Et bien, on dirait que Noël se rapproche, les filles!!!
Est-ce parce que Sirius est à Azkaban? Toujours est-il que je sens une mélancolie arriver...
Noël 21 ( Sirius a 32ans ½ 10 ans à Azkaban)
25 Décembre 1991
Dix ans. Une décennie.
Dix longues années enfermé ici.
Combien de petits bâtons dessinés sur le mur ?
Combien de lunes passées ?
Se saouler de chiffres.
Se rappeler chaque date avec précision. Essayer de trouver les heures qui correspondent.
Tous les jeux sont permis pour ne pas devenir fou. Je veux garder mon esprit aussi clair que possible. Parce que j'en aurai besoin pour atteindre mon but.
1991. Si je compte bien, Harry doit avoir 11 ans. Je me demande à qui il ressemble. Petit, il avait les cheveux noirs de son père, mais les yeux plus comme sa mère. Comment a-t-il grandi ? Sans doute est-il heureux...
Il a dû rentrer à Poudlard en septembre. J'espère qu'il est à Gryffondor. Ses parents auraient été tellement fiers...
Poudlard...
On ne sait pas combien les années à Poudlard sont heureuses. Surtout les dernières... Un court instant, une pensée heureuse, comme un nuage de bonheur semble flotter dans mon esprit. J'ai un sourire, mais aussitôt, je sais qu'il faut que je me transforme en Patmol. J'entends du bruit. Ils sont toujours aussi véloces pour venir nous punir...
Je garde mon aspect animal. Au moins, j'ai un peu de chaleur. Finalement, c'était une bonne idée de devenir animagus... Est-ce que Harry a des amis ? S'il est comme son père, il doit en avoir... Et les professeurs ? Ont-ils changé ? Est-ce qu'il en reste de ceux que j'ai connu ?
Et ce mauvais Rusard, est-ce que Dumbledore a pu lui faire abandonner certaines de ses pratiques ?Tant de questions...
J'avais promis à James de veiller sur Harry, mais maintenant qu'il doit être à Poudlard, je suis plus tranquille. Aucun mangemort ne peut atteindre l'école. Je me sens un peu soulagé.
Quand le directeur vient me voir, ou bien le ministre de la justice, oui, je suis si célèbre que les seules visites autorisées sont celles de personnalité..., il laisse souvent le journal traîner. L'occasion pour moi de suivre un peu l'extérieur.
J'ai l'impression que c'est calme. Aucun signe de Voldemort. C'est bizarre, je ne crois pas en sa mort. Quelque chose m'interdit de le croire. C'est comme Peter. Je sais qu'il n'est pas mort. Il est quelque part, tapi dans l'ombre. Je suis sûr que c'est ça. Il se terre. Mais il finira bien par sortir. Et ce jour-là, je veux être là. Je veux le voir et l'entendre crier pendant qu'il meurt. Je veux sa mort.
Peu importent les années. J'ai survécu 10 ans dans cette prison. J'attendrai encore dix ans s'il le faut. Mais je veux sa mort.
Je ne souffre pas. Je survis. Et déjà ici c'est plus qu'une occupation, c'est un travail de chaque instant. Ne pas perdre la raison. Ne pas se laisser approcher par les détraqueurs. Essayer de faire des projets. Surtout ne pas perdre pied.
Je suis fatigué. Mais je tiens encore.
Tout est tristesse ici. Tout.
Les murs, gris. Le froid. Le noir.
Même mes pensées sont tristes. Il n'y en a plus de gaies. Même Patmol est triste. Il lui faudrait un ami. Son ami. Le loup lui manque.
La pleine lune était le 21, il y a quatre jours. Comment se débrouille-t-il ? Est-ce qu'il a toujours de nouvelles cicatrices ?
Il faut que je devienne Patmol. Il tourne plus vite que moi dans cette cage. Et il peut hurler. Moi je ne le peux plus. Ma voix a du mal à m'obéir.
Je ne sais pas si nous sommes encore très nombreux ici. Il me semble que j'entends moins de cris. C'est sans doute que les autres prisonniers s'habituent à leur condition. Ou meurent. Parce que je ne suis pas sourd. Au contraire, mon ouïe s'est développée. J'entends les détraqueurs arriver bien plus tôt qu'auparavant. Est-ce à force d'écouter dans le silence ? Ou est-ce que c'est parce que je suis de plus en plus souvent Patmol ?
Quelque fois, me parviennent des odeurs d'herbes, des odeurs d'arbres.
Quelque fois, le vent siffle à mes oreilles. C'est une course dans la forêt qui secoue mes poils. Je cours, comme un fou. Je bondis, à droite, à gauche... Un cerf court devant moi et j'essaie de l'attraper. Et derrière lui arrive un loup, LE loup. Je veux l'attraper. Je pose mes pattes sur lui et il m'esquive. Nous partons comme pour un ballet...
Mais les odeurs s'évaporent. Le cerf disparaît, et du loup ne me restent que deux pierres d'ambre qui bientôt perdent leur éclat et bientôt s'effacent.
Je suis dans une cellule de pierre.
Je ne suis même pas triste quand je pense à Remus. J'espère qu'il a trouvé quelqu'un pour me remplacer. Non, ce n'est pas vrai. Je ne veux pas l'imaginer. Même si je me doute... Tout est de ma faute de toute façon. J'ai tellement perdu. Je ne peux pas imaginer ne pas perdre aussi mon amour...
Comment penser qu'il me croie innocent alors que tout est contre moi ?
C'est fou comme j'ai l'impression d'être devenu semblable aux murs qui m'entourent : un morceau de pierre, froid, triste, gris... Je n'ai plus d'autre sentiment, ni tristesse ni joie...
Il ne me reste vraiment que ma haine. Ma haine pour seule compagne, pour seul but. Depuis dix ans. Et pour combien encore ?
Ad vitam eternam ? Va savoir... Mais cette parodie de vie me suffit pour le moment. Je ne suis pas fou. Cela me suffit. Et un jour, je l'aurai...
Allez, c'était le dernier Noël à Azkaban...
Il nous reste 3 Noëls encore ensemble... Rien que d'y penser...
