« Ginny, comment va-t-elle ? Demanda Ron tandis que la rouquine sortait de la salle d'accouchement. Et le bébé ? »

La jeune femme posa une main rassurante sur son bras et lui sourit. Elle comprenait à quel point cela avait été dur d'attendre dans ce couloir pendant des heures sans rien savoir. Mais les Médicomages n'avaient pas voulu le laisser assister à l'accouchement, l'était d'Hermione étant trop préoccupant.

« Le bébé va bien, les médicomages sont en train de lui administrer une légère potion de vieillissement pour achever son développement. Hermione s'inquiétait surtout parce que les naissances de prématurés sont très dangereuses chez les Moldus, mais chez nous, en général, ça se passe bien… »

« Et elle, comment va-t-elle ? Répéta-t-il, inquiet. »

« L'accouchement a été très difficile, elle a perdue beaucoup de sang, elle est extenuée. Il faudra qu'elle garde le lit plusieurs semaines pour récupérer… mais ses jours ne sont pas en danger tant qu'elle est entourée et soutenue. »

Ron poussa un soupir de soulagement et s'adossa quelques secondes au mur.

« Ça va aller, Ron ? S'inquiéta sa sœur. »

« Oui…oui. Mais ça ira mieux dès que je pourrai les voir… »

Elle regarda autour d'elle et lui ouvrit la porte :

« Allez, vas-y, mais dépêche-toi ! «

« Merci, tite sœur ! Sourit-il en l'embrassant sur la joue. »

Il entra silencieusement et son cœur se serra à la vue de son épouse, pâle comme la mort, les yeux clos.

Il s'approcha sans un mot et s'effondra sur une chaise avant de lui prendre la main. Il l'embrassa tendrement sur le front, essayant de ne pas la réveiller. Près d'elle, le berceau était vide mais il savait son fils entre de bonnes mains.

« Ron… »

Il se redressa en entendant son nom :

« Je suis là, mon ange. Comment tu te sens ? »

Elle s'humecta les lèvres et essaya un pauvre sourire :

« Vidée… murmura-t-elle. »

« Tu m'as fait peur… «

« Je suis désolée… c'est juste que… cette formule… je… j'ai paniqué et… »

« Shhh…. On aura tout le temps d'en parler quand tu seras de retour à la maison. Repose-toi… »

Elle acquiesça et se redressa soudain en regardant autour d'elle :

Où est le bébé ? Il va bien ?

« Oui… ne t'inquiète pas, les médicomages vont bientôt nous le ramener…. »

Elle se détendit et serra sa main dans la sienne, sans un mot.

La porte s'ouvrit finalement laissant entrer une aide soignante qui tenait dans ses bras le nouveau Weasley.

Elle sourit à Hermione et vint lui mettre son bébé dans les bras :

« Ailin, voici ta maman… murmura-t-elle. Bon, je vous laisse… ne tarder pas Monsieur Weasley, ajouta-t-elle avec un clin d'œil. Le Médicomage en chef risquerait de ne pas apprécier ! »

Ron acquiesça d'un air lointain, les yeux rivés à son bout de chou.

« 'Mione… souffla-t-il, béat. Il est magnifique…. »

Elle se mit à rire et quelques larmes s'échappèrent de ses yeux :

« Oui… magnifique… »

Elle découvrit légèrement la couverture dans lequel il reposait et découvrit quelques mèches rousses :

« Evidemment… sourit-elle amoureusement. Il a tes cheveux… »

« Oui mais il aura ton nez… et tes yeux… ajouta-t-il quand le petit posa son regard sur lui. »

Ils se regardèrent tendrement dans les yeux avant de s'embrasser avec douceur.

« Repose-toi, mon ange… plus vite tu iras mieux, plus vite tu pourras rentrer… »

« Oui… ne t'inquiète pas... «

« Je viendrai avec les garçons demain. Ils étaient inquiets… Kilian surtout… d'après ce que j'ai compris sa vision ne se finissait pas aussi bien que ça… »

Hermione sourit avec reconnaissance :

« C'est une bonne chose… Il commence à comprendre. Il essaye d'intervenir maintenant… il prend confiance en lui… je suis contente… »

Ron lui rendit son sourire, les yeux rivés à son bébé, n'ayant pas le moins du monde envie de partir.

« Allez… file… Intervint Hermione. Si tu ne pars pas maintenant, tu ne partiras jamais… Nous on ne bouge pas de là… on t'attendra… »

Il acquiesça et posa un baiser sur son front et sur celui de son fils avant de se diriger vers la porte. Il hésita une seconde avant de sortir et lui sourit :

« Je t'aime, mon ange… »

« Moi aussi, je t'aime…. Plus que tout… »


"J'ai toujours du mal à réaliser que j'ai un petit frère… sourit Liam en faisant des risettes au bébé que tenait sa mère."

Hermione avait eue l'autorisation de sortir de ST Mangouste une semaine après son accouchement, mais avec ordre de garder le lit et de se reposer.

Elle était donc installée dans un grand lit, entourée de toute sa petite famille :

« Il est trop mignon… répéta Kilian pour la énième fois quand le petit rouquin émit un gazouillis. »

« Mais c'est déjà une forte tête ! Déclara la jeune maman en riant. Et un véritable ventre sur patte comme le reste des mâles de cette famille ! »

Les trois concernés se mirent à rire et Ron embrassa sa femme :

« Arrête de te plaindre… tu adores ça ! »

On frappa soudain à la porte, laissant apparaître Harry :

« Comment tu te sens, Hermione ? Demanda-t-il. »

« Bien, très bien… murmura-t-elle en regardant ses enfants et son époux. »

Il lui lança un regard équivoque et elle laissa échapper un rire :

« Je suis exténuée et j'ai des courbatures partout mais je suis heureuse…. C'est le principal, non ? »

« Oui, bien sûr. »

Il sembla hésiter mais Hermione lui fit mine d'approcher et elle l'enlaça tendrement, sans un mot.

Au bout d'un moment, elle relâcha son étreinte et soupira :

« Harry… je… »

« Est-ce que tu peux prendre une photo de nous cinq ? L'interrompit Ron. »

Le Survivant acquiesça et fit apparaître un appareil photo :

« En place, les Weasleys ! »

Hermione se décala légèrement dans le lit pour que Ron puisse s'asseoir à ses côtés. Liam vint s'asseoir sur les genoux de son père, tandis que Kilian s'installait de l'autre côté d'Hermione qui tenait amoureusement son petit dernier.

« Souriez ! »

Quand le flash se déclencha, 4 paires de dents blanches et une petite moue rieuse furent capturées dans l'instant, cet instant loin de tout, cet instant de pur bonheur. La première photo de leur bonheur à 5… la seule et unique…


« Hermione, mais qu'est-ce que tu fais debout ? S'exclama Ginny avec colère en passant un bras autour de la taille de sa belle soeur. Tu n'es pas raisonnable ! »

Où sont Harry et Ron ?

« Au ministère,… répondit prudemment sa belle-sœur. Pourquoi ? »

« Appelle-les… je dois leur parler… à eux et à Dumbledore. Aujourd'hui ! J'ai déjà attendu trop longtemps… »

« De quoi est-ce que tu parles ? S'inquiéta la rouquine. »

« Fais-le, s'il te plaît… Insista Hermione. C'est très important…. «

« Dumbledore est en bas… avoua Ginny, embarrassée. Je vais prévenir Harry pour qu'ils rentrent tout de suite… »

« Merci. »

Elle jeta un regard au berceau d'Ailin, inquiète.

« Je peux demander à Maman de s'occuper de lui, si tu veux. Proposa son amie. Elle s'occupe déjà des jumelles mais elle adore ça, ça ne la dérangera pas… »

« Oui… oui c'est une bonne idée…. »

Ginny la dévisagea avec inquiétude :

« Il vaudrait mieux que tu restes couchée, Hermione. Je peux demander à Dumbledore de venir ici, tu sais. »

« Non, je veux descendre. Tu peux m'aider ? »

La rouquine acquiesça en soupirant, connaissant trop bien l'entêtement de la jeune femme.

Elle la prit par la taille et elles entreprirent de descendre les escaliers.

« On est arrivé dès que j'ai eu le message, déclara Harry en entrant brusquement dans la cuisine, Ron sur les talons. Tout va bien ? »

« Oui… pour le moment… J'étais justement en train d'exposer la situation au professeur Dumbledore, murmura Hermione d'une voix faible tandis que son mari venait s'asseoir près d'elle. »

« Mais qu'est-ce que tu fais là ? Demanda Ron. Le Medicomage t'a ordonné le repos absolu ! Tu n'aurais même pas du te lever ! »

Elle lui serra la main en souriant tristement et décida d'ignorer sa remarque avant de se tourner vers Harry :

« Harry, il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit…. C'est pour ça que je voulais vous voir tous les trois… La formule sur laquelle je travaillais… je l'ai enfin terminée… mais… »

« Elle est inutilisable ? S'enquit Harry d'une voix qui se voulait neutre mais qui tremblait légèrement. »

« Non… souffla Hermione malgré elle. On peut l'utiliser mais… elle a quelques points faibles… d'énormes points faibles… »

C'est-à-dire ?

Hermione soupira et son regard se dirigea vers Dumbledore qui l'encouragea d'un air bienveillant :

« Cette formule consiste à décupler le potentiel magique… Quand tu auras récité cette formule, ton pouvoir deviendra immense. Tout du moins, il devrait être suffisant pour vaincre Voldemort… »

« Je ne vois pas où est le problème… fit remarquer Ron. »

« Le problème ce n'est pas l'effet de cette formule, c'est sa réalisation. Elle demande un certain temps de concentration. Pendant cette période Harry sera totalement vulnérable… «

« Combien de temps… ? »

« Environs 5 minutes… »

Harry ouvrit la bouche pour protester mais Hermione le coupa :

« Je sais que ça paraît peu… mais réfléchis Harry, cinq minutes d'inactivité sur un champ de bataille, c'est du suicide ! »

« On peut se charger de ça. Répondit Ron à sa place. Tous les Aurors seront là, les membres de l'Ordre également. Nous pourrons protéger Harry pendant quelques minutes ! »

« Quel est l'autre problème ? »

« Ce sort demande une énergie considérable. Informa-t-elle. Il va te vider de tes forces… ce qui signifie que tu n'auras qu'une seule occasion… il n'y aura pas de deuxième chance…. Tu ne pourras l'utiliser qu'une seule fois… et pendant un temps limité. »

Harry lui sourit et se leva pour l'embrasser sur la joue :

« Et c'est pour ça que tu t'inquiètes ? On n'a aucune chance sans cette formule… alors peu importe les risques, on les prendra… Je sais qu'on a qu'une seule chance et crois-moi, je ne la gâcherai pas…. »

Hermione se sentit quelques peu rassurée par ses paroles. Elle se tourna vers Dumbledore et soupira :

« Vous devez leur dire, Professeur… «

« Nous dire quoi ? S'inquiéta Ron. »

« Je crains que si tout se passe comme nous l'espérons, je ne sois plus là pour fêter notre victoire. Répondit simplement Dumbledore. »

« Quoi ? Mais de quoi vous parlez ? «

« Je ne survivrai pas. Mon heure est venue…. »

« Non… murmura Harry, horrifié. Professeur ! Non ! »

C'est le prix à payer pour rendre son âme à Voldemort afin que tu puisses le vaincre, Harry.

Non, c'est hors de question ! Je trouverai un autre moyen !

Dumbledore secoua la tête et sourit :

« Non, Harry. Dit-il d'une voix à la fois douce et ferme. Le temps est venu. Ne laissons pas le nombre de victime de Voldemort augmenter encore alors que tu as en ta possession le moyen de le vaincre. Crois-moi, j'ai rempli ma mission en te permettant d'arriver jusque là. Il est temps pour moi de partir. Souviens-toi de ce que je t'ai dit il y a de cela bien longtemps : pour un esprit équilibré, la mort n'est qu'une grande aventure de plus…. »

Harry regarda son mentor avec respect, des larmes dans les yeux avant d'acquiescer gravement. Ce n'était pas à lui de faire ce choix, il devait l'accepter.

« Quel est votre plan ? » Demanda-t-il finalement.

- « Il est très simple. Nous utiliserons notre cher résistant français afin qu'il prévienne son maître de l'heure et de l'endroit du combat. Nous aurons l'avantage sur ce point. Il est évident qu'il ne viendra pas seul, mais… toi non plus. Je pense avoir trouvé le lieu idéal. Une plaine déserte éloignée de toute civilisation, pour éviter de mettre en danger d'autres innocents. Je resterai ici afin de réaliser le rituel nécessaire à la réintégration de l'âme de Voldemort. Une fois sur place, tu n'auras plus qu'à réciter la formule brillamment conçue par Miss Granger… Pardonnez-moi, Madame Weasley… corrigea-t-il avec un sourire. Les membres de l'Ordre ainsi que les Aurors qui l'auront décidé t'accompagneront. Ils te protégeront le temps nécessaire… Après cela… tu seras seul… »

Harry hocha la tête, pensif. Il avait du mal à réaliser… à comprendre… C'était la dernière fois qu'il voyait Dumbledore… la dernière fois qu'ils étaient réunis…. Qu'ils se parlaient… et pourtant il n'y avait plus rien à dire… tout avait été dit… tout sauf une dernière chose…

Le Survivant rejoignit Dumbledore et le serra dans ses bras avec émotion :

« Vous avez été, comme un père pour moi. Murmura-t-il avec difficulté. Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait…. Merci, Professeur. »

Le vieil homme sourit et Ron crut déceler quelques larmes coulant sur ses joues, mais il détourna pudiquement la tête. Ce moment n'appartenait qu'à eux.

Il serra la main d'Hermione dans la sienne et lui sourit.

Lorsqu'il entendit Dumbledore demander, quelques instants plus tard, quand ils désiraient entrer en action, il tourna la tête vers eux. Harry regarda Ron, attendant son approbation. Le rouquin lui répondit d'un bref acquiescement du menton et vit son meilleur ami se redresser avec dignité.

« Ce soir…. »

Le moment était enfin arrivé…. Ils y étaient… Ils étaient enfin aux portes de leur nouvelle vie…. Tout allait bientôt changer… sans aucun espoir de retour….


Ronald Weasley était conscient qu'il devrait être inquiet et stressé à l'approche du rendez-vous, pourtant ce qu'il ressentait était radicalement différent. Bien sûr, une boule d'angoisse avait élue domicile dans son estomac, mais ce désagrément était minime face à la satisfaction, l'excitation, et l'impatience qui le tiraillaient. Bien sûr, il répugnait toujours à tuer… mais son principal souhait était que tout cela se finisse vite… pour qu'il puisse profiter de vacances bien méritées avec sa famille… pour qu'il puisse commencer une nouvelle vie… et essayer d'oublier….

Jonathan avait été libéré quelques heures auparavant et le message qu'il transmettait devait depuis longtemps avoir été délivré. Le rouquin espérait secrètement se trouver face à face avec le Français. S'il croisait sa route, il n'aurait aucune pitié. Pas après ce qu'il avait fait subir à sa femme et son fils.

Il secoua la tête, essayant de penser à autre chose. Sa mission principale serait de veiller sur Harry. Il n'allait sûrement pas courir le risque d'abandonner son meilleur ami pour se venger… Harry était sa priorité… Après cela… rien ne l'empêcherait de trouver ce traître et de lui faire regretter d'être né.

Satisfait de cette conclusion, Ron sourit et regarda sa montre.

Il était 22H30… Il leur restait donc moins d'une demi-heure….

Il soupira et vérifia pour la unième fois que sa baguette était à sa ceinture. Passant une main lasse dans ses épais cheveux roux, il laissa errer son regard sur le miroir de la salle de bain :

« T'as vraiment une sale gueule, mon vieux… dit-il à son reflet avec un rictus moqueur. Et dire que tu étais un tombeur il n'y a pas encore si longtemps… »

Il tressaillit quand on toqua à la porte. Il se retourna pour voir entrer Kilian :

« Hey, Ki' ! Ça va, mon grand ? Tu devrais être au lit, maintenant… »

Le petit brun dévisagea son père adoptif en secouant la tête, les yeux embués.

« Qu'est-ce qui se passe ? Demanda-t-il avec inquiétude, comprenant que quelque chose clochait. »

« Ron… »

Le rouquin s'approcha du garçon et posa une main sur son épaule :

« Ki', qu'est-ce qu'il y a ? » Répéta-t-il avec douceur.

« N'y va pas… dit-il soudain d'une voix étranglée. »

« Quoi ? »

Kilian s'accrocha soudain à lui et éclata en sanglots :

« N'y va pas ! Supplia-t-il. Ron… je t'en prie… n'y va pas ! »

Ron baissa les yeux vers lui et comprit.

Il comprit qu'il n'allait pas revenir. Il comprit que Kilian avait eu une vision et qu'il ne voulait pas qu'elle se réalise. Une vision le concernant lui, son père…

Il serra Ki contre lui et inspira profondément, encore sous le choc :

« Ki'… »

« Il ne faut pas… n'y va pas… » balbutiait l'adolescent.

Il s'agenouilla et le prit doucement par les épaules :

« Kilian, regarde-moi. «

Le brun obéit, les larmes continuant à couler sur ses joues :

J'ai une question à te poser… Il faut que tu me répondes, d'accord ?

Ki acquiesça, se mordant la lèvre inférieure pour essayer de calmer les sanglots qui l'étranglaient.

« Est-ce qu'on va gagner la guerre ? »

Les yeux du gamin s'écarquillèrent d'horreur en comprenant le sens profond de cette question.

Ron était prêt. Il était prêt à se sacrifier si cela garantissait la fin de la guerre…. Il était prêt à partir en sachant qu'il ne reviendrait pas….

« « Non… tu… tu peux pas faire ça… Ron… je t'en prie… il ne faut pas… il faut pas que tu y ailles…. Gémit-il, la voix tremblante. »

« Kilian. Il faut que tu me le dises…. »

Il secoua la tête d'un air buté et se serra dans les bras du rouquin :

« Tu peux pas faire ça… Tu peux pas nous laisser… »

« Est-ce qu'on va gagner, Ki' ? »

Le brun acquiesça à travers ses larmes et répéta, d'une voix suppliante :

« N'y va pas, Ron… »

« Il faut que je le fasse, Ki'…. Murmura Ron, la gorge serrée et les yeux embués par l'émotion. Tu sais que je dois le faire…. Tu ne peux pas toujours changer les choses…. Si je dois mourir ce soir pour que l'on gagne, alors je suis prêt à l'accepter…. «

« Non… pas maintenant… pas après tout ça… «

Kilian avait déjà perdu une fois ses parents, il ne voulait pas à nouveau perdre son père.

Ron le serra très fort dans ses bras et attendit que ses pleurs se calment avant de continuer :

« Je compte sur toi, Ki…. Dit-il en maîtrisant le tremblement de sa voix. Il faudra que tu prennes soin de Liam et Ailin, hein ? Tu me le promets ? »

Le garçon acquiesça, incapable de répondre.

« Il ne faut pas que tu t'en veuilles, tu m'entends ? Continua-t-il d'une voix affectueuse mais ferme. Jamais. Grâce à toi, je vais pouvoir dire au revoir à tout ceux que j'aime…. Tu m'as fait un très grand cadeau, ce soir. Je sais, que c'est difficile. Mais tu as fait tout ce qu'il fallait. Tu n'as rien à te reprocher…. Je suis extrêmement fier de toi… »

Les larmes de Kilian redoublèrent et il se serra contre son père :

« Je t'aime, Ron… »

Ron sourit tristement et passa sa main dans la tignasse brune de l'enfant avant de répondre :

« Moi aussi, je t'aime, Kilian…. Et je bénis Hermione de m'avoir convaincu que tu étais quelqu'un d'exceptionnel… Elle avait raison, tu sais…. «

Il resta encore quelques instants à bercer doucement son fils avant de lui murmurer :

Tu devrais aller dormir, maintenant….

Ki leva ses yeux rougis vers Ron :

« Ça va être très dur, sans toi… pour tout le monde…. Mais… encore plus pour.. pour Hermione…. Je sais pas… si… si elle survivra à ta mort…. »

Ron tressaillit et des brides de conversation lui revinrent en mémoire.

« Je suis incapable de vivre sans toi… »

« … je t'aime à en perdre la raison… »

« Je t'aime plus que tout… »

« Sans toi, je ne suis rien… »

Il adressa une prière silencieuse à Merlin avant de murmurer :

« Il le faudra…. Ne t'inquiète pas, d'accord… ? Rien n'est encore arrivé… les choses peuvent encore changer… »

Après tout, maintenant qu'il savait, il pourrait peut-être survivre… mais il ne voulait pas donner de faux espoirs à son fils.

Il ne reviendrait sûrement pas… mais il restait un espoir… et si finalement, sa mort libérait tous ceux qui étaient victimes de la guerre… alors la peine qu'il éprouvait aurait valu la peine. Peu importait les sacrifices, quand ils permettaient des miracles….

Il accompagna Kilian dans sa chambre et attendit qu'il fût couché pour se tourner vers Liam.

Contrairement à ce qu'il pensait, le petit rouquin n'était pas endormi. Il se redressa quand son père vint s'agenouiller près de lui et alluma la lampe de chevet :

« Salut bonhomme. Tu devrais dormir, tu sais ? »

« Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Liam en regardant avec inquiétude vers le lit de son frère d'où provenaient des sanglots étouffés. »

Ron dévisagea son fils et lui caressa le dessus de la tête :

« Il faut que je m'en aille, Liam. Dit-il finalement. Et… je ne reviendrai peut-être pas… »

Liam se tourna vers son père, une lueur de compréhension dans les yeux ;

« Tu vas mourir… Comprit-il, d'une voix horrifiée. »

« Je ne sais pas… avoua le jeune Auror. C'est possible… »

« Mais… tu peux pas t'en aller… Pas maintenant… Ailin est encore tout petit… et Maman… maman sera trop triste si tu t'en vas…. »

« Il faudra que tu l'aides… il faudra que vous vous seriez les coudes tous les quatre…. Tu comprends, Liam ? »

La panique envahit soudain le petit rouquin qui attrapa son père par le bras, les yeux brillants :

« Papa… «

Je t'aime, mon fils….

« Ne t'en vas pas ! S'écria Liam. »

Ron serra son petit contre lui et cette fois encore lutta de toutes ses forces pour ne pas succomber aux larmes. C'était tellement injuste… Cela faisait trop peu de temps qu'ils s'étaient retrouvés… et ils étaient à nouveau séparés… cette fois peut-être définitivement…

Il resta un long moment comme ça, serrant son enfant contre lui.

Puis, il l'embrassa sur le front et murmura :

« Sois fort… »

« Papa…. Sanglota le petit rouquin. »

Mais il quitta la pièce, essayant d'ignorer les pleurs de ses deux fils.

Une fois la porte refermée, Ron s'adossa au mur et se laissa glisser au sol, la tête entre les mains, en pleurant. L'énormité de ce qui l'attendait le heurta de plein fouet. Il venait de dire adieux à ses enfants…

Il ne les verrait pas grandir… jamais plus il ne leur parlerait, jamais plus il ne leur apprendrait quoi que ce soit… plus jamais il ne jouerait au quidditch avec eux… plus jamais il ne verrait leur mère….

Ses larmes silencieuses se transformèrent en sanglots poignants et il mit plusieurs minutes à reprendre le dessus. Il ne pouvait pas abandonner… justement pour que ceux qu'il aime aient un avenir….

Il finit par se lever et se dirigea vers la chambre de son épouse.

Hermione dormait profondément. Ron sourit tristement en songeant que quelques heures plus tôt elle était intenable… Ginny avait glissé une potion de sommeil dans son thé et même s'il avait désapprouvé, à présent, il lui en était reconnaissant.

Jamais il n'aurait pu lui mentir… pas plus qu'il n'aurait pu lui dire adieu en lisant la peur et l'incompréhension dans ses grands yeux noisette.

Elle l'aurait supplié de rester… et il aurait finit par accepter….

Alors, mieux valait qu'elle soit assoupie… le pays des songes devait sûrement être bien plus agréable que la réalité… et il n'avait pas à affronter ses larmes….

Près d'elle se trouvait le berceau d'Ailin. S'approchant prudemment, Ron dévisagea son plus jeune fils, ce nourrisson adorable dont il était responsable…. Il glissa ses doigts sur la joue du bébé et sourit avec tendresse :

« Je souhaite que tu deviennes quelqu'un de bien, Ailin…. »

Ron soupira et se détourna du berceau pour rejoindre Hermione.

Il s'assit près d'elle et regarda son visage serein.

Il caressa doucement quelques boucles et vint l'embrasser du bout des lèvres.

Elle remua légèrement et entrouvrit les yeux :

« Ron… ? Murmura-t-elle, encore endormie. »

« Je t'aime, Hermione…. »

Elle sourit et replongea presque aussitôt dans les bras de Morphée.

Ron ferma les yeux pour retenir ses larmes de détresse et se dirigea vers la porte d'un pas empressé.

Juste avant de sortir il regarda une dernière fois la femme de sa vie et leur bébé et murmura dans un souffle :

« J'espère que vous me pardonnerez…. »


Harry entendait autour de lui les bruits de bataille sans pouvoir intervenir. Les yeux fermés, les bras écartés et le visage tendu vers le ciel pluvieux, il sentait une toute nouvelle énergie affluer dans son corps. Un véritable concentré de puissance.

Il avait chassé de son esprit toutes les pensées négatives pour pouvoir se concentrer uniquement sur la formule qu'Hermione avait créée. Il répétait inlassablement les mêmes mots.

Pour le moment, ni la mort de Dumbledore, ni les sanglots étouffés de Ginny ne devait l'éloigner de son objectif.

Il pleurait plus tard. Il aimerait plus tard. Il vivrait plus tard….

A cet instant, seule cette nouvelle puissance avait de l'importance. Cette énergie qui lui permettrait enfin de vaincre ce monstre qu'était Voldemort.

Quelque chose changea soudain en lui. Une explosion de couleur apparue derrière ses yeux clos. Il posa un genou à terre, le souffle coupé et comprit que c'était le signal qu'il attendait….

A l'instant précis où il ouvrit les yeux, il vit Ron s'interposer entre lui et le sort mortel qui lui était destiné… sans rien pouvoir faire….

« RON ! NON ! »

Ronald Weasley s'effondra sur le sol… ses yeux bleus, éteints à tout jamais, tournés vers celui qu'il avait sauvé….

La douleur cloua le survivant sur place pendant de précieuses secondes.

Puis il entendit quelqu'un crier son nom et il redressa la tête.

Face à lui, le meurtrier de son meilleur ami, son pire ennemi… Voldemort lui faisait face, un rictus sur les lèvres, ses yeux rouges flamboyants de satisfaction et de plaisir.

La colère estompa la douleur, remplaça la peine. Tout son être criait vengeance…

D'un bond, Harry se releva.

Sentant sa toute nouvelle puissance couler dans ses veines il poussa un cri de rage et se jeta sur le Seigneur des Ténèbres….


Au même moment, dans une sombre et vieille chambre, Hermione se réveilla en suffoquant, sanglotante. A ses côtés, le bébé s'était lui aussi mit à crier.

La porte s'ouvrit, laissant apparaître Liam et Kilian, tous deux également en larmes, réveillés, tout comme Hermione, par un sentiment de vide oppressant.

Ils rejoignirent leur mère et pleurèrent dans ses bras, partageant la même souffrance. Celle de la perte d'un être chère…

Les mots étaient inutiles…

Ron n'était plus…