Bonjour à tous,

Bonne année 2010, et tous mes vœux à chacun de vous ! Et quoi de tel pour entamer avec vous cette nouvelle année dans la joie et le partage, que de vous offrir le début d'une nouvelle fic ?

Cela fait plusieurs jours (voire plusieurs semaines) que je cogite à une nouvelle histoire, et j'avoue qu'il a été très dur de me remettre à écrire après avoir fini « Fallen angels ». Et puis finalement, je me suis lancée, avec l'envie de démarrer 2010 avec une histoire différente, sans doute un peu triste aussi, mais avec également des moments de rires… Je souhaite écrire une histoire qui, comme la vie peut l'être, sera drôle et amère, tendre et cruelle… Bref, j'espère en tout cas arriver à vous embarquer dans cette nouvelle aventure.

Alors, bon retour parmi mes fics pour les anciens et les habitués, bienvenue pour les nouveaux et les curieux… et à tous, merci d'être là, et très bonne lecture !

Disclaimer : la plupart des personnages et lieux appartiennent à J.K. Rowling, le reste est à moi. Les quelques paroles disséminées au fil du texte sont tirées de la (sublime, et encore le mot est faible) chanson « In noctem », composée par Nicholas Hooper sur la BO de Harry Potter et le Prince de sang-mêlé.

Rating : K


~ Save my soul (où vont les âmes…) ~

Chapitre 1 : La chaumière aux coquillages


Chère Hermione, mon roc,

Je ne serai plus jamais le même. Je le sais. Je le sens.

C'est plus qu'une certitude, tu sais. C'est comme… une évidence. Comme s'il ne pouvait en être autrement. Comme si j'avais toujours eu cette vérité au fond de moi.

Je crois que je le sais depuis toujours : qu'après ça, je n'aurai plus jamais été le même. Je l'ai toujours su, mais je ne le vois pas comme une fatalité… Alors, sincèrement, je te le demande, ne t'inquiète pas pour moi, ça va aller. Et puis…


La petite créature se faufilait d'un pas leste dans les rues bondées du Chemin de Traverse, passant prestement entre les sorciers qui flânaient ça et là, tous plus nombreux de jour en jour, à mesure que les boutiques se reconstruisaient. Tout en se glissant entre deux femmes à l'air joyeux, l'elfe pressé leva le nez et constata que même la boutique d'Ollivander, qui avait été l'une des plus touchées par les dégâts, reprenait peu à peu une forme décente. Bien sûr, son propriétaire n'y reviendrait plus, ayant décidé, et c'était bien compréhensible, de se prendre une retraite plus que méritée. Mais il se murmurait qu'il se cherchait un successeur, voire même qu'il en formait déjà un… ou même plusieurs…

Mais tout cela n'était que racontars et rumeurs, et n'intéressait aucunement notre petit héros, qui trottinait d'un pas décidé en direction du bout de l'allée. Il dût faire un large écart pour éviter la foule qui se pressait devant Gringotts, qui ouvrait ses portes à dix heures, comme chaque matin, et se pressa pour éviter un groupe de jeunes enfants qui se précipitait pour assaillir la devanture de Florian Fortarôme qui rouvrait, lui, pour la première fois depuis des mois, agrémenté d'une vitrine flambante neuve, encore plus colorée et alléchante qu'avant. Le petit être ralentit après ce virage un court instant pour reprendre son souffle, et avisa alors la devanture de la librairie Fleury et Bott.

« Ah oui… Il faudra penser à prendre les livres aussi, oui… Ne pas oublier. Mais la course que Monsieur a demandée, d'abord. Parce que Monsieur a dit que c'était le plus urgent, oui. »

Et fort de cette résolution, il reprit sa course jusqu'au bout du Chemin de Traverse. Un sourire illumina son visage fripé et d'ordinaire peu avenant quand il aperçut enfin le but de sa destination : la boutique Eeylops, où l'enseigne précisait dans une belle calligraphie que les badauds se trouvaient ici « Au Royaume du Hibou ». Notre ami sauta prestement sur le perron, et poussa la porte, qui tinta joyeusement. Par réflexe, un des vendeurs, qui jusque-là tournait le dos à la porte d'entrée, occupé à nourrir un hibou grand-duc, fit volte-face en lançant un joyeux « Bonjour ! ». Mais en ne voyant personne à hauteur de ses yeux, il s'arrêta, interloqué, se demandant si c'était le vent qui avait ouvert sa porte.

Une petite voix nasillarde et éraillée attira cependant son attention, plus bas :

« Monsieur, bonjour. On vient voir si la commande de notre maître est prête… »

Reconnaissant enfin le petit elfe de maison qu'il avait aperçu pour la première fois la semaine passée, l'employé hocha vivement la tête, et sans ajouter un mot, se précipita pour chercher la commande en arrière-boutique. S'il fut surpris de la tension qui sembla habiter l'homme, l'elfe n'en montra rien, attendant patiemment qu'on lui ramène ce que son maître désirait. Quand il eut récupéré son achat et tenté de régler le reste de la somme (tenté, car l'homme refusa de prendre son argent en bredouillant des phrases peu compréhensibles), la petite créature repartit, et se dirigea, chargé de son paquet, jusqu'à la librairie où il avait promis de s'arrêter également.

Le soleil était haut, la rue animée d'un brouhaha joyeux et détendu comme elle n'en avait pas connu depuis longtemps. Oui, tout était bien.

oOoOoOoOoOo

En haut de la butte qui surplombait la mer, le vent soufflait plus fort que dans la vallée. Mais Harry était loin de trouver cela désagréable : l'air lui amenait par bourrasques des senteurs mêlées de marée et de bruyère, et lui laissait sur la peau un goût de terre et de sel. Il sourit en sentant la brise s'engouffrer d'un coup dans son pull léger, et lui emmêler les cheveux.

Il sourit, comme cela ne lui était pas arrivé depuis quatre mois à présent. Il sourit, parce qu'enfin, après avoir traversé à pieds une bonne partie de cette portion de région, et avoir gravi la colline abrupte avec son gros sac sur le dos, il venait d'apercevoir le but de son périple.

Son refuge, à lui, maintenant.

Cet eldorado auquel il ne croyait pas vraiment.

Jusqu'à cet instant, maintenant qu'il l'avait sous les yeux et qu'il pouvait s'autoriser à y croire : là, à une trentaine de mètres devant lui, au terme d'un petit sentier de terre et de cailloux, battue par les vents marins, se dressait, calme et modeste, la chaumière aux coquillages.

Le brun sentit son cœur se gonfler, comme si la brise s'y était là aussi engouffrée, et il ne put réprimer un autre sourire, qui lui serra étonnamment la gorge.

« J'y suis… » souffla-t-il, comme encore incrédule de pouvoir toucher ce bonheur qu'il avait si fortement désiré depuis quelques temps.

Comme pour rendre plus réel ce bout de rêve, cette salvation tant espérée.

Redressant une des sangles de son sac qui avait glissée sur son épaule, il se remit en route, luttant un peu contre les bourrasques pour arriver jusqu'à la petite maison. Quand il ne fut plus qu'à un mètre, Harry réalisa pour la première fois réellement combien l'endroit était calme. Les volets étaient clos, le jardin encadré de la petite barrière blanche -à la peinture un peu écaillée par endroits- était désert ; et le bruit des branches du grand saule pleureur sur le côté de la maison, un peu à l'écart, secouées par le vent, était si léger qu'il fallait tendre l'oreille pour le distinguer. Le seul bruit notable, outre le vent qui soufflait tantôt par tornades, tantôt en brise infime, était le ressac continu des vagues battant les flancs de la falaise avec la régularité d'un cœur apaisé…

Poussant la petite barrière de bois, Harry ne put retenir un sursaut en l'entendant grincer. Tout était si calme qu'il ne s'était pas attendu à entendre un bruit maintenant. Il jeta un petit coup d'œil vers le grand arbre, et sous lequel, cachée par les branches pendantes du saule pleureur reposait, il le savait, une grande pierre blanche, plate. Mais l'heure n'était pas encore venue pour lui de s'y rendre. Il referma alors le portail derrière lui, et rejoignit en trois grandes enjambées le perron de la maison. Il sortit de la poche arrière de son pantalon un trousseau comprenant deux clés et un porte-clé en forme de coquillage, dont la pointe était cassée. Il introduisit la plus grande et plus terne des deux clés dans la serrure, et entra.

Carry my soul into the night

La demeure était plongée dans la pénombre, seuls les volets de la fenêtre de la cuisine étant restés ouverts. Cette ouverture diffusait une lumière très tamisée, laissant la plupart des recoins des autres pièces dans l'ombre. Bien que la chaumière fut vide depuis un moment, cela ne sentait pas le renfermé, et Harry devina qu'il ne trouverait que peu de poussière sur le dessus des quelques meubles qui restaient. Il ne put retenir un petit sourire en s'avançant dans le couloir et en débouchant dans le salon : un feu léger ronflait dans la cheminée, apportant une douce chaleur dans la pièce, et un bouquet de tulipes ornait le centre de la table ronde.

« Fleur… » songea le brun, non sans affection.

May the stars guide my way

Le jeune homme posa son bagage au pied de la table, puis fit le tour du canapé pour aller ouvrir les volets de deux fenêtres de la pièce. De là, il avait pleine vue sur la mer, et sur une partie du grand saule pleureur. Il s'attarda un moment à regarder la vue qui s'offrait à lui, puis reporta son attention sur l'intérieur de la maison. Il y avait encore tant à faire…

I glory in the sight

Il s'occupa d'ouvrir une à une chaque fenêtre du rez-de-chaussée, pour aérer la maison, même si, comme il l'avait deviné, la précédente occupante des lieux était manifestement venue le faire peu de temps avant son arrivée. Après tout, il n'avait pas caché à ses amis quel jour il comptait venir…

En se rendant dans la cuisine pour voir si s'y trouvait le nécessaire dont il aurait besoin pour son repas de tout à l'heure (et constatant que Bill et Fleur lui avaient laissé bien plus de choses qu'il n'aurait pu le penser), il aperçut, posé sur le plan de travail, un petit bout de papier plié en quatre et coincé sous un pot à ustensiles. Il s'en saisit et le déplia.

L'écriture de Bill s'y allongeait, fine et précise…

Harry, petit frère,

Ca y est, tu y es. Fleur et moi espérons de tout cœur que tu te sentiras bien dans cette maison, qui a su nous accueillir avec chaleur et bonheur quand nous y étions. Tu sais pourquoi nous l'avons quittée, je sais pourquoi tu y entres aujourd'hui.

Nous savons tous deux que nos raisons s'opposent, et pourtant je sais aussi que nous nous comprenons. Tu seras tranquille ici, et puisses-tu y trouver ce que tu es venu y chercher. Je crois que ce ne fut pas le cas pour Fleur et moi, mais avec la période de trouble que nous avons tous connus, il faut bien se dire que nous n'y sommes pas entrés avec le même état d'esprit que toi.

Vis ce que tu as à y vivre, Harry, aussi longtemps et tranquillement que tu le jugeras nécessaire. J'espère toutefois te voir venir me rendre les clés un jour, tu le sais…

N'oublie en tout cas jamais que tu fais partie de la famille, et qu'il y a toujours une place qui t'attend autour de la grande table des Weasley. Ne l'oublie pas, Harry.

Ton dévoué Bill.

Harry avait perdu son sourire, et sentit son cœur se serrer quand il eut fini de lire ces mots. Pas besoin de les reparcourir, il les connaissait presque par cœur, tant le temps les imprimait en lui depuis un moment déjà. Oui, l'amour et l'inquiétude de ses proches, il ne les connaissait que trop bien… Mais il ne pouvait pas y répondre. Pas maintenant. Pas déjà…

Un jour, peut-être.

Il roula en boule le mot de Bill, le reposa sur le comptoir, et sortit de la cuisine, alors que le jour, qui commençait déjà à décliner de l'autre côté de la vallée, amenait sur la chaumière aux coquillages ses premières ombres.

As darkness takes the day

Harry monta ensuite aux étages pour tout aérer également, traversant les deux chambres d'amis, l'ancienne chambre de Fleur et Bill, et la petite salle de bains attenante. Il ne savait pas encore dans quelle chambre il s'installerait, et cela comptait finalement assez peu pour le moment. Là, maintenant, tout de suite, il n'avait qu'une envie : se reposer. Faire le vide. Il s'affala sur le lit d'une des chambres d'amis, en travers, faisant face à une des fenêtres. Passant un bras sur son visage, il ferma les yeux, et tenta de se détendre un moment…

Il n'aurait su dire combien de temps il était resté comme cela, ni s'il s'était endormi, mais quand il reprit conscience de l'endroit où il était en entendant un bruit au rez-de-chaussée, la nuit était déjà tombée. Il se redressa sur le lit, et tendit l'oreille. Mais en distinguant des petits bruits de pas familiers, ainsi qu'un cliquetis de vaisselle au bout d'un moment, il comprit qu'il n'avait rien à craindre de ce nouvel arrivant. Il se recoucha sur le matelas, laissant ses jambes pendre dans le vide, et fixa les premières étoiles qui étaient apparues dans le ciel.

Il crut toutefois bon d'ajouter au bout d'un moment, ne voulant pas paraître impoli pour son compagnon de route :

« Je suis au premier, Kreattur ! Je me repose. »

La petite voix éraillée et pourtant presque tendre de l'elfe lui parvint, du bas de l'escalier :

« Kreattur s'en doute, Monsieur. Que Monsieur ne s'inquiète de rien et se repose, Kreattur prépare le repas. »

« Merci… » murmura en retour Harry, peu sûr que l'elfe l'ait entendu, mais sachant que la petite créature ne lui en tiendrait pas rigueur.

D'ailleurs, l'elfe était déjà retourné à la préparation de son repas, chantonnant doucement, presque malgré lui… Harry hésita un instant à lui demander de se taire, afin de n'être de nouveau entouré que par le silence, mais il jugea sa requête malvenue. Il aurait bien le temps d'être seul, après tout. Il pouvait bien laisser Kreattur amener un peu de vie en ces lieux avant de s'en repartir…

Sing a song, a song of life

Oui, Harry aurait tout le temps demain de n'avoir pour seule compagnie que le ressac de l'océan, le vent dans les arbres, et les battements de son cœur… dont il espérait qu'ils se calmeraient un peu, avec le temps.

Mais pour l'heure, il pouvait encore profiter un peu de la présence d'un être chaleureux, qui l'aimait et ne voulait que son bien.

Made without regret

Il se sentit somnoler doucement, au son des bruits étouffés de la maison : le feu qui crépitait dans la cheminée en bas, des assiettes et des couverts qu'on entrechoquait, le tic-tac régulier d'une pendule dans une pièce voisine, un volet qui claquait, mal fixé, sur une des façades de la maison, un petit hululement, encore discret…

« Ah… » songea Harry d'un murmure ensommeillé, « Kreattur est allée me chercher ma nouvelle chouette. Je pourrais… demain, je pourrais envoyer une lettre à Hermione. Pour lui dire… » Il étouffa un bâillement et se roula un peu plus en boule sur le matelas, serrant ses bras autour de lui pour se réchauffer. « … lui dire, que je suis bien arrivé. Que… tout va bien… »

Tell the ones, the ones I loved
I never will forget

Ses paroles se perdirent dans un murmure indistinct, quand enfin, il s'endormit.

Oui, il aurait bien le temps de penser à tout cela demain. Pour l'instant, il dormait. Le reste attendrait.

Never will forget.


Où vont les âmes…, par H. J. Granger – Introduction

Que deviennent les âmes, quand tout se meurt ? Où partent-elles, quand tout a disparu ? Où se réfugient-elles, quand tout espoir s'est envolé, quand plus rien ne les retient ?

Que deviennent les âmes, celles qu'on a malmenées, celles qui se sont égarées, celles qui ont été brisées ?

Une âme détruite peut-elle encore se reconstruire ? Et si oui, sur quoi s'appuie-t-elle pour cela ? Qu'est-ce qui peut sauver une âme ?

Qu'est-ce qui peut sauver une âme ?

(…)