Bonjour à tous,
Tout d'abord, merci infiniment du très bon accueil que vous avez fait à cette fic, qui n'en disait pourtant pas tant dans son premier chapitre… Je ne garantis pas d'ailleurs que cette suite vous éclaire davantage, mais nous rentrons doucement mais sûrement dans le vif du sujet.
J'espère en tout cas de tout cœur que cette suite vous plaira, et vous donnera envie de poursuivre les aventures de nos héros… Et merci encore pour vos commentaires, ils sont toujours aussi passionnants qu'instructifs et agréables : )
Et bienvenue aux nouveaux qui sont venus jeter un œil par ici…
Disclaimer : la plupart des personnages et lieux appartiennent à J.K. Rowling, le reste est à moi.
Rating : K
Avertissement : je n'ai pas jugé utile de le préciser dans le premier chapitre, mais comme j'ai réalisé avec vos reviews que pas mal d'entre vous n'avez pas lu le tome 7 de HP, je vous signale que quelques spoilers parsèment cette fic (bien qu'ils ne constituent pas la trame principale de mon histoire, et que je ne respecte pas forcément non plus tous les éléments de Rowling, certains spoilers sont quand même présents, alors…).
Save my soul (où vont les âmes…)
Chapitre 2 : Une glace partagée chez Florian Fortarôme
Chère Hermione, mon roc,
Quand je me suis réveillé ce matin, j'étais perdu. Perdu, parce que je ne reconnaissais pas le plafond familier de mon lit à baldaquins à Poudlard (douce ironie ! Des mois, une année peut-être, voire plus, que nous avons quitté cette école, et je m'y rêve encore), encore moins celui de la chambre de Ron au Terrier… Et puis, je me suis rappelé que j'étais parti. Ailleurs.
Enfin, ailleurs.
Perdu parce qu'après tant de temps à ne plus vouloir croire que je trouverais un lieu où me réfugier, je ne pouvais pas croire que j'avais enfin rencontré cet endroit… Ailleurs que dans un rêve.
Mais ce n'est pas un rêve. Même plus un cauchemar. J'y suis, Hermione. Dans ce lieu où je trouverais peut-être la paix.
Peut-être… car rien n'est moins hypothétique, n'est-ce pas ? Mais ce matin, il fait beau, Kreattur m'a laissé un bon petit déjeuner sur la table… Alors ce matin au moins, je vais y croire, d'accord ? Tu veux bien y croire avec moi, ma chère Hermione ? S'il-te-plaît…
« Bonjour Tom. » énonça d'une voix polie la sorcière, tout en traversant la salle du Chaudron Baveur.
L'homme lui répondit d'un signe de tête machinal, trop occupé à servir ses nombreux clients -lui qui n'en avait jamais eu plus de dix à la fois (et encore, dans ses jours les plus fastes !) ne savait plus où donner de la tête aujourd'hui ! Tout en appuyant d'un geste né de l'habitude sur les briques du mur qui la mènerait au Chemin de Traverse, la jeune femme sourit avec amusement en voyant Tom courir d'une table à l'autre, maladroit dans tous ses gestes. Un joyeux vacarme couvrit sa voix quand elle lança : « Bonne journée, Tom, à bientôt ! » avant de disparaître par le passage secret.
En ce mercredi matin, le Chemin de Traverse était encore plutôt calme, bien que le haut soleil ait déjà attiré plusieurs promeneurs. Les boutiques ouvraient, presque toutes aptes maintenant à accueillir de nouveau les sorciers, chaque jour plus nombreux, qui se pressaient pour faire des achats, retrouver dans le bonheur de se promener dans les magasins un aperçu de ce que pouvait être une vie normale. Comme si une frénésie compulsive les avait tous pris au sortir de la guerre… comme dans un déni massif que toute blessure n'était pas encore guérie, on voulait revenir à cet eden perdu où on ne se souciait de rien…
Même la jeune sorcière qui marchait maintenant d'un pas allègre en direction du marchand de glaces le plus apprécié des environs dût se retenir, en passant devant Fleury et Bott, d'y entrer pour faire une razzia sur les nombreux nouveaux ouvrages qui s'affichaient en vitrine. Elle se consola en se disant qu'elle aurait sans doute le temps d'y revenir plus tard, et se précipita pour rejoindre la terrasse du glacier, où elle était attendue.
« Ah, Hermione ! Te voilà enfin ! » s'exclama une voix joyeuse.
La brune leva la tête vers la personne qui l'avait interpellée, et sourit, tout en montant les quelques marches qui menait à la petite terrasse :
« Bonjour Dean. Oh, salut Seamus, tu es déjà là ? » ajouta-t-elle avec un air de surprise ravie, tout en se penchant pour faire la bise à ses camarades.
L'Irlandais sourit en retour, et précisa :
« Oui, mais depuis quelques minutes à peine… On est tous ponctuels, à ce que je vois. Regardez, voici Lavande et Parvati. »
Effectivement, les deux amies, toujours aussi inséparables, arrivaient depuis la direction opposée à celle de Hermione, les bras chargés de paquets. Arrivées à hauteur de leurs amis, elles les saluèrent joyeusement, et Dean ayant fait l'erreur de noter qu'elles avaient l'air d'avoir déjà pas mal écumé les boutiques du Chemin de Traverse, elles entreprirent aussitôt de lui montrer tous leurs achats.
Hermione, après s'être installée près de Seamus et d'avoir passé commande auprès de Florian Fortarôme, se pencha vers son voisin et dit d'un ton amusé en désignant les jeunes filles :
« Cela fait plaisir de voir qu'il y a certaines habitudes qui ne se perdent pas… »
Tout en reposant sa cuillère dans une coupelle en verre immense, maintenant vide, Seamus laissa échapper un soupir de contentement, et répliqua tout en se tapotant le ventre avec satisfaction :
« Oui, et j'espère quant à moi que nous ne perdrons pas cette nouvelle et merveilleuse habitude de nous retrouver le mercredi matin ici ! »
Lavande éclata de rire en entendant son camarade, et commença à se moquer du futur embonpoint qu'il ne manquerait pas de prendre s'ils continuaient effectivement à se donner rendez-vous ici, mais Hermione coupa cet élan de moquerie en se penchant vers l'Irlandais et en lui demandant, sincèrement surprise :
« Mais non, ça ne sera pas possible. » Devant l'air étonné de tous ses camarades, elle ajouta : « Je ne vous l'avais pas dit ? A partir du mois prochain je commence mon stage au Ministère… »
« Un stage au Ministère ? Mais c'est super ! » s'exclama Parvati, vite approuvée par Dean, qui demanda alors, lui aussi avec excitation : « Mais… comment as-tu obtenu ça ? Ca doit être super dur d'y entrer, surtout pour nous, qui sommes sortis de Poudlard sans diplôme… »
« Allons Dean… » précisa la brune, plus sérieuse. « Nous n'avons peut-être pas fini notre dernière année, mais enfin… Je crois que nous avons suffisamment prouvé au monde sorcier que nous avions de la valeur. » Son regard se détourna un instant, et elle serra les lèvres.
Sentant que l'ambiance avait perdu de sa gaieté à l'évocation de leurs faits d'armes qui ne remontaient qu'à quelques mois à peine, Seamus intervint :
« Tu as raison, Hermione ! Peu importe le diplôme, ce n'est pas ça qui compte… Mais dis-nous plutôt : comment as-tu fait ? Parce que même sans histoire de qualification, entrer au Ministère n'est pas aisé. Surtout en ce moment, avec toutes les réformes qu'ils y apportent. Ma mère, qui est amie avec Johanna Bibbles, du Bureau de liaison des Gobelins, m'a rapporté qu'en ce moment c'était un beau bordel là-dedans ! »
Dean rit à ces mots, et Seamus, ignorant le regard un peu choqué de Parvati face à son langage, se pencha vers Hermione, avide d'informations. Cette dernière rougit un peu, et joua un instant avec sa glace du bout de sa cuillère, avant d'annoncer d'une petite voix :
« Oui, c'est sûr… En fait, c'est Kinglsey… Shacklebolt, qui m'a faite entrer. Disons qu'il m'a présentée aux bonnes personnes, et de là ça c'est fait tout seul… »
« Ah ben oui, c'est sûr qu'en étant pistonnée par le Ministre en personne, ça aide à pousser les bonnes portes ! » s'exclama Lavande, qui ajouta précipitamment en avisant le regard blessé de son amie : « Mais je ne disais pas ça par méchanceté. Je sais, comme nous tous ici, que c'est ta valeur qui les a au final convaincus de te prendre, pas le fait que tu connaisses le Ministre ! »
Comme Hermione hochait la tête, mais sans toutefois ajouter quoique ce soit, Seamus intervint lui aussi, lui posant une main rassurante sur le bras :
« Hermione, il n'y a aucun mal à être aidée un peu, tu sais… Surtout que tu le mérites, peut-être plus que la plupart des gens ! Après tout ce que tu as fait ! Et je sus persuadé, comme beaucoup de personnes à mon avis, que tu as beaucoup de bons changements à apporter toi aussi au Ministère. » Il s'arrêta un instant, puis, captant le regard de son amie, qui retrouvait déjà un peu plus confiance en elle, il ajouta : « Et c'est sûrement dans cette optique que Shacklebolt t'a présentée à ses collègues. Pas juste parce qu'il te connaissait. Il croit en toi, n'en doute pas. »
« Merci Seamus… » murmura Hermione d'une petite voix, esquissant enfin un pâle sourire.
Voyant que la jeune fille reprenait du poil de la bête, Parvati demanda, tout en repoussant sa coupe de glace pour éviter que Dean ne se serve dedans, comme il essayait de le faire discrètement depuis un moment déjà :
« Et dans quel service vas-tu faire ton stage, alors ? »
S'enthousiasmant de nouveau pour ce projet qui l'attendait, Hermione s'exclama, toute joie retrouvée :
« Et bien, au début je rêvais d'entrer au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, pour m'occuper enfin sérieusement de la question des elfes de maison, vous voyez… » Les autres, qui ne se souvenaient que trop bien de la création de la S.A.L.E., tentèrent de réprimer une grimace, et hochèrent la tête pour relancer leur camarade, qui poursuivit alors avec entrain, les yeux brillants : « Mais Kingsley m'a proposé d'intégrer un tout nouveau service qu'il vient de créer : le Bureau de Coopération et d'Aide aux Moldus. Je vais m'occuper de la Section Moldue, du fait de mes origines. »
« Yahou, ça a l'air sympa… » approuva Dean, qui se sentait particulièrement concerné.
« N'est-ce pas ? » renchérit la brune, exaltée. « Ils veulent que ce Bureau assure la pacification durable des liens avec les moldus, et l'intégration des enfants nés moldus dans le monde sorcier… Bien sûr, pour que le travail se fasse en bonne intelligence, je vais travailler en binôme avec un sorcier d'origine… heu, vraiment sorcière, quoi, qui représentera la Section Sorcière. »
« Tu sais qui ce sera ? » questionna Lavande, en abandonnant avec un petit soupir résigné la fin de sa glace à un Seamus qui avait lui aussi retrouvé l'appétit.
Hermione haussa les épaules : « Non, pas encore. Peut-être un stagiaire, comme moi. Ce service est tout récent, et je crois qu'ils vont faire appel à quelques têtes neuves pour trouver une main-d'œuvre motivée. Mais il y aura aussi des employés chevronnés du Ministère qui y travailleront, ou viendront aider de temps en temps, quand leur propre emploi du temps le leur permettra. D'ailleurs, Arthur Weasley devrait venir travailler avec nous fréquemment ! » précisa-t-elle dans un sourire radieux. « Il s'est immédiatement porté volontaire, dès que Kingsley a évoqué la création de ce Bureau. » rit-elle.
« D'ailleurs, quand on parle de la tribu des Weasley… » commença Parvati dont le regard s'était porté sur la foule de badauds, maintenant plus dense, du Chemin de Traverse. « … on en voit la tignasse rousse ! » compléta Seamus, amusé, en faisant un large geste du bras à l'attention de Ron, qui remontait la rue à grands pas dans leur direction.
« Ron ! » s'exclama Hermione, ravie, en se poussant pour lui laisser de la place.
Le jeune homme se tira une chaise et s'installa à leur table. Il salua la petite assemblée, mais son pâle sourire ne cachait pas la fatigue de ses traits. Comme un de ses amis lui faisait remarquer son air épuisé, il précisa :
« C'est que… on a pas mal de monde à la boutique, avec George. Je crois même que je n'ai jamais vu autant de clients que depuis la fin de la guerre ! C'est fou ! Ah… merci Florian. » fit-il à l'adresse du vendeur, qui venait de lui apporter la glace qu'il prenait habituellement, refusant une fois de plus, dans un sourire, que Ron règle sa note.
Hermione caressa doucement le bras de son petit ami, qui esquissa un sourire tendre vers elle, et répliqua d'un ton presque timide :
« C'est partout pareil, tu sais… Je crois que les gens ont furieusement envie de retrouver une vie… normale. Alors, forcément, une boutique comme la vôtre, qui propose du bonheur et de la joie à l'état pur, ne peut que les attirer. »
« C'est vrai… » renchérit Lavande, expliquant ensuite avec force détails combien elle et Parvati avaient eu du mal à se frayer un passage dans les rayons de chez Mme Guipure le matin même.
Laissant leurs amis débattre du sujet, Hermione reporta toute son attention sur le rouquin, et murmura, tout en lui caressant la joue -et ôtant un peu de glace au chocolat qu'il s'était mis au coin des lèvres :
« Mais… Tu es sûr de vouloir continuer à travailler à la boutique ? Ca t'épuise, et… »
Ron attrapa la main de la jeune fille, et dit, très sérieux :
« Mione, ma chérie, on en a déjà parlé. Il n'a personne pour l'instant… et ne veut personne d'autre, je crois bien. Et puis, c'est important que j'économise pour… »
« Moi aussi je vais travailler ! » répliqua-t-elle avec force, s'attirant un regard surpris de Seamus -mais qui retourna vite à sa discussion avec leurs autres camarades, en voyant l'air sérieux du couple.
« Ce n'est qu'un stage, Hermione. Bien sûr, tu vas être payée, mais… ça ne sera pas suffisant. Pas pour qu'on s'installe. »
La sorcière garda le silence, puis finit par ajouter d'une petite voix :
« Mais… ça peut attendre, non ? Je sais combien Molly… »
« Maman est adorable, mais je veux vivre avec toi. J'en ai besoin. Et tu le sais. » Hermione hocha la tête, serrant la main de son petit ami dans la sienne. « Et puis, j'aimerai t'éviter tous ses allers-retours… »
« Ca ne me gêne pas, tu sais. Et puis, c'est toujours assez sympathique de saluer Tom… » ajouta-t-elle dans un sourire. « Lui aussi a du mal à s'en sortir, il est débordé de clients, en ce moment ! » Ces mots arrachèrent un petit sourire à Ron, qui le perdit quand la jeune fille changea de sujet, demandant à voix plus basse : « Et… concernant le poste que tu voulais ? Tu l'as eu ? C'était bien ce matin, ton rendez-vous, non ? »
Ron se renfonça dans son siège, et Hermione craignit un instant qu'il n'ait essuyé un échec. Mais le sorcier la démentit, bougonnant, tout en massacrant sa glace à coups de cuillère :
« Oui… Il a accepté de me prendre. Mais… »
« Mais quoi, Ron ? C'est une nouvelle fantastique ! Bien sûr, ça va te demander encore plus de travail, j'en ai conscience, mais… quelle superbe opportunité, tu ne crois pas ? »
« Oui, oui, je le sais bien. Non, ce n'est pas ça le problème… » Il détourna le regard un moment vers la rue. Après un instant, il reprit, encore plus sombre : « Le truc, c'est que je ne serai pas seul. Il y aura quelqu'un d'autre. »
« Oh. » fit Hermione, surprise. Puis, après une seconde de réflexion, elle ajouta : « Est-ce si grave, mon chéri ? Au fond, ça peut même être sympa, non ? »
Le roux tourna un regard amer vers elle, et lâcha avec ironie :
« Oh oui, ça pourrait l'être ! Si seulement tu savais qui c'est, tu déchanterais vite, crois-moi… »
Ne sachant qu'ajouter, la brune se tut. Ron aussi, mais c'était parce que la fatigue l'empêchait de réfléchir plus avant, et puis parce que, tout bien considéré, il était venu là pour se détendre en mangeant une glace avec ses amis, et que ladite glace allait fondre avant qu'il ne puisse la finir, tout ça parce qu'il ruminait ses soucis.
Ce qui serait bête, avouons-le. Il décida donc de reporter à plus tard ses problèmes, et se jeta enfin sur son goûter avec appétit, ramenant un sourire rassuré sur les lèvres de Hermione.
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Kreattur s'était fait discret toute la matinée, rangeant et nettoyant tous les coins de la maison où Harry n'était pas. A vrai dire, la petite chaumière brillait déjà comme un gallion neuf, mais, réflexe conditionné, l'elfe ne pouvait pas s'empêcher de mettre de l'ordre là où habitait son maître. Maintenant, grimpé sur un petit tabouret dans la chambre avec un grand lit double à l'étage, il regardait par la fenêtre monsieur Potter qui se promenait sur la plage, en bas de la falaise. Et de voir, même de loin, un léger sourire sur les lèvres du jeune homme le rassura. Il put donc retourner le cœur léger à sa tâche -à savoir, présentement, astiquer avec un grand chiffon, le rebord de la fenêtre.
Le soleil haut lui chauffait doucement les tempes, l'air marin soufflait agréablement, emmêlant un peu plus ses cheveux. Harry songea, non sans amusement, que tant qu'il resterait ici, son problème de chevelure indisciplinée ne s'arrangerait pas. Mais qu'importe, après tout ?
Si son seul problème se résumait à ça, il serait le plus heureux des hommes.
Mais avant d'atteindre ce statut, la route serait longue. Peut-être même était-il déjà arrivé au bout, et n'avait-il rien de mieux à espérer ? Se pouvait-il qu'il ait déjà épuisé toutes ses ressources ?
Et si ce qu'il voyait comme un nouveau départ, une promesse de renouveau n'était-il que le terme de ses espoirs, la fin de rêves illusoires ?
Etait-ce possible ?
Harry remonta lentement la falaise, pris dans ses réflexions. Heureusement que Kreattur ne le surveillait plus depuis la fenêtre, car il aurait eu le cœur serré : le sorcier ne souriait plus. Sa bonne humeur s'en était repartie, sans doute emportée par la brise, brisée sur le récif.
S'asseyant sur un rocher qui bordait la falaise, à une trentaine de mètres de la chaumière, le brun laissa son regard dériver vers l'océan, laissa ses pensées s'y fondre, s'y noyer…
La vue était belle, quand même… Après tout, si c'était là la fin de tout, pourquoi pas ? Harry songea, avec une douce amertume et une tendre ironie, qu'au fond, si ce nouveau départ était aussi la fin de son voyage, c'était un bien bel endroit pour attendre la fin du monde.
Un bien bel endroit pour attendre la fin de son monde.
Ainsi soit-il…
Où vont les âmes…, par H. J. Granger – Chapitre 1
(…)
L'âme humaine a cette étonnante faculté de pouvoir se voiler la face. De s'enfermer dans le déni. Quand tout va mal, elle peut recourir à un monde imaginaire, se créer une néo-réalité, qui prendra alors le pas sur la « vraie » réalité ; dès lors, l'âme pourra se complaire dans un monde où tout va pour le mieux…
Mais cette échappatoire est-elle souhaitable ? Rêver, s'inventer un monde imaginaire… voilà qui semble bien poétique et peu inoffensif. Oui. Mais quel réel soulagement peut en découler, pour une âme en souffrance ? Nier l'évidence, n'est-ce pas prendre le risque de doubler cette souffrance, quand la personne ouvrira de nouveau les yeux ?
Faudrait-il alors, pour éviter cette souffrance, souhaiter que l'âme ainsi dupée par elle-même reste à tout jamais enfermée dans ses illusions, se maintienne éternellement dans le déni ? C'est peut-être prendre le risque de se couper durablement des autres. Et, dans le cas d'une néo-réalité partagée par plusieurs personnes, par une majorité (car le déni peut être partagé collectivement), s'enfermer dans le déni reviendrait à prendre le risque d'exclure celui qui, seul, serait resté dans la « vraie » réalité.
Peut-on humainement sacrifier la minorité -qui a fait le choix (courageux ou masochiste ?) de la vérité- pour vivre sans souffrance ?
Et le déni éradique-t-il réellement, et durablement, la souffrance ? Se voiler la face est-il une solution ?
(…)
