Chapitre 6 : L'enfer/ Hell

A partir de ce jour, ma vie se changea en un véritable enfer. Edward était à nouveau redevenu plus adorable que jamais, plus meurtri que jamais. Il ne savait que faire pour effacer le souvenir de cette journée dans la clairière. Mais j'avais compris son désir et, plus clairement que jamais, j'en avais ressenti la violence, la noirceur, l'issue fatale. J'avais eu peur. J'avais ressenti cette peur dans chaque atome de mon corps et de mon esprit. Il faudrait que j'y fasse face, pourtant. Mais je n'étais pas prête, pas encore. J'étais effroyablement malheureuse. Chaque nuit, pendant la semaine qui suivit, je revoyais en rêve cette scène. Un vrai cauchemar qui se répétait et se déformait à chaque fois. Je courais sans avancer, affolée, blessée, et une force immense me jetait à terre, écrasant mon visage dans la poussière. Je ressentais la douleur d'être déchiquetée. Et je voyais mon sang, ma vie qui se répandait hors de moi.
Edward ne voulait plus me quitter une seconde et lorsque, la nuit, je m'éveillais de mon cauchemar je le voyais, les yeux noirs, rongé par l'impuissance et la culpabilité. Nous passions tout notre temps ensemble, chez Charlie ou chez les Cullen, mais ses humeurs étaient extrêmement changeantes. Contrairement à son habitude, il lui arrivait d'être en colère ou acide, et je le supportais difficilement. Alors, il était soudain doux, réconfortant, et puis encore possessif, jaloux, passionné, exalté. Il n'était toujours pas retourné chasser, malgré mes suppliques. Je tentais de le persuader qu'il serait apaisé ensuite, mais il ne cessait de me répéter qu'il ne voulait pas me laisser. Y avait-il un danger plus grand que lui-même pour moi à ce moment-là ? J'avais le sentiment de glisser lentement mais irrémédiablement dans la folie, je ne pouvais plus me raccrocher à rien de sain et d'apaisant. Les nuits étaient chaudes, et souvent je m'asseyais sur le rebord de la fenêtre de ma chambre en me demandant s'il n'aurait tout bonnement pas mieux valu que je disparaisse. Pour cesser notre torture à tous deux. Notre torture à tous. Cette idée, Edward ne l'entendait pas.
Il faudrait crever l'abcès, d'une manière ou d'une autre.
Je repensais à Jacob ces soirs-là aussi. Je ne l'avais pas revu depuis plusieurs jours, autant dire une éternité. Il me manquait cruellement. Son rire, son naturel positif, sa sérénité.
Un soir, Charlie m'annonça que Billy viendrait plus tard dans la soirée pour regarder un match chez nous. Il me rappela également que le week-end qui arrivait était celui de ses « petites vacances ». Je reçus la nouvelle comme une bouffée d'oxygène. J'irais prendre l'air avec Charlie et j'espérais qu'Edward en profiterait pour aller enfin étancher sa soif. Je ne resterais probablement pas avec eux car la présence d'Edward, même si le respect s'était instauré depuis l'alliance des loups et des vampires contre les nouveaux-nés de Victoria, dérangeait tout de même un peu l'Indien.
Vers 20h, j'étais dans ma chambre à attendre qu'Edward vienne me chercher pour m'emmener passer la soirée chez lui, quand j'entendis arriver la voiture qui devait amener Billy chez nous. Je m'approchai de la fenêtre et vis Jake qui dépliait le fauteuil de son père et l'installait dessus avant de le confier à Charlie qui était sorti pour les accueillir. Mon cœur bondit dans ma poitrine et j'eus envie de descendre en courant le saluer et discuter un peu avec lui. A ce moment, comme il remontait dans sa voiture, il leva les yeux vers moi. Il esquissa un sourire, puis un signe de la main qui était un salut mais qui aurait tout aussi bien pu vouloir dire « OK, te dérange pas, reste là où tu es, je m'en vais de toute façon ». Je répondis à son geste, aussi amicalement que je le pus, mais je devais avoir un visage totalement décomposé car Jake me fixa un moment. J'avais toujours tellement de plaisir à regarder son beau visage brun encadré de ses cheveux si noirs. J'avais presque oublié comme ses yeux étirés vers ses pommettes étaient vraiment semblables à ceux d'un loup. Jacob avait un regard extrêmement impressionnant.
Je me reculai soudain pour disparaître à sa vue et je l'entendis claquer la portière. Il ne démarra pas tout de suite pour autant et je perçus alors le bruit d'un autre moteur, que je connaissais bien. Edward arrivait. La seconde voiture s'arrêta devant chez nous. Aussitôt, j'entendis Jacob mettre le contact. Il préférait éviter Edward, vraisemblablement. Je revins vers la fenêtre. Comme la voiture de Jacob reculait pour partir, je vis Edward s'en approcher. Sa main se posa sur la portière et j'entendis les pneus crisser. Avait-il retenu la voiture ? Furieux, Jacob lui lança un regard noir avant de baisser la vitre. Edward se pencha un peu en avant. Il adressa quelques mots dont je ne pouvais rien percevoir à l'Indien, et lorsqu'il se recula, je vis que le visage de Jacob exprimait un grand trouble. Puis sa voiture repartit en arrière et disparut au bout de la rue. Edward m'aperçut et me fit signe de le rejoindre.

« Tu as parlé à Jacob ?, demandai-je d'un ton qui tentait de ne pas être inquisiteur alors qu'Edward nous conduisait chez lui.
_ Oh, oui, pour dire bonjour, être poli. Je ne l'avais pas vu depuis un moment. Il a l'air d'aller très bien. »
Edward se moquait décidément de moi.
« C'est pour être poli que tu as retenu sa voiture ?
_ Décidément, rien ne t'échappe… J'aime bien lui montrer… que je suis le plus fort.
_ Ah ? »
Cette dernière remarque me cloua le bec.
Cependant, alors que nous nous arrêtions devant la villa, il reprit comme si notre conversation n'avait pas cessé :
« Et toi, cela fait un moment que tu l'as pas vu aussi, tu devrais peut-être retourner un peu à La Push… il ne te manque pas ? »
Je ne savais pas si cette question était aussi simple qu'elle en avait l'air.
_ Non, mentis-je, et puis j'ai parlé à Jacob quand il était entrain de se remettre, j'ai bien vu qu'il allait bien, cela me suffit…
_ Et de quoi aviez-vous parlé au fait ? »
C'était bien le moment de demander ! Comme si j'allais pourvoir expliquer ça en deux mots…
_ De… plusieurs choses… je…
_ J'ai toujours… du mal… à vous imaginer ensemble tous les deux, Bella, tu sais… »
Edward avait attrapé mon bras et son regard en disait long. Décidément, ce n'était pas le moment de lui avouer la promesse que j'avais faite à Jake. Ce n'était jamais le moment, ces temps-ci.
Nous pénétrâmes dans le salon, tout était étrangement silencieux et obscur.
« Il n'y a personne ?, demandai-je.
_ Non, Esmé, Carlisle, Rosalie et Emmett sont sortis pour la soirée. Ils ont eu envie de faire un tour en ville. Ils reviendront un peu plus tard.
_ Ah… »
Pourquoi, soudain, me sentis-je aussi peu rassurée ?
« Oh, je dois te dire… Charlie m'a rappelé tout à l'heure qu'il comptait sur moi après-demain : il a pris trois jours de congé et il voudrait que nous allions camper un peu ensemble. Il y tient vraiment… et moi aussi, m'excusais-je presque.
_ C'est sans doute une bonne idée, répondit-il un peu tristement. Tu n'as pas l'air très… en forme en ce moment. Ma compagnie ne te vaut rien. Tu sais… j'ai bien conscience d'être exécrable. J'en profiterai pour aller… chasser, de mon côté. Carlisle a insisté aujourd'hui… »
Ainsi je n'étais pas la seule à avoir remarqué combien Edward était à bout.
« Bien, fis-je un peu plus détendue. Que faisons-nous ?
_ Que veux-tu faire ?... Il fait si chaud… Veux-tu aller marcher un peu ?
_ Pourquoi pas. »
Nous quittâmes la villa par la terrasse qui donnait sur un sentier s'enfonçant dans la forêt. La nuit était claire. Marcher était une bonne chose, rester active me permettait de ne pas trop réfléchir. Le chemin descendait, serpentait. Nous ne parlions pas. Je respirais l'odeur vive de la mousse et de la terre humide. Je percevais le craquement des petits cailloux sous mes pas. C'est alors que je remarquai que je n'entendais absolument pas Edward. Pourtant, il marchait juste derrière moi, mais il ne produisait aucun bruit et son déplacement était totalement silencieux. Je me retournai, son ombre se découpait dans la pâle lueur nocturne. Il me regardait, il avait l'air captivé.
« Qu'y a-t-il ?, demandai-je.
_ Rentrons, veux-tu, répondit-il un peu brusquement, je ne me sens pas très bien.
_ Que se passe-t-il ?
_ C'est… l'ambiance. Le murmure de la forêt, en cette saison où tout s'agite et frémit en permanence, et puis… je suis dans ton sillage. »
Je lui pris la main et nous fîmes demi-tour.
« Viens, dit-il en arrivant sur la terrasse, je vais essayer quelque chose de plus… civilisé. »
Il m'entraîna à l'étage, sans allumer aucune lumière pourtant. Arrivés dans sa chambre, il ouvrit en grand une des baies vitrées et gratta une allumette. Une ribambelle de petites bougies s'illuminèrent les unes après les autres le long d'une fine étagère qui courait sur le mur.
« Oh, c'est très joli !, m'exclamai-je. »
Edward mit un CD dans le lecteur. C'était un album des années cinquante. Une voix reconnaissable, entre toutes, de femme noire au bord du précipice. La musique emplit l'espace.
Je m'assis sur le lit, Edward se tenait près de la fenêtre. Pourquoi étions-nous si mal à l'aise ? Comme si nous ne nous connaissions pas et que notre présence en ce lieu, si intime et romantique était une erreur.
Au bout d'un moment, Edward s'approcha de moi.
« J'ai beaucoup réfléchi, dit-il en posant sa main fraîche sur ma nuque. Et je me suis dit que… peut-être, ton rêve… était bien une sorte de guide.
_ Que veux-tu dire ?
_ Et si ce que tu as vu était… envisageable ? Si Carlisle… se trompait ?
_ A quel sujet ? »
Je ne savais que trop ce qu'il voulait dire.
« Si j'étais capable… je me connais. Carlisle ne sait pas tout, il le dit lui-même. Tu serais satisfaite n'est-ce pas ?
_ Je suis satisfaite, Edward.
_ Tu ne pourras jamais me faire croire ça, Bella, souffla-t-il en secouant piteusement la tête. Tu dépéris à vue d'œil comme une fleur sans eau. Je suis convaincu que tu m'aimes, mais j'ai si peur… si peur de te perdre.
_ Pourquoi crois-tu que tu vas me perdre ? »
Il prit sa tête entre ses mains. Je l'avais trop vu faire ce geste ces derniers temps. Il me donnait l'impression de lutter contre lui-même, comme s'il devait prendre une abominable décision et ne pouvait s'y résoudre.
« Et si… je ne t'attire plus une fois que tu seras devenue vampire, Bella ? (je voulus protester mais il m'en empêcha) Tu ne seras plus sous mon emprise comme tu l'es, sans t'en apercevoir, en étant humaine. Je ne t'intéresserai plus, peut-être. Tu auras perdu la vie… pour rien.
_ Et que se passera-t-il, demandai-je à mon tour -et je me rendis compte combien cette question m'avait longtemps pesée-, si je ne t'attire plus moi-même une fois que tu auras bu de mon sang ? Une fois qu'il sera devenu froid dans mon nouveau corps de statue parfaite, une fois que l'alchimie qui nous lie aura disparu ? Quand le venin aura fait son effet… je ne serai plus cette peau chaude, ce liquide qui court dans mes veines et chante pour toi comme l'a dit Aro… Rencontreras-tu une autre humaine qui t'ensorcellera de la même manière ?
_ Et toi, Bella, rencontreras-tu un humain qui te ravira à moi irrépressiblement ?
_ Je suis convaincue que je t'aimerai toujours, Edward. C'est toi que j'aime, pas ce que tu es. Je t'aurais aimé si tu avais été humain.
_ Nous ne nous serions jamais rencontrés, si j'avais vécu ma vie d'humain, Bella. Je ne sais pas si je dois remercier le sort ou le maudire pour cela.
_ Je crois… que les choses sont comme elles doivent être.
_ Carlisle dit que ce qui nous arrive est vraiment très rare, que l'amour subsiste, après… différemment.
_ Différemment ?
_ Oui. »
Je comprenais que notre passion était telle parce que nos natures ne pouvaient pas, ne devaient pas s'accorder. Et que nous les forcions, pourtant, depuis des mois. Depuis des mois, nous allions contre la nature. Nous foncions à la catastrophe, mais le miracle était permanent.
« Cela n'aurait pas été plus difficile si tu avais été un Montaigu et moi une Capulet, dis-je dans un soupir.
_ Cela aurait été plus simple !, s'exclama Edward. Eux, au moins, ont pu s'aimer… entièrement. »

Nous restâmes silencieux quelques longues minutes, considérant le malheur de notre amour qu'emportaient les notes de la voix merveilleuse égrainant sa mélodie. Une main invisible serrait mon estomac et s'étendait progressivement dans ma gorge. Je posai ma tête contre l'épaule d'Edward. Oh, j'aurais tant voulu pouvoir déposer ce poids que je portais, que je traînais partout avec moi depuis si longtemps ! Edward étendit le bras et me serra contre lui. Il sentait merveilleusement bon. Il était si tendre, si délicat. Sa souffrance me le rendait si proche ! Imperceptiblement, sa main descendit dans mon dos et son visage s'approcha du mien. Il m'embrassa, désespérément. Il fallait que nous puissions nous aimer comme nous étions : moi, une humaine, lui, un vampire, et peu importait ce qu'il adviendrait.
Sa main caressait mon épaule, la bretelle de mon débardeur glissa. Il embrassa mon cou. Il me touchait du bout des doigts, comme s'il essayait de ne pas me blesser. Je pris sa tête dans mes mains, mes doigts dans ses cheveux. Il m'allongea. Sa main fit glisser la fermeture éclair de mon jean, remonta sur ma taille, je suffoquais. Il en fallait peu, dès qu'Edward commençait à me toucher pour que je perde la tête. Je remontai son t-shirt, passai mes mains sur sa poitrine, une de mes jambes se replia sur sa taille. Sa main descendit entre mes cuisses, alors que sa bouche embrassait mon cou et mon épaule. Mon sang se mit à bouillir et je sentis qu'Edward réagissait.
Une de ses mains, qui tenait mon bras se serra soudain comme un étau. Il posa sa bouche sur la mienne, m'embrassant avidement et je me mis à flamber littéralement. Soudain, son autre main saisit ma cheville et il s'écarta violemment de moi, plongeant son visage dans l'oreiller qu'il mordit à pleine bouche en poussant un râle affreux et bestial. Je hurlai également car je venais de ressentir une horrible douleur au bas de ma jambe. Il tenait toujours ma cheville et j'eus l'impression qu'elle devait avoir été broyée.
Je gémis de plus belle, me cambrant. Il revint à lui et me lâcha, effrayé.
« Bella, Bella, dis-moi ce que tu as !
_ Ma… cheville… ! »
La lumière fut allumée, je le sentis soulever ma jambe mais je ne supportais pas d'être touchée. J'essayai de me calmer, cependant.
« Je vais chercher de la glace », dit-il.
Je me relevai peu à peu, craignant de constater les dégâts. Heureusement, mon pied avait l'air d'être toujours attaché à ma jambe. A ce moment, je ressentis également une douleur au bras : l'empreinte des cinq doigts de la main d'Edward s'y voyait très nettement, légèrement violacée.
Derrière moi, l'oreiller éventré avait répandu un nuage de plumes. Cette image-là, je l'avais déjà vue dans mon rêve clairvoyant, mais les circonstances étaient tellement différentes !
Il revint avec la poche de glace. En apercevant la trace de sa main sur mon bras, il eut une grimace écoeurée.
« Je suis vraiment un monstre », siffla-t-il.
Je ne savais quoi lui répondre. J'étais choquée par la douleur que je ressentais, physiquement bien sûr, mais surtout au plus profond de mon être. Une déchirure cuisante. Je venais d'être abominablement arrachée au plus beau moment de ma vie.
Il appliqua la glace sur ma cheville, ce qui me fit hurler à nouveau.
Edward s'avança vers la fenêtre.
« Les autres arrivent, annonça-t-il. Je vais demander à Carlisle qu'il t'examine. »
Presque honteuse, je réajustai mon débardeur, mon jean, mes cheveux. Je me sentais ridicule.
Carlisle décréta que la blessure n'avait pas l'air grave, ma cheville n'avait pas vraiment gonflé même si elle était violette, mais il souhaitait m'amener aux urgence pour faire une radio. Je le vis interroger Edward du regard, s'inquiétant de ce qu'il pouvait ressentir après ce nouvel échec évident. Son fils baissait les yeux, ne chercha aucune explication superflue et je fus conduite à l'hôpital. Une demi-heure après, Charlie débarquait, l'air de quelqu'un qu'on vient de tirer précipitamment du sommeil, prévenu par Esmé.
« Qu'est-ce qui s'est passé ?
_ Je suis tombée, comme d'habitude. »
J'avais pris soin de mettre ma veste pour qu'il ne voie pas la marque qu'avait laissée la main d'Edward sur mon bras.
« Oh, Bella, avait pesté Charlie aussi inquiet que déçu, quel dommage pour ce week-end ! »
Je m'en voulais réellement de lui avoir gâché un projet auquel il tenait tant. Charlie méritait de prendre un peu de bon temps. Mon regard contrit chercha celui d'Edward qui se leva immédiatement.
« Charlie, intervint-il, ce n'est peut-être pas le moment de vous dire cela mais… Bella m'a parlé de votre week-end et… justement, nous allions camper également, avec mon père ».
Le docteur Cullen acquiesça d'un signe de tête. Charlie leva vers lui des yeux embrumés. Soudain il comprit.
« Non, ce n'est pas grave, Bella ne va pas rester seule…
_ Apparemment, rien n'est cassé, reprit Edward, et avec quelques calmants, elle pourra même marcher un peu d'ici deux ou trois jours. Et… je suis sûr qu'elle se débrouillera très bien. Ma mère pourra passer l'aider si besoin est.
_ Papa, fis-je vraiment désolée, tu devrais te faire plaisir et ne pas penser à moi pour une fois, je suis une idiote qui ne sait pas mettre un pied devant l'autre. »
J'étais reconnaissante à Edward d'avoir proposé cette alternative. Il fallait absolument qu'il aille se nourrir, de toute façon, et je savais que les Cullen sauraient se montrer parfaitement humains en présence de mon père. Ils auraient toute la nuit pour répondre à leurs propres besoins.
« Je ne sais pas, répondit Charlie, je vais y penser en tout cas. »
Après que Carlisle m'ait administré de quoi me calmer pour la nuit (je le soupçonnai de forcer un peu sur la dose, plus que ma blessure physique ne le nécessitait, du moins) et fourni une ordonnance pour les jours à venir, Charlie me ramena à la maison.
Si je n'avais été assommée par les antalgiques, j'aurais sans doute pleuré toute la nuit. Edward ne me rejoignit pas et je m'endormis sans m'en rendre compte, en pensant que je ne le reverrais peut-être jamais plus.