Disclaimer : Aucun des personnages de Gundam Wing ne m'appartient.

Commentaire : Ce texte met fin à trente ans de silence et j'ai du mal à l'écrire. D'ordinaire je ne poste pas aussi vite deux chapitres mais devant l'accueil du premier chapitre je n'ai pas hésité longtemps. Pour en terminer et ne plus jamais revenir en arrière. Lorsque les derniers mots seront écrits je refermerai ma mémoire dessus. Si le silence est une défense, que sont les mots ?


Silence

Quelque part un jour sur la Terre

Heero considéra avec soucis le natté qui se tenait quelques rangées au dessous de lui dans l'amphithéâtre.

Le natté avait l'air nerveux, mal à l'aise.

Il avait l'air de souffrir aussi.

Inquiet il descendit vers lui.

- Duo ? Ca ne va pas ?

Comme de juste le natté s'empressa de lui sourire.

- Bien sur que si. J'ai juste un peu mal au ventre…

Heero soupira et s'assit près de lui.

- Je reste avec toi.

Contre toute attente le natté ne protesta pas.

Il avait vraiment très mal.

Comme la douleur ne faisait que croitre Heero le raccompagna chez lui vers la fin de la matinée. C'était un vendredi, rater une demie journée de cours ne serait pas trop grave.

Ils firent un détour par le cabinet du médecin de famille de Duo malgré les réticences de ce dernier.

- Pourquoi déranger le toubib ? C'est sans doute ces barres chocolatées que j'ai mangé ce matin…

Le médecin examina distraitement le natté, lui fit une piqure contre la douleur et dit à Heero de le raccompagner chez lui.

- Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas trop grave. Mettez le au lit, qu'il se repose. Je passerai le voir lundi matin.

Comme il n'y avait personne Heero resta près de lui.

Au soir il regarda le natté qui dormait à demi.

Duo souffrait visiblement encore beaucoup.

Personne n'était encore rentré.

Heero se résigna à interroger le natté.

- Duo, ils rentrent vers quelle heure ?

Le natté soupira, entrouvrit les yeux .

- Lundi…

- Hein ! C'est maintenant que tu me le dis ?

- Tu m'as pas demandé… marmonna Duo en se recroquevillant.

Heero secoua la tête.

Il ne pouvait pas le laisser seul, c'était certain.

Il allait devoir rester.

Il arrangea un lit de fortune pour lui à côté de celui du natté qu'il avait installé dans la chambre d'amis au rez de chaussée.

Il ne préférait en effet pas le voir se promener dans l'escalier.

Le samedi passa.

Duo ne voulait pas manger et vomissait tout ce qu'Heero tentait de lui faire avaler.

Malgré toute sa vigilance Heero ne pouvait être sans cesse à ses côtés, il s'absenta le dimanche matin pour aller chercher des affaires chez lui et Duo qui se sentait moite et sale profita de son absence pour prendre un bain malgré sa faiblesse. Pris de vertiges au bout de quelques minutes le natté se traina vers la porte et la déverrouilla juste à temps.

Il s'écroula inconscient sur le seuil.

Heero le trouva ainsi quelques minutes plus tard.

- Duo !

Il ramena le natté à son lit.

De plus en plus inquiet pour lui.

Mais que faire d'autre qu'attendre ?

Il n'était pas de la famille et Duo se refusait à prévenir le SAMU.

Finalement lundi arriva et avec lui le médecin.

Qui fut horrifié de voir dans quel état se trouvait le natté et contacta lui-même les urgences en disputant Heero pour ne l'avoir pas fait plus tôt.

Le métis se retint de lui faire remarquer qu'il avait dit que ce n'était pas grave et que le natté devait juste se reposer.

L'ambulance arriva et embarqua le malade récalcitrant.

Heero laissa un mot aux parents de Duo et se mit en route.

Le temps qu'il atteigne l'hôpital Duo était déjà en salle d'opération.

Pour une intervention d'urgence.

Les parents de Duo enfin revenus débarquèrent alors que le natté était toujours en salle d'opération.

Heero les salua froidement.

Restant à distance raisonnable.

Il leur en voulait de ne pas avoir été là quand le natté avait besoin d'eux.

Encore que vu la situation, l'absence du père n'était pas un grand mal.

Il était présent quand le médecin vint expliquer que Duo avait été opéré d'urgence d'une péritonite.

Qu'il était hors de danger mais qu'une heure de plus et le pire serait arrivé.

Heero se retira, bouleversé.

Il avait failli laisser mourir le natté.

Si le médecin n'était pas passé…

S'il était passé plus tard…

Il essaya d'imaginer la vie sans Duo.

N'y parvint pas.

Lorsqu'il revint voir le natté ce dernier tourna ses yeux violets vers lui.

- Heero… aide moi à les quitter.

Heero hocha la tête.

Pour la première fois depuis qu'il savait il voyait la souffrance de l'autre sans aucun voile.

- Tu peux compter sur moi.

Quelques semaines plus tard ils emménageaient dans un même appartement.

Il était le seul à voir le vrai visage de Duo.

A l'entendre pleurer parfois la nuit.

Il était le seul témoin de son angoisse.

De ses doutes.

Hors de l'appartement Duo souriait.

Riait.

Etait sociable et agréable.

Ne montrait jamais rien de cette blessure secrète.

Il avait appris à le prendre dans ses bras la nuit.

A ne rien dire.

Duo n'aurait pas supporté qu'il dise quoi que ce soit.

La douleur était encore trop vive.

La blessure trop fraiche.

Un jour il l'avait trouvé debout devant le miroir de l'armoire, contemplant la longue et large cicatrice barrant son ventre, souvenir de la laparotomie faite sur lui le jour où il avait failli mourir.

Le regard violet était brouillé par les larmes.

Duo l'avait fixé par le biais du miroir.

- Tu vois Heero, maintenant je ne risque plus rien…

- Nani ?

Duo avait désigné sa cicatrice du doigt.

- Plus personne ne voudra de moi avec cette marque. Plus personne ne voudra me le faire encore…

C'était dur à entendre.

Mais c'était plus dur encore de se forcer à rester immobile, de ne pas dire que si.

Il y avait quelqu'un qui voudrait toujours du natté.

Peu importait la cicatrice.

Lui voudrait toujours de lui.

Toujours.

Il était encore trop tôt.

Mais un jour il lui dirait.

Finalement il s'était avancé et avait entouré son compagnon de ses bras.

Oui, son compagnon.

Maintenant il pouvait le penser.

En attendant de le dire à voix haute.

Mais il pouvait dire autre chose.

Aimer, c'est aussi prendre des risques.

- Tu te trompes Duo, elle n'est rien. Pour moi tu es toujours le même.

Duo s'était raidit contre lui.

Avant de se détendre.

De poser les mains sur les siennes.

De murmurer un mot.

Un seul.

- Merci…

Après cela tout avait changé sans qu'ils s'en rendent compte vraiment.

Ils étaient devenus complémentaires.

Etre ensembles, être en couple, ce n'est pas seulement coucher.

Leur relation n'était pas basée sur le sexe.

C'était plus fort et plus profond que cela.

La confiance était le ciment qui les réunissait.

Heero ne posait pas de questions.

N'imposait rien.

Il laissait le natté s'ouvrir à lui à son rythme.

Un jour Duo lui avait fait face.

Le visage pâle.

- Je vais aller le voir. Elle est en déplacement. J'ai besoin de réponses. Tu comprends ?

- Oui. Tu veux que je vienne ?

- Jusqu'à la gare… avait répondu Duo.

Heero l'avait accompagné aussi loin qu'il le lui permettait.

Duo était allé seul affronter son père.

Il ne lui avait posé qu'une seule question.

Cela avait suffit.

- Papa est-ce que tu as déjà regretté ce que tu m'as fait ?

Il avait lu la surprise et l'incompréhension sur le visage de son père.

Avait compris que jamais son père n'avait eu le moindre remords.

Le moindre regret.

Il était le seul à avoir honte.

Le seul à souffrir.

C'était comme une gifle en plein visage.

Jamais il n'avait tant haï son père que ce jour là.

Mais il s'était contenu.

Il n'avait rien montré.

Avait écouté un couplet qu'il connaissait par cœur sur la société qui ne comprenait pas.

Maintenant lui avait compris.

Et il était temps de faire un choix.

Il avait quitté la maison blessé mais délivré.

Bien sur, il ne pardonnerait jamais.

Bien sur parfois il haïrait cet homme, son père qui lui avait fait CA.

Mais il allait continuer à vivre.

A sourire.

A rire.

A aimer.

Il n'irait pas à la police.

Il était trop tard et à quoi cela servirait il ?

Quand bien même on le croirait…

Envoyer son père en prison n'effacerait rien.

Il aurait toujours ces blessures en lui.

Et il blesserait la femme qui l'avait accepté.

Il détruirait sa famille.

Non.

Il allait continuer à se taire.

C'était du passé.

Il ferait avec les crises de douleur qui viendraient plus tard.

Il ne serait pas seul.

Il aurait Heero.

Heero l'attendait sur le trottoir devant la gare.

Ils s'étaient enlacés, sans se soucier des regards.

Duo avait pleuré.

- Je l'ai fait Heero… je l'ai fait…

- Viens, rentrons, tu me raconteras à la maison.

Ils étaient rentrés.

Duo avait raconté.

Pleuré encore.

Blessé mais soulagé.

Bien sur il y aurait encore des moments de doute.

Des moments de honte.

Mais il était libre.

Il avait fait son choix.

Il garderait le silence.

Puisque son père n'aurait jamais honte.

Puisque parler ne servirait qu'à le faire souffrir d'avantage lui.

Qu'à blesser celle qu'il disait sa mère.

Puisqu'Heero l'aimait malgré tout.

Malgré CA.

Au fil des ans qui avaient suivi il s'était reconstruit.

Il ne pensait plus à CA.

Sauf de rares jours où quelque chose le lui renvoyait en plein visage.

Les impératifs du travail avaient fait qu'Heero et lui ne vivaient plus ensembles.

Mais ils restaient unis.

Son père qu'il continuait à voir, pour rien au monde il aurait cessé de voir celle qu'il aimait comme une mère, avait tout fait pour les séparer.

Soulignant avec application le moindre défaut d'Heero.

Pendant un temps Duo avait choisi son arme habituelle : le silence.

Puisqu'Heero et lui ne vivaient plus au même endroit.

Il n'avait rien dit à ses parents.

Mais il continuait à le voir chaque fois que possible.

Puis un jour il avait eu assez de force pour leur dire qu'Heero et lui restaient un couple.

Que cela leur plaise ou non.

Il se passerait de leur approbation.

Pour la seconde fois il s'était senti libéré d'un grand poids.

Il n'était plus un tricheur.

Sauf sur un point…

Mais ce point là lui faisait trop peur pour qu'il en parle.

Pourtant…

Il avait besoin de savoir.

Etait il coupable comme il l'avait cru enfant ?

Heero lui disait qu'il était une victime.

Mais…

Comment le croire, sachant ce qu'il avait fait ?

Il avait cherché, cherché, partout où il pouvait trouver des preuves de son innocence sans jamais réussir à s'en convaincre.

Il avait lu des témoignages.

Mais personne, personne ne semblait avoir vécu ce que lui avait vécu.

L'avoir vécu et ressentit comme lui.

Il continuait à se sentir sale quand il y pensait.

Il avait essayé de trouver des réponses par des moyens détournés.

Il n'avait obtenu qu'un grand silence.

Tout d'abord il avait pensé que c'était parce qu'il était coupable finalement.

Heero qui était là lorsqu'il avait fait sa dernière tentative l'avait pris dans ses bras.

- Non Duo. Ce n'est pas toi le coupable. Simplement, c'est trop dur à accepter tu comprends ?

Duo l'avait regardé les larmes aux yeux.

- Alors je n'aurais jamais de réponse…

- Duo, tu les as déjà les réponses. Ne te laisse pas blesser par le silence.

- Tu as raison Heero. Je vais écrire la fin de cette histoire et ce sera terminé.

Heero lui sourit et caressa sa joue, pensant en lui-même que ce ne serait pas terminé mais qu'ils sauraient vivre avec.


Heero a sans doute raison, ce n'est jamais vraiment complétement fini, on a toujours des moments de doute et de colère. Mais cette fic elle l'est et ça n'a jamais été aussi agréable d'écrire le mot FIN.