bonjour à vous en ce jour de poisson d'avril, ceci est bien un chapitre ;o)
bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire. prochain chapitre le 11 avril: "Foi de troisième oeil..."
Chapitre 2: Elle s'appellera Ellen
Ce dernier jour de l'année était
clairement monochrome, du moins en ce qui concernait les paysages.
Blanc! Rien que du blanc à perte de vue! Comme si le ciel et
la terre avaient comploté pour étaler un manteau de
pureté sur ce monde en plein trouble. Et la neige tombait sans
discontinuer.
Au milieu de tout ce blanc, le château et
les écuries McGregor élevaient leur masse sombre dans
le jour finissant. Les deux fanaux encadrant le grand portail en fer
forgé ressemblaient à des phares posés là
pour guider le voyageur en détresse qui aurait eu la folle
idée de s'aventurer en pleine campagne ce soir là, et
les grandes fenêtres éclairées faisaient des
halos entre les flocons.
A l'intérieur du château par contre,
malgré la chaleur agréable diffusée par les
énormes cheminées, on aurait pu en surprendre plus d'un
à rêver secrètement au calme du parc. Entrer dans
la cuisine était pratiquement du suicide tant l'agitation qui
y régnait n'avait rien à envier à celle du
Chemin de Traverse une veille de Noël ou du quai 9 ¾ un
jour de rentrée des classes. Les elfes courraient dans tous
les sens et Maria, la gouvernante, ne savait plus où donner de
la tête.
Un seul coin semblait épargné par
cette tornade. Catriona McGregor y était assise dans un grand
fauteuil, les deux mains posées sur son ventre rond, très
rond, si rond qu'elle n'aurait pu le cacher sous sa large robe mauve,
même avec tous les sortilèges du monde. Elle n'avait
d'ailleurs aucune envie de le cacher, bien au contraire! Elle
souhaitait juste de tout son cœur que le petit monstre qui testait
sa résistance de l'intérieur se décide enfin à
sortir!
La porte s'ouvrit et une femme d'un certain âge,
le regard haut, les cheveux blancs coiffés en chignon et un
châle en laine sur son dos légèrement voûté
entra, accompagnée du maître des lieux:
- Mais mère, je vous assure que la cuisine tourne très
bien sans vous!
- Et bien on ne dirait pas, répondit-elle en lançant un
regard circulaire sur la pièce.
Elle remarqua alors sa belle fille.
- Mais Catriona, très chère, que
faites-vous la? Vous devriez rester au calme! Affirma-t-elle sur un
ton qui ne permettait aucune objection.
- Je vous remercie Betty, mais je tiens à
assurer un minimum mon rôle de maîtresse de maison.
- Sornettes! lança-t-elle. Allez vous
reposer! Vous serez bien mieux au calme dans le salon! Et ce n'est
pas parce que j'ai 67 ans et que j'ai mis au monde par cinq fois que
je ne suis plus capable d'assurer!
- Elle n'a pas tort ma chérie, reprit Rory McGregor. Je
t'accompagne au salon. Laisse tomber ton rôle de maîtresse
de maison et ne laisse rien gêner celui de créatrice du
futur du monde, qui est bien plus beau et bien plus important, tu ne
trouves pas?
Catriona finit par écouter la voix de la
raison et se leva, soutenue par son mari. Ils se dirigèrent
tous les deux vers le salon pendant qu'Elizabeth McGregor tentait de
prendre le contrôle de la cuisine.
- Je n'en peux plus, soupira Catriona. Il faut que
ce «petit nous» se décide à sortir!
- Déjà dix jours de retard, répondit
son mari d'une voix rassurante. Ça ne va plus tarder.
- Je l'espère! Mais un bou'd'chou qui se
fait déjà remarquer avant même son premier cri,
cela n'augure en rien des jours tranquilles pour les prochaines
années!
- Si tu le dis!
Calme n'était pas l'adjectif qui convenait au salon, loin s'en
faut. Pourtant, il n'y avait pas d'armée d'elfes de maison
dans cette pièce, mais simplement deux jeunes garçons
qui courraient dans tous les sens!
- Quentin, Robbie! ordonna Rory. Allez jouer dans vos chambres.
Catriona a besoin de calme!
- D'accord papa, répondit l'aîné en entraînant
son petit frère. Mais ils arrivent bientôt les français?
- Ils ne devraient plus tarder. Je viendrai vous
chercher tout de suite.
- Promis? demanda le plus jeune.
- Promis! répondit son père en le poussant vers la
porte qu'il referma.
Il aida sa femme à prendre place dans un fauteuil puis en
approcha un deuxième et s'assit en face d'elle.
- Comment te sens-tu ma chérie? demanda-t-il en joignant sa
main droite aux siennes sur son ventre.
- Bien, fatiguée mais tout va bien,
répondit-elle dans un soupir.
- Et qu'en dit la sage-femme?
- Elle dit que ça peut être dans trois heures comme dans
trois jours!
- Où est-elle d'ailleurs? Elle devrait être
à tes côtés…
- Elle est dans sa chambre, l'interrompit-elle. Je
n'ai pas besoin d'être surveillée en permanence! Tu te
fais beaucoup trop de souci mon chéri…
- Je sais… mais je ne peux m'empêcher
d'être inquiet. Je tiens à toi… Je t'aime…
- Rory, on peut jouer de malchance, déclara-t-elle
en prenant son visage entre ses mains. Mais c'est quelque chose de
rare, et heureusement… Aie confiance, tout va bien se passer!
Elle lui sourit et déposa un baiser sur ses
lèvres.
On frappa deux coups brefs à la porte, la gouvernante passa la
tête par l'entrebâillement et annonça:
- Vos invités arrivent, Monsieur.
- Merci Maria, répondit-il en se levant.
Catriona commença elle aussi à se lever, mais son mari
la retint.
- Reste seulement au chaud. Ils ne s'en offusqueront pas! Je te les
amène.
Il sortit alors dans le grand hall, et, tout en enfilant un grand manteau, il demanda à ce qu'on fît descendre Quentin et Robert au salon, puis il sortit sur le perron.
Un grand carrosse noir tiré par six chevaux ailés aussi blancs que le paysage s'arrêtait au bas des marches. Rory descendit et s'approcha de la porte, que le cocher ouvrit. Il aida deux jeunes femmes à descendre. La première avait de longs cheveux châtain clair, la deuxième des cheveux noirs jusqu'aux épaules et tenait dans ses bras un jeune enfant. Il laissa ensuite descendre deux hommes auxquels il serra la main chaleureusement, puis il souleva une jeune fille d'environ deux ans qu'il porta jusqu'à l'intérieur.
Pendant que les nouveaux arrivants enlevaient leurs vêtements
d'hiver, la discussion s'engagea:
- Alors, vous avez fait bon voyage? demanda Rory.
- Le meilleur possible, répondit le premier
des deux hommes. Rien ne vaut un bon attelage pour voyager avec des
enfants!
- Ça ne vaut pas le transplanage en rapidité, ajouta
l'autre homme. Mais c'est l'optimum au niveau confort!
- Surtout dans mon état, ironisa la femme aux cheveux châtain
en ôtant son manteau, révélant ainsi un ventre
bien rond.
- Peux-tu me montrer ma chambre Rory, demanda la femme aux cheveux
noirs. Je crois que Laure a besoin d'un brin de toilette.
- Bien sûr Fanny, répondit l'interpellé. Maria,
notre gouvernante, va t'y conduire. Rejoins-nous au Salon, Catriona
nous y attend avec les garçons.
Et il joignit le geste à la parole, ouvrant la porte du salon.
Les salutations d'usage laissèrent le temps
à Fanny de rejoindre elle aussi le salon, la petite Laure dans
les bras. Elle s'adressa aux deux garçons:
- Alors Robbie, Quentin, demanda-t-elle. Qu'avez-vous reçu de
beau pour Noël?
- J'ai reçu mon propre cheval, répondit
fièrement Robbie.
- Et toi, Quentin, demanda l'autre jeune femme, se joignant à
la conversation. Qu'as-tu reçu?
- Pleins de choses, tante Christine, répondit le jeune garçon
d'un air mystérieux. Et je devais recevoir une petite sœur,
mais elle se fait attendre…
- C'est ça, ricana son frère. D'abord, ça sera
un garçon!
- Tu préfèrerais un petit frère? demanda le père
de la petite Laure. C'est pourtant adorable une petite fille. Regarde
tes cousines!
- Tu t'aventures en terrain miné
Maximilien, prévint Catriona, mais trop tard.
- Non, rétorqua Robbie. Les filles, ça glousse, ça
fait des caprices, ça aime pas le quidditch et ça joue
à des jeux idiots, termina-t-il en croisant les bras.
Chacun avait du mal à garder son sérieux après
cette sortie.
- Je me demande ce que diraient tes petites camarades de Poudlard si
elles t'entendaient, déclara la tante Christine.
- Et tu as de la chance que Blanche soit encore
trop jeune pour te casser la figure, ajouta l'autre oncle.
- Alexander, murmura Rory en lui mettant la main sur l'épaule
pour lui faire comprendre de ne pas s'attarder sur le sujet.
- Surtout la jolie Sandy, lâcha Quentin dans un sourire avant
mettre un peu de distance entre lui et son frère.
Robbie devint tout rouge et s'exclama:
- Tiens, vous avez vu? Ya des biscuits!
Et il se précipita sur le plat qui venait en effet
d'apparaître sur la table basse, sous les regards souriants de
ses oncles et tantes.
- De toute façon, une petite sœur, c'est mieux qu'un cheval,
conclut Quentin avant de se jeter lui aussi sur les biscuits.
Cette fois, personne ne se retint de rire.
Un verre dans une main et des biscuits apéritif
dans l'autre, chacun participait aux échanges de banalités
courants lors des fêtes de familles. Quentin et Robert
profitaient de la faible surveillance dont ils faisaient l'objet pour
s'empiffrer de petits fours. Les hommes parlaient chevaux tandis que
Fanny et Christine nourrissaient Laure et Blanche en parlant layette
avec Catriona.
- Et comment va ta sœur, Fanny? demandait cette dernière.
- Magali? Elle se remet et essaie de se reposer quand les jumeaux le
veulent bien.
- Je me réjouis de les voir ces deux là, reprit
Catriona. Peut-être à Pâques…
- Tu es bien sûr la bienvenue, répondit Christine. Mais
tu verras, Loïc et François sont déjà
impossibles à différencier!
- Je veux bien le croire… Et Karl-Henri, comment va-t-il?
- Très bien. Il aurait aimé venir, mais finalement, il
a préféré rester près de sa petite
famille. Et il n'aime pas laisser les chevaux sous la seule
surveillance des palefreniers.
L'entrée de Charles et Elizabeth McGregor mit un terme à
l'apéritif. Les deux mères montèrent coucher les
filles, tandis que les autres s'installaient autour de la grande
table.
Les plats s'enchaînaient, tous aussi
savoureux les uns que les autres, et Quentin commençait à
devoir lutter contre la fatigue. Mais il ne céderait pas! Pas
la première fois qu'il avait la permission de veiller jusqu'à
la nouvelle année! Pas à moins de cent minutes du but!
Ils en étaient au plat principal, lorsque
soudain, Catriona s'interrompit au milieu de sa phrase,
reposant lentement sa fourchette chargée de brocolis qu'elle
allait mettre en bouche et déclara avec un sourire:
- Je crois que vous allez devoir continuer sans moi...
Rory et la sage-femme se levèrent d'un bon,
aidant Catriona à faire de même, et l'accompagnèrent
jusqu'à la chambre la plus proche. Puis la sage-femme mit Rory
à la porte:
- Vous êtes bien trop stressé monsieur. Retournez avec
vos invités, je vous tiendrai informé.
Il tenta bien de protester, mais la sage-femme ferma la porte et
Maria l'emmena vers la salle à manger.
Le repas continua malgré tout, mais l'attention de chacun était dirigée vers la porte d'où viendraient les nouvelles. Rory ne tenait pas en place, et Fanny et Alexander avaient bien du mal à le rassurer. Au bout de la table, Quentin et Robbie se livraient une joute verbale au sujet du sexe du bébé. Minuit était passé et bien passé, mais personne ne pensait à fêter la nouvelle année.
Ils terminaient leur part de bûche quand un
cri de nouveau-né fit tourner toutes les têtes et bondir
Rory de sa chaise. Maria arriva quelques instants plus tard et
annonça:
- Tout va bien! C'est une fille!
Quentin jubilait et son frère faisait la grimace.
- Comment l'appelle-t-on? demanda Maria.
- Ellen Alba McGregor, bafouilla Rory. Ellen en hommage à son
aïeule Nelly Fletcher McGregor et Alba en hommage à notre
terre d'Ecosse…
- Et à la couleur de ses paysages en ce jour! ironisa
Alexander.
- Aussi, concéda Rory.
Puis il se tourna vers ses fils:
- Robbie, Quentin, vous venez voir votre petite sœur?
Les deux garçons se levèrent et suivirent leur père,
mais Robbie fila dans les escaliers avant de disparaître dans
sa chambre. Rory soupira et emmena son cadet dans la chambre où
se trouvait Catriona.
Elle leur sourit et tendit la petite Ellen à
son père qui la prit dans ses bras. Il semblait figé,
comme transformé en statue de sel, la larme à l'œil,
en admiration devant les grands yeux sombres qui le fixaient. Il
finit par passer ses doigts dans les quelques mèches de
cheveux bruns qui parsemaient sa petite tête.
- Ellen, dit-elle, voici ton père.
Puis Rory tendit en souriant sa fille vers son
frère qui la prit lui aussi dans ses bras.
- Et voici ton frère Quentin, ajouta Catriona.
Quentin fit un grand sourire à sa petite
sœur, le regard rempli de fierté, se promettant
intérieurement de veiller sur cette petite chose fragile qu'il
tenait entre les bras. Il l'embrassa sur le front puis la déposa
dans les bras de sa mère.
- Tu as aussi un autre frère, continua-t-elle. Mais ton
arrivée le contrarie un peu… ça passera…
Elle installa la petite dans ses bras où elle s'endormit
rapidement.
Quentin bailla et son père lui fit comprendre qu'il était temps d'aller se coucher. Il recula alors lentement jusqu'à la porte, sortit, la referma tout doucement, puis monta dans sa chambre, un grand sourire aux lèvres.
