Noël 20 (Sirius a 26ans ½, 4 ans à Azkaban)

25 Décembre 1985

C'était le jour de Noël, mais à Azkaban, peu de prisonniers s'en souciaient.

Les couloirs étaient toujours aussi vides et froids. Du vent s'y engouffrait par moment, apportant un semblant de vie et surtout assainissant un peu l'air de ce mouroir.

Car Azkaban ressemblait davantage à un mouroir qu'à une prison. Il y avait plus de sortie par les cercueils que par la porte...

Combien y avait-il de cellules dans cette forteresse ? Il était impossible de le savoir. Même le directeur du Département de la justice magique ne le savait pas. Il y avait pourtant un livre sur lequel était consigné les entrées et les sorties, les dates de procès, les dates de décès, mais personne ne s'était aventuré à compter le nombre de noms de prisonniers. Azkaban effrayait les simples quidams.

La prison était organisée en deux parties distinctes : la partie basse et la partie haute. La partie basse comprenait la couronne des trois premiers étages. Elle était plus large que la partie haute, qui, elle, comptait pas moins de dix étages. Et à la différence de l'autre partie, elle n'avait pour ainsi dire pas de fenêtres. Juste des ouvertures, très étroites et toutes en longueur.

Les premiers étages n'étaient habités que de sorciers condamnés à des courtes peines. On disait que les cellules étaient plus confortables que celles de la partie haute. Celle-ci était réservée aux longues peines. Une majorité de mangemorts la peuplait.

Et pourtant, dans les couloirs, il n'y avait aucun bruit. Sauf le vent qui amenait un peu de vie...

Dans une cellule du sixième étage, allongé, un homme semblait dormir. Semblait seulement parce qu'à y regarder d'un peu plus près, il avait les yeux ouverts. Il n'avait que vingt-six ans mais son visage lui en donnait dix de plus. Une barbe hirsute couvrait ses joues amaigries, ses cheveux en bataille étaient sales et ses yeux comme vides.

Allongé sur un semblant de lit avec de la paille, il serrait un morceau de tissu autour de lui. Il eut un soupir et l'air s'échappant de sa bouche forma comme un nuage dans l'air froid.

Sirius Black, c'était son nom, pensait. D'ailleurs, qu'aurait-il pu faire d'autre que penser ?

Il savait qu'on était le jour de Noël. Il marquait chaque jour d'un bâton. Il ne les comptait pas, mais il s'obligeait à savoir la date du jour. Une façon de garder un semblant de raison.

Il avait eu de la visite cette semaine. Quand était-ce ? Il y a cinq jours. Donc, si aujourd'hui est un mercredi, ça devait être samedi.

Le directeur de la prison était passé. Son unique visiteur était passé. Pouvait-il dire que c'était régulier ? Oui, en quelque sorte. Toutes les quatre à cinq semaines. Pour s'assurer de quoi ? Sirius se le demandait.

Qu'il était vivant ? Oui, il était et resterait vivant. Tant qu'il n'aurait pas atteint son but : éliminer ce rat. Ce n'était pas ce qu'on pouvait appeler de l'espoir. C'était une haine sourde et violente. Et même 1511 jours d'emprisonnement n'avaient pas réussi ni à éteindre ni même à diminuer cette haine. Il resterait vivant, quel que soit son état physique...

Ou peut-être pour lui faire la conversation ? Non, ça, c'était totalement improbable. Sirius ne parlait presque pas quand il venait. D'ailleurs, il ne parlait pratiquement plus. Sauf à cette espèce de chose qu'il avait tenté de gribouiller sur le mur. Il l'appelait Toi. Simplement. Tous les moyens étaient bons pour essayer de garder sa raison.

Mais la dernière visite avait un motif bien précis. Il lui avait annoncé la mort de sa mère. La mort du dernier membre de sa famille. D'abord son frère, si jeune. Mort assassiné par un mangemort après avoir voulu quitter Voldemort. Dix-huit ans. Son père ne l'avait pas supporté et était mort la même année. Orion Black. Sirius gardait l'image d'un homme grand, avec beaucoup de classe. Et maintenant sa mère... Il ne l'avait pas revue depuis l'enterrement de son père. Elle avait un peu grossi mais il parait que ça n'avait fait qu'empirer. C'est à peine si elle lui avait accordé de l'attention. Ca ne l'avait guère surpris. Par contre elle avait jeté un regard très méchant et agressif sur Remus qui l'avait accompagné. C'est vrai aussi qu'ils s'étaient tenu la main. Si elle avait su qu'en plus il était loup-garou...

Il n'aurait pas dû...

Il n'aurait pas dû penser à lui. Un moment, juste un moment, un souvenir heureux lui traversa l'esprit. Remus, le visage de Remus, au-dessus de lui, avec ce sourire si... à la fois heureux et carnassier...

A ce moment, du bruit se fit dans le couloir.

Sirius disparut et à la place où il se tenait, il y avait maintenant un chien noir.

Le bruit sembla s'éloigner puis disparut. C'était infernal. Dès que la moindre pensée heureuse lui venait, aussitôt un détraqueur se pointait dans le couloir. Comme s'ils étaient attirés par ça. Comme s'ils étaient à l'affût...

Mais Patmol le protégeait. Il avait découvert ça par hasard. Un jour où il s'était transformé pour échapper au froid. Les détraqueurs ne le sentaient pas. Ils ne captaient pas ce que le chien pensait. Le seul moyen de penser à Remus.

Remus...

Juste penser son nom était un à la fois un plaisir et une souffrance. Il avait tellement d'amour toujours pour lui. Mais c'était aussi une douleur que d'être loin de lui. Une torture que de l'imaginer seul. Un supplice que de se dire que lui, Sirius, l'avait abandonné. Comment passait –il ce jour de Noël ? Pensait-il encore à lui ? Il aurait voulu pouvoir lui envoyer au moins un mot, juste un mot...

Il savait que la pleine lune serait dans deux jours. Comment Remus survivait-il ? Qui veillait sur lui ?

Il aurait voulu être près de lui. Sentir la fourrure du loup contre la sienne.

Et dans le crépuscule de cette nuit de Noël, dans la brume froide hivernale, de la forteresse isolée, par-dessus la mer, résonna la longue plainte d'un chien qui hurlait à la mort...


Et j'ai vraiment compté: 1511 jours!!!! J'ai vraiment que ça à faire, lol!