ROSE TRAGÉDIE

N/a : Bonjour !

Cette fois je prépare la veille, comme ça c'est tout bon pour demain matin ! Merci à ceux qui m'ont lue et à ma review :) J'espère que ceci vous plaira, et dites moi ce que vous en pensez, vraiment ! D'autant que je me pose de grandes questions : mon hypokhâgne me fait réfléchir sur l'écriture (oui, oui, ça ne parlera sans doute à personne, mais je me dis que je fais de la 'littérature' de pure notation). Enfin, passons :D j'aimerais simplement votre avis !

En tout cas, j'espère que cette suite vous plaira ! Je précise - oui, quand même - j'ai 17 pauvres années, je n'ai jamais accouché. J'ai essayé de ne pas trop tomber dans des clichés tout de même !

Bonne lecture,

Bergère.

PS : finalement j'ai oublié ce matin... c'est donc ce soir :)

Disclaimer : en général j'oublie d'écrire cette petite chose. Donc ! tout ce qui est reconnaissable appartient à JKR. Il y a des OC, mais pas seulement. Quant à nos deux protagonistes, j'ai la prétention - c'est mal XD - de les considérer un peu à elle, un peu à moi, car ils sont très peu développés dans les romans, et je les ai vraiment forgé comme je le souhaitais, à partir du peu que je savais sur eux au départ. Voilà, bonne lecture une fois de plus !

Acte III : La naissance.

Lux fit : comme un enfant qui nait illumine des vies.

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Ils avaient parlé d'avoir des enfants plusieurs fois, mais cela paraissait toujours lointain, irréalisable. Ils vivaient ensemble, certes, et formaient un couple soudé mais avoir un enfant, c'était beaucoup plus compliqué que cela. Et puis un jour ils n'avaient utilisé aucun sort de protection : ils n'en avaient pas vraiment parlé, mais dès lors c'avait été ainsi. Implicitement, ils savaient très bien ce qu'ils faisaient, et ne pas en parler, c'était simplement se donner encore un peu l'impression qu'il n'y avait rien à dire. Après tout, pour un couple, avoir des enfants était la chose la plus naturelle, la plus ancestrale qui soit plus même, peut être, que la notion de couple en soi.

Quoiqu'il en soit, elle avait appris qu'elle était enceinte très peu de temps après l'être devenue, et c'était en en faisant part à Filius que la chose avait pris toute sa vérité. Autour d'un verre, en célébrant l'heureux événement, il y avait eu ce regard de compréhension : parents, ils le seraient bientôt. Sans doute se souviendrait-elle longtemps, très longtemps, de la chair-de-poule qui lui avait traversé le dos, en pensant à tout ce que cela impliquait : c'était effrayant, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être heureuse. Il avait fallu annoncer la chose, mais la vague de réactions passée, ils avaient été laissés plutôt tranquilles. Lui du moins, car très vite elle s'était trouvée accablée de conseils, couvée de regards inquiets. Vers le début du 8ème mois de grossesse, elle avait même cru qu'Albus la mettrait hors de sa salle de classe de force, et elle s'était vue obligée de n'assurer que la moitié de ses cours, la place étant déjà occupée par le directeur durant les cours les moins intéressants où se trouvaient les élèves les plus turbulents. D'accord, elle était enceinte, et peut être un peu âgée pour cela. Mais tout de même…

Il y avait eu, bien sûr, les regards des élèves, et les chuchotements de plus en plus prononcés, jusqu'à ce qu'il soit véritablement avéré qu'elle était enceinte, en effet. Ils théorisaient sur le père… grand bien leur en fasse ! Les questions sur le prénom et le sexe de l'enfant : cela avait été une véritable corvée. Ils avaient décidé de ne pas savoir à l'avance, et ne pouvaient que répondre inlassablement : Alexandre si c'était un garçon, Cassandra si c'était une fille ce qui ne satisfaisait que moyennement les curieux. Les spéculations allaient bon train, on leur promettait un fils… Filius préférait ne pas dire qu'il rêvait d'une petite fille à la peau blanche et aux sourire joyeux, comme sa mère.

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Il faisait nuit noire, et la faible lumière qui passait au travers de la vitre ne parvenait qu'à donner une vague idée des contours des objets. Allongé dans son lit aux côtés de son épouse, Filius dormait, sa respiration régulière et légèrement sifflante rythmant le silence profond qui régnait à cette heure. Calme insouciant, elle hésitait à le réveiller : après tout, ce n'était pas la première fois qu'elle ressentait des douleurs comme cela, et puis il était trop tôt. Pas de beaucoup, mais tout de même. Prenant une large inspiration, elle se redressa doucement, appuya son dos contre le mur adjacent au lit, et ce-faisant posa sa main droite sur son ventre, l'autre se saisissant du drap et le serrant de toutes ses forces dans sa main alors qu'elle ressentait une nouvelle vague de douleur, se mordant la lèvre pour tenter de maîtriser un gémissement. Merlin, cela faisait vraiment mal… enfin, normalement ça passerait.

Elle commençait à avoir chaud : pas qu'il fasse si chaud que cela dans la pièce. Ca n'était pas sa propre chambre, il n'y faisait pas 10°C… mais enfin, il n'y avait pas de quoi transpirer comme cela. Or elle sentait la sueur perler sur son front. Bon sang ! Lâchant le drap, elle se redressa légèrement, et à l'aide de ses pieds tenta de s'extirper le plus délicatement possible de la couverture : cela fait, elle ne se trouva pas vraiment mieux. Il faisait chaud, elle sentait les plis du drap imprimer des traces sur la peau de ses jambes, ce qui était particulièrement désagréable : après une quinzaine de minutes il lui semblait déjà qu'elle était là depuis des heures. Si ça ne se calmait pas vite, elle allait finir par devenir à moitié folle. Fermant les yeux, elle prit une grande inspiration, soulagée par la légère sensation de bien-être qui s'emparait d'elle vite coupée court cependant, par une nouvelle douleur fulgurante. Agrippant la première chose qui venait, elle resta le souffle court, tentant de maîtriser la contraction dont elle était victime. Elle sentit la pression baisser lentement, mais la douleur restait, latente. Peut être était-il temps de faire quelque chose… c'était étrange à dire, mais la pensée qu'elle accouchait se faisait de plus en plus présente. Au pire, elle se trompait mais une douleur pareille, ça ne pouvait être normal.

Se décidant, elle étira le bras pour toucher le corps endormi de Filius, sous la couverture, et le secoua très légèrement :

« - Filius… ? »

Bougeant un peu et laissant échapper un vague bougonnement endormi, le concerné se retourna sur lui-même, son visage désormais dirigé vers elle, mais toujours dans le sommeil. Elle laissa échapper un soupir… après tout… Elle n'aimait pas le réveiller : c'était un homme très soucieux, le front toujours barré d'une ride plus marquée que les autres, qui se détendait seulement dans son sommeil. Le voir ainsi, calme, était soulageant. Elle se laissa ainsi surprendre par la contraction suivante, et, sans pouvoir s'en empêcher, laissa échapper un juron avant de se mordre l'intérieur de la bouche. C'était hors de question, il fallait vraiment qu'elle le réveille, tant pis… elle commençait à avoir peur.

« - Filius… Ché… Chéri ? reprit-elle, d'une voix étouffée, se mettant à le secouer de manière désordonnée. Pour l'amour de Merlin, réveille-toi ! »

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Ouvrant les yeux péniblement, il passa quelques instants dans le vide, tentant de comprendre ce qui lui arrivait : il faisait nuit, que pouvait-il bien se passer ? Un bâillement le prit et, soudain, il comprit qu'il venait d'être réveillé par Septima. Se redressant brutalement en se frottant les yeux, il tâtonna à la recherche de ses lunettes et de sa baguette et, dans une confusion mentale digne d'un réveil comme celui-ci, parvint à allumer la lumière.

En voyant l'expression crispée de sa compagne, il sentit son cœur se serrer, et une vague d'angoisse, presque de peur, s'empara de lui. C'était sans doute maintenant, oui, le moment. Le fameux moment. Celui où… par tous les cieux, que devait-il faire ? Il sentait bien qu'il tremblait déjà : il serait incapable de l'aider, de… il était faible. A croire qu'il avait plus peur qu'elle, ce qui était d'ailleurs possible. L'expression de douleur qui se peignait toujours sur le visage de celle qu'il aimait le sortit de sa torpeur :

« - Tout va bien ? demanda-t-il stupidement.

- Je crois que… Il la vit déglutir difficilement. Je crois que…

- D'accord, d'accord. Je… Hésitant, il finit par se souvenir de la ligne de conduite la plus usitée. Je vais envoyer un patronus à Poppy pour qu'elle vienne et… et… »

Incapable de dire quoique ce fût d'autre, il se leva, tenta de se concentrer mais dû s'y reprendre à plusieurs fois pour produire une taupe argentée : celle-ci partie, il se retourna vers sa femme, ne sachant que faire. Il savait bien ne pouvoir même imaginer un quart de ce qu'elle pouvait ressentir : être une femme, quelle aventure. Donner naissance, c'était… il n'en savait rien à vrai dire.

« - Chérie, tu veux quelque chose, je peux… je peux faire quelque chose ?

- Je ne serais pas contre un verre d'eau, fit-elle d'une voix hachée. Mais s'il-te-plait reste-là, appelle un elfe…

- Willy ! lança-t-il tout en hochant précipitamment la tête. Peux-tu amener de l'eau pour Septima. A peine apparu, l'elfe de maison disparut les laissant seuls, avant de réapparaître et de laisser dans les mains de Filius un verre et une carafe. »

S'approchant d'elle, il lui servit un grand verre et le lui tint afin qu'elle puisse boire. Il vit bien à son sourire amusé qu'elle avait envie de lui dire qu'elle pouvait boire par elle-même, mais elle se retint. Reposant le verre, il s'assit à son chevet et lui prit la main : rien à faire, même suante et lasse, le ventre rond et le visage fatigué, elle restait belle.

« - Ca va aller ? demanda-t-il doucement.

- Oui, oui… j'espère, fit-elle avant de fermer les yeux comme pour comprimer une nouvelle douleur.

- Je n'aime pas te voir souffrir.

- C'est la vie, sourit-elle doucement, serrant sa main plus fortement cependant. Nous allons être parents. »

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C'était si étrange de s'entendre dire ça. Elle le savait désormais, elle était sur le point d'accoucher : le doute n'était plus possible ou, du moins, elle se sentait intimement convaincue. Elle avait peur oui : entre bonheur et douleur, elle sentait une angoisse se faire jour en elle… quoi de plus normal après tout.

« - Je t'aime, lui souffla Filius à l'oreille en se penchant vers elle, lui arrachant un autre sourire.

- Moi aussi. »

Tandis que le silence retombait, elle entendit plus qu'elle ne vit l'infirmière de l'établissement sortir en toute hâte de la cheminée, encore en chemise de nuit et robe de chambre, équipée de sa baguette et de ce qui ressemblait à une pharmacie complète. Les joues rougies – sans doute avait-elle couru – la bonne femme avait un air préoccupé, mais ses yeux brillaient d'une lueur d'excitation. S'approchant du lit, elle vint se poster auprès de la jeune femme, qui vit à regret son compagnon s'éloigner pour laisser le champ libre. Sans un mot, elle se saisit du poignet de Septima, lui prit le pouls, avant de lancer un rapide sort et, enfin, de conclure :

« - Je confirme, vous êtes en plein travail. J'aurais préféré que cela se passe à l'infirmerie, mais enfin il n'y a pas l'air d'avoir de problème, alors nous ferons ici, c'est plus simple. »

Comme abasourdie par la quantité d'informations qu'elle recevait, elle ne put qu'hocher la tête pour montrer ce qui aurait dû être son approbation, et n'était qu'une acceptation pure et simple. Le visage angoissé de Filius, qu'elle pouvait deviner, la rendait plus nerveuse qu'elle ne l'était déjà : elle aurait eu envie de se dégager de toute angoisse, de ne plus rien avoir à faire… mais ça ne semblait pas possible. Une nouvelle contraction lui fit pousser un petit cri de douleur et de surprise, et elle se mordit la lèvre, avant de croiser le regard compatissant et rassurant de l'infirmière qui, finissant d'écarter les draps qui la gênaient, semblait confiante et calme.

« - Je suis désolée, il est encore trop tôt pour le sort antidouleur… D'ici une heure peut être.

- Le sort antidouleur ? fit-elle, une lueur d'espoir dans la voix.

- Voyons, même les moldus ont trouvé quelque chose… vous ne croyiez tout de même pas que de nos jours on accouchait encore dans les mêmes douleurs que par le passé ! Non, non, sauf cas très particulier, bientôt vous ne sentirez presque plus rien.

- Tant mieux..., souffla-t-elle. Excusez-moi, Poppy… est-ce que vous avez une idée du temps que cela va prendre. »

L'infirmière ne dit rien, tout d'abord, et se mit à rire doucement. Après quoi elle promena un regard vaguement condescendant de Filius à Septima, avant de daigner répondre.

« - Je n'en ai pas la moindre idée. Au moins… 6 heures je dirais. Il y eut un silence, puis Septima se tourna vers son compagnon.

- Filius, je me demandais… tu ne penses pas qu'il serait tant d'aller voir Anthony ?

- C'est qu'il est une heure du matin… mais en théorie oui, je suis d'accord.

- Peut être qu'il vaut mieux attendre, je ne sais pas. Pour Minerva aussi d'ailleurs… dit-elle lentement, ses paroles suivant le cours de sa réflexion. Elle fut interrompue par une légère recrudescence de la douleur, et avant d'avoir pu poursuivre, elle fut coupée par Mme Pomfresh.

- Vous savez, en général, pour se genre d'occasion, les gens n'ont que faire d'être réveillés à une heure du matin. Filius dodelina, clairement mal-à-l'aise.

- C'est que… je ne voudrais pas… enfin, ne pas être là.

- Visiblement, coupa Septima avec un sourire, on a le temps. Va donc, ça sera une bonne chose de faite… »

Elle vit le visage de l'homme qu'elle aimait, le père de l'enfant à venir, se voiler d'une incertitude. Il semblait partagé. Une partie de lui souhaitait plus que tout rester auprès d'elle : il devait se dire que partir était lâche, pensa-t-elle. Après tout, elle pouvait vaguement deviner l'impression que cela faisait de voir quelqu'un souffrir ainsi. Une autre part de lui, cependant, n'avait d'autre envie que de sortir, faire quelque chose, se rendre utile d'une certaine manière. Pour sa part, elle n'était pas certaine de penser : sous cette manière de faire croire qu'elle maîtrisait la situation, elle sentait bien un vide. La douleur commençait à ne plus vouloir s'en aller, de plus en plus aiguë et vivace. Et puis tout paraissait irréel. Lorsque finalement il annonça qu'il s'habillait et partait, elle sentit pendant un instant une forme de plénitude : quelque chose avançait.

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Habillé et parti en hâte, il se trouvait soudain devant un immeuble londonien de quelques étages, propret et dans un quartier plutôt agréable quartier sorcier. Il faisait froid dehors… forcément, à une heure indue comme celle-ci, à quoi s'attendait-il ? Il secoua la tête en fixant le 2ème étage : là n'était pas la question… Maintenant qu'il se trouvait là, il ne savait plus quoi faire. Etait-il vraiment capable d'aller le réveiller comme cela, à l'heure qu'il était : cela ne se faisait pas. Et puis il n'était même pas certain de se rendre compte de ce qui se passait, du bouleversement qui était en train de s'opérer dans sa vie. Dans le silence nocturne, il entendit le bruit très étouffé d'un coucou, sans doute venant du rez-de-chaussée de l'immeuble. Après tout, maintenant qu'il était là…

Prenant son courage à deux mains, il alla se placer sous le porche et observa les sonnettes qui se trouvaient contre le mur : suivant du doigt la liste des noms, il finit par s'arrêter au nom de Liling. C'était là, il n'y avait plus qu'à sonner. Il souffla d'un coup, se répétant que ce n'était pas grand-chose ! Appuyant sur le bouton, il entendit un bruit sourd puis attendit, avant de se faire la réflexion que ça n'avait sans doute pas dû suffire à réveiller le célibataire du 2ème étage. Il détestait déranger les gens, mais pour une fois… il se fit violence et appuya de manière régulière et répétée sur le bouton de la sonnerie : son enfant allait bientôt voir le jour, il pouvait bien faire ça.

Après un temps qui lui paru infini, il perçut le bruit caractéristique de l'interphone magique qui se met en place, suivit de mots balbutiés d'une voix pâteuse par l'homme réveillé dans son sommeil.

« - Quoi ? qu'est-ce qu'y's'passe ?

- Anthony, c'est Filius… commença-t-il.

- C'est Fi… qui ? lança la voix à l'interphone.

- Filius… Filius tu sais, l'ex-mari de Cécilia. Filius. Il y eut un silence de l'autre côté, le temps que l'autre réalise.

- Mais qu'est-ce que tu fous là à cette heure-ci !

- Désolé de te réveiller comme ça, vraiment, mais c'est pressé et… Enfin, est-ce que… ? Je peux entrer, ça sera plus simple.

- Si tu veux…, répondit l'autre en bâillant, sans grand enthousiasme. Monte, vas-y. »

Un léger éclair magique se fit, puis la porte s'entrouvrit dans un cliquètement : Filius se hâta d'entrer, et monta quatre-à-quatre les marches, arrivant ainsi face à la porte tenue ouverte par Anthony Liling. Celui-ci, vêtu d'un caleçon et d'un tee-shirt froissé, enfilé à l'envers à toute vitesse, le fit entrer en le suivant d'un regard éberlué. Filius attendit que l'autre lui dise de s'assoir, et pris timidement place sur un des fauteuils : aurait-il vraiment le courage et de lui dire et de le convaincre ? il ne savait rien encore après tout…

Lui disant qu'il revenait, le propriétaire de l'appartement pris la direction de sa cuisine et en revint avec une barre de chocolat et un grand verre d'eau.

« - Excuse-moi et pour la tenue et pour ça, mais là tu m'as vraiment surpris… Dis-moi, il s'est passé quelque chose ? rien de… grave j'espère ? demanda-t-il avec un regard concerné.

- Non… enfin, je… enfin… ne t'inquiète pas, c'est juste…

- Tu es sûr que tout va bien ? s'inquiéta son interlocuteur.

- Certain. Enfin, presque… Bon, écoutes, je vais essayer de le faire court, mais je ne premier rien. Euh… promets rien, se reprit-il. »

Il se sentait stressé, dans un état insupportable où il ne pouvait plus tout à fait se contrôler… Lui, si calme, serein, posé d'habitude, avait la désagréable sensation de se donner en spectacle en s'agitant en tous sens, un peu à la Septima d'ailleurs. Sauf que, chez elle, ça n'avait rien de choquant. Il était déjà soulagé de ne pas s'être fait envoyé balader par Anthony pour l'avoir réveillé comme cela… peut être était-il tout simplement trop groggy encore. Il fallait qu'il rassemble son courage, qu'il se calme vite. Par quoi commencer ? ne jamais mettre la calèche avant les Sombrals, disait Septima. Le début, donc…

« - Voilà, ça fait plusieurs années que je vis avec Septima, tu le sais. Et euh… comment dire elle est enceinte. A vrai dire, enchaina-t-il de suite, elle est en train d'accoucher. Anthony lui lança un regard étonné, déglutissant lentement comme pour avaler la nouvelle.

- Félicitations. C'est… génial !

- Merci…

- Mais… Enfin, ça va paraître stupide mais… qu'est-ce que tu fais ici ?

- Je… A vrai dire, c'est là qu'intervient le problème. L'autre le regarda éberlué : ce n'était vraiment pas l'heure pour les devinettes visiblement. Filius se sentit soudain mal, mis au pied du mur, et il lui fallut quelques instants pour se reprendre. En fait… je suis venu te demander quelque chose.

- Ne te méprends pas, commença l'autre, mais… pourquoi à cette heure-ci, ça ne pouvait pas attendre le matin ?

- Je suis vraiment désolé de t'avoir réveillé à une heure pareille, s'excusa-t-il précipitamment. Mais, à vrai dire… on aurait besoin de la réponse avant la fin de l'accouchement.

- Quelle réponse ?

- Veux-tu… voudrais-tu… D'accord, je recommence. Et, reprenant d'un ton solennel : accepterais-tu d'être le parrain de mon enfant ? »

Un silence s'abattit soudain sur les deux hommes, et, quasi-simultanément, un oiseau nocturne émit un long hululement qui semblait crever le silence. Filius était partagé entre le soulagement d'avoir posé la question, et la peur soudaine du refus : choisir Anthony avait été le fruit de longues conversations. Pour la marraine, les choses étaient venues naturellement, car, en effet, qui d'autre que Minerva occupait une position de mère infiniment bonne et protectrice ? Anthony constituait un choix tordu, et il n'était même pas sûr que le concerné comprendrait : après tout, il n'était jamais qu'un ex-beau-frère, et ils ne se voyaient qu'occasionnellement.

En face de lui, le concerné se frotta les yeux, conservant une expression mi-étonnée mi-endormie. Il prit une longue gorgée d'eau et bâilla : son air fatigué et sa barbe de quelques jours ne le rendait pas très avenant. Tant pis. Il tentait d'éviter de le fixer d'un regard impatient, et retint difficilement un soupir de soulagement quand il lui répondit.

« - Tu es sérieux ?

- On ne peut plus.

- Mais… pourquoi moi ? il semblait sincèrement étonné.

- Parce que… nous en avons beaucoup discuté, tu es vraiment celui qu'on souhaite voir parrain de notre enfant, même si Septima et toi vous connaissez à peine. Tu as été un soutien pour moi… sans même t'en rendre compte je crois.

- Vous êtes certains ? tu es sûr que…

- Anthony, la raison principale n'a rien à voir avec les circonstances. Tu es quelqu'un de bien, de vivant, de motivé. Et j'aimerais que mon fils ou ma fille suive ta voix. Tu… veux bien ne serait-ce que considérer la proposition ? »

Le concerné hocha simplement la tête, mais resta silencieux pendant quelques minutes. Il se leva, tira les rideaux, ouvrit la porte-fenêtre de son salon, et sortit sur le balcon. Filius hésita à le suivre, et se décida à attendre à l'intérieur de l'appartement… ce jusqu'à ce que l'autre lui fasse signe de sortir et de venir à ses côtés. Comme à l'ordinaire, il se trouva soudain complexé par sa taille : tandis qu'Anthony avait les deux coudes appuyés sur la rambarde, regardant au loin, tantôt vers le ciel, tantôt les rares lumières – très rares lumières – des appartements et, dans le vague, Big Ben, et la grande roue moldue arrêtée, lui devait presque regarder entre les barreaux. C'était humiliant. Heureusement, cet homme-là n'était pas du genre à faire sentir l'infériorité des autres… tant mieux.

« - En fait, commença-t-il, la question ne se pose pas, c'est oui bien sûr…

- Oh merci Merlin, si tu savais comme je suis soulagé, s'exclama Filius avec un grand sourire.

- Le plaisir est pour moi, dit-il, avant de reprendre son propos là où il l'avait laissé. Simplement, ça faisait beaucoup d'informations à la fois. Pas forcément facile à avaler… »

Pendant encore quelques minutes, les deux hommes restèrent ainsi, silencieux, respirant l'air froid de la nuit. Filius sentait la chair de poule sur sa peau, et sa gorge s'assécher : tant pis. Il y avait dans ces instants quelque chose de reposant, hors de la réalité. Et puis il venait de réussir sa mission, ce qui, il fallait de le dire, était un immense soulagement. Anthony serait le parrain de son fils – ou de sa fille – et cela annonçait déjà un avenir plutôt souriant. Finalement, à sa droite, le quinquagénaire se redressa, s'étira lentement et dit à celui qui avait été son beau-frère qu'il finissait son chocolat, s'habillait convenablement après une petite douche, et qu'il était prêt à partir. Filius acquiesça et le suivit à l'intérieur, refermant la porte-fenêtre derrière eux, puis s'asseyant timidement sur le canapé avant de se sentir soudain impatient d'être de retour pour voir Septima.

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Elle commençait très sincèrement à ne plus en pouvoir : les contractions – de vraies contractions désormais – se faisaient relativement proches, elle avait chaud, et tout ce que Poppy Pomfresh trouvait à faire était de lui sourire tranquillement, hochant la tête d'un air approbateur de temps à autres. Dans combien de romans n'avait-elle pas lu les hurlements exaspérés de ces femmes qui juraient qu'elles allaient assassiner leur époux pour les avoir mises enceinte… personnellement, cette animalité et cette agressivité étaient tout-entières tournées vers l'infirmière. Pour le moment du moins. D'autant plus qu'elle commençait à être préoccupée : dans les moments de répit, elle se remettait à penser à ce qu'elle devait faire. Pouvait-elle vraiment parler à Minerva McGonagall dans l'état où elle était actuellement ? c'était indécent… D'autant que la question était délicate, et les crises de douleur n'étaient pas pour aider à tenir un discours sensé.

« - Bon, je pense qu'il va être temps…, commença l'infirmière d'une voix douce.

- De quoi ? lâcha-t-elle d'un ton à l'agressivité décuplée par la douleur.

- De lancer le sort antidouleur, répondit-elle posément. »

Sans même vouloir y croire, elle tenta tant bien que même de suivre les quelques instructions que lui donnait la bonne femme, se retenant de lui aboyer à la figure que ses conseils à deux noises, du genre respirez tranquillement ou mieux détendez-vous, étaient de belles blagues. Cependant, lorsque les effets se firent sentir et que finalement elle ne ressentit plus qu'une vague gêne au moment des contractions, son sentiment s'inversa et, dans son soulagement, elle aurait été prête à sauter aux bras de l'infirmière. Puis, se remettant de cet apaisement inespéré, elle en revint à la question qui la tourmentait. Jetant à plusieurs reprises des regards hésitants en direction de Mme Pomfresh, elle finit par se décider à lui poser directement la question, et ce avec sincérité. Après tout, elle venait de la sauver d'atroces souffrances qui ne faisaient que commencer… elle devait être digne de confiance, et plus expérimentée en ce genre de questions.

« - Dites-moi, quelle heure est-il ?

- Deux heures et demie, annonça-t-elle d'un ton calme. Pourquoi ?

- Et bien… j'aurais quelque chose à demander à Minerva, si possible avant la fin de l'accouchement. Mais… je me dis qu'à cette heure-ci ça ne se fait pas et puis parler à quelqu'un dans cet état… L'infirmière lui coula un regard amusé et, se décidant à s'assoir à côté d'elle, répondit.

- C'est une femme, elle ne sera pas choquée de vous voir dans cet état. Surtout pas Minerva… Quant à l'heure, l'occasion me semble suffisante. Si elle est mécontente, je veux même le prendre sur moi : je lui dirais que je vous ai incitée, ce qui est vrai !

- Et… mais je suis en plein travail !

- Vrai, acquiesça-t-elle. Mais jusqu'à preuve du contraire je suis compétente : tant que vous poussez quand je vous le dis, et que vous cessez vos causeries dès lors que je le dis, c'est sans problème. Evitez juste de vous exciter.

- Ah, fit-elle, trouvant tout cela presque trop facile.

- Bien, reprit l'infirmière après un silence. C'est décidé, je vais chercher Minerva, j'en ai pour une minute, ce sera plus rapide et plus sûr que d'envoyer un patronus. »

Elle aurait voulu protester, peu rassurée à l'idée de se retrouver seule, mais celle qui lui servait de sage-femme avait déjà pris de la poudre de Cheminette et annonçait sa destination. Restée face-à-face avec elle-même, elle fut soudain saisie d'une sorte de crise d'angoisse : bon sang, que faire si quelque chose n'allait pas ! Soudain, ne presque rien sentir lui paraissait dangereux : comment, en effet, savoir s'il y avait un problème ! elle pouvait aussi bien ne pas s'en rendre compte. Il restait soi-disant du temps, mais et si… si… elle ne pouvait se débrouiller. Elle accouchait pour la première fois, non de non ! elle mourrait de peur, et elle se trouvait là, seule ! Elle sentait son cœur battre plus vite, la respiration un peu saccadée, mais elle se mit à paniquer vraiment en voyant le verre sur sa table de nuit se mettre à trembler : Merlin que se passait-il ? Tentant de maîtriser sa respiration, elle ne parvenait qu'à se faire plus peur encore, et le verre tanguait de plus en plus, tout comme, se rendit-elle compte, la table elle-même.

Elle était si effrayée qu'elle ne vit pas les deux femmes réapparaitre par la cheminée : elle se calma presque d'un coup, et les objets cessèrent de trembler, lorsqu'elle aperçut le visage de Minerva, et sentit les mains de Poppy qui la secouait doucement. Reprenant son souffle et tentant de se maîtriser, elle écouta l'air éberlué ce que lui disait l'infirmière.

« - Mais qu'est-ce qui vous a pris… ? du calme voyons ! Votre magie est extrêmement sensible dans un moment comme celui-là… je vous laissais un moment de plus et le verre explosait ! Septima ne put qu'hocher la tête, et soupira, légèrement rassurée. Alors maintenant, vous allez vous calmer, respirer un bon coup, et parler tranquillement à Minerva.

- D'accord, fit-elle d'une petite voix.

- Tout va bien Septima ? demanda posément la plus âgée des trois femmes.

- Mieux, merci…, balbutia-t-elle comme une enfant prise en faute. Je suis vraiment désolée de vous avoir réveillée à cette heure-ci, et pour me voir dans cet état… »

Elle s'arrêta au milieu de ses excuses désordonnées, croisant le regard sévère de celle qui avait été son professeur. Qui semblait avoir été le professeur de tous. Elle continuait à lui paraître intimidante, et dégageait un air d'autorité inimitable. Ce genre de réflexion la rassérénait dans sa décision… mais ne lui facilitait guère la tâche. Dans l'état où elle était qui plus est, et pas tout à fait remise de sa crise d'angoisse, comment parvenir à ne serait-ce qu'engager la conversation avec elle. Autant l'avouer, elle continuait à ressentir une admiration légèrement révérencieuse à l'égard du professeur McGonagall et elle se sentait toujours à la limite de s'emmêler les pinceaux dès qu'elle lui adressait la parole. Alors pour quelque chose d'aussi personnel…

« - Bien, entama Minerva en s'asseyant sur la chaise qui bordait le lit. Je n'ai pas à vous en vouloir ! et ce n'est pas tout les jours que l'on donne naissance à quelqu'un… je suis plutôt honorée de voir que vous avez sollicité ma présence.

- C'est moi qui vous remercie, répondit-elle d'un air qui se voulait calme. La sensation désagréable qu'elle avait devinée comme marquant une contraction se manifesta, et elle jeta un regard légèrement effrayé en direction de son ventre. A vrai dire, je voulais vous demander quelque chose.

- J'écoute, concéda-t-elle avec un sourire.

-Euh, oui, oui bien sûr. Elle marqua une pause, semblant chercher ses mots… pause qui s'éternisa. Pardon, je ne sais pas comment le demander.

- Avec une simple question, indiqua Minerva d'un air on ne peut plus pratique.

- Bien… et bien, alors… Admettons. Minerva, voulez-vous bien être la marraine de cet enfant ? La concernée sourit plus franchement avant de reprendre une expression quasi-neutre puis de fixer sa collègue d'un air sérieux.

- Ca ne me parait pas une bonne idée, dit-elle d'une voix tranquille.

- Mais euh… pourquoi ? Septima sentait bien que sa voix tremblait… même en ayant envisagé la possibilité d'un refus, elle n'arrivait pas vraiment à s'y projeter.

- Ca n'a rien de personnel, mais… je vais vous dire quelque chose. Après tout, le jour où l'on donne naissance est un beau jour pour entendre les radotages d'une vielle femme.

- Vous n'avez rien d'une vieille radoteuse, tenta Septima, la regardant, éberluée.

- Détrompez-vous. Je suis une vieille femme : j'ai toujours été là, mais je ne le serais pas toujours. Je pourrais être votre grand-mère. Toute ma vie est dans cette école. Je n'aurais pas la prétention de dire que je suis une bonne enseignante, mais je crois que je peux l'être. Marraine, cependant, ce n'est pas un rôle pour moi. Choisissez quelqu'un de jeune, de vivant, de gai. Quelqu'un sur qui l'on peut compter bien sûr : je vous fais confiance, vous trouverez bien mieux que moi. »

Ses sentiments auraient été difficiles à définir : elle aurait bien dit qu'elle en restait pantoise. Elle se sentait immiscée dans les pensées intimes de Minerva, et cela la gênait. Mais, plus encore, de telles pensées paraissaient invraisemblables… si absurdes qu'elle ne voyait aucun moyen de les parer. Certes, elle n'était pas jeune mais enfin, qui plus que Minerva, était capable de donner un avenir à un enfant, de lui servir de modèle. Elle voulait que son enfant puisse avoir avec la sorcière la relation qu'elle-même n'avait pu avoir : qu'importent les questions d'âges, et de vitalité… Il lui semblait découvrir soudain une facette nouvelle de la directrice adjointe : elle paraissait plus fragile, plus humaine et sensible, que jamais. Tout ce discours sonnait étrange, tout comme son propre corps lui paraissait étranger.

Tandis qu'elle grimaçait à la sensation toujours aussi inaccoutumée que procurait chaque nouvelle contraction, il lui sembla sentir chez Minerva le début d'une impulsion pour se lever. Le tissu de sa robe de chambre sembla frissonner, crissant alors que les plis se frottaient l'un à l'autre : même assise là, affublée d'une sorte de bonnet de nuit à l'ancienne et sa tenue de nuit boutonnée jusqu'au cou, elle dégageait un air de… peut être pas de majesté, mais bien de noblesse. Une sorte de parfum suranné lui donnait le port d'une statue grecque mais le naturel d'une peinture Renaissance.

« - Vous ne m'en voudrez pas trop si je trouve votre raisonnement nul et non-avenu ?

- Je ne vous en voudrais pas bien sûr, mais j'aurais aimé que vous y pensiez…

- Vous savez… elle s'éclaircit la gorge, incertaine encore de ce qu'elle allait dire, même si elle était tout à fait consciente qu'il fallait désormais un argument de choc. A vrai dire, même si vous étiez une mamie gâteuse, vous resteriez Minerva McGonagall… et c'est elle que je veux pour être la marraine de cet enfant ! Je vous l'accorde, ça donne vraiment pathétique et ridicule comme manière de dire, mais c'est la plus pure vérité. Peut être n'est-ce pas le meilleur calcul tactique… mais choisit-on ce genre de choses par calcul ? Elle marqua une pause et s'interrompit elle-même : Je vous l'accorde, je suis professeur d'Arithmancie, j'ai tendance à tout rapporter aux mathématiques et aux nombres mais parfois… Enfin, raisonnable ou pas, je vous demande d'accepter ! Elle marqua une pause et, se rendant compte de l'embrouillamini de ses mots elle se prit la tête dans les mains et inspira profondément avant d'ajouter : excusez-moi, je dis n'importe quoi, mais enfin… il y a là quelque part le fond de ma pensée.

- Je crois que j'ai compris l'idée, répondit l'autre gentiment tandis qu'en arrière plan Poppy cachait mal un gloussement.

- Et… ?

- Quelque part, le choix n'est pas de mon côté. Si vous n'en démordez pas, je ne refuserais pas bien sûr. Et vous avez la tête dure, je vous connais… Elle esquissa un sourire, et se pencha un peu vers Septima en restant assise.

- J'ai beau ne pas en mener large, installée comme ça… je reste ferme sur ma position. S'il-vous-plait.

- Et bien d'accord, conclut-elle en hochant la tête. Vous voulez d'une antiquité pour jouer ce rôle, vous l'aurez ! »

Au moment où Septima s'apprêtait à lui répondre, la sensation décidément étrange d'une contraction se fit jour une fois de plus, et elle dut se contenter d'une sourire crispé, avant de tourner son regard vers Poppy. Elle était soulagée bien entendu, mais légèrement chamboulée par la résistance qui lui avait opposé Minerva. Et puis une vague de fatigue commençait à l'envahir, et n'eut-été la sensation répétée et gênante des contractions – enfin, elle n'allait pas se plaindre, comparé aux douleurs que ça pouvait être… – elle se serait sans doute endormie. On devait approcher les 3 heures du matin, si ce n'était plus, désormais.

Minerva lui demanda si elle voulait qu'elle parte pour la laisser accoucher dans le calme et même si elle n'était pas certaine de vouloir d'une présence supplémentaire, elle lui affirma qu'elle pouvait rester. De toute manière, il lui semblait qu'elle agissait par automatisme, répétant ce qu'il fallait dire. Cela fait, elle attendit. Longtemps. Jusqu'à ce que Mme Pomfresh lui fasse savoir qu'elle allait passer aux choses sérieuses.

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En arrivant avec Anthony devant la porte de ses appartements, il s'était immédiatement fait refouler par Poppy, qui ne l'avait même pas autorisé à passer le pas où se poster dans son salon. Face au 'C'est une affaire de femme, vous ne feriez que la stresser davantage' de l'infirmière scolaire, il n'avait pu que s'incliner : après tout, il devait bien s'avouer qu'elle avait totalement raison. Il s'était donc rapidement retrouvé dans le couloir vide, seul avec Anthony, assis sur deux fauteuils que Minerva leur avait si diligemment fait léviter hors de l'appartement. Ne restait plus qu'à attendre que les choses se fassent ce qu'il ne parvenait pas à faire dans le calme.

Le futur parrain avait amorcé quelques conversations, tentatives rendues infructueuses par son propre silence, et son attention flottante. Pour finir, ils étaient tacitement tombés d'accord pour se taire, et chacun était perdu dans ses pensées. Il aurait bien aimé savoir ce qu'avait dit Minerva, mais il le saurait après. Et puis si elle était toujours là… ça semblait bon signe. Enfin… Non, ce qui lui revenait, c'était ce que lui avait raconté Arthur au sujet de la naissance de son fils ainé. Molly avait accouché à Sainte-Mangouste, comme de bien entendu et de même son époux avait passé des heures assis dans le couloir, à côté de la porte de la chambre, à attendre. Le père de la grande fratrie Weasley lui avait parlé de ces minutes qui s'écoulaient doucement, lorsque les notions de temps semblaient s'effacer, et que l'espace s'uniformisait, et devenait entièrement blanc, comme les murs et les portes. A la fin, les allers-et-venus des infirmières et médecins faisaient partie comme d'un papier peint qu'il ne voyait plus.

Dans son cas, les choses étaient bien entendu différentes. Il y avait Anthony à côté de lui, dont la présence, quoique muette, rompait la monotonie immobile. Et puis il n'était pas à l'hôpital, ce lieu froid et angoissant par nature. Cependant, il avait cette sensation que jamais les pierres de ce couloir ne lui avaient paru à la fois si uniformes et si uniques. Tandis que des pensées au sujet de Septima et de tout courraient dans sa tête, il se mit à détailler de manière tout à fait inconsciente le sol et les murs du corridor.

Le sol semblait fait de la même pierre grise et solide que les murs : d'apparence insensible à l'érosion, il apparaissait clairement que les blocs qui composaient le sol avaient été polis par le temps. Il n'y connaissait rien en géologie et autres études de cailloux, et à part le granit et le calcaire, il n'aurait pas su dire grand-chose… alors parvenir à dire de quelle pierre il s'agissait… Il ne savait pas quelle était la pierre de construction écossaise traditionnelle à vrai dire, il était fort possible qu'il n'y ait même pas de pierre écossaise. Les mégalithes et autres constructions préhistoriques devait bien être faits avec quelque chose pourtant ? au vu de ses maigres connaissances, il aurait plutôt penché pour le granit. Le calcaire était trop facilement effrité. Enfin, avis de moins que néophyte…

C'était étrange, d'ailleurs, de se dire que ces murs ancestraux et cette pierre inamovible étaient le lieu d'une naissance : il n'y avait jamais pensé avant, sans doute parce qu'il n'avait jamais été concerné de si près, mais c'était terriblement émouvant. Perpétuer le savoir dans un endroit comme celui-ci c'était déjà beaucoup… mais y donner naissance ! A vrai dire, il admirait sa compagne. La pierre, cependant, restait un problème : plate, quasi-lisse, aplanie par les pas comme une peau est burinée par le soleil, elle devenait particulière, singulière, irrégulière. Elle semblait apparaître comme au premier jour. Mais contrairement au nouveau né, elle avait été noircie par le temps et l'usage : il n'y avait plus de tapisseries ici, et l'on voyait, là où il avait eu des tableaux ou des pans de tissus, apparaître la trace plus claire d'une pierre moins abimée. Ainsi, la pierre aussi vieillissait, prenait des rides. Ah, temps maudis !

Visiblement, ses pensées prenaient des tours inattendus. Elles semblaient déconnectées de la réalité… dans le fond, elles ne l'étaient pas. Mais, fatigué, ému, nerveux, craintif, il n'avait plus le contrôle de ses réflexions. Le lendemain, il ne se souviendrait sans doute même pas des problèmes que lui avaient posés les pierres écossaises, et si par hasard il en gardait quelque trace, il n'y verrait aucune cohérence. Mais pour l'heure, tout cela paraissait naturel, normal.

Peut être avait-il somnolé, à un moment où un autre. Du moins, le temps était passé plus vite qu'il ne l'aurait cru. Il se souvenait de s'être demandé si le silence à l'intérieur était normal – pas de grands cris du moins. Il avait d'autres souvenirs vagues, certains ressemblaient presque à du rêve. Mais il n'eut pas le temps de faire le tour de ses souvenirs, de s'en rappeler, moins encore de les analyser : Minerva McGonagall tenait grande ouverte la porte de ses appartements, le visage fendu d'un sourire qu'il lui avait rarement vu aussi large.

« - C'est une fille. »

Son enfant était né. Soudain, les pièces du puzzle se mirent en place, il revint totalement à la réalité. Père, il était père. Papa. Se précipitant à l'intérieur de la pièce, il s'arrêta brusquement en voyant Septima : transpirante, elle était souriante et semblait aller bien. Dans ses bras, un bébé. Quoi de plus normal… pourtant, aussi stupide que cela puisse paraître, il ne s'y attendait pas. Cette petite chose couinant et gesticulant dans les bras de sa mère. Cet être fripé, nu, si petit…

« - C'est une fille, lui répéta sa femme avec un sourire.

- Ah bon ? c'est formidable… ! Il ne se souvenait déjà plus de ce qu'on venait de lui dire. Hésitant, il finit par se rapprocher d'elle et s'assit sur le tabouret qui était toujours là. Ca… ça va ?

- Ca va, dit-elle, continuant à sourire. Regarde-la. Alors qu'il tournait son regard, se forçant presque, en direction de la petite fille, celle-ci toussota. Il sentit alors son cœur s'affoler d'une sorte d'inquiétude. Et d'émotion, aussi. C'est là qu'il comprit qu'il était vraiment père. Pas pour dire, pas de loin, pas juste dans les mots. Père.

- Excusez-moi, il faut que je remplisse ça de suite, vint les interrompre l'infirmière.

- Euh… oui, quoi donc ? demanda-t-il, perdu.

- Le certificat de naissance, expliqua-t-elle en montrant le papier qu'elle tenait dans une main, son autre main occupée avec sa baguette. Alors, quelle est le nom de cette enfant.

- Et bien…, Septima se tourna vers son conjoint avant de parler. Cassandra Flitwick-Vector.

- Sans vouloir vous influencer… pas de deuxième prénom ? suggéra-t-elle. Après un moment de flottement, Filius se tourna vers la directrice adjointe.

- Minerva, sans indiscrétion, comment s'appelait votre mère ? ou votre grand-mère ?

- Et bien, je doute que Gertrude vous convienne… ma grand-mère pour sa part s'appelait Maryann. Filius coula un regard vers Septima qui acquiesça.

- Alors ce sera Cassandra Maryann Flitwick-Vector. Souriant, l'infirmière pointa sa baguette sur le papier, y inscrivant les noms indiqués. Et… est-ce que c'est ici que l'on indique parrain et marraine ?

- Et bien… ça n'a rien d'obligatoire, mais vous pouvez le faire dès maintenant oui.

- Alors allons, déclara Minerva en se levant. Où faut-il signer ? Poppy Pomfresh, sans avoir besoin de demander, inscrivit les deux noms de la même manière qu'elle avait nommé la petite aux yeux de l'Etat, puis fit signe aux deux concernés de s'approcher et, chacun, de sa baguette, tapa son nom, confirmant ainsi son acceptation de ce nouveau statut. »

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La nuit suivante, lorsqu'enfin le couple fut laissé en paix avec le nouveau-né, Septima, pourtant épuisée, sentait ses pensées courir trop vite pour la laisser s'endormir. Dans la pénombre, elle pouvait entrevoir sa fille qui, dans son lit miniature, dormait à poings fermés. Elle-même avait dormi un peu, et se trouvait réveillée. A côté d'elle, Filius semblait agité : il ne devait pas dormir très profondément. N'y tenant plus, elle se pencha sur sa table de nuit et se saisit d'un papier qui y reposait. Cela devait au moins faire le 10ème fois qu'elle regardait sa copie du certificat de naissance :

Nom : Flitwick-Vector

Prénom(s) : Cassandra Maryann

Date et heure de naissance : 27 mai 1989, 5h08.

Lieu de Naissance : Poudlard

Père : Filius Johan Flitwick

Mère : Septima Helen Vector

Parrain : Anthony George Liling

Marraine : Minerva Maryann McGonagall

Elle avait très franchement l'impression qu'elle pourrait le lire des milliers de fois sans s'en lasser. Ce petit papier, à lui seul, semblait représenter, presque personnifier, la vie heureuse et comblée qu'elle avait. Bien sûr, elle n'avait pas fini d'avoir des problèmes aucune vie n'est un conte de fée. Elle n'avait jamais vraiment cru aux contes de fée, elle n'allait pas s'y mettre à son âge !

Pourtant, en ce moment-même, elle s'y croyait. Un peu. Si peu. Mais déjà assez pour commencer à croire. Se tournant vers Filius endormi, elle s'enfonça davantage dans les couvertures et chuchota : 'Je t'aime.'

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Qui n'a jamais pensé que la naissance d'un enfant change une vie ? Pourtant, sur le moment, ce n'est pas forcément ce qu'on voit. On le sait bien sûr, mais sans doute pense-t-on d'abord à la peur, à l'appréhension. Et puis à cet enfant, que l'on aime sans trop savoir comment et pourquoi. La chaire de sa chaire, le sang de son sang.

Dans ce couple-ci, comme dans beaucoup d'autres, l'arrivée de cette petite fille, de ce bébé potelé et un peu perdu, constituait quelque chose de fort. Un ciment, bien sûr. Et puis un bonheur. Dans quelques jours, le sourire, le visage, la simple présence de cette enfant, deviendraient comme un rayon de soleil. La naissance d'un enfant, ce sont des vies qui s'illuminent. Lux fit !