ROSE TRAGÉDIE

N/a : Bonsoir à tous (et toutes ^^)

Nous voilà rendus à la fin : en publiant cet épilogue, je conclue totalement cette histoire. Avec une certaine émotion *larme de circonstance*. Non, j'exagère, mais tout de même, ce fût un vrai plaisir que d'écrire, de publier, et d'avoir vos avis ! J'espère que l'ensemble vous aura plu, et je vous serais ultra-reconnaissance, si vous me reviewer, de me laisser aussi un avis général sur l'ensemble de la fic' ! (Je sais, je sais, je demande, je demande).

Quoiqu'il en soit, je tenais à vous remercier tous : ceux qui m'ont lu, et surtout ceux que je peux nommer ! Basmoka, telle17, Hell Butler, Dream's Girl, et dobbymcl ! Tous vos compliments me sont allé droit au cœur (et continueront ;)) ! Vraiment, merci beaucoup ! j'espère que cette fin (pour dobby, que tout ce qu'il te reste à lire ^^) vous plaira, vraiment ! En tout cas, merci !

Voilà, maintenant que j'ai fait la phase émotion (sincère !) je m'en vais publier cet épilogue. Comme je le disais, je vous souhaite une bonne lecture, j'attends votre avis avec impatience, et j'irais jusqu'à dire votre verdict ! Merci encore, je vous dévoile la fin !

Bonne lecture, Bergère !

Ps : si vous avez des questions sur quoique ce soit, c'est avec plaisir ! Je sais pas, c'est une éventualité ^^

Disclaimer : en général j'oublie d'écrire cette petite chose. Donc ! tout ce qui est reconnaissable appartient à JKR. Il y a des OC, mais pas seulement. Quant à nos deux protagonistes, j'ai la prétention - c'est mal XD - de les considérer un peu à elle, un peu à moi, car ils sont très peu développés dans les romans, et je les ai vraiment forgé comme je le souhaitais, à partir du peu que je savais sur eux au départ. Voilà, bonne lecture une fois de plus.

Epilogue,

La fin des fins : Acta est fabula.

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Après la mort de son époux, Septima avait, étonnamment de son avis, vécu longtemps. Elle avait eu la chance – disait-elle – d'avoir pu assister au mariage de sa fille avec celui qu'elle surnommait, avec un sourire en coin, son gendre préféré. Partie à la retraite, elle s'était alors occupée presque exclusivement de ses deux petits enfants, Adrien et Janet. De vrais amours, disait-elle. Et puis elle avait continué à vieillir, et à l'âge de 89 ans elle avait quitté ce monde, morte à l'instar de feu son mari, de vieillesse – comme cela se dit.

Seule, elle avait ainsi gardé en mémoire l'histoire de son couple. L'amour, la vie. Ses souvenirs avaient été beaucoup de sa vie, et ils avaient vécu en son sein. Ils bouillonnaient parfois, elle en avait raconté quelques uns à sa petite fille, qui adorait que sa grand-mère lui dise des histoires. Le reste, semble-t-il, mourrait avec elle. Une grande partie du moins. Ce qu'elle n'avait pu partager ni avec sa fille – le futur, – ni avec Anthony – le passé, tout comme elle.

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Il y avait là de quoi faire un véritable tableau. Le tombeau ayant trouvé sa place sous la terre et la dalle de marbre, ne restaient plus que cinq personnes, dont deux enfants, habillées de noir, debout, devant la stèle. De loin, ils semblaient former comme une seule et même entité, serrée face à l'infinité des pierres tombales et du ciel gris au vent froid. Comme écrasés par le poids de nuages épais et poisseux, ils ne donnaient pas, vus ainsi, une impression de tristesse, mais plutôt de pesanteur. D'immobilité. A croire qu'ils étaient ancrés dans le sol, le regard rivé vers une tombe parmi tant d'autres. Vivants perdus au monde des morts, comme un petit groupe pèlerins égarés, comme Ulysse seul aux Enfers, venu interroger ces âmes grises qui se pressent, groupe compact et vague, autour de lui.

De plus près, cependant, le visage du groupe s'étiolait, les individualismes reprenaient leur place, c'était chacun et non plus tous. Et c'était la tristesse. Tous, ou presque, étaient isolés dans leurs propres pensées, et seul un thème général semblait unir ce groupe soudain hétéroclite. Le noir. Il y avait Anthony, dans le fond, le plus loin de la tombe. Il y avait Cassandra et, juste à côté d'elle, Colin, son mari. Et puis, devant eux, comme deux copies conformes (qu'ils n'étaient pas), seulement d'un sexe différent, Janet et Adrien.

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Serré dans un trois-pièce noir à la Filius, Anthony avait tout du petit papy fatigué et abattu qu'il était. Il était le seul représentant de sa génération, maintenant. Le seul qu'il connaisse. Ses deux sœurs étaient mortes, l'une d'entre elles il y avait bien longtemps. Ses amis, ses collègues : tous avaient quitté ce monde, l'un après l'autre. Filius depuis pas mal de temps, déjà, plus de quinze ans. Alors, pendant plusieurs années, il n'y avait plus eu que Septima et lui. Les vieux. Une génération – et même les générations antérieures – en deux personnes. Il ne l'avait jamais autant vue qu'après la mort de Filius, et sans doute ne l'avait-il jamais connue avant non plus.

Il savait qu'elle lui manquerait : ils avaient porté ensemble les souvenirs, évoqué un temps depuis longtemps révolu. Il était seul, désormais. Il ne pourrait plus raconter à quelqu'un qui le comprendrait. Et il ne saurait pas transmettre : Cassandra était bien trop grande maintenant, et il ne se sentait pas assez proche de ses enfants pour pouvoir leur raconter sa jeunesse, la guerre, tout cela. Et, d'abord, il ne savait pas raconter.

Cela seul aurait suffit à lui faire regretter Septima. Cependant, il la considérait comme une amie. C'était un départ douloureux et difficile. Elle était sa famille, elle aussi. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle était aussi sa sœur, avec autant de légitimité dans son cœur que Cécilia ou Célia. Etant donné l'étrange position où il se trouvait, il aurait peut être dû haïr ce qu'elle représentait : la seconde femme de l'ex-mari de sa sœur. Le genre détestable pièce rapportée. Mais il ne l'avait jamais pu : c'était une ravissante et très agréable pièce rapportée. La voir partie lui avait fait un vrai choc, et maintenant, il se sentait délaissé, laissé pour compte. Lui qui avait toujours badiné, affirmant que, malgré les deux ans qu'il avait de moins qu'elle, il passerait l'arme à gauche bien avant elle… Il ne pleurait plus, certes. Seulement, il sentait qu'il ne lui survivrait pas longtemps, et cette pensée ne l'attristait même pas : que serait-il, maintenant, qu'un vieux crouton rabougri et oublié ?

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Le petit Julien regardait, sans être sûr d'en percevoir toute l'importance, la tombe de sa grand-mère – et de son grand-père, qu'il n'avait pas connu. Il était triste. Il aimait bien sa grand-mère : pas autant que son autre mamie, c'était vrai, mais il l'aimait quand même. Elle était gentille, et un peu folle. Et puis très vieille. Elle avait toujours l'air d'être prête à dire quelque chose de très important, mais, la plupart du temps, ça n'avait aucun intérêt. Il aimait beaucoup aller la voir, mais, il fallait l'avouer, s'ennuyait vite.

Il était triste, mais moins qu'avant : pour lui, ce cercueil sous terre, ça n'était pas vraiment sa mamie, et il ne retrouvait pas la sensation qu'il avait eu en comprenant qu'elle ne parlerait et ne bougerait plus jamais. Il avait beaucoup pleuré, alors. Serré dans les bras de sa maman qui tentait de la réconforter… il en avait un peu honte, d'ailleurs, un grand garçon ne pleure pas. Sa mère lui avait dit que c'était normal de pleurer lorsque l'on perd un être cher, mais il n'était pas sûr d'être d'accord, même si cela l'arrangeait bien. Quoiqu'il en soit, maintenant c'était passé, et il n'avait envie de pleurer que parce que, serrée dans les bras de son père, Cassandra, elle, sanglotait abondamment. Sa maman était triste : il avait du mal à imaginer ce que cela pouvait être, de ne plus avoir sa mère. C'était peut être la raison pour laquelle il aurait voulu pouvoir faire revivre sa grand-mère Septima. Pour redonner le sourire à sa propre mère.

Il ne l'avouerait jamais à personne, mais il s'ennuyait. Il faisait froid, et il avait très envie de rentrer au chaud, chez lui. Si seulement… il était hors de question de poser cette question-là, il le savait. Alors il se taisait, les mains fermement enfoncées dans ses poches, attendant aussi patiemment que possible que quelqu'un donnât le signal du départ.

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A côté de lui sa sœur, au contraire, paraissait défaite – mis à part quelques étranges sourires. De trois ans plus âgée que son frère, et bien plus proche de Septima, elle avait à la fois plus conscience, et se sentait plus triste. Très vite, on lui avait dit qu'elle ressemblait à sa grand-mère : vous avez le même nez, et les mêmes yeux. Et les mêmes manières de dire des bêtises au mauvais moment, complétait la vielle femme avec un sourire en coin.

Elle avait l'impression que la complicité qu'elle avait eue avec sa grand-mère lui manquerait toujours et, déjà, à 12 ans, elle avait décidé qu'elle serait une mamie comme celle qu'elle venait de perdre pour ses propres petits enfants. Une mamie qui racontait des histoires plus ou moins abracadabrantes, et qui de temps en temps parlait de sa jeunesse – ce qui, de l'avis de la jeune fille, était à mourir de rire. Une mamie avec des secrets et des petits cadeaux, une mamie généreuse et drôle, et puis qui lui apprenait des petites choses dont elle était ensuite très fière. Une mamie qui avait su s'adapter à elle : elle n'était plus une petite fille, maintenant, mais elle était restée proche de sa grand-mère. Et ce contact lui manquerait. C'était à elle qu'elle avait parlé de son premier amour, à elle qu'elle racontait les peines et les petits ou les gros chagrins de sa vie d'apprentie adolescente et elle ne voyait pas à qui d'autre elle pourrait les raconter maintenant. Son autre grand-mère ne comprendrait pas, à son avis du moins. Et il était hors de question de parler de cela à sa mère, ça semblait inconcevable.

Alors, l'idée de ne plus jamais la revoir… Elle n'avait jamais connu son grand-père, et les parents de son père étaient encore vivants. A vrai dire, c'était la première fois qu'un être vraiment cher périssait, et elle n'aurait jamais pu imaginer que cela se passerait ainsi. Elle était très triste, et pourtant il lui arrivait de rire. Elle pleurait, mais elle ne pleurait pas tout le temps. Et, pour le moment, elle se trouvait bizarre. Triste, oui, mais pas à en pleurer. Elle se repassait des souvenirs, et certains la faisaient sourire. Sourire qu'elle cachait, parce qu'elle savait que ça ne se faisait pas, de sourire à un enterrement et puis parce qu'elle-même n'était pas sûre d'accepter de sourire.

Elle revoyait le jour où, pour son septième anniversaire, sa grand-mère qui avait offert ce petit médaillon en forme de cœur, médaillon que l'on pouvait ouvrir et à l'intérieur duquel était gravé un 7, en lui disant que c'était sa mère qui le lui avait donné, lorsqu'elle avait eu 7 ans, pour lui porter chance. Parce que son nom venait de sept, et que sa mère était superstitieuse. 'J'espère qu'il te rendra aussi heureuse que j'ai pu l'être,' avait-elle dit. Depuis, elle ne quittait plus le bijou, même pour dormir – ce que sa mère lui reprochait amèrement. Tant pis… elle y tenait beaucoup.

Il y avait aussi ce jour où elle lui avait demandé comment était Papi. Elle était petite, à cette époque, et cette question lui avait paru très naturelle. Elle savait désormais qu'en général les adultes refusent de raconter leur passé, leurs amours : Septima le faisait, et même avec plaisir. A cette question, elle avait d'abord répondu par un grand sourire, puis elle avait serré sa petite-fille dans ses bras et l'avait posée sur ses genoux. Puis elle lui avait chuchoté, comme un secret : 'Il y a des années que personne ne m'a posé cette question tu sais…' Elle paraissait très heureuse, et Janet n'était toujours pas très sûre de savoir pourquoi. Mais ce sourire de sa mamie, il lui semblait qu'elle le revoyait, et il était de ceux qui illuminent une journée. 'Il était petit, cérémonieux, très gentil, et plein de bonté…'

Elle se souvenait de jeux, de blagues, de secrets, de bêtises. Elle était grande, elle savait que les gens mouraient, et elle savait que sa grand-mère était âgée. Pourtant, quelque part, elle lui avait paru immortelle, inamovible, à croire que jamais plus elle ne changerait : gravée dans un présent sans fin, elle était toujours la même vieille femme chérie, elle devait le rester. La réalité en était d'autant plus dure. Les épaules serrées dans son manteau noir, elle continuait à se souvenir de sa grand-mère, presque à en oublier qu'elle n'était plus.

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Il ne l'avouerait jamais, mais il n'avait pas vraiment aimé sa belle-mère. Pas qu'il l'eût détestée non plus, loin de là ! c'était une femme charmante, gentille et généreuse, et il ne voyait pas comment quiconque aurait pu la haïr. Non, il n'avait même rien à lui reprocher elle avait toujours été très correcte avec lui – plus même, elle avait accueilli avec beaucoup de joie, et il ne se souvenait pas qu'elle eût jamais montré de l'hostilité à l'égard de ce qu'il représentait, l'homme qui lui enlevait sa fille unique. Il n'avait donc aucune raison valable de ne pas l'aimer, et cela pouvait même passer pour injuste et mal venu : il le reconnaissait, et gardait pour lui ce sentiment.

C'était quelque chose de presque indescriptible : elle l'agaçait, elle n'était… c'était dur à dire, mais enfin, elle n'était pas du même monde. Ses manières de s'enflammer, de dispenser un amour étrange, tout cela lui déplaisait. Même s'il savait se tromper, il ne pouvait se détacher de la sensation que c'était exagéré, qu'elle jouait un jeu. Elle se voulait trop jeune, elle n'était peut être pas assez mature pour son grand-âge (ou du moins le vivait-il ainsi). Vraiment, pas du même monde. Il avait toujours eu le sentiment, à voir son épouse, et avec le peu qu'il savait à son sujet, qu'il se serait bien mieux entendu avec son beau-père, qu'il n'avait connu que comme professeur. Le petit homme, avec ses moustaches lisses, ses cheveux presque amidonnés, et ses costumes d'un autre temps, avait tout de l'homme cultivé et de bonne famille. Il paraissait plus sérieux que son épouse – il l'était sans l'ombre d'un doute – et il était certain qu'il se serait senti plus à l'aise avec lui. Les choses étant ce qu'elles avaient été, il avait rencontré Cassandra plutôt tard dans sa vie, et son père était déjà mort.

Ainsi, il ne s'en cachait pas, il n'appréciait pas franchement sa belle-mère. Il n'était pas insensible pourtant, et sa mort le peinait. Le fait que sa femme soit totalement effondrée devait aider, c'était vrai, mais enfin… qui se fût réjoui d'une mort ? Il ne se trouvait ni bouleversé ni vraiment malheureux, mais cela lui faisait une impression très bizarre, et il se rendait étrangement compte du vide que cela créerait, même pour lui. Quelque part, la manière qu'elle avait de l'agacer lui manquerait, chose qu'il n'aurait pas crue si on la lui avait dite. Oh, il s'en remettrait vite mais, pour le moment, il était attristé tout de même.

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Serrée aussi fort qu'elle le pouvait dans les bras de son époux, Cassandra pleurait. Il lui semblait qu'elle n'avait cessé de pleurer depuis la mort de sa mère. Elle se sentait si petite, perdue dans sa robe noire, perdue dans ses larmes, perdue dans sa tristesse, ses regrets. C'était comme une fin du monde pour elle toute seule, le poids d'une solitude étrange, l'adieu le plus déchirant qu'elle ait jamais connu. Elle se souvenait de la mort de son père… peut être était-ce l'atténuation du temps, mais il lui semblait qu'il avait été moins douloureux que cela, moins terrible. C'était indescriptible, inexprimable.

Plus sa mère, plus sa maman. Celle qui l'avait élevée, aimée, soutenue. C'était comme si son dernier guide venait de disparaître : il ne lui restait ni Minerva ni Septima, les deux femmes qui l'avaient élevée et lui avaient servies de modèle. C'était à elle maintenant de jouer ce rôle, et elle ne s'en sentait pas capable. Et puis, il y avait ce manque, qui était déjà insupportable et qui, pourtant, n'avait pas atteint son point culminant. Il y avait encore trop peu de temps mais elle savait que, bientôt, lorsqu'un événement important aurait lieu dans sa vie, elle chercherait à se tourner vers sa mère, et qu'elle n'y serait plus. Ce soutien qui lui ferait défaut finirait d'éventrer ce qui était en train de se déchirer dans son cœur. Après cela, peut être apprendrait-elle à se consoler, mais cela lui paraissait inconcevable pour le moment. Maintenant, il n'y avait que les larmes. Un adieu déchirant qui cherchait désespérément à faire revivre cet être cher.

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Alors ça s'était fini ainsi, Septima et Filius. Il ne restait plus que cette tombe commune où étaient posés l'une à côté de l'autre deux stèles funéraires.

Filius Johan Flitwick

10 mai 1937 – 12 août 2020

Reposes en paix.

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Septima Helen Flitwick, née Vector

10 avril 1948 – 11 janvier 2038

On te regrettera.

Ils s'étaient connus et aimés. Ils avaient construit une famille, une vie, un peu comme un monde dans le monde. Un monde en rose, un monde gai. Un monde triste aussi, parce que la vie fini toujours mal quelque part : comme une tragédie où, malgré le bonheur, on marche vers l'inévitable. Un amour couleur rose tragédie. Alors l'histoire se finit, la place est laissée aux autres, et le rideau tombe. Acta est fabula.