Chapitre VI

« Ada ? »

« Oui Ion-nîn ? »

« Tu es comme ta mère alors ? »

« Comment ça ? »

« Elle a élevé les enfants d'une autre, elle aussi. »

« C'est vrai. Elle avait tant d'amour à donner qu'elle n'a jamais fait cas des détails comme celui-ci. Nous étions ses fils, sans distinction. »

« C'est ce que tu fais aussi… non ? »

« Oui. Tu es mon fils parce que je t'aime et parce que je t'élève avec cet amour. »

Arathorn sourit. Il lui ressemble tant quand il sourit. Mon cœur se réchauffe un peu. Je me rends compte à présent à quel point il était glacé, figé. Comment en suis-je arrivé là ? Ma vie a été une succession de joie intense et d'attentes, puis de douleurs profondes.

« Votre majesté ? Je vous ai cherché partout ! »

« Qu'y a-t-il, Faramir ? »

« Monsieur votre père est arrivé tôt ce matin, il vous attend dans la salle du trône. »

« Je vais m'habiller et habiller mon fils. Nous arrivons. »

Daehgor me fait un sourire rayonnant et sort en courrant. Arathorn saute de joie au bas de son lit.

« Grand père est là ! Grand père est là ! »

« Oui... mais on ne sort pas en tenue de nuit ! Allez, va choisir tes vêtements. »

Je ris doucement en le voyant se précipiter sur sa commode pour en sortir une de ses belles tuniques gris clair brodées de vert que lui a offert Ada. Je la lui ferme dans le dos, nouant les lacets compliqués qu'il ne pouvait pas encore atteindre. Je filai changer ma tenue quotidienne pour celle de toi que je n'avais porté que pour son enterrement. Je mis cette belle tunique noire en velours précieux brodée de l'arbre blanc du Gondor et des neuf étoiles des Hommes. Je prends mon fils par la main et je l'emmène avec moi jusqu'à la salle du trône. Le capitaine de la garde Faramir II, me tend la couronne.

« Thranduil porte la sienne. »

« Merci »

Je la coiffe après une brève hésitation. Arathorn me sourit.

« Elle te va bien ! »

« Elle t'ira encore mieux. »

« Elle me tombe sur les épaules. » dit-il en riant « C'est une couronne pour géant. »

« C'est toi qui es tout petit ! »

« Plus pour longtemps tu vas voir ! »

Je prends sa petite main qu'il me tend. Je voudrais ne jamais l'avoir lâchée. La porte s'ouvre, et nous nous avançons dans la salle du trône. Mon père sourit et ouvre les bras, accueillant. Mon petit me regarde et court voir son grand père. Je n'aurais, je crois, jamais cru voir Ada soulever un humain dans ses bras. Encore moins embrasser sa joue avec un sourire rayonnant. Mais c'était le cas chaque fois qu'il venait. Il considérait mon fils comme tel. Sa naissance avait signé la fin totale de la haine entre Mirkwood et les Hommes, qu'avait annoncé mon union avec Aragorn. Une main chaleureuse se pose sur ma tête et caresse mes cheveux.

« Tu as l'air d'aller mieux. »

« C'est grâce à Arathorn »

« Cela a mis du temps mais je savais qu'il y arriverait. Bien joué bonhomme. »

« Ada a rit ce matin ! » chantonna l'enfant.

« Alors il va vraiment mieux. »

Arathorn descendit des bras d'Ada pour réclamer les miens, que le lui accordais. Mon petit bout d'humain se blottit tout contre moi. Mes frères s'approchèrent pour m'étreindre à leur tout. Je notais que Fingol était absent.

« Où est Fingol ? »

« Il n'a pas voulu venir. »

« Quelle surprise ! »

« N'est ce pas. »

« J'aime pas tonton Fingol. C'est pas grave s'il n'est pas là. Il sera moins méchant avec Ada comme ça. »

Elefel rit brièvement.

« En voilà un que l'honnêteté guide. La vérité sort souvent de la bouche des enfants. »

« Ada ? Je peux aller jouer avec Dhaegor? ? »

« Oui bien sûr. »


« Ada ? Je peux aller jouer avec Legolas ? »

« Legolas est peut être occupé tu sais ? »

« Il tire à l'arc de l'autre côté de la cours ! »

« Ne le dérange pas alors. »

« Legolas dit que je ne le dérange jamais ! »

« Tu peux aller le regarder faire, si tu veux. »

« Oh oui ! »

Aragorn fila dans la direction de la cours où Legolas se trouvait. Ce dernier visait calmement sa cible en paille. Il tentait de fendre en deux sa précédente flèche. Il n'avait pas entendu l'humain arriver. Ses pensées s'arrêtèrent sur le point à atteindre. Son esprit s'engourdit agréablement. Son cœur ralentit. Ses pieds accrochaient parfaitement le sol, ses bras étaient parfaitement immobiles, ses doigts secs, ses yeux ouverts sur un monde qui n'existait plus. L'instant était immobile jusqu'à ce que la corde se rabatte violemment, propulsant la flèche à une rapidité phénoménale, droit dans la cible. Le bois de la pointe déjà tirée se fendit net, en deux morceaux presque égaux. Les deux pièces de métal tintèrent en s'entrechoquant, résonnantes avec la voix médusé du petit Estel qui n'en revenait pas. Legolas réalisa enfin la présence de l'enfant et lui sourit. Il alla ramasser et ranger ses armes avant de revenir vers lui au petit trot.

« Vous avez fini vos leçons Estel ? »

« Oui ! Je venais te regarder tirer. »

« Vous voudriez apprendre ? »

« Je préférais apprendre l'épée….mais j'aime vous regarder tirer…vous avez l'air en paix. »

Il fut surpris par tant de perspicacité mais ne fit rien remarquer à l'intéressé.

« Cela me permet en effet de me vider l'esprit de tous les troubles qui y règnent. »

« Votre esprit est troublé ? »

« C'est la guerre en Forêt noire. »

« Et vous avez eu du mal à venir. »

« Comment savez-vous cela ? »

« Je vous ai entendu dire à Glorfindel que votre père n'approuvait pas vos visites à Rivendel. »

« Ne vous en faites pas. Je n'espacerais pas et n'écourterais pas mes visites. Mon père ne veut pas que je combatte quand nous avons le dessus sur les araignées, il faut bien que je m'occupe et il ne peut pas m'empêcher de venir voir des amis ! »

Aragorn paru rassuré. Durant l'après-midi, il demanda plein de détails sur les araignées de Mirkwood. Legolas lui raconta une ou deux histoires qu'il avait vécues avec ses hommes. Le jeune humain de 11ans buvait ses paroles. Il demanda à voir les dernières blessures du prince, qui avaient presque disparues, mais qui étaient encore visibles, sous la forme de longues balafres blanches le long de ses bras. Estel les parcoura de ses doigts, puis il releva les yeux vers l'elfe.

« Ca vous fait mal ? »

« Non, plus maintenant. »

« Elladan quand il me fais mal, il me fait un bisou pour que ça aille mieux. Mais je trouve ça un peu bête parce que ça ne marche pas… il croit vraiment que ça guérit grâce à lui ? »

Legolas éclata de rire face au visage dubitatif de son ami. Il avait déjà vu l'aîné des frères proférer ce genre de « soins » à Estel. Quand lui-même était plus jeune, et bien qu'il fût de quatre ans leur aîné, il avait eu droit, lui aussi, aux « bisous magiques ».

« J'espère pour lui qu'il est au courant, sinon je ne veux pas partir en mission avec lui ! »

« Avec qui ? »

Elrohir et Elladan venaient d'arriver et de découvrir les deux comparses. Ils avisèrent les bras de forces de Legolas par terre, puis ses bras cicatrisés.

« De toi et de tes bisous ! » répondit le petit roi avec aplomb. « Ils marchent pas ! »

« Ah ouais ? »

« Ouais ! »

S'en suivit une course folle, mêlée d'éclats de rires et de menaces légères, gilis, chatouilles, baignade forcée et autres châtiments très effrayant encore. Elrohir s'assit à côté du blond.

« Les arachnides nous mènent la vie dure hein ? »

« Pas autant que mon père. Dès que l'un d'entre nous est blessé, même légèrement, il nous retire des combats pour plusieurs semaines. »

« Je doute que vos blessures eut été légères à la vue des cicatrices qu'elles ont laissées. »

« Elles l'étaient assez pour continuer à combattre. Il n'y avait pas d'hémorragie. »

« Vous exigez trop de vous-même. »

« Le jour où nous n'aurons plus le choix, nous devrons bien continuer malgré les blessures les plus meurtrières. « J'ai du mal à croire à quel point tout est calme ici. On dirait que toute la terre du milieu est en paix. »

« C'est en grande partie grâce à vous, qui arrêtez jours après jours le mal pour qu'il n'arrive pas jusqu'à nous. »

« Mais nous finirons par tomber… pas tout de suite, mais d'ici quelques siècles. »

« Ada n'attends qu'un mot de Thranduil pour envoyer de l'aide ! »

« Causer la mort des gens de Fondcombe est la dernière chose que nous souhaitons. »

Elrohir allait répondre lorsque les deux lurons réapparurent. Estel se jeta dans les bras du Mirkwoodien en riant aux éclats.

« Legolas te laissera pas faire ! »

« Qu'est ce que je ne laisserais pas faire ? »

« Il veut me pendre à un arbre par les pieds et me chatouiller les bras avec des plumes ! »

Legolas se leva, le regard sévère, les muscles bandés, la main à la dague. Si son sourire joueur ne déformait pas sa feinte fureur, Elladan avait commencé sa retraite stratégique.

« Même à Mirkwood on ne dispense pas de tels châtiments ! Honte à vous Elladan de Rivendel ! »

« C'est vrai que chez vous, on force les prisonniers à se soûler au vin ! Quelle décadence ! »

« Je laverai cet affront ! »

« Je vous attend maître buveur ! »

« Les remparts de Rivendel vous protègent peut être des araignées et des orcs mais mon courroux vole loin au dessus d'eux ! »

Les deux amis sortirent leurs dagues et s'escrimèrent sur quelques passes facilement parables à une vitesse très basses, mais qui à vitesse normale auraient pu être fatales. Même dans cette simulation de combat, il était facile de voir qui avait l'avantage. Legolas bougeait avec la fluidité d'un chat en chasse, il était rapide et précis, mais Elladan et lui ne s'étaient que trop entraîner ensemble et le brun dominait l'échange par connaissance de son adversaire. Elrohir songea plusieurs fois qu'il n'aurait jamais pensé à la moitié des coups que leur aîné portait. Malgré tout, Legolas finit par surprendre son partenaire, celui-ci perdit l'équilibre et tomba gracieusement sur son postérieur. Estel applaudit avec une joie non dissimulée tandis que son protecteur tendait la main à son frère pour l'aider à se relever.

« Legolas est trop fort ! Dis Legolas ? Tu m'apprendras à faire tomber Elladan par terre ? »

« Quand tu seras plus grand, que ton épée oui, je te promets de t'apprendre. »

« Je suis pas petit ! »

« T'es juste pas encore grand. » Railla Elladan que Legolas poussa dans la fontaine pour la peine. C'est ce moment que choisit Elrond pour apparaître.

« Qu'a donc fait cette fontaine pour mériter qu'on lui fasse tomber Elladan dessus ? »

Tout le monde éclata de rire. Rivendel méritait bien son nom : Imladris, « la dernière maison accueillante ». Le dernier endroit en terre du milieu où le mal n'avait pas réussi à percer. Le dernier endroit où les elfes vivaient en paix. Legolas aurait tout donné pour pouvoir y rester à jamais, entre Elrohir et Elladan, surveillés par l'œil paternel d'Elrond… et regarder Estel grandir et devenir un homme.