Chapitre 4 : Quelques réponses/ A few answers
J'étais abasourdie. Qu'allais-je faire de ces visions ? Soudain, elles m'effrayèrent profondément, et ce sentiment se mêla avec celui de cette force incroyable, telle que je l'avais ressentie plus tôt en me rendant à La Push. Je me sentais perdue. Comment agir correctement ? On m'expliquait que je détenais la vérité, sans pour autant être capable de déterminer avec précision où elle se trouvait. C'était formidable, et incommensurablement dangereux. Comment vivrait un être humain qui aurait accès à la vérité des choses, à son avenir, à son destin ? Devrait-il essayer de modifier ses actions pour suivre la bonne route ?
Quelque part, c'était ce que j'avais déjà fait instinctivement. Et si je me trompais dans ce que je considérais comme étant vrai ?
« Carlisle, repris-je, et ma voix était à la fois accablée et pleine de détermination, il faut m'aider… à démêler le vrai du faux. Sinon… je vais devenir dingue.
_ Oui, oui, je comprends, répondit-il avec une certaine inquiétude. Les manifestations surnaturelles incontrôlables et obscures sont toujours tellement déstabilisantes… Essayons de faire la part des choses et de décrypter, mais pour cette seconde étape, il faudra que tu m'aides, tu es la seule à pouvoir trouver les explications et les solutions. Et encore faut-il… que tu le veuilles vraiment… »
Il avait appuyé ses derniers mots et je compris alors que j'allais fatalement me retrouver face à moi-même, alors que je ne l'avais jamais souhaité. Je l'avais toujours évité, je n'étais pas prête, ce n'était sans doute pas nécessaire en plus. Le ton de Carlisle m'avait laissé entendre que l'expérience n'était jamais plaisante, et il avait certainement eu l'occasion de le constater à plusieurs reprises. J'étais trop jeune pour avoir à faire le tour de moi-même, je voulais encore pouvoir agir sans me poser de questions. Mais je n'avais sans doute plus le choix. Il fallait grandir.
Je hochai le tête en signe d'approbation.
« Bien, fit-il, alors je vais simplement t'indiquer, pour commencer, les éléments réels dont j'ai connaissance et ceux qui ne le sont pas selon moi. Mais…, il hésita encore, je peux me tromper car… je ne sais pas tout.
_ Je vous écoute.
_ Si je reprends ce que tu nous a raconté (il classait et disposait ses feuilles de notes devant lui), tu as découvert l'existence de nombreux vampires. J'en connais certains et ils ressemblent exactement à la description que tu en as faite. Le clan de Tanya, d'abord, Eleazar et sa compagne, Siobhan, Liam, Maggie, ainsi qu'Alistair. J'ai ensuite pu rencontrer les trois Amazones dont tu as parlé, mais leur attitude est bien plus sauvage que celle qu'elles ont pu avoir dans ton rêve… Enfin, Amun, Kebi et Tia, sont de vieilles connaissances, mais là encore, je n'ai jamais entendu parler de Benjamin. Peut-être n'existe-t-il pas du tout ou bien ne les a-t-il pas encore rejoints... Tia est la seconde compagne d'Amun, pour le moment.
_ Concernant les nomades et les Roumains, on ne peut pas savoir, de toute façon.
_ Non, par contre… j'aurais tendance à être assez catégorique concernant Benjamin… Vois-tu, Bella, les dons des vampires sont exclusivement mentaux. Ils peuvent pénétrer les esprits, créer des illusions, mais je n'en ai jamais rencontré qui ait un pouvoir physique, une influence directe sur les éléments. J'en suis venu à penser qu'il est dans notre nature de ne pouvoir intervenir que sur l'esprit, qu'il soit celui des humains ou des vampires.
_ C'est dommage, fis-je avec un sourire, Benjamin était un personnage très sympathique.
_ Tu as peut-être fait un transfert, proposa Carlisle, c'est très fréquent dans les rêves. Y a-t-il quelqu'un que tu connaisses dont la personnalité se rapprocherait de celle de ce vampire ?
_ Je ne sais pas trop… Il avait la simplicité et le naturel de Jacob, quelque part, mais… il était vraiment très différent. »
Carlisle acquiesça. Il ne pouvait pas m'en dire davantage sur ce point. Il reprit ensuite :
« Tu seras sans doute également triste d'apprendre que l'île d'Esmé de ton rêve n'existe pas non plus. Ou pas encore..., ajouta-t-il dans un sourire, car l'idée est très belle et elle m'a donné envie de faire une surprise à ma charmante épouse !
A propos des enfants-vampires, maintenant…, poursuivit-il avec une soudaine gravité, tu as été on ne peut plus exacte. Les choses se sont produites telles que tu les as racontées. Ils ont été une abomination et les Volturi veillent à ce qu'aucun ne soit plus créé. Par contre, Bella…, -son regard alla se poser sur Edward avec beaucoup de tendresse et je compris à quel point Carlisle était attaché au bien-être de son fils-, il n'y a jamais eu, dans toute l'histoire des vampires, d'enfant hybride né d'une union avec une mortelle. Nous n'enfantons pas. Pas comme les humains, du moins.
_ Edward m'a dit… je… »
J'étais extrêmement gênée. J'avais espéré que Carlisle ne reviendrait pas sur ce point, mais, apparemment, je n'y couperais pas.
« Que sais-tu au juste, Bella, de la sensualité des vampires ? »
La question de Carlisle, claire et directe, posée d'un ton égal et doux, me laissa interloquée et je rougis des orteils aux cheveux.
« Je suis positivement ravi que vous ayez envisagé de vous unir, enchaîna-t-il pour apaiser mon trouble. Je connais la personnalité d'Edward, l'intensité de son amour pour toi, sa remarquable capacité à se contrôler… je sais aussi qu'il n'est peut-être pas très délicat de ma part de dire ces choses-là… mais je sens que tu as… et qu'Edward a aussi besoin de les entendre. »
Il avait raison. Malgré mon malaise, j'avais besoin de savoir. Edward n'avait jamais été vraiment précis à ce sujet. Son père reprit :
« Etre vampire, Bella, c'est être autre chose. Quelque chose de vraiment différent d'un être humain. Lorsqu'on renaît vampire, on change profondément de nature. Les désirs et les plaisirs, la façon d'envisager l'existence, tout change radicalement. Ce que je vais te dire ne va sans doute pas te plaire mais tu dois savoir que pour un vampire, le plus grand plaisir est celui de boire le sang d'un être vivant. Surtout s'il s'agit d'un être humain… Et sans doute encore davantage, j'imagine, si le sang de cet être humain l'attire de cette manière si rare, spéciale et inexplicable… comme ton sang attire Edward. »
Je me mis à trembler un peu, sans m'en rendre compte, et Edward passa son bras autour de mes épaules en me caressant le bras. Il avait l'air triste, on aurait dit qu'il cherchait à se faire pardonner quelque chose. Cette attitude me bouleversa.
« Pour nous, continua Carlisle avec un soupir qui ressemblait fort à l'expression d'un regret, il n'y a pas plus excitant, plus… apaisant. C'est vraiment difficile à exprimer correctement. Et je dois dire que la seule comparaison que je peux faire, Bella, est celle du plaisir que les êtres humains peuvent éprouver, parfois, à faire l'amour. C'est le même abandon, le même… besoin. Les vampires n'éprouvent pas du tout les mêmes sensations en faisant l'amour. Le plaisir est très intense, peut-être même plus que celui qu'éprouvent les humains –mais ça, après tout, je ne pourrai jamais en être bien sûr étant donné que c'est à chaque fois tellement spécial quand on est humain-, cependant il est très différent. Il ne répond pas à cette sensation de besoin animal dont l'assouvissement a quelque chose de presque magique. On perd ce besoin-là en devenant vampire, Bella, et je me permets de dire ça d'après mon expérience. Par contre, l'attraction du sang est la plus forte. Une relation physique, sexuelle, entre mortel et vampire est parfaitement inenvisageable… si l'on veut préserver la vie de l'être humain, en tout cas. Je me doute que tu ne comprends peut-être pas tout à fait ce que je peux vouloir dire… »
En fait, je comprenais très bien. Quelque chose au fond de moi avait compris depuis longtemps, mais avait toujours souhaité refouler les conséquences de cette vérité, les enfouir profondément, et les oublier jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Edward avait pris sa tête dans ses mains et, à nouveau, je ressentais son désespoir qui me cisaillait le cœur et l'âme. Je ne voulais pas qu'il souffre. Je voulais simplement que nous nous aimions, que nous restions ensemble pour toujours. Cela était-il si difficile ?
« Enfin, Bella, dit Carlisle, et le ton de sa voix, chargée d'émotion, se voulait persuasif, je me sens obligé de te dire (et pardonne-moi d'être un peu dur), puisqu'Edward ne l'a pas fait, puisqu'il n'a pas pu –et je sais qu'il en souffre beaucoup- qu'on perd beaucoup à devenir vampire tant qu'on n'a pas vécu assez de sa vie d'humain. Rosalie en fait la triste expérience et c'est vraiment dur pour elle. A première vue, on gagne l'immortalité, une force et une beauté phénoménales… mais il y a le revers de la médaille ; sans parler de l'évidence : on devient, par essence, un tueur. Tu as dix-huit ans, Bella, tu n'as fait aucune expérience, tu ne sais rien ou pas grand chose, tu n'as rien vécu de ta vie et tu t'apprêtes à l'abandonner. Certes, tu veux le faire par amour, le geste est admirable mais… il entraînera inévitablement, à long terme, des regrets et, pour celui qui t'aura créée, puisqu'il t'aime, d'éternels remords.
_ Je n'ai pas besoin de vivre davantage, me défendis-je, Edward a été changé très jeune, lui aussi…
_ Edward serait mort très jeune, si je n'en avais pas fait un vampire, insista son père. A l'époque, la vie était aussi très différente. Edward avait déjà connu beaucoup de choses… Tu as été préservée, Bella, c'est une chance, mais il te manque… énormément.
Ton rêve nous dit assez clairement que tu as certaines préoccupations, tout à fait normales et naturelles, qu'il faut considérer avec respect. Il y a beaucoup d'enfants, dans ce rêve, Bella. Qu'en penses-tu ? »
A cet instant, je sursautai, car on venait de frapper à la porte quelques petites coups secs et précipités.
Carlisle allait se lever mais la porte s'ouvrit d'elle-même. Alice se tenait dans l'embrasure, elle trépignait.
« Je suis absolument désolée de vous interrompre, dit-elle à toute vitesse, mais je désire instamment parler à mon frère. »
Son expression tendue, presque affolée sous son calme marmoréen de façade, me fit comprendre qu'elle avait peut-être eu une vision. Je pensai immédiatement aux Volturi. M'avaient-ils condamnée à mort comme mon rêve me l'avait en quelque sorte prédit ? Edward avait d'abord hésité, puis il avait sans doute perçu l'urgence dans l'esprit d'Alice et il se leva d'un bond. J'esquissai un geste.
« Ne te dérange pas, Bella, reprit Alice un peu précipitamment et je perçus une certaine gêne dans son expression qu'elle voulait pourtant la plus neutre possible, je souhaite parler à Edward, en privé. Cela ne prendra qu'une minute. »
Alice ne savait pas mentir. Elle avait pourtant été la plus délicate possible. Je ressentis alors l'embarras de celui qui est ostensiblement exclu d'un débat important et je regrettai d'avoir cherché à éviter la discussion avec elle à propos du mariage au début de l'après-midi. Elle m'en voulait sûrement.
« Ne t'en fais pas, me rassura Edward, ce n'est rien. Je reviens immédiatement. Continue cette conversation avec Carlisle. »
Je me renfonçai dans le grand fauteuil. La présence d'Edward me manqua instantanément car je m'y trouvai soudain avec trop d'espace et j'eus l'impression d'être toute petite. Rester seule avec Carlisle me dérangeait un peu aussi. Son regard interrogateur restait posé sur moi. Fallait-il vraiment que je réponde ? Comme je regardais fixement le sol en me demandant comment formuler une réponse cohérente à sa dernière question, il intervint avec beaucoup de douceur :
« Bella, as-tu jamais pensé que tu souhaiterais, dans quelque temps, avoir des enfants ?
_ J'aime Edward, répondis-je avec toute la sincérité dont j'étais capable. Je ne désire pas autre chose qu'être avec lui. Si nous voulons des enfants, plus tard, nous en adopterons, comme vous et Esmé.
_ Ce n'est pas vraiment la même chose, fit-il en secouant la tête. En tant que médecin, je le vois tous les jours, j'assiste à ce miracle en permanence : l'amour d'un père, d'une mère qui a porté son enfant… c'est irremplaçable. Dans notre famille, personne n'a eu le bonheur de devenir père ou mère dans sa vie de mortel. Nous vivons ce manque, chacun différemment. Pour Esmé et Rosalie, la douleur est toujours présente. As-tu bien réfléchi à cela, Bella. Tes parents sont encore en vie, également, et tu es leur enfant unique… »
Les paroles du médecin me plantèrent des lames invisibles à travers le corps. Pourquoi m'était-il si difficile d'entendre cela ? Je pensai à Renée et à Charlie. Je savais bien que, dans quelques années, quand la vie aurait un peu passé, ils attendraient impatiemment l'arrivée de petits-enfants dans lesquels ils chercheraient à reconnaître la couleur de leurs yeux, leurs cheveux, leurs traits de caractère. Comme tous les parents. Que serais-je alors ? Où serais-je ?
« Il est important, quand on est humain et mortel, de laisser un peu de soi dans le monde avant de le quitter définitivement. De participer à la vie. »
Cette dernière remarque me frappa, car ce désir-là, je l'avais déjà éprouvé, récemment. Laisser une trace… Bon sang ! Ma vie n'était-elle pas assez compliquée ?
« Carlisle, répondis-je, il va me falloir un peu de temps pour réfléchir à tout cela.
_ Bien sûr, acquiesça-t-il dans un sourire.
_ Je voudrais rejoindre Edward, maintenant, je crois vous avoir assez ennuyé pour aujourd'hui.
_ Je comprends. Mais je souhaiterais que nous puissions reparler une prochaine fois de certains détails très intéressants de ton rêve, Bella. Le fait que tu te sois perçue comme un bouclier et le ressenti que tu en as eu m'intriguent beaucoup, par exemple. Ainsi que ce que tu as dit à propos des Quileutes qui ne seraient pas de vrais loups-garous. Cela me semble très juste.
_ Une dernière chose, Carlisle, demandai-je en me levant, est-il possible que ce genre de rêve se reproduise encore ?
_ Je ne sais pas. Je suppose que oui, mais il se peut aussi que cela n'arrive jamais plus. Cela t'inquiète ?
_ Un peu, c'est une sensation bizarre, comme de se retrouver face à une porte dont on n'a pas la clé.
_ Oui, mais on peut toujours crocheter la serrure… » Il rit, et je l'imitai de bon cœur.
« Si je… quand je deviendrai vampire, ce phénomène ne sera par contre plus possible, n'est-ce pas ?
_ Nous ne dormons pas, Bella. Alors, rêver… Mais, va savoir, comme je te l'ai dit, je n'ai pas toutes les réponses. La nature vampirique est différente selon les aptitudes personnelles de chacun.
_ Merci, Carlisle. »
Je sortis du bureau, préoccupée par la teneur de la vision que devait avoir eue Alice. Où étaient-ils ? J'arrivais en bas de l'escalier qui menait à la chambre d'Edward quand je l'entendis crier d'une voix qu'il cherchait cependant à étouffer :
« Non, non, Alice. Tu ne diras ni ne feras rien. Tu n'as aucune idée de ce que c'est que d'être humaine.
_ Mais enfin, Edward, répondit Alice de son timbre charmant bien que clairement énervé, tu dois réagir !
_ J'irai le voir. Nous parlerons. Mais si cela doit se passer comme cela, eh bien… je l'accepterai. Pour notre futur bonheur à tous deux.
_ C'est insupportable ! Comment peux-tu… ? Je ne tolèrerai pas de te savoir souffrir.
_ Tu le tolèreras, Alice, si tu m'aimes. Je te supplie… d'oublier tout ça.
_ Oh ! »
Alice semblait outrée. Je n'arrivais pas à comprendre de quoi ils parlaient. Avait-elle découvert la promesse que j'avais faite à Jacob ? Les visions d'Alice ne se produisaient pourtant que lorsqu'une personne avait fait clairement son choix, arrêté sa décision de manière définitive. Je n'avais aucune certitude concernant mon mariage, et même de moins en moins. Alors ? Qu'avait-elle vu ? Je ne savais pas si je devais me manifester. Ils allaient percevoir ma présence très rapidement, de toute façon. Ma respiration, les battements de mon cœur, mon odeur, tout leur indiquerait que je n'étais pas loin. Si Edward avait pu capter mes pensées, il l'aurait su tout de suite.
« Edward, appelai-je alors, où êtes-vous ? »
Un bruit mat me parvint, comme d'un coup de pied donné à un meuble.
« Là, Bella, monte ! »
Je ne me fis pas prier davantage. Je trouvai Edward assis, Alice debout qui lui faisait face. A mon entrée, j'eus l'impression qu'elle me dévisagea avec une sorte de colère retenue qui se teignit immédiatement de tristesse. A moins que ce ne fût de la déception ? Du dégoût ? Je ne savais plus où me mettre.
« Tu… tu as vu quelque chose… à propos des Volturi ?, me forçai-je à demander.
_ Non, sois tranquille, répliqua-t-elle avec beaucoup de détachement alors que le regard pesant d'Edward se posait sur elle, pas de Volturi. C'est… votre mariage…
_ Ah ?, fis-je soudain embarrassée.
_ Tu… tu ne souhaites pas que je l'organise… comme j'aurais aimé le faire.
_ Tu m'en veux ?
_ Non… non… je choisis quand même ta robe. »
Sur ce, elle virevolta et sortit de la pièce, plus rapide qu'un courant d'air.
J'étais désemparée.
« Que se passe-t-il, Edward ? J'ai loupé quelque chose ? Je n'ai rien fait, que je sache…
_ Ne t'occupe pas d'Alice, me répondit-il en me tendant la main pour m'attirer à lui.
_ Je vois bien qu'elle est en colère.
_ Alice ne réagit pas comme elle devrait, reprit-il. Elle ne peut pas te comprendre, elle n'a aucun souvenir de sa nature humaine… Cela lui passera, avec le temps. »
Je m'assis près de lui. Il s'était recomposé un visage totalement inexpressif, mais le regard qu'il me lança me transperça le cœur comme une dague.
« Mais qu'est-ce que… ? »
Je ne pus finir ma phrase. Edward se jeta sur moi et m'embrassa, comme il ne l'avait jamais fait.
