cause de ce problème. Il devait réussir à rattraper les cours qu'il manquait tous les mois... Sirius était admiratif. Tous les mois, il devait supporter une transformation terrible, tous les mois, il revenait avec des cicatrices.

Oui, Sirius avait découvert Remus. Et autant il partageait tout avec James, autant il avait une espèce de fascination, d'admiration muette pour Remus.

Comment pouvait-il supporter ça tous les mois, sans se rebeller...Et supporter ces blessures...

Il aurait voulu l'aider, mais comment ? S'ils étaient des animaux eux aussi, au moins ils pourraient partager ces moments difficiles... S'ils étaient des animaux...

Sirius fronça les sourcils... Des sorciers animaux, où avait-il entendu ou lu quelque chose à ce propos ? Oui, bien sûr ! Le premier cours de métamorphose avec McGonagall... c'est un animagi ! Elle n'en n'avait pas parlé après ce jour-là mais les élèves avaient été très impressionnés par sa transformation.

Et si elle, elle pouvait y arriver, alors eux aussi pourraient le faire !

Cette pensée motiva Sirius : il allait inciter James à devenir animagi...


On se rapproche de ce que vous attendez, n'est-ce pas?

Mais ici, ils n'ont encore que 12 ans...

Je tenais aussi à remercier celles qui reviewent...